I. Potîquct, op. cit
rance n'entretiennent-elles pas, comme à plaisir, une affection (|ui, mieux dépistée, s'éteindrait progressivement ou tout au moins perdrait de sa fréquence et de sa gravité ?
L'exemple de François II est suffisamment probant. II atteste assez qu'une maladie, bénigne au début, peut, faute de soins, amener les plus périlleuses complications. La mort était le dénouement prévu, inévitable, de cet état asphyxique permanent, dont avait soulîert,toute sa vie durant, le jeune monarque...
Vers la fin d'octobre 1559, la cour venait d arriver à Blois. Le bruit court que François II, dont le visage est couvert d'efflorescences de mauvais aspect, est atteint... de la lèpre. On déclare qu'il n'y a qu'un moyen de le guérir, c'est de « le baigner au sang des petits enfants. » Cette lèpre, est-il besoin de le dire, était un vulgaire eczéma.
Quelques mois plus tard, en février 1560, la cour se transporte de nouveau à Blois*, puis à Amboise, et d'Amboise elle se rend successive-
I. Médecins et chirurgiens consultés ordonnèrent le grand air: c'est ce qui explique qu'un régne cependant si court se passa tout entier en voyages.
Tout d'abord, c'est à St-Germain-en-Laye, à Nanteuil le Haudouin chez les.ducs de Guise ; à Villers-Cotterets, que le roi se rend.
Après le sacre, il part en Lorraine: à Bar-Ie-Duc;à Fontainebleau. Les médecins conseillent ensuite au prince de passer l'hiver à Blois. Le séjour dans cette ville semble lui réussir. « Cependant, le roy, promené çà et là... commença à un instant de croistre à vue d'oeil...)» écrit Régnier de la Planche. Mais k maladie s'aggrava et le climat aussi bien que les médecins restèrent impuissants. (Cf. Psychologie des derniers ValoiSy par le D' L. Dusolier. Lyon, 1895).
ment à Chenônceaux, Loches et Romorantin. Elle passe ensuite toute la saison d'été à Fontainebleau, une bonne partie de l'automne à Saint- Germain-en-Laye, puis en novembre elle vient s'installer à Orléans où sont réunis les Etats- Généraux.
Le dimanche 1 5 novembre (i 560), le roi, qui assistait aux vêpres à l'église des Jacobins, est tombé subitement en syncope.On l'a emporté en toute hâte dans ses appartements. Revenu à lui, il se plaint d'une violente douleur dans l'oreille gauche. Les jours suivants, la fièvre redouble et la céphalalgie persiste. Une accalmie survient, mais de peu de durée. Le mal s'aggravant, un conseil de médecins et de chirurgiens discute l'opportunité du trépan. Mais cette opération semblant sans doute beaucoup trop hardie, on n ose la tenter. Le 15 décembre, l'état du roi est désespéré; il meurt, étouffé, entre 10 et 1 1 heures du matin.
Des écrivains, inspirés par la passion plus que par l'amour de la vérité, ont cherché à accréditer une version d'empoisonnement qui ne supporte pas l'examen *.
1. La mort si rapide de François II fut regardée par les catholiques comme Tœuvre des Huguenots. On sait, en effet, qu'au moment de sa fin, le prince de Condé était prisonnier d'état à Orléans et sous le coup d'un arrêt de mort, par suite du complot d'Amboise. « Un valet de chambre, huguenot « déguisé, empoisonna la coiffe de son bonnet de nuit, à « l'endroit qui répondoit à son oreille, en le luy mettant sur « la teste, ce qui auroit enflammé cette fistule et provoqué « par ce moyen un abcès dans le cerveau de ce prince. »
Cette imputation des catholiques est tout aussi fondée, tout aussi ingénieuse que celle des huguenots accusant la
Un catholique ardent, précepteur du duc de Lorraine, s'est fait l'écho complaisant de ce racontar. Il est même allé jusqu'à affirmer qu'Ambroise Paré, le chirurgien impeccable, aurait été le principal fauteur de ce crime monstrueux. Point n'est besoin d'aller chercher si loin une explication qui s'offre d'elle-même, quand on a lu attentivement l'étude du D*" Potiquet. François II non seulement mourut, mais vécut empoisonné. Les produits septiques, ne trouvant pas issue au dehors, devaient naturellement s'écouler au dedans. Sa mort était l'épilogue attendu de cette suppuration livrée à elle-même et que nul n'avait essayé d'enrayer...
Nous avons nommé, au cours de cette étude, la lésion morbide qui fut le point de départ des accidents dont la mort devait être l'aboutissant fatal : ce sont les végétations adénoïdes du pharynx qui produisirent tous les désordres.
L'amygdale hypertrophiée empêche, en effet, la respiration par le nez; et avec la respiration par la bouche, voici venir : les angines à répétition, la laryngo-trachéite, la bronchite. Les fosses nasales n'étant plus balayées par un courant d'air salutaire, des mucosités vont s'accumuler sur cette amygdale; elles ne pourront être chassées; elles vont alors glisser peu à peu et silencieusement dans le pharynx. Or, les enfants ne crachent pas :
cour de la mort de Jeanne d'Albret. A cette époque de passions haineuses, les partis s'accusaient volontiers des crimes les plus odieux, sinon les plus invraisemblables. (Cf. Le Cabinet historique ^ I oc. cit.)
voici bientôt les mucosités dans l'estomac. Cette morve, toute grouillante de microbes, quelle admirable cause d'auto-intoxication! Et voici expliquées rôdeur mauvaise de l'haleine du pauvre sire, ces flux de ventre dont se plaignait amèrement François H; expliquées aussi les vilaines rougeurs qui maculaient le visage de François, rougeurs si fréquentes dans les mauvais états gastriques et symptomatîques d'une intoxication intestinale. Les angines vont hypertropKier les ganglions du cou; la voix sera nasonnée par obstruction du nez; l'ouïe deviendra dure, soit par obstruction mécanique, soit par propagation de l'inflammation à la trompe d'Eustache. Et le malade aura des douleurs d'oreille, percevra des bruits insupportables ; puis, pour clore une si triste évolution, viendront la suppuration, la méningite, l'encéphalite et enfin la mort*.
Ce diagnostic de végétations adénoïdes comporte assurément quelques réserves, mais nous persistons à croire,' malgré les quelques remarques^