‹ Les morphinomanesChapitre 34 sur 48 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

DE

LA MORPUINOMANIE.

avant de commencer son traitement et d'abdiquer son nidépendance, une dose de luxe : il fait ses adieux à la vie de morphinomane comme le viveur fait les siens à la vie de garçon. Aussi les premières vingt-quatre heures du traitement sont-elles généralement calmes; mais après, pour peu que les habitudes toxiques soient anciennes et que les doses habituelles aient dépassé quelques décigrammes, on voit survenir un état d'irritation croissante qui peut se transformer en un véritable accès de manie; et ce fait est si constant que l'on peut affirmer, en son absence, le succès de quelqu'une de ces ruses auxquelles excellent ces malades. C'est alors qu'il faut veiller sur le patient, opposer un cœur d'airain à ses supplications et à ses menaces, soustraire à ses regards tout ce qui pourrait lui servir d'arme, parer à des tentatives possibles d'évasion ou même de suicide, déjouer toutes les ruses qu'il met en œuvre pour obtenir clandestinement de la morphine et se tenir prêt à conjurer, par une prompte injection, toute menace sérieuse de collapsus. Le médecin, pendant cette période dont la durée, heureusement, n'excède pas en général quelques jours, doit être toujours là : il doit exercer sur son malade une surveillance étroite et constante bien que discrète et le flacon de morphine ainsi que la seringue de [Pravaz ne doivent jamais quitter sa poche.

Cette période critique franchie, l'on peut, l'on doit même dans l'intérêt du traitement, s'efforcer de distraire le morphinomane et, pour cela, lui permettre de se réunir à ses compagnons d'infortune de l'un et de l'autre sexe et de demander à la conversation ainsi qu'au jeu une ressource contre les angoisses encore vives de l'abstinence morphinique et contre l'ennui de la séquestration. Je pense aussi qu'à cette période, des promenades, des jeux en plein air, des excursions en voiture, des concerts, des spectacles, la danse, même, ou d'autres exercices du corps trouveraient leur application. L'ennui qui est, nous l'avons vu dans la partie étiologique de cet ouvrage, l'un des grands facteurs de la morphinomanie, est aussi l'un des plus grands obstacles à la guérison des morphinomanes. 11 faut donc le combattre avec d'autant plus d'énergie qu'il importe de retenir les convalescents dans les maisons de santé le plus longtemps possible, c'est-à-dire pendant trois ou

quati'e semaines au moins au delà du temps strictement nécessaire à leur guérison brute et apparente. Mais à cette période de convalescence, il convient de surveiller attentivement l'excitation yénésiquo quasi impulsive qui s'emparant de certains sujets dès qu'ils sont privés de morphine depuis quelques jours pourrait avoir, dans une maison consacrée au traitement des morphinomanes des deux sexes, de déplorables conséquences et ce collapsus secondaire survenant quelquefois en pleine convalescence, dont j'ai montré déjà la possibilité et le danger.

Le morphinomane quitte, cependant, la maison de santé après quelques semaines de séjour : non seulement depuis deux, trois, quatre semaines, il n'a pas reçu de morphine, mais encore il n'éprouve aucun besoin d'en recevoir. Bien plus, il en a horreur et, sorti de ce guêpier, jure de n'y plus retomber. Est-il guéri? Quelquefois; mais pas toujours, rarement même. Il lui reste encore une grande et difficile épreuve à subir : celle du retour dans son milieu, de la reprise de ses habitudes, de la rentrée en jouissance de sa liberté d'action. Nous verrons, en traitant de la médication adjuvante de la morphinoraanie, quelles précautions sont encore nécessaires pour transformer cette cure si souvent trompeuse en une guérison sinon éternelle du moins résistante et durable.

Erlenmeyer a bien mis en lumière la valeur de la méthode qui nous occupe, ses avantages réels et ses inconvénients, l'on peut même dire ses dangers.

Son principal avantage est la certitude absolue du succès, au moins immédiat, pour peu que l'on sache obvier aux supercheries légendaires des morphinomanes, tâche en somme facile, dans un établissement pinvé surtout, dont le propriétaire aie moyen de payer un pei'sonnel d'élite et tout intérêt à obtenir des guérisons. Un autre est la rapidité du traitement : en quelques jours, cinq ou six en moyenne, le patient a passé la période critique et est entré en convalescence.

