‹ Les Mormons (Saints des Derniers-Jours) et leurs ennemisChapitre 7 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Livre de Mormon. — Temoignages de son authenticite; discussion. — Martin Harris. — Olivier Cowdery. — Revelation falsifiee par nos trois adversaires. — .Sidney Rigdon. Contradictions de M. Favez. — Revelation relative a Sion ; defaut d'accomplissement; motifs. — Autre revelation commentee par nos ennemis ; impudence de ceux-ci dans l'alteration des documents. — Opinion de M. Clarke sur le Livre de Mormon. — M. Favez attaque notre doctrine. — Quel est M. Favez.

Le Livre de Mormon est presente au monde comme renfermant l'histoire sacree de l'Amerique , ecrite par une serie de prophetes anciens qui ont ha bite ce vaste continent.

« Ce Livre, donne comme venant de Dieu et devant servir a une oeuvre ordonnee par lui, c'est une imposture. On a la-dessus des temoignages positifs. »

Ainsi s'exprime M. Favez, page 5 de sa brochure. Examinons l'une apres l'autre les preuves qu'il va nous fournir.

« D'abord, Joseph Smith n'a jamais montre les plaques hieroglyphiques, si ce n'est a onze privilegies, a qui, dit-il, la permission de les voir fut accordee d'en haut , et desquels le temoignage est annexe au Livre de Mormon. »

Si J. Smith eut trouve ces plaques par hasard et qu'il eut voulu en constater l'authenticite dans un but humain, il aurait du sans doute les montrer a beaucoup de temoins. Mais il n'en est pas ainsi. Cette decouverte a eu lieu sur l'indication d'un ange, et pour servir de base a une oeuvre divine. II a du , des-lors , se conformer exactement aux instructions qui lui etaient donnees d'en haut.

Supposons qu'au lieu de ces onze temoins , il y en ait eu cent : M. Favez en serait-il moins hostile a notre Eglise? Crierait-il moins a l'imposture? II oublie, ou peutetre il ignore que la resurrection du Christ fut revoquee en doute par les pieux Juifs , tout aussi bien que le sont aujourd'hui les plaques dont le Livre de Mormon est une traduction. Jesus, fils de Dieu, se montra-t-ii a la nation juive pour la convaincre? Ecoutez Pierre :

« Dieu 1'a ressuscite le troisieme jour, et il a voulu qu'il se fit voir, non a tout le peuple, mais aux temoins qui avaient ele auparavanl choisis de Dieu, a nous qui avons mange etbu avec lui apres qu'il a ete ressuscite des morts. » (Act. x, 40 et 41.)

Quand les pretres de l'epoque affirmaient que ces memes temoins l'avaient furtivement enleve du sepulcre, pour accomplir la prophetie , comme dirait M. Guers , quand ils soudoyaient les soldats pour qu'ils soutinssent cette affirmation , les apotres repondaient : « Nous lui sommes temoins. » (Actes, v, 32.) La generation actuelle professe une grande veneration pour les anciens apotres , temoins de Christ; mais pendant leur vie ils ne jouirent pas, aupres des homines pieux, d' une meilleure reputation que celle des temoins du Livre de Mormon.

Ce que Dieu ne fit pas pour justifier son Fils traite de blasphemateur et ses apotres accuses d'imposture, a-t-il du le faire pour rendre evidente la verite du Livre de Mormon? Non. Et lors meme que tout Je monde aurait vu et touche les plaques , qui garantirait la veracite des histoires qui y sont gravees? Quel gage y aurait-il de l'exactitude de leur traduction? II faudrait que l'ange les apportat a la face du monde entier , et encore nos ennemis diraient-ils que ce messagcr celeste n'est autre que le demon travesti en ange de lumiere.

Comment M. Favez pourrait-il croire a de pareilles choses ? Selon lui , les anges ne fonctionnent plus. C'etait bon dans les temps anciens ; mais, aujourd'hui, Dieu les laisse en repos : il n'a plus rien a dire a l'humanite. Le Livre de Mormon est done une imposture.

Deux attestations , signees de onze temoins , constatant l'authenticite du Livre de Mormon , M. Favez appelle cela des temoignages positifs d'imposture.

Avant d'aller plus loin dans cette discussion , mettons sous les yeux du lecteur les deux pieces dont il s'agit , telles qu'elles sont imprimees en tete du Livre de Mormon.

Temoignage des ti-ois temoins.

« Qu'il soit connu de toutes nations, families, langues et peuples, partout ou cette oeuvre arrivera, que nous avons vu, par la grace de Dieu, le Pere, et de notre Seigneur Jesus-Christ, les plaques contenant ces annales, qui sont l'histoire du peuple de Nephi, et des Lamanites, leurs freres, et aussi que ces annales ont ete traduites par le don et le pouvoir de Dieu, car sa voix nous l'a declare ; e'est pourquoi nous Savons, avec certitude, que ces choses sont vraies. Et nous temoignons, aussi, d'avoir vu les caracteres graves qui sont sur ces plaques, et que nous les avons vus par le pouvoir de Dieu, et non par celui de I'homme. Et nous declarons, en toute sincerite, qu'un

ange de Dieu vint du ciel, et qu'il apporta et plaga les plaques devant nos yeux, de sorte que nous les pumes regarder et voir, ainsi que les caracteres qui y etaient graves. Et nous savons que c'est par la grace de Dieu, le Pere, et de Notre-Seigneur Jesus-Christ, que nous vimes et que nous rendons temoignage que ces choses sont vraies ; et quoiqu'elles soient un miracle a nos yeux, cependant la voix du Seigneur nous a ordonne d'en rendre temoignage : voila pourquoi, voulant o'oeir au commandement de Dieu, nous rendons temoignage de ces choses. Car nous savons que si nous sommes fideles au Christ, nous laverons nos vetements du sang de tous les hommes, et nous serons trouves sans tache devant le siege du jugement du Christ, et nous demeurerons eternellement avec lui dans les cieux. Et gloire en soit au Pere, au Fils etau Saint-Esprit, qui est un Dieu. Amen. (Signes :) Olivier Cowdery.

