‹ Les morphinomanesChapitre 16 sur 48 · SYMPTOMATOLOGIE DE LA M 0 R P 11 1 N 0 M ANI E · texte numérisé non relu

SYMPTOMATOLOGIE DE LA M 0 R P 11 1 N 0 M ANI E

Cet araaigi-issement l'uL très sensible chez le nommé C... (Valenliii), ce jeune pharmacien morphinomane que j'ai observé à CadiUac et doni, il a déjà été question à diverses reprises. Ce malade arriva dans un état de maigreur extrême. « Au moment où nous le voyons pour la première fois, dit l'observation^ C..., privé d'injection depuis la veille, offre tous les stigmates du morphinisme chronique : très amaigri, la peau terreuse, le teint plombé, la physionomie inquiète et anxieuse, il est couché sur un banc de la cour du quartier d'infirmerie, répugnant à tout mouvement, incapable du Hioindre eiïort, répondant à peine aux questions et demandant avec instance à ne pas être soumis à la suppression brusque de la morphine qu'il ne saurait supporter sans périr. » A ce moment, le malade, de taille au-dessus de la moyenne cependant et bien charpenté, ne pesait que 61 kilos : à sa sortie, après guérison complète et un séjour de plus d'un mois à la colonie de l'asile, dans d'excellentes conditions d'hygiène physique et morale, il pesait 83 kilos et se trouvait dans un état magnifique, gras à lard, absolument transformé. On trouvera plus loin, au chapitre de thérapeutique, un tableau synoptique des pesées que subit ce malade au cours de son traitement.

2" lUmatofoUse. — La pâleur des téguments chez les morphinomanes chroniques suffirait à faire présumer que l'anémie joue un rôle important dans la symptoniatologie de leur état; mais nous ne sachons pas qu'on ait encore fait aucune recherche hématologique précise à ce sujet, La question reste donc tout entière et mérite de trouver acquéreur.

3° Excrétions. Uropoièse. — Tous les morphinomanes savent que l'injection de morphine est souvent suivie d'une dysurie très notable, nullement douloureuse d'ailleurs, et coïncidant toujours, mais non certainement, avec une diminution absolue de la quantité d'urine accumulée dans la vessie. Cette dysurie paraît tenir à la fois, selon Trousseau et Bonnet,, à la sécheresse de la muqueuse du col vésical et à un certain degré d'atonie du plan musculaire de la vessie. L'action de la morphine sur la lîltiation urinairc a été diversement interprétée. M. Pichon tient la polyurie pour presque constante dans le morphinisme chronique dont elle serait l'un des principaux

symptômes. Pour Trousseau, au contraire, la diminution est beaucoup plus fréquente pour peu que les sels de morphine aient été administrés pendant deux jours à la dose de o ou 10 centigrammes et il existerait un balancement entre l'hypurie morphinique et l'exagération de la sécrétion sudorale survenue sous la même influence.

Nous ne savons encore rien de l'action de la morphine sur la composition de l'urine et sa teneur en matières excrémentitielles : urée, acide urique, chlorures, etc. C'est un chapitre de chimie pathologique à faire. Quelques observateurs se sont seulement occupés de l'influence de cet agent sur le passage du sucre et de l'albumine dans ce liquide.

On sait que Claude Bernard a expérimentalement démontré que l'opium exaltait la fonction glycogénique du foie et déterminait un certain degré de diabète glycosurique passager. Depuis, Levinstein aurait de'terminé un diabète temporaire en soumettant des chiens à l'intoxication par la morphine et Eckart a décrit un diabète morphinique. Reprenant ces expériences, M. Picbon déclare n'avoirjamais trouvé de sucre dans l'urine des morphinomanes.

Il en dit autant de l'albumine. Levinstein a, cependant, signalé le premier l'existence d'une albuminurie morphinique qui varierait d'intensité d'un simple trouble de l'urine à la production d'un précipité floconneux, serait proportionnelle à l'ancienneté de l'intoxication et persisterait plusieurs mois après la cessation des injections de morphine. Des expériences sur 3 chiens et 12 lapins auraient pleinement confirmé la réalité de ces observations faites sur l'homme et montré que l'albuminurie, immédiate pour des doses de 4 à 5 décigrammes capables d'amener la mort en quelques heures, n'apparaît qu'au bout de deux ou trois jours pour des doses plus faibles (trois injections quotidiennes de 2 à 3 centigrammes), atteint son maximum le quatrième jour, puis disparaît graduellement. Dans un mémoire confirmatif de celui de Levinstein, Huchard décrit trois cas d'albuminurie qu'il n'hésite pas à rapporter à l'usage d'injections de morphine px^atiquées pendant des mois et des années. Il existe, pour lui, deux sortes d'albuminurie morpliinique : l'une, passagère, peu abondante, bénigne, sans lésions rénales, relève du morphinisme aigu ou du morphinisme chronique et recoimaît pour cause pri-

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