Ses inconvénients sont : la nécessité absolue d'un internement dans un établissement spécial; le prix élevé du traitement, justifié non seulement par le gain légitime du propriétaire, mais encore par le petit nombre des malades, les dépenses qu'entraîne un aménagement spécial et le salaire élevé qu'exige un personnel intelligent, instruit et

TRAITEMENT DE LA MO RPHI N 0 M AN I E

moralement capable d'inspirer une confiance absolue - ses dangers, enfin, liés à la rigueur même du traitement et surtout à cette terrible éventualité du collapsus circulatoire dont la présence constante d'un praticien très sérieux et toujours prêt à agir peut seule diminuer 1 impor-

''Ta^ méthode de Levinstein, généralement abandonnée auiourd'hui bien que récemment quelques médecins, en France même, aient semblé lui revenir, ne convient, en résumé, qu'à une catégorie de cas assez restreinte. On est autorisé, selon moi, à lui soumettre des morphinomanes pressés de guérir, énergiques, vigoureux, entieremen exempts de toute affection cardio-pulmonaire et n ayant iamais dépassé un degré de morphinisation moyen. Mais, même pour ces malades, je préférerais, le plus souvent, la méthode rapide dont Erlenmeyer a pose les indications et précisé la technique, laquelle, sans être d'une application beaucoup plus longue, est beaucoup moins pénible, bruyante et orageuse et a sur elle l'immense supériorité de n'exposer à aucun danger sérieux le patient qui s y soumet. Quant à la méthode lente dont je vais maintenant exposer l'histoire, je la trouve, avec Erlenmeyer lui-même, absolument détestable.

Méthode lente ou progressive. — Frappés, outre mesure peut-être, des inconvénients et surtout des dangers de la méthode brusque de démorphinisation un grand nombre de médecins en France et même en Allemagne , lui ont préféré une méthode lente et progressive dont Zambaco a précisé les règles : elle consiste à retrancher chaque jour une petite fraction de la dose de morphine injectée la veille, en tenant compte, dans la conduite plus ou moins rapide du traitement, de l'intensité des phénomènes d'abstinence qui se produisent et de l'état général ainsi que de la constitution du malade. 11 importe également, comme le conseille avec raison Zambaco, d'apporter un certain discernement dans la répartition des réductions faites aux piqûres quotidiennes et de respecter, par exemple, plus que toutes les autres, celles du soir, du matin et d'avant les repas, sous peine de troubler le sommeil et les digestions et d'ôter au patient la force de subir un ti^aitement long, pénible et énervant.

Le vice principal de cette méthode est sa grande incer-

litude. Il est difficile de demander à un'^norphinomane de s'enfermer dans une maison de santé pendant les semaines et peut-être les mois qu'exige la réduction à zéro, par soustraction quotidienne de quelques centigrammes, de doses de morphine atteignant plusieurs décigrammes, voire même plusieurs grammes. S'il avait la résolution et la patience de se soumettre à un pareil exil loi u des siens et du milieu qui lui est cher, le soin de ses affaires, les exigences de sa profession, les frais divers d'un si long séjour à la maison de santé suffiraient à lui interdire un semblable parti. Il reste donc, pendant toute la durée du traitement, en dépit de la surveillance intermittente, maladroite, sans autorité et, partant, illusoire que peuvent exercer sur lui ses proches et son médecin, à peu près livré à lui-même. Libre de diriger son traitement à sa guise et - d'employer, pour se procurer de la morphine, toutes les ruses qui sont familières aux sujets de sa sorte, à supposer même qu'il daigne y recourir, il ne saurait tenir bien long-' temps ses bonnes résolutions. Il se permet à tout propos, sous le prétexte de malaises trop pénibles, de chagrins à surmonter, de travaux urgents à finir, de visites à faire, de parties de plaisir auxquelles il ne saurait se dispenser de prendre part, mille extras dont il se cache à lui-même l'importance et qui seront toujours les derniers, il avance dans la voie delà suppression totale pour reculer davantage, fait aujourd'hui un pas en avant et demain deux pas en arrière, s'irrite, se dépite, se désespère et, finalement, renonce à un traitement trop pénible, trop gênant pour ses affaires, trop perturbateur de sa vie, dont il ne voit pas la fin et dont le seul avantage a été d'enrayer, pour un temps, la marche ascendante de ses habitudes toxiques. Il faudrait au morphinomane, pour réussir dans cette voie, une constance d'énergie dont bien peu de ses pareils sont capables et dont, s'il en était par hasard doué, il aurait fait un meilleur usage en se soumettant, une bonne fois, au traitement brusque ou, du moins, rapide de son habitude morbide.

Un autre inconvénient de la méthode! que nous critiquons est la longue durée des symptômes (rabstincnce qui irrile, épuise, dégoûte le patient et, persévériit-il jusqu'au bout, le laisse dans un état de fatigue et d'épuisement dont il a peine à se remettre. — « Prétendre, dit Erlenmeyer, pour soutenir la suppi'ession leiile contre la suppression brusque,

que l'organisme supporte mieux les dérangements faibles et de longue durée que les troubles violents, mais courts c'est affirmer un fait que détruisent toutes les expériences pathologiques. Le malade, du reste, qui se soumet a celte méthode, n'évite, sauf le coUapsus, aucun des symptômes de la suppression brusque et ce qu'il gagne par la iaiblesse des symptômes, il le perd par leur durée et leur prolongation. » f f 1

Un dernier et très grave inconvénient est que tout le temps disponible pour le traitement étant accaparé par la réduction à zéro de la dose de morphine cà laquelle était parvenu le malade, il ne lui en reste plus, à moins de prolonger démesurément la durée de la cure, pour la convalescence qui exige, pourtant, de si grandes précautions et est si fertile en rechutes. En sortant de la maison de santé et en reprenant ses occupations, le morphinomane est réputé guéri, mais est loin de l'être en réalité. Il n a pas eu le temps de s'habituer à vivre sans morphine et il est bien rare qu'à la première occasion, il ne retourne pas « a son vomissement ».

