CHAPITRE XVU
Mœurs et condition sociale de là séctè.
Aux États-Unis , les nouvelles pénètrent jusque dans les plus sauvages solitudes , à l'aide de ce rapide messager qu'on nomme Liberté de la presse. Lorsque les sectaires furenl informés de la prochaîné arrivée parmi eux de plusiieurs officiers dû gouvernement fédéral, chargés d'explorer et de reconnaître ce nouveau et vaste territoire de la République , cette mesure les alarma grandement ^ parce qu'ils pensaient qu'une telle mesure gouvernementale était le prélude de leur dépossession de ce pays qu'ils avaient conquis au prix de tant de souffrances ^ de cruelles privations et de riides labeurs.
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Ces ingénieurs furent donc froidement reçus d*abord par les Saints; mais ce mauvais accueil cessa dès que ceux-ci surent que la mission topographique ordonnée par le gouyemement n'avait que des avantages pour eux, son but étant de bien reconnaître le pays , afin d'en révéler les ressources avec certitude. A partir de ce moment, les explorateurs officiels ont été Tobjel des plus grands égards de la part des sectaires, à l'exception toutefois d'ignorants fanatiques qui furent plus d'une année à se convaincre de la vérité sur ce point et à changer de conduite envers les agents du pouvoir fédéral.
Ces ingénieurs ont déclaré qu'ils s'acquittèrent de leur tâche difficile parmi cette secte avec moins d'obstacles peut-être qu'ils n'en eussent trouvé chez tout autre peuple civilisé. A l'époque où cette exploration avait lieu, cette sauvage contrée était journellement traversée par des caravanes d'émigrants qui s'en allaient chercher fortune en Californie. Ces caravanes étaient formées à la hâte par des gens de tous les pays, n'ayant pas mesuré la longue distance qu'ils avaient à franchir d'après leurs ressources pécuniaires.
Elles se divisaient et se subdivisaient en route.
faute d'harmonie et de mutuelle sympathie ; et ces séparations causaient de grands mécontentements chez certaines personnes, parce qu'elles se trouvaient lésées dans les partages des provisions qui avaient lieu entre les parties dissidentes. Plusieurs de ces mécontents ont fait appel à la justice des Mormons pour forcer leurs adversaires à tenir compte de leurs réclamations ; ces causes délicates étaient jugées avec la plus stricte impartialité par les magistrats sectaires auxquels on les soumettait; mais cette équité, reconnue par toute personne désintéressée dans la cause, n^en était pas moins considérée et proclamée comme un acte d'oppression par les parties condamnées. Celles-ci ne se bornaient même pas toujours à accuser les juges de violer les droits sacrés de l'équité , elles voulaient se soustraire encore à leur décision par la révolte. Mais ces rébellions n'aboutissaient qu'à faire mieux sentir la puissance civile des Saints.
La calomnie étant la seule arme que les récalcitrants pouvaient opposer aux juges mormons pour se venger de leurs équitables décisions , ils ne manquèrent pas d'écrire à leurs correspondants tout ce que la haine leur dictait
contre tous les membres de la noavelle secte. Parmi ces émigrants, il s'en trouvait qui allaient • en Californie pour s'y fixer indéfiniment et s'y livrer à l'agriculture. Ces derniers amenaient avec eux des bestiaux qui causaient de grands dommages en passant dans les récoltes des sectaires. Ces dégâts étaient estimés naturellement un prix bien plus élevé qu'ils ne l'eussent pu être équitablement dans les contrées peuplées de l'Union, et les émigrants trouvaient encore là un prétexte pour se plaindre de la rapacité et de la tyrannie des Mormons.
Mais la justice ordonne de déclarer ici que ces plaintes étaient sans fondement.
Cette assertion se trouve justifiée par le grand nombre de prosélytes que fit la secte parmi ces étrangers, et, certes, dans un pays de liberté comme les États-Unis , de telles conversions ne peuvent être que volontaires et le résultat d'un accueil cordial. H ne fallut rien moins qu'une grande somme de bonheur matériel , en eflfet, pour faire renoncer ces aventuriers à leurs rêves de fortune merveilleuse et les retenir dans cette sauvage contrée, à la porte, relativement à la distance qu'ils avaient déjà parcourue , dès trésors inépuisables du nouvel Eldorado.
