‹ Les morphinomanesChapitre 11 sur 48 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

La statistique de la morphinomanie est encore à faire. Quelques auteurs ont bien réuni dans des tableaux plus ou moins bien coordonnés les i^ésultats de leur pratique; mais peu nombreux et étrangers les uns aux autres, opérant sans vue d'ensemble, ils n'ont donné que des renseignements incomplets et relativement peu utilisables. Il faudrait, pour tirer des faits tous les enseignements qu'ils comportent, qu'un médecin autorisé, un de ces hommes auxquels on ne saurait se dispenser de répondre, adressât à ses confrères, à ceux du moins qui ont fait de la morphinomanie une étude spéciale et qui sont à même d'observer des morphinomanes, un questionnaire méthodique et détaillé. Une telle méthode, que les savants anglais, surtout, emploient depuis longtemps pour l'éclaircissement des problèmes scientifiques de tout ordre, donnerait certainement d'excellents résultats.

C'est ainsi qu'au point de vue étiologique dont je m'occupe en ce moment, nous ne connaissons rien de précis sur la fréquence absolue de la morphinomanie, non plus que sur sa fréf[uence relative chez les diiïérents peuples. Sa géographie médicale, satdémogruphie, sont encore à faire. Les statistiques médicales que j'ai sous les yeux, celles de Lewinstein, Erlenmeyer, Obcrsteiner, Burkart,

LES MORPUINOMANRS.

Mattison et la statistique française de Landowski n'étudient guère cette passion qu'au point de vue de sa fréquence chez riiomnie et la femme et dans les différentes classes sociales. Je présenterai sous forme de tableau comparatif les deux les plus complètes, celles de Lewinstein et de M. Pichon.

Quelque incomplète que soit cette statistique et quelque insigniTiant que soit le nombre des faits sur lesquels elle repose, elle prête, cependant, à un certain nombre de remarques permettant de présumer l'intérêt que pourraient présenter des documents plus rigoureux et plus abondants.

Nous y voyons qu'à l'inverse de l'alcoolisme, la fréquence de la morphinomanie est, relativement, beaucoup plus grande dans les classes intelligentes et élevées de la société que dans les classes inférieures. Sur 220 cas, en effet, l'72 appartiennent aux professions dites libérales (médecins, pharmaciens, magistrats, professeurs, hommes de lettres, religieux, militaires). Pendant longtemps, même, ces classes ont fourni la presque totalité des morphinomanes. Aujourd'hui, cependant, grâce à l'extension du morphinisme thérapeutique, à la vulgarisation des connaissances pseudo-scientifiques et à la diffusion du luxe, la morphinomanie se démocratise et tend à contaminer les classes laborieuses. Les campagnes mêmes, et la faute en est surtout aux médecins, ne sont plus à l'abri de la contagion.

Nous constatons surtout les ravages que fait la morphinomanie dans le monde médical, non seulement chez les médecins; pharmaciens, mais encore parmi leurs femmes, les infirmiers, les garçons de laboratoire et ceux qui, de près ou de loin, se rattachent à la profession médicale. Dans les statistiques réunies de Pichon et Lewinstein, les gens de médecine constituent près de la moitié du nombre total (111 sur 230) des malades. D'autres statistiques moins importantes ne font que corroborer cette remarque. Sur 115 morphinomanes, Burkart a trouve 45 médecins, 6 femraes.de médecins, 2 pharmaciens, soit 53 personnes appartenant au monde médical, sans compter 3 étudiants dont il n'indique pas la nature des études. Sur 143 hommes, Gunz compte^? médecins, soit 46 p. 100. les trois malades de Mattison élaient tous trois des enfants d'LIippocrate.

ÉTIOLOGIE DE LA MORPHIN OMANIE.

StatisU(|iic des professions.

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