Tels sont les vices rédhibitoires de la méthode que M. Pichon qualifie de française et qui, pour cela, n'en est pas meilleure. Ses avantages sont nuls, sinon pour le médecin dont elle fait les affaires, en lui permettant de multiplier ses visites et de retenir plus longtemps le patient dans son hôtel, je veux dire dans sa maison de santé. Que cette méthode convienne à quelques malades, à ceux, par exemple, qui n'osent pas aborder de front la période de combat des méthodes rapides ou qui craignent que l'explosion d'accidents de sevrage difficiles à expliquer n'attire l'attention de leur entourage sur un vice jusque-là soigneusement dissimulé, je le veux bien; mais les premiers n'auront jamais l'énergie de poursuivre jusqu'au bout leur démorphinisation progressive et il serait facile aux seconds de mettre, avec la complicité bien permise du médecin, les accidents dont ils redoutent l'éclat sur le compte d'une maladie quelconque. Que la méthode lente, d'autre part, ait donné des succès (uitre les mains de MM. Hall, Marandon de Montyel, Pichon, Notta, Zanibaco, Lancereaux, Leidesdorfl', etc., je ne' saurais le nier; niais les malades qu'elle a guéris l'eussent été bien plus sûrement, à moins de frais et avec une somme de souffrance moindre, par l'une des deux méthodes rivales.

LlîS MORPUINOMANES.

Erlenmeyer avoue, du reste, lavoir employée i)endant plus de dix ans dans sa maison de santé, c'est-à-dire dans les conditions les plus l'avorables et y avoir totalement renoncé après s'être convaincu de son impuissance.

Méthode demi-lente ou rapide. — Levinstein, tout en recourant dans la plupart des cas à la démorplrinisation brusque, avait atténué la rigueur de sa méthode en laveur de certains malades atteints, par exemple, d'afl'ections cardiaques et pulmonaires, de cachexie, d'asthme, de phtisie, d'ataxie locomotrice, des femmes nerveuses, de certains sujets particulièrement sensibles et des enfants. Au lieu de supprimer radicalement et du jour au lendemain toute injection morphinique, il se bornait à en réduire considérablement la dose et à mettre le malade à une portion congrue qu'il réduisait à loisir.

Reprenant la me'thode mitigée de Levinstein, Erlenmeyer l'a faite sienne en y introduisant certains perfectionnements qu'il regarde comme capitaux et a souffert qu'on lui donnât son nom : aussi la méthode de démorphinisation rapide est-elle généralement connue sous le nom de méthode d'Erlenmeyer. Quoi qu'il en soit du mérite respectif des deux médecins allemands, l'on peut dire que si la méthode de suppression rapide n'est, au fond, qu'un compromis entre les méthodes lente et brusque, son importance pratique et ses résultats en font une méthode bien distincte qui a fait avancer d'un grand pas le traitement de la raorphinomanie.

Je suivrai pas à pas Erlenmeyer dans l'exposé technique de sa mélhode.. Après avoir mis le morphinomane en observation pendant quelques jours sans rien lui retrancher de sa dose de morphine habituelle, il lui supprime brusquement la moitié de cette dose, parfois même plus encore. L'étal général du malade, sa constitution, le degré de morphinisme auquel il était parvenu, l'ancienneté de ses habitudes sont les seuls éléments qui règlent la vigueur de l'attaque. Quelque considérable qu'elle paraisse, cotte première diminution est généralement très bien supportée : les morpliinonumes, en effet, ont presque toujours soin, en prévision de cette mesure, non seulement de charger leurs déclarations, mais encore de s'administrer, avant d'entrer dans la maison de santé, une quantité do morphine notablement supérieure à leur ration habituelle et destinée à leur

TRAITEMENT DE LA MORPIIINOMANIE. 209

rendre supportables, au moins pendant les premiers jours, les -souffrances auxquelles ils se savent condamnés. La diminution du début porte donc moins sur la ration d'entretien nécessaire à leur existence que sur une ration de prévoyance, de luxe, dont ils savent se passer en temps ordinaire et qui peut leur être retranchée sans grandes souffrances et sans danger. Cette diminution, d'autre part, atteint des gens encore tout chargés de morjDhine, selon l'expression d'Erlenmeyer, encore bien portants et bien nourris, distraits par un changement de milieu dont la nouveauté excite leur curiosité, débarrassés du souci de leurs affaires, astreints à une vie régulière et calme. Elle est mieux supportée dans ces conditions qu'elle le serait, à valeur égale, si elle intervenait dans leur milieu et leurs conditions d'existence habituels.