David Whitmer.

Martin Harris. »

Temoignage des huit temoins.

« Qu'il soit connu a toutes nations, families, langues et peuples, partout ou cette oeuvre viendra, que Joseph Smith, junior, l'interprete de ces annales, nous a fait voir les plaques dont il a etc parle, lesquelles *>nt l'apparence de l'or; et que nous avons tenu et touche de nos mains chacune des feuilles que le dit Smith a traduites, et que nous avons vu, aussi, les caracteres graves, ayant l'apparence d'un travail tres-ancien, et d'une execution exquise. Et nous rendons temoignage, en toute sincerite, que le dit Smith nous a montre ces plaques, car nous les avons vues et pesees, et nous savons avec certitude qu'il les a en sa possession. Et nous donnons nos noms au monde, pour temoigner a toute la terre de ce que nous a-vons vu; et nous ne mentons pas, Dieu en rend le temoignage.

( Signes : ) Christian Whitmer.

Jacob Whitmer.

Peter Whitmer, junior.

•John Whitmer.

Hiram Page.

Joseph Smith, senior.

Hyrum Smith.

Samuel FT. Smith. »

* De ces onze personnes , deux ou trois seulement etaient baptises au moment ou elles donnerent ce temoignage. Ce n'est qu'apres avoir vu les plaques qu'elles deciderent d'en livrer la traduction a la publicity et qu'elles entrerent dans l'Eglise naissante.

M. Favez voit dans ces deux attestations des temoignages positifs d' imposture. Si ces temoins eussent declare qu'ils n'avaient vu ni anges ni plaques , que Joseph Smith etait un imposteur , il est probable que ce missionnaire, fidele a son systeme d'interpretation a contre-sens , prendrait une telle declaration pour un temoignage positif de I' authenticity du Livre de Mormon. Cela fait peu d'honneur a la bonne foi et a la judiciaire de notre ennemi.

M. Favez est tellement pauvre d'arguments qu'il fait fleche de tout bois. Examinant les signatures de la seconde attestation, ils'ecrie : «Ce groupe de temoins en deux families , dont I' une est celle du prophete , rend leur te'moignage douteux. » La ou il ne voit que deux families, tout le monde en voit trois (Whitmer, Page et Smith).

M. Guers, tout aussi depourvu d'objections serieuses, trouve une preuve d'imposture dans cette circonstance que les temoins etaient des hommes parfaitement inconnus jusqu'alors, et , ajoute-t-il, directement inter esse" s dans I' affaire. Mais qu'etaient done les pauvres pecheurs de Galilee quand ils rendirent temoignage de la mission divine de Christ? Quant a V inter At dont parle notre adversaire, nous voudrions bien qu'il s'expliquat d'une maniere un peu plus intelligible; qu'il nous signalat, par exemple, chez ces temoins, un interet moins pur que celui qu'il peut avoir lui-meme a ecrire et publier des brochures contre nous.

Pour tout homme impartial , etranger aux coteries reli-

gieuses, l'interet des temoins s'explique naturellement par les faits. La voix du Seigneur leur ayant ordonn6 de rendre temoignage de ia verite , ils en rendent temoignage.

Parlant de Martin Harris , M. Guers nous apprend que c'etait un mauvais mari; il ajoute que sa femme lui ayant dit un jour que V affaire entiere etait une imposture, il repondit : « Eh Men , si c'est une imposture, au moins me vaudra-t-elle de V argent ! » Sur quel temoignage respectable s'appuie M. Guers? Sur celui d'une autre femme qui n'aimait ni Martin Harris, ni le mormonisme. On voit qu'il n'est pas aussi scrupuleux quant a l'authenticite de ses renseignements que lorsqu'il s'agit du Livre de Mor-mon. Aussi lui arrive-t-il ce qui devait lui arriver : ce meme Martin Harris, qu'il nous presente comme un fripon voulant exploiter l'imposture, M. Favez et le docteur Anthon , cite par lui, nous le montrent comme une dupe innocente.

Passons a Olivier Gowdery. M. Favez , parlant de cc temoin , raconte ( page 6 ) que :

« Dans une occasion ou une somme d'argent devait lui etre connee pour la porter a Independance, Joseph Smith voulut qu'il fut accompagne, et emit a ce sujet la revelation suivante, qu'on lit a la page 168 du livre Mormon intitule : Doctrine and Covenants :

» Revelation donnec en novembre \So\. — Ecoutez-moi, dit le Seigneur votre Dieu, poor l' amour de mon serviteur Olivier Cowdery. Ce n'est pas sagesse en moi qu'il soit charge de cette commission avec les commandcinenls et I' argent qu'il portera a la terre de Sion, a moins que quelqu'un de fidele et vrai n'aille avec lui. C'est pourquoi, moi le Seigneur, je veux que mon serviteur John Whitmer aille avec mon serviteur Olivier Cowdery. »

L'auteur ajoute : « On ne pouvait pas se fier a Olivier » Cowdery pour une question d'argent, et l'on se fierait a » lui pour des interets eternels? a

