Bulletin de la montagne Ste-Geneviéve, 1896, p
catholique^ ou tout au moins l'était devenu depuis la Saint- Barthélémy.
C'était oublier qu'à cette époque le clergé était seul officier de l'état civil et que l'Ordonnance de 1559 avait rendu obligatoire l'inscription sur les registres de la paroisse ; que l'omission de cette formalité légale pouvait entraîner la nullité du mariage et l'exhérédation des enfants ; que les édits de 1561 et 1562 défendaient expressément de célébrer des mariages et des baptêmes dans les assemblées protestantes, et prononçaient d'avance l'illégitimité des enfants nés de ces mariages. D'autre part, l'usage des cimetières distincts pour les protestants (le cimetière Sàint-Germain et celui de la Trinité) ne devint habituel et régulier que sous l'édit de Nantes. Jusque là, conformément aux édits de 1363 et de \^,^cfux de la religion de la vicomte d$ Pariséioieni enterrés es cimetières de la paroisse dont étoient les maisons auxquelles ils avaient passé de la vie à trépas ». L'édit de 1 570, ordonnait bien l'établissement de cimetières particuliers pour les protestants, mais cet édit rencontra chez les catholiques tant de mauvais vouloir que sa non exécution soulevait encore en 1597 d'innombrables plaintes au sein des églises réformées. On vit même, en 1601, le curé de Saint-Jacques de la Boucherie enlever de force le cadavre d'un marchand huguenot qu'on allait transporter au cimetière de la Trinité, et l'inhumer dans son église. D'ailleurs, nombre de familles qui avaient embrassé la Réforme possédaient des caveaux dans les églises catholiques et entendaient maintenir leur droit d'y être déposées.
Rappelez-vous maintenant qu'à la date de la mort de Paré on était dans la période la plus aiguë delà Ligue, dont le but hautement avoué était l'extermination de l'hérésie ; comment un enterrement « à la mode de Genève » eut-il été alors possible >
Les preuves données par Malgaîgne et ensuite par A. Jal étaient donc d'une faiblesse extrême ; aussi V Encyclopédie des Sciences religieuses, publiée sous la direction de M. Lichtenberger, doyen de la Faculté de Théologie protestante de Paris (1881) — à l'article Paré-^ sous la signature de M. O.Douen, s'empressa-t-elle de les réfuter, et de conclure à son tour que Ambroise Paré avait toujours été protestant.
Pour nous, restant étranger aux partis pris, vénérant Paré non pour sa croyance religieuse, mais pour les services qu'il a rendus à Thumanité et n'ayant d'autre souci que celui de la vérité, nous estimons que les écrivains protestants se sont trop hâtés de triompher de la faiblesse des arguments de Malgaigne et de A. jal.
On a voulu aussi tirer un argument, pour soutenir la thèse de « Paré protestant », du fait de la tentative d'empoisonnement dont il fut victime au siège de Rouen, tentative attribuée, je ne sais pourquoi, au fanatisme des catholiques. Voici d'ailleurs l'événement raconté par Paré lui-même :
« Après la prise de Rouen, me trouvant à diner en quelque « compagnie, où en avoient quelques-uns qui me hayoient « à mort pour la religion, on me présenta des choux où il y « avoit du sublimé ou arsenic ; de la première bouchée n'en « aperçus rien ; à la seconde, je sentis une grande chaleur et « cuiseur et grande astriction en la bouche, et principale- « ment au gosier, et saveur puante de la bonne drogue ; et « l'ayant aperçu, subit je pris un verre d'eau et de vin et « lavai ma bouche, aussi en avalai bonne quantité et promp- « tement allai chez le proche apothicaire ; subit que je fus « parti, le plat de choux fut jeté en terre ».
Nous voyons bien dans ce récit que « quelques uns le hayoient à mort pour la religion », mais quels étaient-ils r Catholiques ou huguenots? Paré ne prend pas la peine de nous renseigner, et il est à supposer qu'à cette époque de trouble le fanatisme était dans un camp comme dans l'autre.
Plein de tolérance pour les autres, donnant ses soins également aux huguenots et aux catholiques. Paré garda toujours son franc parler, même sous la Ligue. Quoi d'étonnant qu'il eût indisposé contre lui l'un des deux partis, tous les deux peut-être ?
L'argument manque de précision et dès lors doit être rejeté. A l'historien consciencieux il faut des faits précis.
Jusqu'ici la question demeure posée ; aucune preuve décisive n'est venue départager les adversaires. .
Nous allons clore le débat et mettre sous les yeux du lec-
teur ]a preuve irréfutable qu'Ambroisc Paré était catholique.
Voici d'abord un acte relevé sur les registres de la paroisse de Saint-André-des-Arcs :
u 1553 avril 9 (dimanche des octaves de Pasques), baptême « de Geneviève Gréauline, fille de Marie Du Puys, Parrain, « M. Ambroise Paré, chirurgien du Roy. Marraine, Cathe- « rine Du Puys, fille non mariée. »
Cet acte était passé dix-neuf ans avant la Saint-Barthélemi. L'enfant était fille de Robert Gréaulme, docteur régent et de Marie Du Puys.