Cette réduction de moitié ou de plus encore sur la ration journalière n'est pas également répartie, d'ailleurs, sur toutes les périodes d'un nycthémère : il faut respecter le sommeil, l'appétit et les fonctions digestives des patients qui n'auront pas trop de toutes leurs forces pour soutenir le rude combat qui se prépare et, pour cela, Erlenmeyer touche le moins possible aux doses du soir et d'avant les repas : c'est surtout sur celles du matin et de la journée que porte la réduction.

Cette première diminution ayant été tolérée sans accidents graves et étant, par conséquent, acquise, la dose restante est à son tour diminuée de moitié et ainsi de suite, jusqu'à l'obtention d'une dose ultime assez faible pour que, sans danger, l'on puisse la rayer d'un coup du cahier des prescT'iptions médicales : la démorphinisation est dès lors obtenue.

Le traitementde la morphinomanie par laméthode rapide, qui ne peut, bien entendu et pour les raisons sur lesquelles j'ai suffisamment insisté en étudiant les méthodes précédentes, être sérieusement suivi que dans une maison spéciale de santé, comprend donc deux périodes : une période de démorphinisation dont la durée, subordonnée à l'ancienneté et à la gravité des habitudes toxiques ainsi qu'à la constitution, à l'énergie et à l'état général du malade, varie de cinq à douze jours et une période de convalescence qui devra se prolonger, dans les mêmes conditions de surveillance rigoureuse, autant que le permettront les loisirs, les

ressources ol la patience du morphinomane. El, l'on peut dire que la guérison sera d'autant plus sûre, que les cliaiices de récidive seront d'autant moindres, que la première aura été plus courte et la seconde plus longue. Quelques exemples empruntés à Erlenmeyer fixeront, à cet égard, les idées du lecteur : dans un cas, pour une dose initiale de cinquante centigrammes, la période de suppression dura cinq jours et celle de convalescence vingt-trois ; dans un second où la dose de morphine à supprimer atteignait deux grammes, la suppression fut effectuée en six jours et le malade qui n'avait que vingt jours de congé, en eut encore quatorze pour s'habituer à vivre sans morphine.

Les avantages de la méthode rapide sont de foutè évidence. Elle est, d'abord, sans danger car, pour peu qu'elle soit maniée par des mains prudentes et exercées, on ne voit jamais survenir, dans son cours, ces menaces de collapsus qui sont le point noir de la méthode brusque. En second lieu, les symptômes d'abstinence sont de peu de durée et, bien qu'étant plus intenses que dans le cas de suppression graduelle, le sont beaucoup moins que dans celui de démorphinisation brusque. C'est, sans doute, un mauvais moment à passer; mais il passe vite et est, à tout prendre, préférable à l'interminable malaise qui accompagne les essais timides et hésitants de la méthode progressive. Une bonne partie du temps que le malade peut consacrer à sa guérison est, enfm, réservée à la période de convalescence et celui-ci quitte la maison, non seulement démorphinisé mais encore, fait d'une importance pratique extrême, déshabitué de l'usage des injections morphiniques et débarrassé, non seulement de la morphine qu'il avait accumulée dans son organisme, mais encore de cet oxyde de morphine auquel les expériences de Marme (de Gœttingue) permettent de rapporter, en partie, les troubles de l'abstinence'.

1. Les observations et expériences in anima vili de Marmo (de Gœttingue) permettent de penser que les sj'mptômes d'abstinence tiennent, en eraudo partie, à rcmpoisonnement aig\i par l'oxyde de inoridiinc dont un long usage do la morphine amène la formation." L'iujoi-tion do ce corps chez les animaux détermine dos symptômes analogues à cnux que l'on observe chez l'homme pondant le sevrage : envies de dormir, vomissements, diarrhée et, si la dose est l'ortc, paralysie du ccienr. Cet oxyde do morphine agit dès que la morphine, qui sendilo lui être un antidote, a été supprimée. Dans la sui)iu'ession brusque, l'oxyde do morphino, dont l'action n'est phis compensée par ceile do la morphino, peut amener un collapsus hiortel; dans la suppression lente, l'inHuence do l'oxydo do morphino est

TRAITEMENT DE LA MO R P H I N OM A NI E. 211

Les morphinomanes, d'ailleurs, auxquels des x^ecliutes ont permis de faire connaissance avec les diverses méthodes de traitement de leur mal, sont presque tous hostiles à la suppression lente. Un médecin, client d'Erlenmeyer, qui avait déjà suivi entre les propres mains de Levinstein deux traitements par la méthode lente et deux autres par la méthode brusque et un cinquième chez Erlenmeyer luimême, lui assurait que le dernier avait été le moins pénible et qu'il n'en suivrait plus d'autres à l'avenir. Il ajoutait que la suppression lente était un tourment perpétuel pour le patient qui se trouvait, sous son influence, « semblable à un chien à qui on couperait chaque jour un morceau de la queue ». Mieux vaut, sans doute, la perdre en une fois.