Dans les lignes qui precedent la revelation, M. Favez parle uniquement d'une somme d'argent ; il affecle de ne rien dire des commandements qui devaient aussi etre confies a Olivier Cowdery, et dont la somme d'argent, peu considerable , etait probablement destinee a payer l'impression. On comprend le motif de cette reticence. Quand on veut faire passer quelqu'un pour voleur , on n'appellc l'attention que sur les choses qui excitent ordinairement la convoitise. G'est une espieglerie de M. Favez ; en voici une autre. Tout en reproduisant a peu pres litteralement la revelation, il en raisonne comme si elle ne commencait pas par ces mots : Pour I 'amour de mon serviteur Olivier Cowdery. Sans ces paroles, la revelation pourrait, a la rigueur, etre consideree comme exprimant la defiance ; mais, precedee d'une phrase aussi significative , elle temoigne evidemment une sollicitude affectueuse envers Olivier Cowdery , et la crainte que durant un voyage d'environ mille milles, dans une contree ou les Mormons etaient entoures d'ennemis, il ne flit depouille du precieux manuscrit et de la somme d'argent, s'il n'etait protege par un compagnon fidele etsur. Et, en effet, la meme revelation place son compagnon sous sa direction. Tout homme de bonne foi l'entendra ainsi ; M. Favez prefere l'entendre autrement. On voit qu'il trouve facilement des temoignages positifs d 'imposture.

M. Guers a voulu aussi tirer parti de cette revelation pour etablir que J. Smith se defiait d'O. Cowdery, et il s'y est pris d'une facon aussi simple qu'ingenieuse. Sentant bien que ces mots : Pour I'amour de mon serviteur 0. Cowdery, ne sont pas synonymes de ceux-ci : Pour les soupcons que m inspire la de'loyaute d'O. Cowdery, et qu'en consequence il n'y avait aucun moyen de tromper le lee-

teur s'il reproduisait fidelement ce document, il l'a transcrit (p. 60 de sa brochure), mais en retranchant la phrase qui seule explique le sens de cette revelation *. A un autre. M. Amedee Pichot nous dit (p. 94) :

« Une autre revelation, datee de novembre 1831, declare qu'Olivier Cowdery, son secretaire pendant la fameuse traduction, n'etait pas un homme a qui Ton put courier de l'argent. »

Pour justifier cette injure, l'auteur se garde bien de reproduce la revelation litteralement , comme M. Favez. II semble pourtant craindre de la tronquer, comme M. Guers. Un autre moyen lui apparait : il la falsifie par substitution. Au lieu de : « Ecoutez-moi , dit le Seigneur Dieu, pour V amour de mon serviteur 0. Cowdery, » il transcrit ainsi : « Ecoutez-moi , dit le Seigneur Dieu , au sujet de mon serviteur 0. Cowdery. »

Tels sont nos trois adversaires. Pour egarer Fopinion publique , le premier se fait inepte en argumentant d'une piece comme s'il ne la comprenait pas, bien qu'il la reproduise en entier ; les deux derniers se font faussaires , Tun par suppression, l'autre par substitution ! Le tout pour la plus grande gloire du Dieu de verity, et dans le dessein de prouver que nous sommes des imposteurs ! . . .

Mais surmontons le degout qu'inspire la conduite de ces ecrivains , et continuons a les suivre dans les tdmoignages positifs d 'imposture qu'ils vont decouvrir.

* Peut-etre M. Guers dira-t-il qu'il a ete induit en erreur par les alterations du reverend Ashley, son confrere, souvent cite par lui. Nous ne disons pas le contraire; mais nous n'en sommes pas moins en droit de le tenir responsable de 1'exactitude des citations extraites de nos ouvrages, car, dans une lettre que nous avons sous les yeux, adressee par lui a une personne de notre Eglise, precedemment membre de la sienne, il dit: «Vous m'offrez des livres des Mormons; ■» je les ai tons en francais et en anglais; je les ai' lous etudies, »

M. Favez nous apprend (p. 7, 8), qu'en 1838 ce raeme Olivier Cowdery et David Whitmer furent retranches de i'Eglise avec ordre de quitter le pays dans trois jours. Et en ce qui concerne Martin Harris, troisieme temoin, il nous revele que J. Smith, dans un article de journal, l'aurait qualifie negre a peau blanche, ayant agi en valet, etc. Puis il s'ecrie : « Jugeons par-la de l'authenticite du Livre de Mormon ! Combien vaut le temoignage de tels hommes? » Inutile de dire que MM. Guers et Pichot repetent ces niaiseries a peu pres dans les memes termes , et deduisent la meme consequence. M. Guers termine par cette elegante apostrophe : « Triade de menteurs , et qui nous donne la » mesure de la creance qu'il faut accorder au maitre et a » son ceuvre! » (p. 61).

Comment discuter serieusement avec de pareils antagonistes , qui ont Fart de construire de grandes phrases pour ne rien dire? Ou sont, dans tout ce verbiage, les preuves positives d' imposture? En supposant que 0. Cowdery et D. Whitmer auraient, huit ans apres cette declaration , quils ont constamment maintenue , transgresse les commandements du Seigneur, et qu'ils auraient pour cela ete momentanement retranches de son Eglise , faudrait-il en conclure que leur temoignage est une imposture ? Seraitil vrai que les nombreuses transgressions des disciples de Christ rendent suspect leur temoignage? qu'elles nous donnent la mesure de la creance qu'il faut accorder au Maitre et a son oeuvre?...

