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Eludiants en pharmacie. .
Fabricants d'instruments
Infirmiers et garçons de
Magistrats, avocats.. . .
Étudiants en droit. . . .
Hommes de lettres. . . .
J^eljffieux . . ...
Commerçants
Emplovés de commerce. .
Officiers et leurs femmes..
Ouvriers
Paysans
Domestiques
Aprùs le monde médical, vient le monde militaire où la morphinomanie devient une véritable plaie. Sur uu total de 210 malades , Pichon et Levinstein ont observé l'un 18 et l'autre 20 militaires. Elle serait, surtout, fréquente dans l'armée allemande. D'après certains renseignements fournis à M. Pichon, au moment de la guerre franco-allemande, alors que la morphinomanie était encore dans sa période préhistorique, plusieurs officiers eurent recours à la morphine pour se mettre en élat de fournir l'effort physique et moral que commandaient les circonstances et leurs pratiques se seraient rapidement étendues, par imitation, à beaucoup de leurs collègues, voire même aux soldats. La guei^re terminée, beaucoup renoncèrent à un stimulant devenu superflu; mais un certain nombre, incapables de surmonter les souffrances du sevrage, continuèrent et formèrent un noyau de morphinomanes qui, la contagion aidant, serait, dit-ou, devenu légion, surtout parmi les officiers subalternes. Par contre, le vice morphinique serait inconnu dans l'armée française. Dieu le veuille! Quelques faits permettent, cependant, d'en douter. M. Pichon a soigné un jeune sous-lieutenant devenu morphinomane à la suite d'un rhumatisme articulaire aigu imprudemment traité par la morphine. Le mari de M""" L..., dont j'ai rapporté une partie de l'observation, médecin militaire, est morphinomane et a communiqué à sa femme sa funeste habitude. Et le jeune pharmacien C..., dont j'ai parlé et parlerai encore, a contracté la morphinomanie dans un hôpital militaire. Je -crois savoir, d'autre part, que l'habitude de fumer l'opium se répand parmi les troupes qui séjournent au Toukin : il y a quelques jours à peine, on rapatriait en France un officier supérieur que l'opium, dont il fumait une trentaine de pipes chaque jour, avait réduit au dernier degré du marasme et qui mourut dans la mer Rouge, ce tombeau des malades, au dire ■ des marins, malgré les injections de morphine qu'on lui faisait pour le soutenir^ «
ter lade,
l'opium inulgré les fortes poiues prouoncéos coutre les tunicurs. Uts peines (itaiout, pour uu soldat, 60 jours do prisou; nu grade Olait casse; uu employé civil était renvoyé eu France et perdait sa place. »
ÉTIOLOGIE DE LA MORPUINOMANIE.
La morplnnomanie paraît assez fréquente chez les rentiers et les commerçants figurent pour 34 cas dans la statistique que je viens de reproduire Elle lest également chez les gens du monde désœuvrés et ennuyés, les petites-maîtresses, les prostituées. Ces dernières, bien que n'étant pas mentionnées dans la statistique française, fournissent k la statistique générale un appoint de 13 cas. M. Pichon les tient pour très nombreuses, autant qu il a pu en juger par deux années d'observations à la 1 relecture de police. 11 faut dire, cependant que, pour un criminologiste distingué, M. Laurent, ancien interne des prisons de la Seine, la morphinomanie serait rare chez les délinquants dont les relations avec les prostituées sont bien connues.
Les observations statistiques confirment les données étiologiques sur lesquelles je me suis étendu dans ce chapitre. Nous y voyons comme les aliènes, les délinquants, comme tous les hommes d'ailleurs, les morphinomanes se montrer tantôt actifs, tantôt passifs, céder tantôt à un besoin, tantôt à une suggestion, se diviser en morphinomanes par constitution, par tempérament et en morphinomanes d'occasion ou d'accident. Les premiers, médecins, pharmaciens, magistrats, hommes de lettres, gens du monde, se morphinisent pour se distraire, se consoler, entrer dans un monde nouveau; les seconds, femmes de médecins ou de pharmaciens, domestiques, infirmiers, gens désœuvrés de toute sorte, se morphinisent par imitation, parce qu'ils voient les premiers se soumettre aux injections de morphine. Ceci, bien entendu, en dehors du morphinisme thérapeutique proprement dit et pur de tout mélange, qui n'est qu'un accident, une surprise, un guet-apens.
L'influence des causes morales que j'ai énuraérées ressort également de ces statistiques : je n'y reviendrai pas. Mais ce qui frappe surtout, c'est la passion de la morphine dans certaines catégories sociales et surtout chez les médecins. Pour ces derniers, la faculté de se procurer le poison à discrétion n'est pas seule en cause : il faut faire entrer en ligne de compte les incertitudes, les misères, les déboires de la profession. Pour quelques médecins qui, grâce à leur talent, à un travail acharné, ainsi qu'à de longues et savantes manœuvres, deviennent des personnages, combien
demeurent écrasés par un travail à peine rémunérateur ou humiliés par les Iristes et, quelquefois, honteuses exigences de la clientèle? La médecine est la plus helle des sciences, là plus noble des professions, soit, mais aussi le plus vil des métiers. Chez les commerçants, combien d'inquiétudes et de déceptions? Chez les artistes, les prostituées, quel surmenage physique et moral! Chez les religieux que ne soutient pas une foi ardente, dont le caractère trop digne se refuse à voir dans le sacerdoce ou la vie monacale une carrière comme une autre ou chez qui la discipline n'a pas étouffé tout esprit d'indépendance, quelle compression morale, quels troubles de conscience, quel esclavage !