Dans son mémoire de l'Encéphale, Erlenmeyer donne trois ou quatre exemples de traitement rapide de la morphinomanie. Je n'en rapporterai qu'un pour ne pas allonger démesurément ce chapitre ; mais je le ferai suivre d'un autre qui m'est personnel et dans lequel on verra que la méthode qui nous occupe m'a donné, à moi aussi, d'excellents résultats.

Observation d'Erlenmeyer. — M. E..., docteur en médecine, 32 ans. Dose journalière : 2 grammes; cause : rhumatisme articulaire ; poids : 221 livres. Traitement par démorpliinisation rapide.

Premier jour ; 0B:r,30. — 2^ jour : 5 heures de sommeil, 0er,30, vomissements. — 3" jour : Sommeil de 9 heures à 3 heures et de 8 heures et demie à 7 heures et demie; 0er,085. Frissons. Pas de diarrhée ni de vomissements ; pas d'éternuements, niais seulement inquiétude et bâillements. — 4e jour : Dormi de 1 1 heures à 2 heures, puis reposé tranquillement jusqu'à 5 heures ; vomi une fois ; Off'',0.y.Lc soir, une selle diarrhcique, voix larmoyante. — S'^jour : 6 heures de sommeil; vers le matin, inquiétudes; pas de vomissements; deux selles diarrhéiqucs ; 0ffr^025. — jour: Insomnie; Oer,01; bon appétit; extinction de voix; sauf les selles liquides, pas de symptômes d'abstinence. — 1° jour:Plus de morphine.— 8" jour : Bien dormi; très bon appétit; diplopic non eroiséc; pouls : 110. — Du fer; a pris un bain tous les jours; se

combattue ])ar celle do la morphine ; mais cette dernière étant cncoi'o fournie à l'organisme en quantité, amène la Ibrnialiou do nouvelles doses d'oxyde de morphine qui éternisont la situation; dans la suppression rapjidc, au contraire, l'inlluonce pernicieuse do l'oxyde do morphine est sufrtsammont combattue par la morphine, sans quo cotte dornièro soit on nuantité suffisante poin- pormettro lo ronouvollonicut indéfini do co prouuit toxique.

remet à vuo d'œil à partir do ce moment. Quitte rétablissement le 210 jour. Poids descendu à 214 pendant le traitement; poids au moment du départ : 228.

Observation personnelle : lin de l'observation déjà citée de Cab... (Valcntin). — Je rapporterai, pour terminer ce paragrajjhe et comme exemple démonstratif de la valeur de la méthode de suppression rapide, la partie thérapeutique de l'oljservation de Cab... (Yalentin), ce jeune pharmacien morphinomane et cocaïnomane que j'ai observé et guéri à l'asile des aliénés de Cadillacsur-Garonnc (Gironde) et déjà j^résenté à plusieurs reprises au lecteur. On trouvera peut-être que la démorpliinisation a été un peu lente et l'on pourra i-elcver dans la conduite du traitement quelques hésitations; mais Cab... était le iDremicr morphinomane que jo fusse appelé à traiter, son cas était grave et je connaissais alors fort mal la question. Un excès de prudence était, dans de telles conditions, bien excusable.

Cab... était entré à l'asile dans la journée du iO septembre 1890. Le jour même, je lui fis quelques injections autant pour calmer les angoisses qu'il paraissait éprouver que pour en obtenir les renseignements nécessaires à l'établissement du certificat légal; mais le lendemain j'interdis toute piqûre pour me rendre compte de la manière dont la privation complète de la morphine et de la cocaïne (il avait atteint, à l'en croire, trois grammes de chaque sel) serait supportée.

1 2 septembre. — A mon grand étonnement, Cab... ne paraît pas souffrir de l'abstinence absolue à laquelle il a été condamne. Pressé de questions, il avoue avoir introduit au quartier, cachés entre ses fesses, des paquets renfermant chacun 2e'', uO de morphine et de cocaïne, les avoir dissimulés sous le tapis de l'infirmerie et les avoir avalés la veille au soir. Aujourd'hui, sa provision est totalement épuisée, il envisage avec terreur les souffrances qui l'attendent et me supplie de le traiter par la suppression progi-essive, « très progressive même ».

Après avoir fait dépouiller le malade et l'avoir examiné à fond, j'institue le traitement sur les bases suivantes :

lo Le malade sera maintenu au quartier de surveillance dont le chef mérite confiance et n'en sortira sous aucun prétexte. L'armoire aux médicaments de ce quartier ne contiendra ni seringue à injections, ni moi-phine, ni cocaïne, ni aucune préparation opiacée. La seringue restera dans la poche du chef de quartier qui recevra chaque jour de moi-même la quantité de solution morphinique et cocaïuique nécessaire à la consonnnation de la journée.