Voici un autre acte, celui-ci passé après la Saint-Barthélemi:
« 1578, mars 21, baptême d'Ambroise, fils de Claude Viart, « M* chirurgien à Paris et de Jeanne Paré. Parrains, M* Am- « broise Paré et Guillaume Loquet ».
Nous croyons devoir rappeler ici, que jusqu'à la fin du XVI* siècle, les garçons avaient deux parrains.
Le baptême des enfants de Paré, leur inhumation dans l'église Saint- An dré-des-Arcs ou dans le cimetière y attenant, son mariage à Saint-Séverin, son inhumation au bas de la nef, près le clocher qui s'élevait au milieu de l'église, c'est-àdire à une place d*honneur, tout cela ne suffirait pas à nous convaincre, mais ces deux actes de baptême nous semblent un argument décisif. Comment admettre que Paré;;qui était d'une profonde piété, ainsi qu'en témoignent ses écrits, pût être protestant et venir tenir des enfants sur les fonts de baptême de l'église Saint-André-des-Arcs, sa paroisse ?
Qu'un protestant fasse entrer ses enfants dans le sein de l'Eglise catholique; qu'à la dernière heure, alors que les affres de la mort obscurcissent son cerveau, paralysent sa volonté, il répudie la croyance de toute sa vie ; — à la rigueur cela peut s'admettre, et nous comprenons qu'un doute puisse subsister. Mais que, durant sa vie, en pleine santé, sain de corps et d'esprit, d'un caractère généreux et d'un esprit libre, ce protestant, reniant sa foi, fasse acte d'adhésion à la religion catholique et récite devant l'officiant le Symbole, reconnaissance solennelle de la souveraineté de l'Eglise catholique
apostolique et romaine, voilà ce que nous ne pouvons admettre lorsqu'il s'agit d'Ambroise Paré. 11 eût fallu, pour cela, qu'il cachât sa véritable religion et trompât le prêtre.
Paré habitait alors la, rue de l'Yrondelle (actuellement la rue de l'Hirondelle), qui était parallèle au quai des Augustins et à la rue Saint-André-des-Arts.
C'était une rue fort étroite, qui a disparu en grande partie pour faire la place de la Fontaine Saint-Michel. M. Le Paulmier, s'appuyant sur les actes de vente et sur les papiers de famille, a pu retrouver l'emplacement de la maison d'Ambroise Parc. 11 avait acheté cette maison des héritiers Mestrcau, où pendait l'enseigne des Trois Maures. Derrière était une grande cour donnant sur la rue des Augustins, et c'est sur cette rue, aujourd'hui quai des G rands-Augustins, qu'était l'entrée de la maison, qui se trouvait à peu prés sur l'emplacement occupé actuellement par le refuge qui est vis-à-vis la Fontaine Saint-Michel.
Ainsi, Ambroise Paré habitait à quelques pas de Saint- André-des-Arcs, à proximité de cette église, où il avait déjà fait baptiser son fils François et sa fille Madeleine, lorsque, pour la première fois, il fit acte de parrain ; où il avait fait présenter sur les fonts baptismaux sept de ses enfants, lorsqu'il devint parrain pour la deuxième fois, moins de deux mois après le baptême de sa fille Marie (6 février 1S78).
Comment admettre que Ambroise Paré, chirurgien du roi, certainement connu dans sa paroisse, eût pu, s'il avait été huguenot, faire acte de parrain dans une église catholique, sans soulever l'opposition du curé de la paroisse ? Celar n'est pas possible : ce n'était ni dans les mœurs de l'époque, où l'indifférence en matière de religion n'existait pas comme de nos jours; ni, il faut le reconnaître, dans le caractère loyal d'Ambroise Paré.
Se présenter devant le prêtre catholique pour donner à son mariage une consécration légale ; présenter ses enfants au baptême, administré par le prêtre catholique, pour donner à ceux-ci une reconnaissance légale, qui leur permît, plus tard, d'hériter de sa fortune, cela eut été obligatoire à Ambroise Paré, s'il eût été protestant, et le prêtre, seul officier de l'état civil, n'auiait pu s'y refuser. Mais, quant à accepter un hérétique comme parrain, le prêtre ne pouvait pas le faire :
l'Eglise le lui défendait^ comme elle le prohibe encore de nos jours.
BiBUOCRAPHiE. — J. F. Malgaigne, Œuvres complètes d^Ambroise Paré, revues et collationnées sur toutes les éditions, avec les variantes ; accompagnées de notes historiques et critiques, précédées d'une Introduction sur l'origine et les progrès de la chirurgie en Occident du vi* au xvi* siècles et sur la vie et les ouvrages d'Ambroise Paré (Paris, J.-B. Baillière, 1840).
MM. Eug. et Em. Haag, La France protestante ou Vie des protestants français, qui se sont fait un nom dans Phistoire depuis les premiers temps de la Réformation jusqu'à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l'Assemblée nationale (Paris, Joël Cherbuliez, 1840).
A . Jal, Dictionnaire critique de Biographie et d'Histoire (Paris, H. Pion, 187a.)