Des hommes pieux , priant et jeunant sou vent , ont affirm6 que Jesus et ses apotres 6taient de vils imposteurs , des violateurs du sabbat , des gourmands , des buveurs, des perfides, qui n'etaient pas dignes de vivre. Que serait Jesus, juge sur la deposition de ses ennemis pieux? L'ho-

micide commis par MoTse sur l'Egyptien dont il cacha lc corps dans le sable, vous empeche-t-il, messieurs les predicateurs methodistes ou plymouthistes , de croire a l'autorite divine de Mo'ise et aux miracles rapportes dans le Pentateuque ? Les desordres honteux de David et de Salomon vous sont connus, et vous n'en acceptez pas moms les Psaumes et les Proverbes. Si done les calomnies adressees par les Pharisiens a Jesus et a ses apotres , si les imputations plus vraies qui concernent Mo'ise, David et Salomon ne vous autorisent pas a revoquer en doute leur veracite, comment osez-vous qualifier d'imposteurs des hommes que vous n'appreciez que d'apres les temoignages de leurs ennemis , auxquels vous ajoutez vos propres calomnies et une insigne mauvaise foi dans la critique de leurs actes? Allez , vous avez deux poids et deux mesures. Vous nous dites que ces temoins ont ete accuses par Sidney Rigdon « de s'etre joints a une bande de faus- » saires, de voleurs, de bandits, afin de tromper et filouter » les Saints ; qu'ils ont ete exclus de l'Eglise avec ordre » de quitter la contree sous trois jours avec leurs families, » etc. » Gertes, e'etait pour eux, traites de cette maniere, une belle occasion de retracter leur temoignage et de divulguer 1'imposture. Comment se fait-il que vous n'ayez rien de semblable a nous apprendre, vous qui ne craignez pas de reproduire jusqu'a des causeries de femmes? Si J. Smith eut ete a la merci de leur discretion , s'ils eussent ete pour lui des comperes, n'est-il pas certain qu'il les eut menages, qu'il aurait craint de s'en faire des ennemis? La severite dont il a use en vers eux dans toutes les occasions, prouve hautement qu'il n'avait rien a redouter. Et ce qui le prouve mieux encore , e'est que ces homines , accuses par lui, ont toujours demande a etre juges sur les revela-

LE LIVRE DE MORMON. 1 i

lions donnees par ce meme J. Smith : temoignage remarquable et Evident de leur confiance dans la divinite dc l'ceuvre, malgre l'hostilite qui existait alors entre eux et le prophete. Olivier Cow dery, l'un des trois temoins, resta retranche" de l'Eglise, pour conduite rebelle, pendant pres de dix ans , durant lesquels il ne lui arriva jamais , en aucun cas , de mettre en doute la verite de son premier temoignage. En 1847 ou 1848, i] donna des signes d'un sincere repentir et sollicita sa readmission parmi les Saints , qui saluerent avec allegresse son retour au bercail , car ils aimaient a se souvenir de lui comme d'un homme qui avait beaucoup souffert a la naissance de l'Eglise. II est mort en fevrier 1850 i.

Apres avoir passe en revue les temoins de l'autlienticite du. Livre de Mormon, M. Favez porte son investigation sur les principaux membres de l'Eglise, esperant toujours decouvrir ^lans leurs actions , racontees a sa maniere, des preuves positives d' imposture. Passons done a Sidney Rigdon, et laissons parler M. Favez.

« Des le debut du morrnonisme, Sidney Rigdon a ete le bras droit de J. Smith, et parfois il tenta de partager son autorite. II n'j parvint jamais cependant. Son ambition decue l'amena, plus d'une fois, a rompre avec J. Smith, mais toujours les Mormons parvenaient a le reconcilier; il elait trop influent pour qu'on le laissdt dans ime position d'ennemi. Apres la mort de J. Smith, il aspira a sa succession. Les Mormons (a donnerenl a Brigham Youuy et eloignercnt Rigdon, qui, depuis, leur demeura conslamment hostile.

1 David Whitmer et Mar'in Harris vivent encore, et ne cessent de rendre temoignage de la verite du Livre de Mormon. Ils sont toujours retranches de l'Eglise, mais ils esperent obtenir un jour leur pardon et leur reintegration. L'un deux demeure dans l'Etat de Missouri, l'autre dans celui d'Ohio. MM. Guers et Favez peuvent entrer en correspondance avec eux s'ils le desirent.

» Sa vengeance, les Mormons la redoutaient extremement, etleur frayeur, dans ce cas, indique passablement la complicity de Sidney Rigdon avec Smith dans la publication du Livre de Mormon. » (Page 20.)

On serait tente de croire que M. Fayez n'est pas sain d'esprit. Comment expliquer une contradiction aussi palpable que celle-ci : « II etait trop influent pour qu'on le laissdt dans une position d'ennemi, » puis, deux lignes plus bas : « les Mormons donnerent sa succession a Br. Young et dloignerent Rigdon, qui, depuis , leur demeura constamment hostile. » G'est la, il nous semble, le laisser dans une position d'ennemi, malgre son influence. Qu'avons-nous a repondre a des 6crivains qui se dementent si bien euxmemes? II parait que M. Favez, dans la carriere ou il s'est lance , ne tient pas a une contradiction de plus ou de moins *. Mais voici bien une autre gentillesse de sa part, et qui prouve combien les chercheurs d 'imposture sont deli cats dans leurs moyens.