ÏRAITIÎMENT DE LA MORIMIINOMANIE.

2" L;i pharmacie do l'asile, tenue par une religieuse, ne m'inspirant aucune confiance S je me chargerai, au moment de la visite du matin, de fabriquer et de doser les solutions du jour.

30 La dose initiale sera le tiers de celle que le malade prétend avoir atteinte, soit un gramme de chaque sel. Elle sera ensuite diminuée aussi rapidement que le permettra l'état général du patient.

40 La ration journalière sera injectée en trois Cois : le matm au lever; dans la journée, à trois heures et le soir, au coucher.

50 Aucune injection supplémentaire ne pourra être faite si ce n'est par l'interne de service (M. le B'atin, homme mûr, consciencieux et digne de toute confiance) et en cas de danger constaté par lui.

Je prescrivis, en outre, au malade un régime alimentaire aussi bon que possible : chocolat, lait, œufs, viandes rôties, vin vieux des excellentes vignes de la colenie de l'asile, café, rhum, extrait de quinquina gris à la dose de quatre grammes, douche excitante, c'est-à-dire courte, froide et à haute pression, précédée et suivie d'une promenade au pas accéléré, etc., et je lui fis allouer une ration extraordinaire de vingt grammes de tabac fin par jour. Je recommandai, enfin, au personnel de le traiter avec égards et de tout faire pour le distraire sans se départir, toutefois, d'une surveillance continuelle.

Les doses fixées pour le lendemain 13 septembre sont les suivantes : Chlorhydrate de morphine et chlorhydrate de cocaïne, de chaque un gramme dans vingt grammes d'eau distillée. Je désignerai, dans les notes qui vont suivre, le premier de ces sels par la lettre M et le second par la lettre G.

13 septembre. — Phénomènes d'abstinence. Le malade est anxieux, ses extrémités sont froides, sa respiration suspirieusc, son pouls petit, filiforme, à 60. 11 réclame une augmentation do morphine, sauf à subir une diminution corrélative de cocaïne.

■l septembre. — C. 05^80 ; M. Qsr^AQ. — Cab... a réussi hier, en dépit de toutes les précautions que nous avions pinses, à s'emparer do la seringue et du flacon contenant la provision du jour qu'il ;i,vait épuisée à 2 heures et demie. Vers 3 heures, il devient anxieux et demande en grâce une injection. A 4 heures,

1. Quelque temps auparavant, sur la prescription d'une solution de morphine au cinquantième, la sœur pharmacienne m'avait remis un flacon renfermant une solution tellement sursalurcio qu'elle s'était prise en masse par le rofroidissomcnt.

LIîS MORPHINOMANES.

il saisit un couteau do table et menace de se tuer, en criant : « Ca ne peut durer comme <;a ! 11 faut que ça finisse! » A dîner,'il mange peu et achève sa ration de tabac. A li heures du soir, l'interne de garde qui, k la contre-visite, lui avait refusé une piqûre supplémentaire, le voyant très abattu, refroidi, le pouls très lent et liliformo, dans un état presque syncopal, se résout à lui injecter 0sr,04 de morphine et 0er,03 de cocaïne. Cette injection relève le malade, qui passe une assez bonne nuit.

Ce matin, à la visite, l'état général est bon. Peu d'anxiété, mais peau sèche et extrémités encore froides. Pouls G8, température rectale 370,5, respiration 32. Le malade cause longuement avec nous et je prends une grande partie de son observation.

fS septembre. — C. Os^lS; M. Osr,40 (mêmes doses que la veille). — La journée d'hier a été relativement bonne. Ce matin, état général satisfaisant. Pouls 84; TR. 37", 4.

■16 septembre. — C. 0er,80 ; M. 0er,33. — Hier la piqûre du milieu de la journée a été faite avec un quart d'heure de retard, à 3 heures 15 au lieu de 3 heures. Un peu après 3 heures, le malade a pâli, s'est jeté sur son lit et s'est trouvé mal. L'injection attendue a seule pu le remettre sur pied. Le resté de la journée s'est bien passé : il a causé avec ses gardiens et leur a déclamé des vers. A 8 heures et demie, quelques coliques. La nuit a été bonne.

Ce matin, Cab... est assez bien. P. 64; TR. 370,5.

n septembre. — C. Oei-jTO; M. Oe^SO. — Hier, bonne nuit; pas de refroidissement périphérique. Dans la journée, coliques et une syncope.

Ce matin, état général bon. P. 84; T R. 37o,4,

18 septembre. — C. 0fff,70; M. 0sf,30 (mêmes doses qu'hier).— Hier, le malade a été fatigué toute la journée et a vomi après chaque injection. A bien dormi la nuit.