LES liORHONS. 235
On he peut s'imaginer toutes les scènes étranges que cette fièvre de Tor a fait naître sur mer et sur terre, parmi ces milliers d'émigrants se rendant de toutes parts en Californie. Celui qui pourrait recueillir les prîncijpaux épisodes de celte tumultueuse émigration , ils mériteraient certainement leë honneurs de l'impression.
Parmi tous ces héros enfantés par ces événements inconnus, il en est lin qui a presque réussi à slmpbser aux archives de là postérité. 11 n'est personne, en Californie, qui ne connaisse de nom V homme à la brouette. Nous sommes persuadés que l'histoire s'empare de plus d'un personnage qui île poiirrait pas donner à son immortalité historique un si glorieux passe-port qtié l'homme à la brouette. Nous n'avons (ju'un reproche à lui adresser, c'est belui de n'atoir pas su tirer parti de gon héroïque tour de force, il eût pu faire forttiiie en allant en Californie, rien qu^en révélant son projet dé vouloir s'y rendre en compagnie d'une brouette, dafas laquelle il transporterait son modeste biagage. Car, à cette nouvelle , de nombreux paris n'eussent pas manqué de s'ouvrir parmi les amateurs , qui sont fort nombreux en Amérique. Les gagnants ée fussent
certainement fait un grand plaisir de partager avec le héros d'une tâche si difficile à accomplir. Cet homme à la brouette était un robuste Allemand qui, faute d'autre moyen de transport pour ses eflets , les mit dans une brouette qu'il poussa victorieusement , mais non sans fatigue y au sein d'une nombreuse caravane , jusqu'à la rivière Weber, En traversant cette rivière sur un radeau, Timpétuosité du courant , grossi par la fonte des neiges^ ayant englouti le fragile esquif, la célèbre brouette disparut pour jamais dans l'abîme. Les personnes se sont sauvées à la nage , et le robuste Germain semblait plus attaché à son véhicule qu'à l'existence même. Cependant , il se consola peu à peu de cette perte en voyant que ses compagnons de voyage lui conservaient le glorieux titre qu'il avait si bien mérité , celui d'homme à la brouette. Mais il faudrait être bien insensible à la vraie gloire , pour ne pas comprendre la juste fierté qu'aurait éprouvée notre héros en faisant son entrée à San-Francisco avec une brouette à laquelle il aurait donné l'impulsion durant un trajet de près de deux mille lieues. En lui payant cet humble et sincère tribut de publicité, nous avons du moins la douce consolation d'avoir
observé la noble maxime qui commande de rendre hommage au courage malheureux.
Là-dessus , nous rentrons dans notre sujet , qu'un devoir impérieux d'historien nous a fait abandonner un moment.
Touchant l'obéissance passive aux conseils donnés par les sommités de la secte , les Mormons offrent une grande homogénéité d'action ; mais dans le reste de leur conduite privée , on remarque la différence qui existe plus ou moins p^rmi les autres sociétés civilisées. Les Saints conviennent que, parmi eux, il s'est trouvé des individus qui ont mal interprété les doctrines du culte en croyant qu'elles les autorisaient, dès ce moment , à prendre possession de ce que possédaient les Gentils, que ce n'était pas commettre un vol que de s'emparer des bestiaux et de la moisson de ces inSdèles.
Cet aveu prouve d'une manière presque irrécusable que les accusations de vol que les habitants du Missouri et de l'illinois portaient contre les Saints étaient bien fondées.
Mais le clergé condamne sévèrement ce genre de rapine du haut de la chaire apostolique.
