‹ Les morphinomanesChapitre 15 sur 48 · SYMPTOMATOLOGIE DE LA MO H P 11 INO M A N I H · texte numérisé non relu

SYMPTOMATOLOGIE DE LA MO H P 11 INO M A N I H

tats très concluants; il a, cependant, constaté qu'immédiatement après la piqiii'e, la température périphérique s'élevait à 38", 5 et même 39" ; mais cette hypertliermie légère fait défaut chez les vieux morphinomanes. Pour ce qui est de la température dans le cours régulier du morphinisme chronique, elle ne présente, dit-il, rien de particulier.

Levinstein, cependant, a décrit une fièvre morphinique qui peut affecter trois types :

Le premier est une véritable fièvre intermittente qui ne diffère en rien de la fièvre palustre. Dans le second, le malade accuse presque chaque jour et particulièrement dans la seconde moitié de la journée, des frissons, une sensation de chaleur, de l'altération, sans que, cependant, la température ait subi une élévation bien notable. Le troisième, enfin, rappelle la fièvre typhoïde et se caractérise par de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreilles, des vertiges, de la prostration, une inaptitude absolue au travail, un trouble de l'accommodation rendant la lecture impossible. Les patients sont obligés de garder le lit pendant plusieurs septénaires sans, cependant, que leur température s'élève beaucoup : elle ne dépasse {guère 38°,3.

Chez un homme d'une quarantaine d'années, arthritique et nerveux, adonné depuis plusieurs mois à l'usage d'injections de morphine à des doses ne dépassant pas, il est vrai, 4 ou 'à centigrammes par jour, j'ai observé des accès fébriles tout particuliers rappelant les décharges uratiques des goutteux. Toutes les trois ou quatre semaines, cet individu était pris de malaise, céphalalgie frontale, courbature, douleurs musculaires au niveau de la région lombaire et des mollets, somnolence, sueurs, diarrhée légère douées d'une odeur sui generis et légère élévation thermique atteignant 38°,:; à 39 degrés. L'urine était rouge et chargée d'urate. L'appétit, toutefois, etle sommeil étaient à peu près respectés. Il était obligé de s'aliter et de suspendre tout travail pendant deux ou trois jours, puis se relevait, n'éprouvant plus qu'une grande faiblesse, qui, disait-il, n'était pas sans charmes. Pendant cette indisposition et les quelques jours suivants, le besoin de morphine disparaissait à peu près complètement; il sentait bien qu'une injection ferait cesser le sentiment de faiblesse en question, mais il ne souffrait pas de la privation de son excitant. Plusieurs fois, il compta sur le retour

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de ces malaises pour rompre, sans trop de peine, avec une habitude dont les inconvénients et les dangers lui étaient connus; mais le besoin reparaissait, avec son empire tyrannique, dès que les forces lui étaient revenues.

L'action thermogène de l'opium est, d'ailleurs, connue depuis longtemps. L'opium, disaient les anciens, est un médicament chaud, en ce sens qu'il produit une fièvre passagère. Il me suffit, écrit Fonssagrives, d'un demi-grain d'opium pour ressentir dans tout l'organisme une sensation de chaleur irradiante et une sécheresse brûlante dans la paume des mains. La morphine jouit de la même propriété comme l'ont montré les expériences d'Oglesby, Demarquay, Duméril et Leconte qui assimilent, à cet égard, l'opium et la morphine à l'ail, à l'ati^opine, à la picrotoxine. Nous manquons, malheureusement, de données thermométriques précises sur ce point de thérapeutique expérimentale. Dans une expérience d'Oglesby, cependant, on vit un huitième de grain (O^SOGS) de morphine injecté sous la peau d'un jeune chat amener une élévation thermique de 3 degrés Fahrenheit, soit \<>fil centigrades.

III. Troubles de la respiration. — La respiration suit, à l'état normal, les moditîcations de l'activité circulatoire. En excitant le cœur, en faisant passer dans les centres respiratoires un sang plus abondant et plus oxygéné, la morphine doit, à dose physiologique, rendre la respiration plus large et plus fréquente. C'est, d'ailleurs, ce que montrent l'observation clinique et l'expérimentation. Par contre, à doses toxiques, la morphine rend la respiration lente, superficielle, irrégulière et, s'il est permis de détourner ce mot de son acception commune, syncopale.

Chez les morphinomanes, la respiration participe, sans doute, à la stimulation générale qui suit l'injection et il est probable, par contre, qu'à l'état de besoin ou dans la période cachectique du morphinisme, elle souffre de la langueur commune à toutes les fonctions de l'organisme. Mais ce ne sont là que des assertions basées sur l'observation grossière et l'analogie; nous ne possédons aucune détermination précise sur ce point qui marque encore une des nombreuses lacunes de l'histoire scientifique Ju morphinisme.