Ce matin, il déclare ne souffrir que peu de l'abstinence, mais il est engourdi et reste couché sur son lit.

19 septembre. — C. 0sr,65; M. 0e'',25. — Hier, assez bonne journée; nausées après les injections, mais sans vomissements.

Ce matin, le malade prétend ne pas souffrir de l'abstinence, mais se sentir de plus en plus faible. Comme la veille, il est abruti et, lui qui est d'une naturel enjoué, remuant et bavard, reste couché tout habillé sur son lit pendant la visite.

20 septembre. — C. 0(î'',45; M. 0er,25. — Journée d'hier supportable.

Ce matin, Cab... est encore couché et engourdi. Il n'a de goût à rien et vient de faire, pour tuer le tenq^s, mais sans plaisir, une partie de cartes.

21 septembre. — C. 0ei",35 ; M. 0sr,25. — Hier, assez bonne journée. Le malade a causé et lu un roman de Paul de Kock. Bonne nuit.

TRAITEMENT DE LA MORPHINOMANIE. 215

22 septembre. — C. Oe'',25; M. 0e'-,25 (égalisation des doses do cocaine et de morphine). — Le malade est plus engourdi que la veille et se plaint d'une diminution trop rapide des doses, de la dose de morphine surtout.

23 septembre. — C. Oe'-,20 ; M. Oe'-,20. — Même état. Se trouve faible et n'a de goût à rien.

24 septembre. — C. Os'", 15; M. 0er,l5. — Hier, assez bonne journée. Une promenade que je l'ai autorisé à faire, en comiDagnie d'un gardien, dans le parc de l'asile, lui a excité l'appétit. Le malade, qui pesait 92 kilos il y a quelques mois et 61 kilos à son entrée, pèse aujourd'hui 62itii,400.

23 septembre. — C. Osr,10; M. Oe^^iO. — Journée d'hier moins bonne. Après 3 heures, le malade a été pris d'une diarrhée verdâtre et de secousses musculaires. Il a peu mangé à dîner.

Ce matin, engourdissement et malaise. Il se plaint vivement de la rapidité avec laquelle on le sèvre, surtout de la morphine.

26 septembre. — C. OefjlO; M. 8e'",10 (mêmes doses que la veille). — Etat général meilleur. Le malade est plus gai, plus dispos, bien que se plaignant toujours de l'insuffisance de sa ration de morphine.

27 septembre. - C. 0er,05; M. 0er,05. — Le malade a été tranquille jusqu'à 3 heures, puis a réclamé vivement, mais sans succès, un supplément de morphine. La nuit, insomnie, lassitude et diarrhée. Ce matin, se sent faible, a « la tête vide » et ne peut tenir en place. Je prends le parti de supprimer pour le lendemain la cocaïne, mais d'augmenter un pou la dose de la morphine à la modicité de laquelle le patient attribue son malaise.

25 septembre. — C. Oe^OO ; M. Os',10. — Toute la matinée d'hier, Cab... a réclamé instamment, mais inutilement, un supplément de morphine. A 2 heures, il a reçu, en ma présence, la visite de sa mère, dont il a écouté les remontrances d'un air honteux et larmoyant.

Ce matin l'état général est bon.

29 septembre. — M. Oer,0o. — Hier, le malade n'a pas trop gémi delà suppression presque complète de sa morphine; mais, ayant pris toute sa potion de chloral d'un seul coup, il a eu des vomissements.

Ce matin, il se sent épuisé et souffre de coliques. Poids 61'',500.

30 septembre. — Suppression de la morphine. A été gai et a joué hij3r toute la journée. Dans la nuit, insomnie, coliques et diarrhée abondante qui l'oblige à se lever une vingtaine de fois. Je prescris, à la jiJace de la morphine supprimée, 3 grammes de laudanum de Sydenham.

-/«■' octobre. — Journée d'hier assez tranquille. Dans la nuit insomnie, agitation et diarrhée abondante. \

Ce matin, le malade est faible, mais ne se plaint plus de la suppression de la morphine. Continuation du laudanum.

3 octobre. — (Un voyage à Paris m'a oljligc à interrompre l'observation pendant trois jours.) Môme état. Le malade est toujours faible, pâle et abattu, le matin surtout. La diarrhée est toujours très abondante : on l'évalue à 3 litres par jour de matières verdâtres et liquides. D'après le chef de quartier qui est intelligent et observateur, il y aurait alternative entre un jour de bien-étrc relatif et un jour de malaise. Aux 3 grammes de laudanum, qui sont continues, j'ajoute 4 grammes de sous-nitrate de bismuth.

6 octobre. — Continuation de la diarrhée nocturne. Ce matin, après avoir bu, à jeun, un verre de vin, le malade est pris d'un malaise subit. Oppression, chaleur étouffante à la tête, petitesse et irrégularité du pouls qui se dissipe au bout d'une heure. Continuation du laudanum et du bismuth.