Pendant longtemps, les Mormons ont nié énergiquement l'existence de la polygamie
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parmi eux , bien qu'elle y fut pratiquée généralement. Mais aujourd'hui, cette poutume orientale est trop perceptible aux regards des profanes pour qu'on puisse dissimuler la vérité sur ce point. Lorsqu'on touche cette question délicate, les sectaires répondent que la pluralité des femmes légitimes est autorisée par la Bible , et qu'il paraîtra avant peu un conimentaire des Ecritures sacrées pour prouver que la polygamie est admissible dans tous les cultes chrétiens. A l'appui de cette assertion, ils vous disent même que notre Sauveur avait trois épouses ; Marie , Marthe et Tautre Marie que Jésus ainiait tant.
Cette triple et divine union fut célébrée^ ajoutent-ils, à Cana, en Galilée* Mais, selon les Mormons, leur polygamie n'a rien de commun avec cette sensualité qui Ta provoquée^ et la maintient chez les Musulnmns. Ils ne cohabitent qu'avec une seule femme; les autres ne leur appartiennent qu'à titre d'épouses spirituelles.
Ce langage semblerait manquer de sincérité , puisque , d'un autre côte , le clergé prêche la propagation et la multiplicité des sectaires. Le mariage fut institué pour engendrer, disent les prêtres y un peuple sacré destiné à occuper le
royaume du Dieu Fils, après la résurrection prédite par TÉcriture.
L'infidélité conjugale est exécrée parmi les Saints. Lorsque la doctrine <ie la pluralité des épouses sera proclamée officiellement, les plaisirs licencieux et l'infidélité conjugale entraîneront la peine de mort pour ceux qui en seront accusés et convaincus. La plus rigide chasteté sera imposée aux sectaires , et une continence absolue sera de plus recommandée aux femmes enceintes et à celles qui allaiteront leur progéniture.
Toutes les unions qu'un adepte contracte après la première se nomment un sealing (scellement). Ce sealing constitue pour l'homme qui l'accomplit tous les droits que le mariage peut lui donner sur une femme. Mais cette polygamie est pratiquée avec le plus stricte décorum; elle ne blesse en rien la morale publique considérée extérieurement par l'œil du plus rigide observateur*
Le chef suprême a seul le pouvoir d'accorder le privilège aux adeptes d^accroître le nombre de leurs épouses. Cet immense pouvoir matrimonial est transmîssible par délégation, afin d'en rendre l'usage accessible aux sectaires les
plus éloignés du siège de la secte. On prélude à ces sealings de la même manière à peu près que les Gentils à leur mariage civil, c* est-à-dire que le Mormon doit d^abord, pour contracter un sealing, s*assurer du consentement des parents, puis de celui de la fille, et de celui enfin du prophète.
Si une femme se Toit négligée par Fautre sexe, elle a le droit de demander un homme en mariage. Pour justifier cette démarche, la sainte invoque les impérieux devoirs que lui impose le salut de son âme ; car le lecteur n^a pas oublié que le dogme de ce culte proclame que la femme ne peut entrer dans le céleste séjour qu'en compagnie d'un époux. Pour s'éviter un refus matrimonial , déjà si pénible pour un homme , elle peut charger le président de lui procurer un époux. Ce prélat a le droit d'exiger de tout sectaire capable de supporter la charge d'une épouse, de sceller celle qui ne' l'est pas et lui demande à l'être. Celui qui déclinerait une telle union sans alléguer de graves motifs , s'exposerait à la censure du conseil des Douze , châtiment fort redouté du sectaire le moins fervent.
D'une autre part, le président s'oppose quel-
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quefois à des sealmgs, parce qu'ils lui semblent provoqués par des causes immorales.
En s^emparant du pouvoir de sceller les adeptes, Joseph comprit qu^il devait conséquemment s'arroger aussi celui de rompre les liens qu'il formait. Mais la dissolution d'un sealiny n'est jamais opérée par le président sans qu'il ait préalablement épuisé tous les moyens de réconciliation entre le couple antipathique.