Ludovic La\2Lnnc, Dictionnaire historique de la France (Pzris, Hachette et C", 1872).
Entychptdie du xii^ siècle, Répertoire universel des Sciences, des Lettres et des Arts (Paris, Bureau de l'Encyclopédie du XIX* siècle, 1872}.
D' A. Faucon, Ambroise Paré, chirurgien d'armée. Discours de réception à l'Académie des Sciences, des Lettres et des Arts d'Amiens (Amiens, H. Yvert, 1876).
Eficyclopédie des Sciences religieuses, publiée sous la direction de M. Lichtenberger, doyen de la Faculté de théologie protestante (Paris, G. Fischbacher, 1881).
D' Le Paulmier, Ambroise Paré, d'après de nouveaux documents découverts aux Archives nationales et des papiers de famille (Paris, Charavay frères, 1884).
Charles IX, en proie aux cruelles souffrances qui devaient remporter à quelques jours de là (cette lettre * est du 24 mai, et il mourut le 30), parle de sa santé ou
1 . Nous la reproduisons d'après le Cabinet historique, de L. Paris, t. 11, p. 259-240.
plutôt de sa maladie comme s'il n'était pas condamné à brève échéance. Il ne se doutait pas évidemment de la gravité de son mal et s'abusait sur son état : il n'est pas rare de voir les phtisiques, arrivés à la dernière période, s'illusionner ainsi jusqu'au bout.
Monsieur de Matignon,
Le surplus de ma lettre sera pour vous dire et assurer que gcâces à Dieu, je voye tousiours de bien en mieulx en ma guarison. Ne me restant plus qu'à me fortifier comme je fais, de sorte que j'espère estre bientost du tout achevé de guairir. J'ay eu depuis jeudi dernier quelque petit accès de fièvre de double-tierce, mais les médcins asseurent que cella aidera fort bien à m'achever du tout de bien guairir, dont aussi je vous ay bien vouHu advertir et les gens de bien qui sont avec vous, sçachant certainement que ces bonnes nouvelles-là vous seront et à eulx, et aussi à mes autres bons subjects, estimé par delà très agréable ; priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa sainte garde.
(Je) me porte fort bien grâces à Dieu, mais je seray encores plus content et me trouveray beaucoup mieulx quand je sauray la prinse de Dompfront et de Montgommery et des autres places que tenés assiégées; à quoy je m'asseure que vous et les gens de bien qui sont par delà pour mon service ne perdez point de temps et ferés en sorte que Montgommery et Colombieres ne se sauveront pas ; prenez-y bien garde, je vous prie, sur tous les services que vous désirez me fcre. — Escript au bout le Linarmur (?), le XXlllj* jour de May, 1574.
Charles.
{Let. des Rois et Reines de Fr., Egerton, 5).
LA MORT DE CHARLES IX* Par MM. le professeur Brouardel ei le D' Gilles de la Tourette.
Une cruelle hérédité morbide, aussi évidente que l'hérédité intellectuelle, a pesé sur toute la lignée du roi François 1".
Ce prince aima fort les femmes: il s'est même trouvé des historiens pour mettre sa paillardise au nombre de ses hauts faits. 11 n'est pas moins vrai que s'il ne mourut pas précisément
à Rambouillet
De la V qu'il uvaily
Et qui fut toujours très mal traitée, la fistule vésicopérinéale, qu'il portait depuis longtemps et qui le conduisit au tombeau, était due presque certainement à ses excès antérieurs. Avant sa mort, il avait vu disparaître deux de ses filles et ses deux fils ainé^ emportés par de< maladies ressortissant de très près à la tuberculose pulmonaire.
Henri II qui lui succéda, et dont une des sœurs mourut également tuberculeuse, était tué le 30 juin 1559, dans un tournoi par le comte de Montgommery; il n'était âgé que de 41 ans. Peut-être eut-il échapp>é à la tuberculose ! Dans tous les cas, l'influence néfaste de l'aïeul allait terriblement se faire sentir sur les petits-enfants.
Henri 11, de son mariage avec Catherine de Médicis, avait eu dix rejetons : cinq filles, dont quatre moururent jeunes — seule la reine de Navarre^ Marguerite vécut jusqu'à 60 ans — et cinq garçons: François II, mort en 1^, à l'âge de 17 ans, . d'un abcès tuberculeux de l'oreille ; Louis d'Orléans, mort à deux ans et demi ; Charles IX, dont nous allons parler ; Henri III, qui fut assassiné par Jacques Clément à l'âge de 38 ans; et François, duc d'alençon, qui succomba à la phtisie pulmonaire, en 1584^ à Page de 30 ans.
Charles IX avait donc des antécédents pathologiques désastreux. Son grand-père était syphilitique; son père n'était
1. Extrait des Grandes Scènes historiques ^du xvi* siècle, par Alf. Franklin.
guère moins débauché que son aïeul : presque tous ses frères étaient ou allaient devenir poitrinaires. Devait-il, pouvait-il échapper à cette terrible affection, la tuberculose pulmonaire ?
