‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 170 sur 277 · Raspail, hc. cit · texte numérisé non relu

Raspail, hc. cit

Cet état dura jusqu'au 22 août 1665, où elle se trouva beaucoup mieux. Sa plaie semblait avoir pris un meilleur aspect ; elle se remplissait ; la fièvre diminuait.

Ailhaut se décida à agir, dès le 24 août, en ajrant soin de diminuer et les doses et le nombre des opérations; il mortifia les chairs, les coupant ensuite par tranchesavec le rasoir. «On ne pourrit, disait-elle, qu'après sa mort ; et pour moi, Dieu me condamne à pourrir pendant ma vie.»

Cette amélioration ne devait pas être de longue durée.

On a fait courir le bruit que la reine- mère se porte mieux mais j'en doute (écrit Gui Patin le 4 septembre) ; car elle toussait si fort avant-hier qu'on fut obligé de lui donner de l'opium, dont elle se trouva fort mal.

Et quelques jours plus tard :

On dit que la reine-mère est mieux et qu'elle a moins de douleurs. Mais c'est par le moyen des narcotiques, que je considère là comme des venins, qui étoufferont le peu de chaleur qui lui reste à un âge si avancé (13 octobre^.

Je viens d'une consultation avec un médecin qui m'a dit savoir de bonne part que la reine-mère empire fort (15 novembre).

La reine-mère a eu cinq mauvaises nuits, toutes de suite; il ne faut pas s'étonner que ses forces diminuent et suis fâché qu'elles ne reviennent jamais (28 décembre).

Ses. souffrances devenaient d'autant plus intolérables que le rasoir approchait le plus des chairs vives ; elle ne dormait plus que par du jus de pavot (opium).

Elle eut des jours meilleurs, où Vallotet Guénaut

se hasardaient à dire qu'elle allait mieux et qu'elle ne mourrait pas de ce cancer.

Le 5 janvier 1666, le roi prit beaucoup de plaisir au bal que donnait Monsieur; toutes les dames, princesses et reines, dansèrent à cœur joie, pendant que la reine mère souffrait mille morts.

Le 6, force fut d'interrompre les réjouissances ; l'état de la reine mère empirait: lafièvre, le frisson, un nouvel érysipèle s'étaient déclarés : la malade était près de succomber ; on l'engagea à renoncer aux soins d'Ailhaut et à recourir à un empirique de Milan, qui possédait, disait-on, un spécifique assuré contre son mal.

Gui Patin continue à se faire l'écho des rumeurs de la Cour et de la Ville.

Le 8 janvier, il écrivait :

La reine-mère est extrêmement exténuée; de grasse qu'elle était, elle li'est qu'un squelette.

On est fort mal content de M. Alliot, et même on dit qu'il n'y fait plus rien ; on n'a pas trouvé contre ses douleurs de meilleur remède que les petits grains de ces messieurs les archiatres, qui ne sont faits, à ce que disent nos secrétistes, que d'opium préparé avec la rosée de mai.

Le 9 janvier, le Milanais se mettait à l'œuvre, sous la conduite des médecins qui n'avaient pas même tenté de pénétrer son secret.

II s'agissait d'un onguent prétendu merveilleux, qui ne parvint seulement pas à chasser la mauvaise odeur qu'exhalait la plaie *.

1 « Sur la fin, dit M. dedeMotteville, quand on la pensait, on lui tenait des sachets de senteur auprès du nez, pour la soulager de la mauvaise odeur qui sortoit de la plaie » Mè-

Dix jours plus tard, la veille de la fin de ce double martyre, à la fois de ses douleurs et de l'ignorance de ceux qui la traitaient, notre chroniqueur consignait sur ses tablettes :

La reine a reçu la nuit passée Notre Seigneur... on dit que ses plaies sont sèches, et qu'il y a un très grand danger de la gangrène prochaine. L'ambassadeur d'Espagne a dit que la reine n'en avait plus que pour huit jours.

Le pronostic de l'ambassadeur était trop optimiste. Le lendemain du jour où Gui Patin notait son propos, l'amie de Mazarin rendait son âme à Dieu*.

Morte le 20 janvier 1666, à six heures et demie du matin, Anne d'Autriche fut embaumée le jour même, son cœur porté au Val-de-Grâce ^ et son corps à Saint-Denis.

Elle avait expressément recommandé que son cœur fut retiré par le côté, «sans autre ouverture », et que son corps fut placé auprès de celui du feu roi Louis XllI. Ses volontés dernières furent exécutées. Le cœur seul de la reine fut déposé au Val-de- Grâce ; quant au corps, il fut porté à Saint-Denis, ainsi que le constate le grand ouvrage de Félîbien sur la royale abbaye (1706), lequel donne le plan et le dessin du caveau royal où le cercueil

moires, édit. Petitot, 11* série, t. XI, p. 287. — » Quoiqu'elle tint toujours dans ses mains un éventail de peau d'Espagne, cela n'empêchoit pas que l'on ne sentit sa plaie jusqu'à faire manquer le cœur. » Mlle de Montpensier, Mémoires^ édit Michaud, t. XXVlll, p. 593.

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