IV. Troubles de la nutrition. — A. Fonctions digestives. — Après une injection de morphine un peu copieuse, l'appé-

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tit est caugmenté, la soif est vive et le sujet, dont la bouche estle siège d'une sécheresse incommode, ne peut la calmer qu'en ingurgitant coup sur coup de grands verres d'eau; mais chez les néophyte's, chez les sujets faibles et nerveux surtout, il survient des nausées et des vomissements qui disparaîtront avec l'accoutumance pour ne se montrer de nouveau qu'à une période avancée de l'intoxication, à la période cachectique, oîi leur signification sera tout autre. Ces vomissements, ainsi que l'a remarqué M. Voisin qui a pu étudier, dans son service à la Salpôtrière, le morphinisme sur une vaste échelle, puisqu'il l'a érigé en méthode thérapeutique, sont deux fois plus communs chez les femmes que chez les hommes.

Après la piqûre, également, tous les morphinomanes ressentent, dans les premiers temps, une sensation épigastrique toute spéciale, qui est pour eux, avec le sentiment d'euphorie, un critérium certain de la valeur de la solution employée. Cette sensation n'a rien de douloureux et serait plutôt agréable; son intensité varie et M. Pichon l'a vue assez marquée pour couper la respiration du sujet, au point qu'il était obligé de s'asseoir, la main sur la poitrine, dans l'attitude de l'asthmatique s'apprêtant à venir en aide au fonctionnement de ses muscles inspirateurs. Les hystériques morphinomanes la comparent au nœud hystérique qui annonce leurs attaques. Elle diminue plus tard et, chez les vieux morphinomanes, reste inaperçue. Elle est, sans doute, due à une sorte de péristaltisme stomacal.

Dans le, cours du morphinisme chronique, abstraction faite des effets temporaires de l'injection, l'appétit est généralement diminué et ce seul signe, lorsque aucun autre état pathologique ne vient en rendre compte, peut mettre ua observateur avisé sur la voie d'habitudes soigneusement cachées. Les malades se plaignent souvent de crampes d'estomac, de borborygmes fort gênants dus au péristaltisme intestinal dont Nasse, Legros et Onimus ont montré l'exagération, de dyspepsie flatulente; mais ce qui les fait le plus souffrir, c'est une constipation des plus opiniâtres pouvant se compliquer de hernies, d'hémorroïdes, d'épistaxis, de congestion cérébrale, se terminant par des débâcles abondantes ou alternant avec une diarrhée d'une odeur et d'une couleur toutes spéciales. Cette constipation, surtout, est pour les morphinomanes l'objet d'une terreur

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continuelle : un Jeune éLudianl en médecine soigné par M. Piclion, n'allait à la selle que tous les dix jours et au prix des plus vives douleurs lui arrachant des cris perçants et le menaçant de syncope : les la-*ements se montraient impuissants et l'on dut recourir, à plusieurs reprises, pour le débarrasser, à la curette rectale.

L'action de l'opium e.t de la morphine sur les sécrétions liées aux fonctions digestives : salive, bile,'; sucs pancréatique et intestinal, suc gastrique, etc., est peu connue et l'on peut dire que la physiologie pathologique de la dyspepsie morphinique est encore à faire. L'on sait, cependant, qu'à l'inverse du jaborandi et de la pilocarpine qui exagèrent non seulement la sécrétion sudorale, mais encore toutes les sécrétions, l'opium n'agit à titre d'hypercrinique que sur la sueur et a, sur les autres produits glandulaires, une action hypocrinique bien marquée. Cette action se manifeste surtout sur les glandes à mucus d'où la sécheresse bien connue de la bouche et de la gorge qui succède à l'ingestion de l'opium, sur les glandes intestinales dont le tarissement est l'un des principaux facteurs de la constipation des opiophages et sur le foie où elle se traduit par une décoloration des selles qui prennent une teinte jaune chamois caractéristique indiquant une altération qualitative et quantitative de la bile. Les recherches de Rutherford ayant montré, contrairement àl'opinion généralement reçue, que le calorael n'a aucune action sur la sécrétion biliaire, l'opium qui augmente l'activité glycogénique du foie, ainsi qu'il résulte des expériences de Claude Bernard, reste peutêtre le seul médicament qui restreigne son activité cholégéuique.

B. Nutrition. i° Échanges nutritifs. — Chez les sujets jeunes, vigoureux, bien nourris, ne dépassant pas la dose journalière de quelques centigrammes, dont les organes digestifs sont intacts, l'usage de la morphine paraît longtemps compatible avec l'intégrité de la nutrition et de la santé générale; à la longue, cependant, leur teint- devient paie et blafard, quelquefois terreux; un œdème léger se montre à la face, aux paupières surtout et aux membres inférieurs et leur poids diminue. Mais, dans les conditions opposées, il survient un amaigrissement rapide; parfois considérable, qui se continue jusqu'à la mort ou ne s arrête qu'après la guérisou.

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