Nous l'avons dit déjà , chez les Mormons , la polygamie ne se pratique pas comme en Orient. Les épouses ne vivent pas sous le même toit. On en voit cependant qui habitent la même maison et la même chambre , car généralement ces demeures n'ont qu'une pièce; mais les épouses supplémentaires prennent presque toujours leurs repas dehors, et font souvent cette dépende impérieuse à l'aide de leur propre travail. Cette conduite désintéressée leur est dictée par ce passage du prophète Isaïe : « Et en ce temps-là , sept femmes p^endr^nt un homme seul et lui diront : Nous mangerons notre pain, et nous nous vêtirons de nos habits; seulement, que noiis portions ton nom; ôte notre- opprobre. »
Pour les Mormons , c'est un devoir personnel à la fois religieux et social de tuer le séducteur
i4S IM$ XittMOKS.
d'oBe épouse, d'cme fille oa d'me sœur. Ge de- Toir sacré s'est tawtrfonné enk» tadtepanm ks sectaires; car ils roni déjà sanctiofliiée par des arrèb juridiques, entre airtres par Facquittement d'an nommé ^an , accusé et conTaînco d'avoir tué de sang^fraîd, si tolilefbid la chose est possible, le séducteur de sa femme dans la Great sali Laie Ciip, ville métn^pc^ aetuefie des adqptes. Dan» la déclaration de n<M»-€uIpabilité prononcée dans cette affidrepaâr le êhef du jury, on remarque ce passage : « Exiger en pareil cas des dommages dyik , c'est prendre pour exenqple la cormption des vieux, gouvernements. Le seul principe qui doit remplir et (aire palpiter le coeur des habitants de ce territoire en cette grave circonstance, est celui-ci : L'homme gui séduit la femme de son voisiîi doit mourir y et le plus près parent de la femme déshonorée doit le tuer. Moïse institua le mênae châtiment. » Nous ne pouvons donc appuyer notire législation sur une plus sage autorité y disent les Mormons.
Il ne fout pas se %girer que la polygamie soit généralement supportée sans murmure intérieur de la part du beau sexe , dans le pays d'Utah^ La liberté de respirer le grand air ne suffit pas
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toujours à h docile Mormone ; elle a besoin , comme toutes les personnes de son sexe, d'épancher son coei^r dans un cœur moins divisé que ne Test celui de son ép(Nix polygame. Lorsque Joseph mit cette doctrine en pratique^ «a femme primitive le menaça de r^^ésailles pour la lui faire abandonner. Il n'est pas douteux que cette innovation est considérée comme un fijfdeau par un grand nonobre de Mormones ; œ joug n'est léger que pour celles qui sont absorbées totalement par le fenatisme religieux. La femme qui brise les liens d'un seaiiny ipmxc s*unir à un autre homme , est exclue de toute réunion sociale , et passible d'une répn)bation moins équivoque encore de la part de* l'autorité compétente.
M. Gunnisson, à qui nous sommes tant rede*^ vables pour cette histoire , raconte , à cet égard, un fait que nous ne pouvons omettre de rapporter ici.
Un adepte du système social, que M. Gabetdirige et pratique maintenant à Nauvoo, ancien se* jour djes Mormons , passa l'hiver parmi les Sainte dans la métropole de la vallée. A l'approche du printemps , il se remit en route pour se rendre en Californie , but de son voyage. Une Mormone ,
ayant un enfant de deux ans environ, pria notre < compatriote de bien vouloir Teminener dans TEldorado, oii se trouvait alors un jeune homme à qui elle était fiancée, et qu'elle épouserait selon les lois du pays, si elle pouvait le rejoindre. Cette jeune femme ajouta qu'elle n'avait été visitée depuis trois ans par le haut dignitaire auquel elle était scellée, ni reçu de lui la moindre assistance matérielle dans ce même laps de temps.
Cet aveu était trop touchant, prononcé surtout par les lèvres rosées d'une jeune et jolie femme, pour ne pas être dignement apprécié par notre compatriote. Il se fit donc un plaisir et un devoir de prendre la jeune Mormone et son enfant sous sa faible , mais dévouée protection.