Pour prouver que les Mormons redoutaient la vengeance de Sidney Rigdon , il cite 1'extrait suivant d'un discours de Br. Young :

« Frere Sidney declare qu'il veut raconter nos secrets; mais je dirai : Oh! ne le faites pas, frere Sidney; ne dites pas nos secrets! oh! ne le faites pas ! Mais s'il dit les ndtres, nous dirons les siens. L'un pour l'autre. Pendant longtemps, a Pittsbourg, ila eu des visions revelant une affreuse iniquite parmi les Saints. Maintenant, s'il connait une telle iniquite, et s'il possede un tel pouvoir, pourquoi est-ce qu'il ne nous en purine pas? II professe qu'il a les clefs de David. Pouvoir merveilleux! Revelations merveilleuses! Et ainsi il veut

1 Le meme auteur dit encore, page 40 : « II rompit avec Smith et le. mormonisme, etc. » Et cependant, jusqu'alamort de Joseph Smith, Sidney Rigdon fut l'un de ses conseillers, et en cette qualite chercha a lui succeder dans la presidence de 1'Eglise. Comment conci • liertoutes ces circonstances?

publier notre iniquite! O cher frere Sidney! ne publiez pas notre iniquite ! Je vous en prie, ne le faites pas ! »

Lecteur, ne vous semble-t-il pas voir le president Young tremblant devant les revelations de Sidney Rigdon , et le suppliant de se taire? Eh bien, jugez de la loyaute de M. Favez en lisant la suite de ce discours , qu'il a eu soin de couper a l'endroit ou l'ironie allait se devoiler, ou les paroles citees par lui allaient prendre leur veritable sens. G'est M. Pichot qui nous fournit cette suite (p. 255) :

« II veut done publier cos iniquites! Je le prie d'y prendre bien garde. Oui, s'il y a tant d'iniquites dans l'Eglise, Ancien Rigdon, et si vous les connaissez depuis si longtemps, vous etes le dernier des miserables de ne pas les avoir revelees plus tot; et si cette iniquite n'existe pas, vous etes le dernier des miserables encore, vous qui vous efforcez d'ameuter la populace pour qu'elle egorge des homines innocents, des femmes et des enfants ! Quiconque ose dire que les Douze sontdes imposteurs, des adulteres et des mediants, est un menteur, et tous ceux qui disent de telles choses auront le sort des menteurs : ils seront jetes la ou il y a des pleurs et des grincements de dents. Qui a jamais vu de telles choses parmi nous ? Personne. Je foule aux pieds de si criminelles calomnies. >■>

M. Favez, comme on voit, possede ce talent qui consiste a mutiler les textes pour en pervertir le sens et la portee. Maintenant, lecteur, est— il vrai que le president Young redoutait la vengeance de Rigdon? La frayeur s'exprimet-elle par un defi aussi energique ? Quels sont les tdmoignages d' imposture que nous decouvre M. Favez, sinon ceux de sa propre imposture? Gar nous le prenons en flagrant delit de falsification des textes par suppression frauduleuse, et nous en verrons d'autres encore !

Les amis de M. Favez nous trouveront peut-etre un peu severes en vers leur cher frere; nous le sommes, il est vrai ; mais ils conviendront aussi que le mensonge, odieux quelle que soit sa source , devient plus odieux encore quand i!

coule d'une plume religieuse. Lisez en saint Marc quelle

tut la conduite des pretres envers l'etre le plus parfait qui

ait habite cette terre , et vous comprendrez pourquoi nous

ha'issons un menteur religieux plus que tout autre men-

teur.

Page 27, le meme ecrivain , parlant des revelations du

prophete Smith, dit :

« Elles n'etaient rien autre au fond que ses propres pensees donnees sous la sanction de l'autorite de Dieu. De la, leur valeur. »

Ceci n'est rien autre au fond que la pensee d'un ennemi systematique ; de la, sa valeur. M. Favez donne tout simplement la question pour raison; mais a quoi bon se gener? Est-ce que les sacrificateurs se genaient pour traiter Jesus de blasphemateur , lui cracher au visage , le frapper, l'insulter, le condamner a mourir sur un gibet? M. Favez ne croit pas aux prophetes vivants , pas plus que les enfants d'Israel n'y eroyaient eux-memes quand Etienne leur disait :

« Gens au cou raide, incirconcis de coeur et d'oreilles, vous vous opposez toujours au Saint-Esprit; vous etes tels que vos peres. Quel est le prophete que vos pares n'aient pas persecute? lis ont meme tue ceux qui ont predit l'av^nement du Juste, que vous avez livre, et dont vous avez ete les meurtriers, vous qui avez reQu la loi par le ministere des anges, et qui ne l'avez point gardee. » (Act. vi, 51 et suiv.)

Les pretres anciens insultaient les prophetes anciens : les pretres de nos jours insultent les prophetes de nos jours ; mais prophetes anciens et prophetes nouveaux n'en sont pas moins les envoy es de Dieu. Continuons ; voici quelque chose de plus hardi (p. 27) :

« II (J. Smith) emit une fois la prediction que son fils, dont la naissance etait attendue, aurait le privilege de voir les tables d'or. C'etait, comme on sait, une faveur dont personne ne jouissait a moins

d'une permission speciale du ciel. Mais le prophete eut une deception, car l'enfant vint au monde mort-ne et diffbrme. »

A un mensonge aussi impudent, nous repondons par un dementi formel, avec defi a M. Favez, ainsi qu'a son compere Bowes, atteste par lui, de citer la revelation qui renferme cette prediction ou tout autre temoignage satisfaisant. Une telle revelation n'a jamais existe. — Poursuivons.

L'imposture, suivant le meme auteur, resulte de ce que, relativement a Independance , bien que des revelations en aient assure la possession a l'Eglise « de generation en generation, d'eternite en eternite, » les Saints en furent neanmoins chasses en 4 833. « Us avaient perdu leur Sion, dit M. Guers, et le fameux oracle de Smith avait ete hautement dementi par les faits. » Nos deux ennemis tronquent les revelations afin de les mettre en contradiction avec les evenements. Dans le cas particulier, la revelation relative a la terre de Sion renferme la condition que les Saints acheteront tous les terrains que le Seigneur avait indiques. Or , ils ne Font pas fait ; des-lors il ne faut pas s'etonner de ce qui est arrive.

