‹ Les morts bizarresChapitre 12 sur 36 · UN EMPEREUR · texte numérisé non relu

UN EMPEREUR

absolument glabre, était fardée et maquillée comme celle d’une fille. Les sourcils étaient tracés au pinceau, les lèvres passées à la pommade de raisin, les yeux bistrés à l’estompe, les cheveux blonds calamistrés et poudrés d’or. Deux pendants scintillaient aux oreilles. Les doigts étaient chargés de bagues, les poignets cerclés de bracelets. Sur la poitrine décolletée luisait un rubis au bout d’un collier de perles.

A terre gisaient la robe, le waterproof et toute la défroque féminine.

Le jeune homme était mort. Une longue épingle d’argent lui perçait le sein gauche, à la place du cœur.

Le cadavre était assis sur le siège immonde.

A l’extrémité de l’épingle, près de la tête formée d’un diamant, un papier rose était fiché.

C’était une lettre, la voici :

— J’ai dix-huit ans et des passions extraordinaires. J’étais né pour être empereur du temps de la décadence romaine. Mais l’époque actuelle n’est pas bonne pour les fantaisistes. C’est pourquoi je m’en vais. N’ayant pu vivre comme Héliogabale, j’ai au moins voulu mourir comme lui, dans des latrines.

UNE HISTOIRE DE L’AUTRE MONDE

A Joseph-Félix Bouchor

Les voyages forment la jeunesse.

( Sagesse des nations ).

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