L'étude de faits particuliers peut seule mettre enlumière l'influence de la diathèse névropathique héréditaire ou acquise sur la détermination ou la pratique des habitudes morphinomaniques chez les membres des diverses classes sociales qui figurent dans la statistique ; mais il en est une, celle des prostituées, dont la prédisposition aux abus de toute sorte et à celui de la morphine, en particulier, est un sérieux argument en faveur de cette thèse. L'on sait, en effet, que ces femmes sont souvent des névropathes héréditaires, à l'intelligence débile, au sens moi-al absent ou lacunaire, atteintes de névroses telles que l'hystérie, l'épilepsie, le somnambulisme ou, même, de véritables psychoses. Cette prédisposition héréditaii^e s'ajoute à leur vie désordonnée et fatigante, fertile en chagrins et en revers de fortune, pour en faire les victimes désignées d'une habitude dans laquelle quelques-unes voient un moyen de séduire leurs amants en piquant leur curiosité, un chic nouveau ; mais beaucoup aussi une distraction, une consolation et un excitant qui les met à la hauteur des exigences de leur triste et pénible métier. Et ce n'est pas seulement chez les prostituées de haut vol, chez les femmes du demi-monde, que se rencontrent les morphinomanes ; on en trouve aussi chez les prolétaires de la profession, les insoumises, qui «turbinent» sur les trottoirs et dans les poches desquelles on commence à découvrir, lors de la fouille, la seringue révélatrice.
Disons, cependant, que malgré l'importance et la fréquence des causes morales, le morphinisme thérapeutique est plus commun que le morphinisme passionnel : sur 55 morphinomanes de tous degrés, M. Pichon en a trouvé 37
ÉÏIOLOGIE DE LA MORPHINOMANIE.
qui devaient leur passion à un traitement intempestif par la morphine et, parmi ces derniers, 34 avaient lieu d accuser leur médecin de leur perte. Mais, dans beaucoup de cas la thérapeutique n'a joué que le rôle d'une cause occasionnelle et, si les malades ont continué des piqûres que ne justiliait plus leur état pathologique, c'est moins parce qu'ils n'avaient pas la force de supporter l'abstinence, que parce que le traitement par la morphine avait été pour eux une révélation, d'aboi-d bénie puis, plus tard, maudite, de l'action stimulante, consolatrice et euphoristique de la morphine.
La date récente de la passion morphinique, le petit nombre de malades qui se font connaître ou que trahit la gravité de leur état, le petit nombre aussi de médecins qui s'en occupent et le secret professionnel qui les lie, ne permettent guère d'émettre au sujet de sa diffusion et de ses progrès, autre chose que des conjectures; mais tout porte à croire, et sa constatation dans les classes inférieures de la société au sein desquelles elle était naguère inconnue le prouve, que ces progrès sont considérables. Il ne saurait en être autrement, si nous n'avons pas exagéré le rôle des causes morales du morphinisme, dans une société en voie de transformation, en train, si elle ne parvient pas à démontrer par l'exemple l'inutilité de toute morale et ne retombe pas assise sur des bases purement utilitaires, de retourner à la barbarie et dont la destinée paraît si incertaine que le philosophe et le moraliste qui la suivent pourraient dire avec le poète ^ :
1. Bien qu'ayaat trait nou à la morphinomanic, mais à sou écjuivalent, l'opiophagie, un travail déjà ancien de Walliscr-Rilliett conhrrao certaines des données étiologiques et statistiques qui précèdent : il a trait à l'abus de l'opium aux Etats-Unis, D'après cet auteur, en 1876. les douanes américaines ont por<;u des droits sur 111000 kilogrammes d'opium brut, 20 000 kilogrammes d'opium à fumer et 96 kilogrammes de morphine; chirt're qu'il faut majorer de 15 p. 100 pour tenir compte de l'importation par coutrobandc. Eii convertissant ces poids en morphine, on a trouvé que les Etats-Unis consomment annuollonient25 millions do grammes de ce sel, dont un cinquième seulement dans un but thérapeutique.
La dose journalière des opiophages américains est de 15 à 20 grains d'opium, soit 06^20 do morphine et les Yankees purs no comptant que 6 millions d adultes, on en déduit que 250 000 d'outre eux se livrent à l'abus de l'opium.
Toutes les classes do la société fournissent leur contingent à l'armée opiophugc ; mais, comme en Europe, cllo se recrute surtotit parmi les savants, les hommes d'Etat, les médecins, les ecclésiastiques, les écrivains et les journalistes. Les médecins contriljuent a ces ravages en prescrivant l'opium à tort et à travers, on nature et non sous forme d'injoc-
LlîS MORPHINOMANES.
Qui i^ourrait, à ceUe heure où Dieu peut-être échoue, Deviner
Si c'est du côte sombre ou joyeux que la roue Va tourner?
tion do morphine, car la seringue do Pravaz est encore (1870) inconnue à beaucoup d'entre eux. Walliser-Rillictt termine par cette remarque fort intéressante, que les progrès de l'opiophagie marchent de pair avec le développement des sociétés de tempérance et l'influence croissante du parti qui réclame des mesures législatives de répression contre les ivrognes. De 1867 à 1876, l'importation de l'opium a augmenté de 70 p. 100, tandis que le chiffre do la population ne s'est élevé que de 10 p. 100.