Lorsque, d^ns une famille, les enfants naissent aussi malingres que dans celle de Henri 11 et de Catherine de Médicis, lorsque le fils aîné est chétif, que le second est mort deux ans après la naissance, il devient au moins utile de veiller à la santé ultérieure du troisième, en lui épargnant dès son jeune âge toutes les causes de fatigue ou d'épuisement, Charles IX eût pu, sous la direction de son précepteur Amyot et de son gouverneur M. de Sipierre, préluder à son futur règne par des études sérieuses ; mais gâté par sa mère, il préféra s'adonner de bonne heure, et avec une ardeur inconsidérée, à son penchant pour les exercices corporels. De bonne heure, il devint un excellent écuyer et, dès lors, il ressentit pour la chasse une véritable passion : passant les nuits presque sans sommeil pour être le premier à Taube sur la piste «t chevauchant par tous les pays et par tous les temps. Restait-il enfermé dans son palais, il battait le fer, forgeait des armures^ et tirait Tépée sans relâche. En dehors de ces écarts fort nuisibles, il était assez sobre, buvait rarement du vin, n'était pas trop débauché, bien que Brantôme affirme qu'il avait contracté une maladie vénérienne.
« 11 estoit grand de taille, mais un peu voûté, avoit le visage pâle, les yeux jaunastres, bilieux et menaçants, le nez aquilin et le col un peu de travers... Le reste de Son corps, estoit assez bien proportionné, il avoit seulement les jambes un peu débiles ou moins grasses eu esgard au reste des proportions supérieures de son corps, à quoy aussi on doit sa valétudinaire indisposition, qui estoit si grande qu'à peine ' le voyoit-on un seul mois sans être indisposé. »
Son caractère répondait assez bien à cet état physique^ rendu vigoureux par la volonté, mais toujours faible par constitution. Comme Catherine de Médicis, « il estoit, nous apprend de Thou, d'un tempérament colère et emporté et l'exercice continuel et violent du cheval joint à la fatigue des veilles fortifiait encore ce penchant : en sorte que, malgré sa dissimulation profonde, il se laissait quelquefois emporter à une sorte de fureur... De plus, il jurait et parjurait sans grand scrupule. »
A l'exagération de ces exercices physiques, trop violents pour cette faible organisation, n'allaient pas tarder à s'ajouter les ennuis d*un règne qui passe à juste titre pour l'un des plus troublés et des plus néfastes. Fourbe et dissimulé, mal conseillé de toutes parts, Charles IX commettait bientôt la Saint-BarthéIemy(34août 1573), qui n'eut son pendant qu*un siècle plus tard, à la révocation de TEdit de Nantes (1685). Mais le meurtrier devait boire l'amertume de son attentat jusqu'à lie : désormais il ne dormira plus; son sommeil sera interrompu par d'atroces cauchemars, et léchant de ses pages ne parviendra pas à le rendormir.
A l'époque du massacre, il suivait un traitement sous les ordres d'Ambroise Paré, qu'il sauva du carnage. Quelques jours plus tard, il faisait mander le grand chirurgien huguenot : « Ambroise, lui dit-il, je ne scay ce qui m'est survenu depuis deux ou trois jours ; mais, je me trouve l'esprit et le corps grandement esmeus, voire tout ainsi que si j'avois la fièvre, me semblant à tout moment aussi bien veillant que dormant, que ces corps massacrés, se présentent à moy les faces hideuses et couvertes de sang ; je voudrois que Ton n'y eust pas compris les imbéciles et les innocents. »
Les regrets qu'il manifestait ainsi devaient être impuissants pour calmer ses nuits d'insomnie, pour sauver son existence déjà menacée: la toux à laquelle il était sujet revenait plus fréquente, l'amaigrissement faisait des progrès incessants.
L'année suivante (1573), son frère, le duc d'Anjou, ayant été élu roi de Pologne, se disposa à quitter la France pour se rendre dans ses Etats. Charles voulut raccompagner jusqu'à la frontière, mais il fut forcé, par les crachements de sang qui s'étaient déjà montrés autrefois lorsqu'il avait trop sonné du cor, de s'arrêter à Vitry et de s'y aliter (octobre* novembre 1573). Sa maladie était sérieuse : on la jugeait tout au moins telle, car « elle l'empescha d'aller plus avant et donna subjet à beaucoup de gens de vouloir divertir le roy de Pologne de poursuivre plus avant son voyage, luy remonstrans Testât incertain de la maladie du Roy provenant du poulmon qui apportoit son vent des accidens périlleux. » Peut-être eût-il la variole à cette époque, car il fut malade, dit Sorbin, « d'une ébullition de sang que d'aucuns esti« moient petite vérole. » Toutefois, cela est peu probable, et
cette ébullition du sang reissemblc fort, dans la circonstance, à une violente hémoptysie.