MM. Guers et Favez sont presses de conclure a l'imposture ; ils ignorent parfaitement si les Saints ont defmitivement renonce a leur etablissement du Missouri , ou s'ils conservent Fespoir d'en reprendre possession un jour. Ils n'en savent pas davantage sur les droits qu'ils y ont acquis, ni sur la valeur des proprietes dont ils ont ete depouilles violemment. Ils ne se doutent pas que si, lors de leur expulsion , un seul d'entr'eux avait aecepte une indemnite quelconque pour les biens qu'ils laissaient, celui-la eut ete regarde par FEglise comme apostat.

Savent-ils du moins qu'une promesse du Seigneur peut etre conditionnelle ? que son accomplissement peut etrc

retarde ou detruit par le defaut de fidelite de ceux quelle interesse? Citons un exemple pris dans la Bible :

« Voici: comme l'argile est dans la main du potier, ainsi etes-vous dans ma main, maison d'Israel. Au moment ou j'aurai parle contre une nation et contre un royaume, pour l'arracher, pour le demolir et pour le detruire, si cette nation-la, contre laquelle j'aurai parle, se detourne du mal qu'elle avait fait, je me repentirai aussi du mal que j'avais pense de lui faire. Et au moment aussi que j'aurai parle d'une nation et d'un royaume, pour l'etablir et pour le planter, s'il fait ce qui est mal a mesyeux, de sorte qu'il n'ecoute point ma voix, je me repentirai aussi du bien que j'avais dit que je lui ferais. » ( Jeremie, xvni, 6 et suiv.)

Geci est le principe ; voici l'application :

« Alors Samuel dit a Saiil : Tu as agi follement; tu n'as point garde le commandement que l'Eternel ton Dieu t'avait donne. L'Eternel eiit maintenant affermi ton regne sur Israel a toujours. Mais maintenant ton regne ne sera point stable : l'Eternel s'est cherche un homme selon son eceur, et l'Eternel lui a commande d'etre le conducteur de son peuple, parce que tu n'as point garde ce que l'Eternel t'avait commande. »

Voici une autre application encore. Dieu avait promis a Abraham la terre de Canaan pour lui et ses enfants ; quatre siecles plus tard il suscita le grand prophete Mo'ise pour delivrer de la captivite egyptienne les enfants de son ami Abraham, et les conduire en Canaan. Mais, quoique temoins de la puissance de Dieu dans leur delivrance, ils ont transgresse ses commandements, et le Seigneur a dit :

« Quant a tous ces hommes qui ont vu ma gloire et les signes que j'ai faits en Egypte et au desert, et qui m'ont deja tente dix fois, et qui n'ont point obei a ma voix, jamais ils ne verront le pays que j'avais jure a leurs peres de leur donner. Tous ceux qui m'ont irrite ne le verront point. »

Ainsi Mo'ise, suscite expres pour conduire les enfants d'Israel dans la Terre promise, ne les y fit pas entrer et n'y

entra pas lui-meme , malgre la promesse formelle du Seigneur. Mais Josue, plus tard, fut designe par l'Eternel pour cette osuvre, et il mit leurs enfant s en possession du pays promis. Depuis longtemps la posterite d' Abraham ne possede plus Canaan ; cependant l'Eternel avait dit a ce patriarche : « Je te donnerai , a toi et a ta posterite , pour jamais, tout le pays que tu vois (Genese, xm, 15). » M. Guers pourrait dire : « Us ont perdu leur Canaan , et le fameux oracle d' Abraham a ete hautement dementi par les faits. »

Ce que Joseph n'a pas fait a cause des transgressions des Saints, qui oserait dire que Brigham ne le fera pas?

Du reste, on ne saurait s'elonner de ce defaut de fidelite, quand on sait que les Saints etaient alors un peuple dans l'enfance, recrute parmi toutes les sectes religieuses de l'Amerique , et encore imbu des fausses doctrines dans lesquelles ils avaient ete eleves? S'il a fallu aux enfants d'lsrael quarante ans de souffrances et de peregrinations pour acquerir l'obeissance sous un chef tel que Mo'ise , est-il done surprenant que les Saints aient eu besoin de Fecole du malheur et cle la persecution pour devenir un peuple selon Dieu? Si les Juifs eussent ete dociles a la voix du grand prophete, si les Mormons eussent suivi la direction divine transmise par Joseph , a ces deux peuples la terre de promission eut ete ouverte suivant les promesses du Seigneur. Nos ennemis eux-memes, lorsqu'ils relevent avec tant de bruit la corruption ou l'apostasie de quelques membres de notre Eglise, pendant la persecution, nous signalent la cause de ses desastres , annonces longtemps a l'avance par le Prophete. En effet, en aoiit 183! , sept ans avant 1' expulsion des Saints du Missouri , la parole du Seigneur vint a Joseph, disant que « les Saints seraienl

maltraites et chasses de ville en ville, de synagogue en synagogue , » et que « peu de ceux qui appartiendraient alors a I'Eglise resteraient fermes pour recevoir un heritage. » (Doctrines et alliances, p. 151 J

Si done les longues tribulations du peuple d' Israel et son expulsion de Canaan ne prouvent pas Fimposture d' Abraham et des autres prophetes , les persecutions subies par les Saints ne prouvent pas da vantage contre J. Smith et I'Eglise restauree par lui.