On se mit en route pour la patrie de l'or, et tout semblait présager un complet succès à cet enlèvement volontaire , lorsque après avoir fait cent milles environ, le couple voyageur fut rattrapé par des sectaires envoyés à la poursuite de la Sainte infidèle. Elle fut sommée de rentrer au bercail sans délai , pour reprendre la chaîne qui l'unissait à l'homme qu'elle n'avait pas vu depuis trois ans. Le Français qui avait favorisé la fuite de cette jeune femme fut tenté de résister à . ses persécuteurs ; mais il renonça à cette défense
énergique en réfléchissant qu'dle n'aurait d*au(re résultat que d'aggraver la position de la fugitive.
Outre la polygamie, il est encore un moyen plus simple, mis en usage chez les Mormons, pour accroître et même enrichir les familles d'élite : c'est l'adoption. Certaines sommités adoptent quelquefois une famille entière. Il est des sectaires qui se font gloire de se donner ainsi à un grand dignitaire de l'Église. Le chef suprême, par exemple, en possède un bon nombre. . Ce genre d'adoption fait souvent des enfants plus âgés que leurs pères ; mais cette progéniture adoptive n'en est pas moins passible de toute la soumission et docilité {iliale des enfants légitimes. Cette étrange servitude volontaire ne révèle-t-elle pas jusqu'à quel point le fanatisme religieux peut émousser la dignité et l'indépendance dans le cœur humain?
Les Mornions sont accusés d'avoir la mauvaise habitude de faire usage d'un langage profane dans les relations ordinaires de la vie , et même dans la chaire du temple. Mais les expressions que les Gentils trouvent blessantes et déplacées dans la bouche de gens bien élevés , n'ont pas cette choquante signification pour les Saints. Ils
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jurent ayec ou sans ^itention malveillante. Nous ne pouvons dire comment ils ont été amenés à trouver innocentes les expressions malséantes dont ils font usage. Cette habitude étant condamnée chez tous les peuples civilisés , devient inexplicable chez des hommes qui se gratifient d'une divine épithète. Quant aux prédicateurs, on a grandement exagéré leur licence orale. Si généralement leur diction et leur improvisation ne sont pas d'une pureté rémarquaMe, c'est plus le manque de capacité personneUe ou d'éducation qu'il faut accuser en cela-, qu'une pensée hostile aux bonnes règles de la rhétorique.
Les Mormons aiment la société et les réunions joyeuses autant , si ce n'est plus , qu'aucun peuple. Us accumllent cordialement les étrangers ; mais Tinsuffisanee de leurs maisons actuelles ne leur permet pas de pratiquer l'hospitalité aussi confortablement qu'As le voudraient. Leurs premières résidences se composent généralement d'une seule pièce et sont construites en bois grossièrement travaillé. Ils étaient pauvres alors, et le temps pressait ; on se hâta donc de se mettre à couvert provisoirement dans une cabane. Mais déjà un grand nombre de jolies maisons en bri-
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ques ont remplacé les log-cabiiis primitiyes dans la fertile vallée.
Les bals et les soirées ne sont pas rares cfaes les Mormons. Ces plaisirs sociaux sont encouragés par la présence des sommités de l'Église. Souvent on ouvre le bal par unie prière , sollici^ tant la bénédiction du Ciel en faveur de ces plai* sirs mondains , comme ils la soUkûtent pout* les actions les plus graves et les plus utiles. À eette invocation religiaise succèdent Tappel d'un or^ diestre harmonieux et la danse la plus vive, la plus pétillante que le honbeur et la joie puiss^t provoquer. Toutes les personnes présentes y prennent part, depuis le plus bumble sectaire jusqu'au plus haut dignitaire , sans même «n m^* cepter le chef suprême. Cette récréation chorégraphicpie est destinée à être admise dons le programme des cérémonies religieuses du femple.
La danse est aussi digne de louanger Dieu que le chant , disent-ils. Ces réunions joyeuses se prolongent fort t^rd dans la nuit pour ta jeunesse. Le jour en voit souvent le terme, et les restes du souper servent de déjeuner aux retardataires.
Chacun, parmi les Saints , est assuré du pain du jour et de l'abri du soir. Lesdian($ et là inu*-
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sique s^cchappent harmonieusement aussi bien des tissures des log^abins que des portes des plus belles résidences de la vallée.