De Vitry, Charles, toujours souffrant, fut transporté à Saint- Germain-en-Laye où il ne se trouva guère en sûreté, car le duc d'Alençon tentait de le faire enlever avec sa mère, aux fêtes du carnaval de 1574. Mais Catherine de Médicis veillait : le complot s*ébruita. Elle fit venir dans sa chambre le duc d'Alençon qui eut peur, plia sous son ascendant, et nomma ses complices. Elle mit immédiatement la cour sur pied. Le départ eut lieu la nuit, sous la protection des Suisses : le roi malade fut emporté dans une litière et Ton se retira en tumulte, avec précipitation, à Vincennes, dont le château était à l'abri d'un coup de main. « Toutefois, Pennuy fut si grand aucueur du roy Charles le Débonnaire que finalement, après s'être retiré à Paris et de Paris au bois de Vincennes, la maladie qu'il avoit en ses poumons se rangregea, et, accompaignée d'un foye altéré et mal attrempé, receut une inflammation si grande et véhémente que les eflfets ont fait paroistre. »
Alors les consultations commencent. Jean Mazillc, son premier médecin, réunit ses confrères de la Faculté, et par « telle consultation fut advisé qu'il seroit purgé et saigné ; ce que fut exécuté, mais en vain, car ses forces diminuoient à veuë d'œil, et le voyoit-on descroître pressé d'une courte haleine qui l'a accompaigné jusqu'à la mort. »
A ces graves symptômes s'ajoutait, nous le savons, une insomnie constante, hantée de cauchemars épouvantables : de plus, les médecins semblaient ignorer complètement la nature du mal. « Tant qu'ils y perdirent leur latin d'autant qu'ils ne peurènt jamais bien cognoistre sa malladie, car il lui survint une fiebvre erratique qui tantost estoit quarte, tantost continue, et pensoit M. Mazille, son premier médecin, qu'il se porteroit de bien en mieux, ainsi que la fiebvre diminueroit. »
Cette ignorance de la vraie cause de la maladie était bien faite pour donner du corps aux bruits les plus absurdes qui circulaient à la Cour et dans le peuple, bruits qui prirent une forte consistance lorsqu'on apprit que « aux extrêmes douleurs, il sortait du sang par les pores de la peau de ce jeune prince, presque en tous les endroits... De là plusieurs
conjecturèrent qu'il y avoit du poison meslé à la maladie du roy, et à dire vray il y avoit argument de penser Tun des trois, ou poison, ou art diabolique ou intelligence avec ceux qui avoienteu le moyen de cognoistre la maladie du Roy et en donner quelque résolution.»
Catherine de Médicis, l'Italienne supeistitieuse, ne pouvait que prêter Une oreille favorable à tous ces bruits ; c'est alors que La Môle et Coconnas furent arrêtés, jugés et décapités (30 avril 1574). Ils avaient bien comploté contre le roi, mais on les accusait surtout d'avoir, aidés du nécrom?ncien Côme Ruggieri, fabriqué plusieurs figures de cire enchantées dans le but de faire mourir le monarque agonisant. Ce qui était certain, c'est que Charles IX allait de plus en plus mal.
« Sur ces entrefaites et comme le mal s'augmentoit de plus en plus en la personne dudit seigneur roy, lui print appétit de boire. Ce qu'ayant fait, luy survint un grand vomissement de matière gluante, jaunastre et fort noire, puis entra en un grand frisson qui luy donna tel travail et peine qu'il n*y avoit celuy qui n'eust grande compassion de tant veoir endurer son prince. Cela passé, sa Maicsté demanda la royne sa mère et la royne sa femme. . . . Lors il entra de rechef en ces accez de vomissements et frissons et de plus en plus se sentant abaisser et diminuer ses forces pria qu'on ne lui parla plus que de prières et oraisons. » Catherine, en effet, venait de lui annoncer la prise du comte de Montgomery,qui, comme on le sait, avait tué son père dans un tournoi, et s'était fort étonné de ce que la nouvelle de cette arrestation l'eût .laissé tout à fait indifférent.