7 octobre. — Diarrhée moins abondante. Le malade se plaint toujours do faiblesse et d'insomnie.

8 octobre. — La diarrhée a presque disparu et je supprime le laudanum tout en maintenant le sous-nitrate do bismuth.

J'envoie Cab... à la colonie do l'asile, vaste exploitation vinicolc située à deux kilomètres de Cadillac, en pleine campagne, dans une situation saine et pittoresque. Il y couchera, y prendra ses repas et pourra partager son temps entre la promenade, la pèche à la ligne et la vendange qui a lieu en ce moment. Je lui laisse, bien entendu, son régime alimentaire et recommandcde lui accorder la plus grande liberté possible tout en l'empêchant de se procurer de la morphine, ce qui lui serait, du reste, assez difficile, car il n'a pas le sou, ne connaît personne dans le pays et les deux pharmaciens de la ville, qui ont été prévenus, ne manqueraient pas de m'inlbrmer de toute tentative qu'il ferait dans ce but. Je l'avertis, d'ailleurs, que je ne lui donnerai son congé qu'après l'avoir remis en observation pendant quelques jours dans le quartier de surveillance.

9 octobre. — Le malade a fait trois kilomètres dans la journée d'hier, a mangé avec appétit et dormi deux heures. Pas de diarrhée. Poids 64 kilos.

-/-/ octobre. — liC malade se trouve très bien à la colonie où il passe ses journées à se promener, à jouer avec le chien Dingo, à pécher à la ligne et à suivre les vendangeurs. Il me promet une friture que j'attends encore. Poids 64 kilos.

■16 octobre. — Cab... est gai et bien portant, bien qu'ayant encore un jocu de diari-hée et d'insomnie. Il prend goût à la culture de la vigne. Poids 66i5'',500.

2S octobre. — Transformation complète. Cab... engraisse à vue d'œil; ses couleurs sont revenues; il dort quatre heures par nuit et mange comme un ogre; bien plus, » il pense aux fcnnues a de belles érections et même des pollutions nocturnes. Poids 78 kilos.

novembre. — Mine florissante. La diarrhée a presque entièrement cessé. Cinq heures de sommeil.

TRAITEMENT DE LA MORPHINOMANIE

6 novembre. — Plus do diarrhée. Le sommeil presque normal.

Poids 78 ivilos. oo i -i

10 novembre. — Poids 80 kilos. — f 5 noi;m6re. — Poids 83 kilos. La mère de C... nous ayant écrit qu'elle avait trouvé pour son fds une place dans une pharmacie de Biarritz où elle demeure chez un ami, je le fais rentrer à l'infirmerie et l'y soumets aune observation de quelques jours. — Le décembre, il quitte Cadillac dans un état de santé magnifique, gui, content et gras à lard. Il me déclare n'éprouver aucune envie de refaire connaissance avec la mor^Dhine et la cocaïne, mais se promet bien, en gagnant son nouveau poste, de s'arrêter quelques jours à Bordeaux chez cette amie qui lui avait fait si bon accueil quelques mois auparavant et de lui mieux témoigner sa reconnaissance qu'il ne l'avait fait alors; sa mine et sa carrure, ne me laissent aucune inquiétude à ce sujet.

Je résume dans le tableau synoptique ci-dessous les différentes pliases du traitement progressif mais rapide qu'a subi cet intéressant malade, (p. 218).

3» Milieu du sevrage morphinique. Internement des morphinomanes. — Pour avoir chance de guérir, tout morphinomane tant soit peu gravement atteint doit quitter le milieu où sont nées ses habitudes funestes, abdiquer sa liberté entre les mains du médecin, se soumettre, quelle que soit la méthode à laquelle celui-ci ait recours, à un traitement sévère, méthodique et suivi, et se mettre, ainsi, dans l'impossibilité absolue de se procurer ouvertement ou subrepticement de la morphine. Poursuivre à domicile la réalisation de conditions de succès aussi sévères et aussi impérieuses est, comme l'ont reconnu depuis longtemps tous ceux qui se sont occupés du traitement de la morphinomanie, une illusion pure et ce n'est, comme l'avouent les malades eux-mêmes dès qu'ils n'ont plus intérêt à soutenir la thèse contraire, que dans un établissement hospitalier qu'il est permis de les réunir. Les morphinomanes qui ont guéri chez eux et sans changer de milieu sont si rares que l'on doit les signaler comme des prodiges de persévérance et d'énergie et qu'en relatant un cas de guérison obtenu dans des conditions aussi défavorables, Marandon de Montyel a pu le présenter comme « une cure unique peut-être dans les annales de la science » ; combien, par contre, ont échoué misérablement et, dégoûtés de tout traitement autant que désespérés de l'avortement de leurs efforts, ont partagé le sort de ce malheureux médecin dont j'ai résumé, d'après

Résumé synoptique du traitement de Valentin Cab..

Page 1