II est bien permis a M. Favez, qui nous voit a trois mille lieues de distance , d'ignorer nos projets , nos esperances , nos droits et nos moyens de les reconquerir. Mais d'autres qui nous ont vus de pres , qui nous ont etudies , peuvent en dire quelque chose. Gunnison, en parlant de la cruaute des Missouriens dans 1' expulsion des Mormons, dit (p. 112):

« Malgre toute l'impuissance du gouvernement a leur rendre justice, ils preparent des memoires pour demander la permission d'y retourner, et ils entretiennent l'espoir fervent de rentrer dans cette Sion si chere a leurs cosurs. ;>

Qu'est-ce done que cette sagesse de M. Favez qui frond e ainsi la sagesse de Dieu et veut devancer la marche des evenements? Oui, nous croyons a Faccomplissement de toutes les promesses que le Seigneur a daigne nous faire ! Gomme il est certain que l'Eternel existe, il est 6galement certain que les Saints des Derniers-jours , s'ils demeurent lideles , possederont avant peu d'annees le pays qu'ils ont habite en Missouri , et que la ils batiront le grand Temple dont les fondements sont deja poses ; nulle puissance ne l'empechera.

Voici un autre sujet de scandale pour notre ennemi, une nouvelle preuve de notre imposture. Parce que le Sei-

gneur, clans une revelation , dicte a son serviteur des details relatifs a la prosperity temporelle des Saints, M. Favez, en vrai missionnaire d'un Dieu qui ignore que sa creature boit et mange, travaille et souffre dans ce monde, M. Favez s'enflamme d'indignation. «Serait-il vrai, dit-il (p. 30), » que Jesus fait de son Eglise , pour laquelle il mourut , » une compagnie de brocanteurs? »

Dans l'Eglise des Saints des Derniers-jours , les eveques sont charges des interets temporels de la societe. Or, on sait que quand un peuple s'etablit dans une contre>, cette nouvelle agglomeration, dans un pays non organise, excite la cupidite des speculateurs, qui accourent munis de marchandises de la derniere qualite, qu'ils vendent a des prix arbitraires. La sophistication des denrees alimentaires, notamment, et F elevation des prix, sont des germes de ruine pour la sante et la bourse des consommateurs. En pareil cas, c'est un devoir pour les chefs de veiller a ce que leurs freres puissent se procurer, au meilleur marche possible, des marchandises saines et de bonne qualite. J. Smith, sur qui reposait une grande responsabilite , consulta le Seigneur sur ce qu'il etait convenable de faire , et la sagesse divine enjoignit a Sidney Gilbert d'elablir un magasin ou les Saints pourraient se procurer les choses necessaires , « sans frauds. » Quoi de plus naturel , de plus simple , de plus honorable ? Ou est done cette compagnie de brocanteurs dont parle M. Favez? Est-ce que par hasard le brocantage consiste a s'approvisionner des choses necessaires a la vie? La haine de notre ennemi se manifesto dans le soin qu'il met a chercher des expressions odieuses pour qualifier les actes les plus ordinaires. Son exclamation, qui renferme autant d'absurdites que de mots, ne prouve qu'une honteuse partialite.

Pour le cas ou M. Favez persisterait a se scandaliser de l'intervention du Seigneur dans les affaires materielles de son peuple , nous le renvoyons aux revelations donnees a Moise dans le desert (Deuteronome).

Nos adversaires , tout en reconnaissant que sous la loi de Mo'ise, le Seigneur s'est occupe des affaires temporelles, soutiendront qu'il n'en fut pas de meme aux jours des apotres. A cela nous repondrons : les apotres avaient la mission de precher l'Evangile a Israel ^parpille et aux Gentils disperses dans toules les nations. Leur mission n'6tait pas de rassembler Israel (Actes i, 6 , 7). Voila la distinction. Les Saints des Derniers-jours sont les enfants du Dieu d' Abraham , de Jacob , de Mo'ise et des anciens prophetes, de ce meme Dieu qui ne d^daignait pas de pourvoir aux besoins de son peuple rduni.

Dans les pages suivantes, M. Favez reproduit quatre revelations traduites a sa maniere, frauduleusement tronquees. Elles sont relatives au prophete lui-meme et a Martin Harris. Dans la derniere surtout (p. 32) , il fait une suppression que nous devons relever et expliquer, afin de demasquer encore une fois la tactique de cet ecrivain. II omet cette premiere phrase, qui pourtant n'est pas bien longue :

<* Je le commando de ne pas convoiler la femme de ton voisin, et de ne pas attenter a sa vie. »■

Comme ces mots interdisent le liber tinage, M. Favez, qui presente les Mormons comme des miserables livres a tous les d^bordements, les a prudemment supprimes.

Le meme paragraphe finit par ce membre de phrase, qui n'eut pas grossi sa brochure :

« pour qu'ils croient a l'Evangile, et qu'ils n'attendent pas un

Messie a venir, qui est deja venu. »

Geci prouve que le Livre de Mormon confirme l'Evangile ; mais M. Favez soutient que nous voulons substituer le Livre de Mormon a la Bible et au Nouveau-Testament ; il a done voulu, par cette reproduction infidele, eviter de se donner a lui-meme un dementi. De tels procedes sont peu dignes d'hommes graves et serieux ; mais la haine est aveugle. Apres avoir ainsi torture et mutile les documents, l'honnete ecrivain ose ajouter : « Si J. Smith eut essaye a ailleurs sa maniere de faire, il est plus que probable qu'il » aurait appris comment on punit les escrocs ! » — Nous repondons dans le meme style et avec plus de raison : « Si » M. Favez essayait ailleurs, dans les actes civils par exem- » pie , sa maniere de faire , il est plus que probable qu'il » apprendrait comment on punit les faussaires ! » Salomon a dit : « Repondez au fou selon sa folie , de peur qu'il ne » s'imagine etre sage. » (Pro v. xxvi, 5.)