Et cependant, Charles IX, malgré ses souffrances et ses remords, se cramponnait à la vie en désespéré. « Le vendredy dont il mourut le dimanche ensuivant, sur les deux heures, après-midi, ayant fait appeler Mazille, son premier médecin et se plaignant des grandes douleurs qu'il souffroit, lui demanda s'il n'estoit pas possible que luy, et tant d'autres grands médecins qu'il y avoit en son royaume, luy pussent donner quelque allégement en son mal, « car je suis, dit-il, « horriblement et cruellement tourmenté. » A quoy Mazille répondit que tout ce qui dépendoit de leur art ils l'avaient fait, et que même, le jour de devant, tous ceux de leur
Faculté s'étoient assemblés pour y donner remède ; mais que pour en parler à la vérité, Dieu étoit le grand et souverain médecin en de telles maladies, auquel il falloit recourir, « Je crois,. dit le roy, que ce que vous dites est vray, et n*y « sçavez autre chose. Tirez-moy ma custode que j'essaye à reposer. » Et à Tinstant « Mazille, étant sorti et ayant fait sortir tous ceux qui étoient dans la chambre, hormis trois, savoir La Tour, Saint-Pris et sa nourrice que sa Majesté aimoit beaucoup, encore qu'elle fut huguenote, comme elle se fut mise sur un coffre et commençoit à sommeiller, ayant entendu le Roy se plaindre, pleurer et soupirer, s'approcha tout doucement du lit, et tirant sa custode, le Roy commença à luydire, jettant un grand soupir et larmoyant si fort que les sanglots lui interrompaient la parole : « Ah! ma nourrice, ma mie, « ma nourrice, que de sang et que de meurtres I Ah, que « j*ay suivi un méchant conseil ! O mon Dieu, pardonne-le « moy, et me fais miséricorde, s'il te plaist ! je ne sais où « j'en suis tant ils me rendent perplexe et agité. Que devienne dra tout cecy? que feray-je? je suis perdu, je le vois bien.» Alors la nourrice luy dit : « Sire, les meurtres soient sur « ceux qui vous les ont fait faire ! Mais, de vous, sire, vous « n'en pouvez mais ; et^ puisque vous n'y prestez pas consen- « tement et en avez regret, croyez que Dieu ne vous les « imputera jamais et les couvrira du manteau de la justice « de son fils, auquel seul faut qu'ayez votre recours. Mais, « pour l'honneur de Dieu, que votre Majesté cesse de làr- « moyer ! » Et sur cela, luy ayant été quérir un mouchoir pour ce que le sien étoit tout mouillé de larmes, après que sa Majesté l'eût piis de sa main, luy fit signe qu'elle s'en allât et le laissât reposer. »
Le lendemain samedi, il eut une de ces rémissions trompeuses, si fréquentes chez les phtisiques à la dernière période, au point qu'il se crut presque guéri. Le Dimanche 30 mai, jour de la Pentecôte, sur les trois heures de l'après-midi, Charles IX mourait, à l'âge de 23 ans, onze mois et trente jours, après avoir régné près de 13 ans et demf.
Il était très important, pour savoir quel degré de créance on devait accorder aux bruits malveillants qui circulaient, de faire l'autopsie du cadavre. Elle eut lieu le lendemain de sa mort, le 31 mai, en présence de Mazille, le premier médc-
cin^qui présida à l'opération que les chirurgiens du foi exécutèrent sous ses ordres.
Guillemcau qui^ pour la circonstance, assistait Ambroise Paré, Guillemeau* fait précéder de ces quelques lignes le procès-verbal qui fut sans doute rédigé par lui :
« Le Roy estant mort, son premier médecin et son premier chirurgien, assistez des médecins et chirurgiens ordinaires de Sa Majesté, se trouvent à l'ouverture du corps, ensemble le grand chambellan, le premier gentilhomme de sa chambre et le maistre de la garderobe^ accompagnez de ses premiers vallets de chambre et vallets de garderobe.
« Le corps estant mis et posé sur une table, couvert d'un grand linceul, son premier médecin commande aux chirurgiens d'en faire ouverture, pour voir et cognoistre quelle peut estre la cause de sa mort, afin d'en faire un rapport à vray, et le signer tous ensemble.
« Ce que tous ayant diligemment observé, tout après le corps est embaumé par lesdits chirurgiens.
« Et d'autant que J'ay assisté à telles cérémonies plusieurs fois, et que cela peut servir à ceux qui ne l'ont veue observer, j'ay mis ici le rapport qui fut fait du corps du feu roy Charles neufiesme, pour l'ouverture et embaumement duquel je fus commandé par monsieur de Mazillcs, son premier médecin, de l'ouvrir, en la place de feu monsieur Paré, son premier chirurgien, mon maistre, au logis duquel j'estois pour lors demeurant. »
Rapport du corps mort du feu roi Charles IX j lequel comme il a esté fait en latinje Vay ainsi voulu metlre,
Anno Domini miles, quingent. Septuag, quarto pridie caljunii, hora a meridie quarta, facta est dissectio coraporis Caroli IX, régis Galliarum Christ; assidentibus medicis hic subsignatis, et chirurgis qui eum administrarunt.
In qua accurate hsec observata et deprehensa sunt:
I. Nous ajoutons au procès-verbal cet avant-propos qui ne figure pas dans l'étude de MM. les D" Broùardel et G. de la Tourette, et qui nous a paru le compléter.
Hepatis totum parenchyma arefactum, exsangue, et extremis lobis ad simas partes vergentibus nigricans.
Folliculusfellis a bile vacuus, in sese considens, subater. Lien nullo modo maie alTectus.
Ventriculo nulla noxa et stomachi cum pyloro integri^s.
Intestinum colon flavum colorem contraxerat, caeteris bene habentibus ; epiploon maie coloratum, supra modum extenuatum, parte aliqua ruptum, et omnis pinguedinis expers.
Ren uterque nuUo vitio obsessus, nullo similiter vesica, nullo uretères.
Cor flaccidum et veluti contabescens : omni aquoso humore, qui pericardio contincri solet, absumpto.
Pulmo, qui in partem sinistram thoracis incubebat, a costis, illegitimis ad claviculas usque totus, lateri adhserebat, ita firmiter et obstinate ut avelli non potuerit sine dilaceratione et discerptione cum putedrine substantiœ^ in qua sese prodidit vomica rupta, e qua colluvies purulenta, putrida et graveolens effluxit, cujus tanta fuit copia ut in asperam arteriam redundarit^ et praeclusa respiratione prœcipitis et repentini interitus causam attulerit.