L*épitliète fraternelle qu^ils se donnent mutuellement persuaderait sans peine Fétranger qui les observe pour la première fois, que tous ces sectaires ne font , en effet , qu^une seule et nombreuse famille, aussi heureuse qu'étroitement unie par les liens de Taffection.
Habitués , dès Fenfance la plus tendre , à se traiter de frères et de sœurs, cette affectueuse qualification finit par exercer une très-favorable influence sur les rapports sociaux de la secte.
Le remède du paupérisme, que des hommes généreux appellent et cherchent avec une ^ noble ardeur, se trouve ici tout simplement dans une réciprocité sociale bien établie et strictement pratiquée. Ceux qui en veulent la preuve n'ont qu'à se rendre sur les bords du grand lac salé.
Pour donner au lecteur une juste idée de rimpression que fait sur fesprit des enfants le nom de frère que s'entrè-donnent les Mormons; nous allons rapporter la réponse que fit un jour un petit garçon à des étrangers qui le questionnaient pour connaître sa famille. Qui êtes-
VOUS ? lui dit-on. — Je suis le frère fils de Pack , répondit naïvement l'enfant , ne croyant pas devoir séparer son titre de frère collectif à^ celui de fils individuel de Pack , en déclinant son nom de famille.
11 se passe souvent des scènes ridicules dans leurs meetings religieux, et ces scènes sont presque toujours Teffet d'un enthousiasme mal interprété. On raconte, à cet égard, qu'une femme se leva tout à coup dans un de ces meetings, et prononça d'une voix énergique les trois mots suivants : «mêlai, bieli, mêlée. » Et ces paroles étaient à peine prononcées, qu'un jeune homme, se croyant possédé, pour la première fois, du précieux don d'interpréter toutes les langues inconnues , se leva pour répéter à haute voix le sens des paroles prononcées par la Sainte et que la malheureuse ignorait elle-même. La Mormone inspirée avait dit, sans le vouloir, par ces trois mots incompréhensibles : (( Ma jambe , ma cuisse, mon genou. » Cette interprétation fit rougir le beau sexe jusqu'au blanc des yeux , et les chefs du culte en furent d'autant plus scandalisés, que ce jeune homme n'avait aucun titre qui l'autorisât à s'arroger le don miraculeux d'interpréter les langues inconnues. 11 fut
im IMS voftvoirs.
nttttdh^ » en conséquence , devant Taiéopage , qui k^ n'^MrùiMittdiisèYèrementpour cet acte présomptmHix. Muis le jeune téméraire persista dans son «iTiMr «iuiiatiu:vly et paraissait, en dépit de IViuHVÙIiim du chef suprême , voul(Mr user de ct'Ike ^Teur du del chaque fois que Foccasion 9 en }w«seiiteniit
liA> TiHi>n^ chei les Mormons présente une ittliettUè aus$i délicate que difficile à résoudre. ih\ mil qiH) les Saints ont tous Tespoir et la préteutk^i d'être rois lorsque leur régénération sera effiect\ièt\ t jonune la polygamie , le diyorce et le \euv;i^ les exposent, surtout les hommes, à d'innombinbles mutations conjugales, il s^agit de savoir, ponr les épouses, laquelle d'elles toutes ftam k praoïière rane du roi à qui elles sont sceUées. Lh précédence du sealing, en pareil cas, prévaudra4-elle sur la plus grande somme d^aflfection conjugale ? Cest une question que le dogme ne peut manquer de trancher dès que h polygamie en fera authentiquement partie ; mais jusqu*à ce jour elle a causé bien des d()iites aux épouses , et valu aux époux des redoublements de caresses et d'aCTection. Le successeur de Joseph, le prophète . actuel des Saints, avant de se convertir à ce culte, avait
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une épouse qu'il aimait tendrement. Etant morte dans une autre foi, son affectionné mari l'a pu ramener à son culte, et la sauver en se faisant administrer pour elle le baptême des morts.
Cette immersion régénératrice cause une grande anxiété à la femme qui a succédé à l'épouse primitive de ce haut personnage , car elle doute si elle sera la première de ses reines dans l'éternel séjour.