Pour en finir avec les citations tronquees et frelatees de nos ennemis, prenonsun seul exemple dans les livres saints : « Many eons et buvons, car demain nous mourrons. »

MM. Favez et consorts reconnaissent-ils dans ce passage, fidelement copie, mais separe de ce qui le precede de ce qui le suit , la morale de saint Paul? (I Ep. aux Cor. xv, 32). Voila pourtant comment ils pratiquent la citation.

Suivant M. Favez, le fondateur d'une societe dont la direction occupait tous ses instants , l'apotre d'une religion qu'il scella de son sang, J. Smith etait un grand fripon lorsqu'il emit une revelation qui recommandait aux Saints de pourvoir a ses besoins et de lui reserver un asile dans la maison destinee a recevoir les etrangers a Nauvoo. II commettait une infame escroquerie lorsqu'il transmettait a Martin Harris, homme riche, le conseil de ne pas trop

convoiter ses biens, d'en clonner librement line partie pour la publication du Livre de Mormon.

Que cet 6crivain si scrupuleux nous dise done de quoi vivait Mo'ise, de quoi vivait Jesus. Qu'il nous dise si les apotres furent des escrocs quand ils recurent l'argent des premiers disciples, Joses et autres. (Act. iv, 33 et s.) A qui Dieu devait-il commander de publier ce Livre , sinon aux plus riches d'entre les temoins de son authenticity? Tout cela fait pitie , surtout quand on se rappelle que nos adversaires voient dans des faits aussi naturels , aussi irreprochables, des preuves positives d' imposture !

A ces ennemis maladroits et ignorants, a ces hommes sans discernement , a qui tous materiaux sont bons pour construire leur oeuvre de calomnie , nous opposerons le temoignage d'autres ennemis mieux renseignes et plus judicieux. En meme temps que les Guers et les Favez s'efforcent de decouvrir, dans les revelations donnees par Joseph Smith, des preuves palpables d'imposture, M. Clarke, de Londres , chretien comme eux, renverse leur echafaudage et leur imprime sur le front le signe de l'ineptie. Ecoutons cet auteur :

« Si jamais limitation des ordonnances de Jesus-Christ a ete portee a un haut degre par un peuple quelconque, e'est certainement par les Mormons. Pas une ordonnance, pas une prescription observee aux jours des apotres, qui ne soit maintenant en vigueur parmi eux. De la vient la sublUue de I' illusion. » (The Mormons in a fix, page 1.)

Laissons nos ennemis se mettre d'accord entr'eux , les uns nous accusant d'une grossiere parodie, les autres d'une subtile contrefacon, et passons plus loin.

Maintenant, ce n'est plus aux hommes que M. Favez s'attaque. Notre doctrine est hdretique, dit-il (p. 33), et la qualifier ainsi , c'est encore lui faire beaucoup d'honneur , parce qu'elle ne tient pas a la vdrite par un bout.

A l'appui de cette sentence elegamment motivee, il cite un echantillon de notre dogme : « Dieu, selon J. Smith, a » vraiment un corps et des membres ; il mange et boit. » — Dieu a cree le monde par la foi. — Christ est un etre » sauve. » Puis M. Favez s'arrete, nous renvoyant, pour de plus amples developpements sur ce sujet , au numero 2 de ses Fragments (qui n'a pas encore paru, — ■ septembre 1 854). Soit, attendons, et contentons-nous du peu qu'il nous donne. Qu'est-ce que M. Favez? Un missionnaire sans mission , membre d'un corps sans tete , dont M. de Gasparin a dit :

« Le plymouthisme est Men plus qu'une fausse doctrine, c'est

une maladie morale On tient a n' avoir ni ministres, ni savants,

parce qu'ainsi onpeut tronerason aise et abriter son ignorance sousla theorie commode de l'inspiration directe. La fermentent in-

cessamment 1'orgueil spirituel, le myticisme qui met ses impressions a la place de l'Ecriture, l'esprit de jugement, l'esprit de subtilite, le formalisme qui se croit ennemi des formes , et ce parlage religieux contre lequel il est temps de reagir au nom de la religion. > (Archives du chrislianisme, Janvier 1854.)

Tel est l'homme qui nous accuse d'heresie. Or, les Darbystes ou Plymouthistes sont des hereiiques parmi les Methodistes ; ceux-ci sont heretiques parmi les protestants , qui, eux-memes, sont heretiques dans la chretiente, laquelle , dans son universalite , est apostate de la religion

chretienne primitive * . II peut done a son aise tronquer et attaquer nos doctrines.

Quant a nous , nous ne discutons pas ici nos principes ; nous les exposons, soit dans l'enseignement oral, soit dans des publications speciales , et ceux qui les acceptent avec un coeur droit ne tardent pas avoir la certitude personnelle de la divinite de l'ceuvre.

Telles sont les attaques dirigees par nos ennemis contre le Livre de Mormon et son authenticity ; elles se bornent a des injures gratuitement adressees a quelques personnes : nous en avons fait justice. Plus loin nous repondrons aux objections puisees dans le texte meme de ce Livre sacre.

1 Si Ton s'etonne de notre langage, nous renvoyons aux journaux religieux qui s'impriment dans les deux seules villes de Geneve et de Paris. II suffit d'y jeter un coup d'oeil pour reconnaitre que les coteries religieuses s'entr'egorgent. Ceci nous dispense de toute discussion relativement a nos principes.

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