Alter pulmo sine adhœsu fuit, magnitudine, tamen, naturalem constitutionem, turgidus et distentus, superans, (ut et sinister superabat in substantia) insignem corruptelam praese ferens, parte superiore putris refertus et conspurcatus hiimore pituitoso, mucoso, spumoso, puri finitimo.
Cerebum omni vitio carens.
Medici qui praefuerunt : Manille, yaUrre, Alexis Gaudinus, yigor^ Le ftrore^ 5. Pont, Piètn, Brigard, La fiUe^ Dur et.
Chirurgi regii qui administrarunt :
Pariy éPAmhoUe^ Du Bois, Portai, Eustachê, Dionneau, Lambert, Cointret, Guillemeau.
Nous traduisons ce procès-verbal ainsi qu'il suit :
L'an du Seigneur 1574, la veille des calendes de juin (31 mai), a été faite l'autopsie du corps de Charles IX, très chrétien roi de France, avec l'assistance des médecins soussignés et des chirurgiens qui l'ont exécutée.
Voici ce qui a été soigneusement observé et reconnu :
Tout le parenchyme du foie est desséché, exsangue et tirant sur le noir, depuis les parties les plus externes des lobes jusqu'à leur surface plate.
La vésicule biliaire est vide, affaissée sur elle-même, noirâtre. La rate est saine.
L'estomac et le pylore sont sains. Le colon était jaunâtre, les autres parties de l'intestin étaient saines.
L'épiploon était de mauvaise couleur, très friable, rompu par places et entièrement dépourvu de graisse.
Les reins, les uretères, la vessie étaient sains.
Le cœur était flasque et mou, comme desséché : tout le liquide qui se trouve ordinairement dans le péricarde ayant disparu.
Le poumon gauche adhérait tellement aux parois thoraciques dans toute son étendue, qu'on ne put l'enlever sans déchirer et arracher sa substance qui était en putrilage. On y trouva une vomique rompue, d'où s'échappa une humeur purulente, putride et de mauvaise odeur, en telle quantité qu'elle a dû refluer dans la trachée artère et causer une mort rapide et imprévue en mettant obstacle à la respiration.
L'autre poumon n*était pas adhérent ; il était plus volumineux qu'à l'état normal, de même que le gauche le dépassait en matière; gonflé et distendu, il présentait une notable corruption. 11 était pourri dans sa partie supérieure et rempli d'une humeur pituiteuse^ muqueuse, spumeuse, se rapprochant du pus.
Le cerveau était sain.
11 n'est pas désormais bien difficile de se faire une idée exacte de la maladie dont mourut Charles IX; nous avons en main toutes les pièces du procès. Les symptômes observés pendant la vie et sur lesquels nous croyons nous être très suffisamment appesantis, ne laissent aucun doute sur l'existence d'une maladie de poitrine. Et quelle autre affection, en dehors de la phtisie pulmonaire, donne lieu à ces hémoptysies répétées, à cet amaigrissement progressif, à cette dyspnée constante, à ces vomiques de matière gluante et jaunâtre lorsque se sont formées les cavernes? Quant aux sueurs de sang dont parle d'Aubigné, elles se rapportent directement à de petites ecchymoses sous-cutanées, à des taches de pur-
pura bemorrhagicay que Ton observe si fréquemment dans toutes les cachexies en général et dans la tuberculose pulmonaire en particulier.
L'affection dont fut atteint Charles IX était donc mortelle, étant donné surtout qu'elle évoluait sur un terrain prédisposé tout particulièrement par l'hérédité. Cependant, à proprement parler, ce prince ne mourut pas de ses lésions de tuberculose chronique, qui se traduisirent, spécialement à l'autopsie, par la grande caverne du poumon gauche, et l'ancienne pleurésie qui enveloppait cet organe dans son ensemble. Il succomba aux atteintes d'un élément fébrile surajouté. Nous avons vu que, quelques jours avant sa mort, il avait été tourmenté par de violents frissons, accompagnés de douleurs vives, qui n'étaient t«"ès probablement autres que des points de côté. Le poumon droit subissait alors l'envahissement d'une broncho'pnsumonie, dont les tubercules qu'il renfermait déjà avaient été certainement le prétexte. Le volume considérable de l'organe, la distension de son parenchyme partout infiltré de matière purulente, de liquides qui l'engorgeaient, ne permettent pas Terreur,
C'est, en résumé, à une broncbo-pneumonie, entée sur des lésions avancées de tuberculose pulmonaire^ que succomba Cbarles IX.
