Corlieu, loc. cil
niére maladie de l'épouse de Henri IV est à peu prés exact, mais il est loin d'être complet.
Cestlei4juin que la maladie, qui jusqu'alorsavaît suivi une évolution chronique avait pris tout à coup une marche plus aiguë : il était survenu des sueurs nocturnes ; la sécrétion urinaire avait considérablement diminué; par contre, il s'était établi un flux de ventre qui avait été plutôt salutaire.
Le 26, la fièvre revint, s'accompagnant de frissons « par tout le corps* », qui ne durèrent pas moins de trois heures. La malade étaittrès altérée, et les urines étaient de plus en plus rares, malgré les boissons abondantes, tisanes, limonades rafraîchissantes, qu'elle avait absorbées,
La respiration était devenue difficile ; il y avait de l'orthopnée.Dans la matinée suivante, la reine put dormir quelques heures, et la fièvre disparut. Mais les cuisses enflaient et le filtre rénal était toujours obstrué.
Dans la nuit du vendredi au samedi, elle se plaignit d'une douleur à la jambe gauche : une plaque érysipélateuse se montra bientôt à nouveau, mais disparut au bout de 24 heures. Elle reparut, plus étendue, à la cuisse du côté opposé, et s'étendit à la jambe, jusqu'au pied.
La fièvre et les étouft'ements revinrent les jours suivants ; puis il lui prit un grand tremblement, suivi d'un mouvement fébrile, et le pouls s'affaiblit progressivement.
Une saignée qu'on avait tentée ne donna aucun
I . Cf. la noie A aux Pières justificatives , que nous résumons ici et que nous discuterons ensuite.
résultat : on mit cet insuccès sur le compte de la maladresse du barbier qui, paraît-il, n'avait pas bien ouvert la veine.
Comme on ne perdait pas de vue un instant la malade, on aperçut, dès qu'elle se produisit, une première tache noire à la jambe droite. La tache ne fit dès lof s que s'étendre; des pustules naquirent tout autour. Les médecins appréhendaient la gangrène sans oser y croire.
Trois « des plus célèbres et expérimentez chirurgiens de la ville de Cologne » sont alors appelés au chevet de la royale patiente et déclarent qu'il n'y a pas péril en la demeure et que ces sortes d'accidents sont fréquents dans ce pays, où l'érysipèle n'offre pas de gravité. Un mieux apparent semble leur donner un moment raison. Mais bientôt la malade a une évacuation abondante d'une « matière sanieuse, avec de la boue et des morceaux de chair pourrie. » Durant cette évacuation, elle tombe en syncope, le pouls est de plus en plus bas, et l'on redoute une issue fatale.
Le jour suivant, elle rend par la bouche une matière « noire comme de l'encre ». Peu après, on lui fait boire deux cuillerées de vin blanc, étendu d'une quantité double d'eau ; elle se plaint qu'elle a « un feu dans l'estomac», et que le passage des liquides, aussi bien les bouillons que les tisanes, lui incendient le corps. C'est surtout au niveau de l'œsophageetdansl'intérieur de l'estomac qu'elle ressent la brûlure. Elle a une difficulté de plus en plus grande à avaler ce qu'on lui donne. Elle reste deux jours dans cet état, puis elle entre en agonie et meurt.
L'autopsie fournit quelques indications intéressantes. Et d'abord l'examen extérieur du corps permit de constater que la gangrène s'était généralisée et de la jambe droite avait gagné tout le dos, de la tête jusques aux fesses. De grands lambeaux d'épiderme se détachaient et le reste de la peau était « d'une très mauvaise couleur et fort jaune. »
La cavité abdominale était remplie d'un liquide sanieux et purulent.
Les intestins, le foie tombaient en pourriture ; de même les reins, surtout le rein droit, très atrophié. Le pancréas, le mésentère étaient également en voie de destruction.
Le ventricule (lisez l'estomac), était dilaté et présentait à son intérieur « comme une excoriation universelle semblable aux aphtes. » N'oublions pas que la malade avait rejeté par la bouche un « liquide noir comme de l'encre: » elle avait donc eu une hématémèse. Elle avait également expulsé par la voie rectale une matière analogue.
Etant donné l'âge de la malade, l'état de ses principaux organes, et aussi l'hydropisie, résultant d'une compression que pouvait exercer une tumeur, on pourrait, au premier abord, pencher en faveur de l'hypothèse d'un cancer, ayant débuté par l'estomac ou l'intestin. Mais les symptômes en aifraient été plus nettement accusés : les hématémèses plus fréquentes, les douleurs plus vives, etc.
La tuberculose serait-elle plutôt en cause? Cela ne nous paraît pas invraisemblable, d'après ce qu'on nous dit de l'état des poumons « complètement pourris. »
C'est, en tout cas, semble-t-il, une péritonite par perforation (l'abcès purulent trouvé dans la cavité péritonéaleet aussi les vomissements noirs en sont l'indice) qui a été l'accident terminal.
PIÈCES JUSTIFICATIVES