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CHAPITRE PREMIER

Je sortis de l'hôpital au matin, par un pâle soleil. Ma joie était extrême. Lors de ma dernière visite à la salle de garde, les internes, saluant en moi un futur collègue, avaient bu ma santé et m'avaient promis de m'éviter les faux pas. Quignon ne m'avait point ménagé, les conseils : c Canelon, soyez plat. Moi, j'ai fait ma route par la bassesse. J'ai, jusqu'ici, rtiussi à merveille. J'ai cru parfois, à l'occasion des expériences de Boridan, surprendre, dans votre regard, des éclair qui n'étaient pas précisément d'admiration. Voilà, mon cher, un défaul qui passe inaperçu chez un garçon de salle, mais qui, remarqué cliez un élève, le coulerait. Mettez-vous dans la tête qu'un chef influent ne peut se tromper, que l'on doit s'agenouiller devant chacun de ses actes, chacune de ses paroles. Vous voyez que je suis franc avec vous et je n'ai nul intérêt à vous parler ainsi, puisque vous ne pouvez me servir. Quand -vous aurez passé le concours du lèchement des pieds, où vous réussirez, je l'espère, il vous restera k mettre en œuvre l'intrigue sagace et continuelle. La corruption vous est interdite, par manque de ressources. Or, mon ami, tout professeur morticole a sa marotte, sa

faiblesse et sa liaine. Découvrez celle marotte, chalouillez celle Taiblesse, surtout flattez cette haine, et voas arrirvei'ez, vûus serez riche et puissant. Sinon, vous lomberf&bienlùt :t l'étiit suit de métlticiri des pauvres, ce qui egt honleuï, suit de domestique, te qui eal lamenlMble, soil de malade pauvre, ce qui esl la mort. Voilà. J> Ce petit discours Tut prononcé d'une voijt assurée el nullement ironique.

L'airdu dehors et la conscience d'être libre me fouettaient le san^, activaient mes idées : c Adieu ! — criai-je à l'immense bâtisse où j'avais passé tant d'heures douloureuses. — Adieu, hôpital Typhus, séjour de la misère| antre de la cruauté! J'échappe à tes griffes noires el j'en remercie mon Dieu, ce Dieu auquel personne ne croit dans tes murs. Si vilain et maussade que tu sois, tout rempli de gémissements et de sueurs d'agonie, de bistouris qui vident les entrailles, et d'hommes sans générosité, lu fus pour moi un apprentissage. Mon esprit a subi les spectacles, qu'il n'oubliera jamais, et par-dessus tes stupres et tes hontes, se dressent les admirables, les souveraines figures des docteurs Charmide el Dabaisse 1 »

J'avais pris par les quais ppur rejoindre un petit appartement que j'avais loué, à ma dernière sortie, dans le parage de la Faculté. Bien que le ciel filt claisi, la mer était forte. Les galères noires à têtes de mort se balançaient et roulaient sur leurs ancres. On continuait â charger el déchaîner des marchandises toxiques. J'arrivai au quartier des Écoles el Académies, qui allait devenir mon centre et mon habitation. Les statues étaient là fort nombreuses, quelques-unes entourées de jardinets maigres et froids. Je ne regardai pas les noms inscrits sur les socles, mais je considérai les somptueux monuments de la science morticole, portant au fronton la devise liberté, égalité, FRATERNITÉ et des appellations hautaines : Académie des Sciences, — Académie des Inscriptions scientifiques, — Académie de Médecine, — Académie de Chirurgie.

Il ritni:

LES MOirnCttLKS.

La (lanieurc que je m'étais choisie .ivnit six étages, M llRhitats .111 sii;ii'<riie un appnrtotiicnt Av trois pièces dont leriiisiiie. Une vieilli! m tV^érc, la mère 1'iiiou,i]iiiciimiiluil râles du coticioi'ge ei de fuinini; tie mânaj^e, m'y ai^comigoa. Son mari jouail les Trouillnl (|ueh]ue part. Je, poft- Idais an lit, une lampe, une table, une biblioChËciuB où ivais déjà réuni les premiers livres nécessaires. Seul, lits des rôllexioiis tristes. J'ouvris ces volumes. Les uns iaifintde chimie et l'ourmilliiient Ae petites lettres; tes itraa, ouvrages d'analomie et de physiologie, me renouiaieni, par leurs illiisirations, les lubleaux de l'hâpital ftlius. Tels sL'r:iiex>t dorénavant mes lugubres sujets 'étude.

Le m^me jour, j'allai prendre mes inscriptions à la

leullé. Celle-ci se trouvait à rextréraité d'une rue étroite

irdêe de nnirchands d'hablls, de marchands d'instru-

lents chirurgicaux et de bouquinistes. On y arrivait donc

travers des couteaux, de la poussiâre^ des os et de la

iléfroijuu. C'étail une considérable construction carrée. Sa

iiour inlèrieure était semée do statues, et sur celte cour

Ié|jou<:b:iienl une malliludc d'esraliers qui menaient aui

pliithéiltres, aux musées, !i la bibliothèque, aux labora-

lires et aux cabinets des administrateurs. Les monuments

Uoi^coles sotit, sur le modèle de leurs esprits, à com-

jtimenla et à cachettes. Je courus de guichet en guichet;

signai des paperasses innombrables. Je payai un peu

jilns cher i\ue je n^aurais cru, et je me trouvai étudiant

[lalenlé de la glorieuse Faculté de méder.ine morticole,

Les premiers temps lurent très animés, remplis de sur- [irises et de travaux divers. Ces travaux sont répartis entre [Ul certain nombre d'années. Dans la première, ou j'étais, étndte le matin les sciences accessoires, c'est-à-dire la Isniqne, la;ioologie, la physique, les mathématiques et Isloire an point de vue médical. Je rae levais tât pour ;e rendre an cours de chimie. Dans une vaste salle s'éten-

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