Nous ne nous arrêterons pas à discuter l'hypothèse d'un maléfice; mais le poison existait-il? Charles IX, le poitrinaire, mourut-il empoisonné ? Les lésions qu'il portait étaient plus que suffisantes pour entraîner la mort, et l'examen des organes fut assez complet pour permettre de ne pas hésiter. Un seul point paraît obscur dans les résultats fournis par l'autopsie : la coloration toute spéciale du foie, qui, mal interprétée, pourrait donner prise à la confusion. Toutefois il nous semble possible de ne voir là autre chose qu'une altération cadavérique; tous ceux qui sont familiers avec la pratique des nécropsies savent en effet que les parties externes et convexes du foie présentent dans presque tous les cas une teinte violacée (nigricans), indépendante de toute altération pathologique. C'est également à une transsudation postmoftem de la bile à travers les parois de la vésicule que le colon devait sa coloration jaune; de même, l'épiploon était bien celui d'un tuberculeux. Les partisans du poison, tous
les courtisans qui avaient intérêt à flatter la reine-mère pour la rendre complice de rancunes qu'elle ne demandait qu'à partager, insistèrent sur ce fait que le cœur était desséché brûlé en quelque sorte et que le péricarde, à l'inverse de ce qui existe ordinairement, ne renfermait pas trace de liquide. Si Ton veut bien admettre que, régulièrement, on ne trouve jamais dans cette séreuse, sauf dans les/asoù le cœur et son enveloppe sont altérés, plus de 15 à 20 grammes de sérosité, on comprendra facilement que l'absence d'une si faible quantité de liquide, constatée par des anatomo-pathologistes aussi peu avancés que les médecins et les chirurgiens du temps de Charles IX, n'ait véritablement aucune importance. Euxmêmes, du reste, ignorèrent toujo;irs, et pour cause, la véritable nature du mal : le premier médecin, Mazille, qui ne pouvait pendant la vie reconnaître par des signes certains la maladie de poitri^ne, pensa toujours à une mauvaise fièvre, tierce ou quarte, ne songeant même pas à la consomption pulmonaire, que Ton connaissait cependant à l'époque où il vivait et dont les symptômes auraient dû lui ouvrir les yeux.
Quant à Ambroise Paré, qui d'ailleurs n'était appelé que pour les cas chirurgicaux et qui probablement dut lui-même, en sa qualité de premier chirurgien, faire l'autopsie sous les ordres de Mazille (tout art manuel étant repoussé et fort méprisé par ces médecins que Molière devait bientôt fustiger), il se soucia fort peu de donner son avis aux demandeurs plus ou moins intéressés qui vinrent l'assiéger.
Brantôme, en effet, l'alla voir en compagnie de Strozzy et lui demanda son opinion : « Il nous dist en passant et sans longs propos qu'il estoit mort pour avoir trop sonné de la trompe à la chasse du cerf, qui lui avoit tout gasté son pauvre corps et ne nous en dist pas plus. Sur quoy aucuns prirent subjet de faire pour son tombeau ces deux Vers :
Pour aimer trop Diane et Cytheréc aussi. L'une l'autre m'ont mis dans ce tumbeau icy.
a Si est-ce qu'on ne sauroit oster à aucuns l'opinion qu'il ne fust empoisonné dès que son frère partit pour.Pouloigne: et disoit-on que c'estoit de la poudre de corne d'un lièvre marin qui faict
languir longtemps la personne et puis api es peu à peu s'en va et s'estainct comme unechandelle : ceux qu'on a soupçonné autheurs n'ont pas faict meilleure fm. » Et le vieux chroniqueur ajoute : « Ainsi Dieu punist les forfaitz, de loing, secrettement, sans qu'on s'en donne garde. » Charles IX venait d'en faire la triste expérience.
D" Brouardel et Gilles de la Tourette.
Heûtri m
Mort, le i®»" août 1589, d'une Plaie pénétrante DE l'abdomen.
Le plus intelligent, a-t-on dit, et aussi le plus dépravé* des derniers Valois; nous ajouterons, en notre qualité de clinicien, le mieux portant: s'il n'était pas mort d'accident, il est vraisemblable qu'il aurait fourni une longue carrière, à moins qu'il ne fut mort fou — il l'était déjà plus qu'à moitié, — ainsi que l'avait pronostiqué son médecin Miron.
A rencontre de ses frères, Henri était, en effet, de tempérament robuste, et sans les débauches qui l'usèrent prématurément, il était organisé pour vivre vieux. « 11 faisait, dit l'historien de Thou, deux repas par jour, mangeait beaucoup et buvait du gros vin coupé avec trois quarts d'eau. Il avait beaucoup d'embonpoint, mais faisait quotidiennement un exercice modéré: il se maintenait en bonne santé ».
I. Nous y reviendrons plus amplement dans l'ouvrage que nous préparons suT\esFousde l'bisioire. Henri 111 occupera une place d'honneur dans la galerie des maniaques couronnés.
Cette santé commença à s'altérer à la mort de Charles IX. On sait que pour se dérober à l'attachement importun des Polonais, il dut s'évader.
Son retour à petites journées à travers les pays autrichiens fut marqué par une longue suite de fêtes : c'est au milieu de ces fêtes qu'il contracta la syphilis *. Cet avertissement ne lui servit pas de leçon et il se livra plus que jamais à des excès de toute nature -. Peut-être ces excès auraient-ils amené un dénouementque le poignard d'unassassin devait précipiter.
Le l*' août 1 589. un moine jacobin, du nom de Jacques Clément, introduit auprès du roi sous