DU CŒUR
Après la dissolution de son premier mariage avec Marguerite de Valois, mariage resté stérile, Henri IV avait épousé (le 10 décembre 1600) Marie de Médias.
Devenue régente à la mort du roi (1610), Marie de Médicis dut se constituer, selon l'usage, une tnaisofi médicale. De ses médecins il n'en est guère que trois dont le nom ait survécu : l^auiier, docteur de Montpellier, que Richelieu fit enfermer à la Bastille pour le guérir de sa manie de cabale; Riolan, dont les découvertes anatomiques font oublier les errements cliniques et thérapeutiques eiPietre, praticien fameux en son temps.
Vautier avait gagné la confiance de la reine-mère en la guérissant d'un érysipèle. Malheureusement, quand elle tomba malade en Belgique, le roi refusa de lui envoyer son médecin ordinaire, qu'il soupçonnait et avec raison de conspirer contre sa politique et il lui substitua les médecins dont nous avons donné les noms.
D'après le texte de la consultation retrouvée par le docteur Corlieu*, l'auguste malade avait la rate augmentée de volume et très dure, les chevilles enflées, de la fièvre. De la fièvre avec de l'hyper- , trophie de la rate, cela se concilierait assez avec lidèe d'une fièvre typhoïde, mais le tableau symptomatique est vraiment trop imparfait pour nous autoriser à poser un tel diagnostic.
Les médecins se hâtèrent de prescrire — c'était le bon temps de l'humorisme — purgatifs, lavements et bouillons rafraîchissants ; des demi-bains d'eau tiède, des eaux de Fougues — déjà! — et, pour augmenter l'action de ces eaux minérales, on devait les additionner de séné, « qui aura trempé toute la nuit en cinq ou six cuillerées d'eaue froide assaisonnée de jus de citron ».
La malade devait prendre, en outre, de Veau d'acier (!), un grand verre, le matin à jeun. II lui était enfin conseillé de partir deGand, l'air de cette ville étant particulièrement malsain et le palais où S. M. était logée pouvant, par son humidité, entretenir les « maladies scorbutiques » si fréquentes dans les Flandres. L'eau de Gand était d'ailleurs reconnue par les consultants comme des plus malsaines, et c'était un suffisant prétexte pour engager la reine à quitter sa résidence.
Le traitement dut faire son efifet puisqu'on n'entend pas parler de nouvelle maladie de la reine jusqu'en 1641.
1. Bibl. Nat., Mss. F. fr., 10.217, f" 78 et suiv. (Cï. Ga^eiU des Hôpitaux i 1900, p. 1390).
Dès son arrivée à Cologne, vers la fin d'octobre, elle réclame à nouveau des soips médicaux. Riolan, qui n'avait pas sa confiance, mais que le roi lui avait imposé, se rend auprès d'elle au mois de janvier 1642. il la trouve mal en point : la reine est toute enflée, c'est-à-dire hydropique ; elle a une fluxion oculaire (probablement de l'érysipèle de la face, auquel elle était, du reste, sujette). Le 23 mai, il écrit à Paris que l'état de la malade s'aggrave et que « ce n'est plus qu'un squelette qui a toujours courte haleine ».
Cette dyspnée s'explique : il y avait une mauvaise irrigation sanguine; la circulation était gênée par suite de la compression des vaisseaux résultant de l'œdème abdominal.
D'où provenait cet œdème, cette hydropisie ? Et consécutivement, pouvons-nous déterminer la nature du mal qui devait à quelques semaines de là enlever la reine de ce monde?
Les historiens ne se sont pas embarrassés de tant : Marie de Médias, disent la plupart, est morte de misère. Il en est cependant de mieux informés. Voici, en effet, ce que nous apprend un des biographes de Marie de Médicis*,qui n'a eu que le tort de ne pas nous indiquer la source de ses informations; ce à quoi nous essaierons de suppléer, grâce à un document inédit- que nous n'allons pas tarder à reproduire — et à commenter.
Riolan avait vu juste quand il prononçait, dans