Cf. Mémoires de Mlle de Monfpensier
2. Vatout, Hist. du château de Compiègne, cité par H. Duel os, Mlle de La yallière et Marie-Thérèse d'Autriche, t. H. p. 485.
elle devait succomber en pleine vigueur, en pleine* maturité d'âge? L'hypothèse est donc plus ingénieuse que véridique.
Quant à nous vouloir convaincre de la jalousie de Marie-Thérèse, c'est peine perdue : il faudrait ne pas connaître les liens d'amitié * qui rapprochaient en ces temps heureux les reines de la main droite de celles de la main gauche, s'unissantdans leur amour, peu ou prou désintéressé, pour l'objet commun de leur culte.
1. Cf. H. Duclos, Mlle de La Manière et Marie-Thérèse d'Autriche. Paris, Perrin et C*, éd., ch. II.
lioais XIV
Mort, le i^ janvier 1715, de Gangrène sénile.
On possède tant de récits de la mort de Louis XIV' que ce serait tâche inutile, sinon fastidieuse, de les grouper pour n'arriver à donner qu'une version sans couleur et qui n'aurait pas même le mérite de la nouveauté. Nous indiquerons donc simplement une sorte de bulletin de la dernière maladie, aussi bref que possible, mais suffisant pour formuler un diagnostic sur la nature de l'affection à laquelle succomba le grand Roi. A cet effet, nous allons suivre pas à pas, en l'abrégeant, une des
I. Cf. Journal historique de la dernière maladie, etc., de Louis XI y, par Le Fèvre de Fontenay, Paris, 1715 {Mém. de Trévoux, oct. 1715, p. 1863, et mars 1716, p. 494) ; yottrua/ des règrus de Louis XI y et de Louis Xy, par P. Narbonne (éd. J. A. Le Roi, Versai y es, 1866); Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis Xiy, Louis A'K, parj. A. Le Roi, Paris, 1864; La Place, Pièces intéressantes, 1. 111, p. 67-76; Dussieux, Le Château de Versailles, t. 1; archives curieuses de VHistJ de France, par Cimber et Danjou, 2* série, t. Xll ; P. L. Jacob, Curiosités de VHist. de France, t. I; La mort dt Louis XI y. Journal des .^ntboine, 3Lvec Introduction de E. Drumont, Paris, 1880; Corlieu, La Mort des rois de France; Chronique médicale, is oct. 1807, p. 662-4, «^c*
versions les plus ignorées* mais qui nous a paru offrir les caractères de la plus complète authenticité.
\\ y avait plus de deux mois que la santé du roi commençait à s'affaiblir, mais on ne date le commencement de sa maladie que du mercredi 14 d'août, parce que la veille il donna audience de congé à l'ambassadeur de Perse et se tint debout pendant toute l'audience.
Dès le samedi 10 août qu'il revint de Marly, il était si faible et si abattu qu'il eut peine le soir d'aller de son cabinet à son prie-Dieu; et le lundi, qu'il prit médecine et voulut souper à son grand couvert, à dix heures, suivant sa coutume, et ne se coucher qu'à minuit, il parut si prodigieusement changé que sa faiblesse et sa maigreur effrayèrent tous ceux qui le virent.
Le samedi 34 août, qui était le onzième jour de la maladie du Roi, Sa Majesté soupant en public dans sa chambre à coucher, comme elle avait fait depuis le mardi 13 du même mois, se trouva plus mal.
Le jour de Saint-Louis, jour de la fête du Roi, les tambours allèrent lui donner des aubades à l'ordinaire; il les fit avancer sous son balcon pour les entendre mieux, parce que son lit en était trop éloigné, et les vingt-quatre violons et les haut bois jouèrent pendant son dîner dans son antichambre, dont il fit ouvrir la porte pour les entendre.
La petite musique, qu'il avait coutume depuis quelque temps d'entendre le soir chez Madame de Maintenon et depuis très peu de jours dans sa chambre, se tint prête à y entrer vers les sept heures du soir; mais il s'endormit et se réveilla avec un pouls fort mauvais et une absence d'esprit qui effraya les médecins.
Le roi se plaignit les jours suivants d'une douleur à la jambe gauche, qui était très enflée (14 août).
Le 26, sur les dix heures, on pansa la jambe du Roi, dans
1 . Cette version est extraite du Nouveau Choix de Pièces tirées des anciens Mercureset d^autres Journaux, par M, Marm on tel, tome 33, page 5.
laquelle on donna plusieurs coups de lancette ; on y fit des incisions jusqu'à l'os; et on trouva que la gangrène gagnait jusque-là.
Le mardi 27, l'état du Roi fut toute la journée presque semblable à celui de la veille; cependant Sa Majesté s'affaiblissait de plus en plus ; elle eut même quelques moments de convulsions et quelques légères absences d'esprit, mais la gangrène ne fit aucun progrès, et quand on la pansa, le soir à dix heures, on la trouva, comme la veille, au-dessous de la marque que l'habitude qu'il avait de porter toujours une jarretière sous le genou avait faite autour de la jambe.
La nuit du mardi au mercredi fut semblable aux précédentes; mais sur les sept heures du matin, un moment après qu'il eut envoyé quérir le Père Le Tellier, qui ne faisait que sortir du cabinet, où il avait couché, on crut qu'il était à l'extrémité.
Sur les onze heures du matin, il se présenta un Provençal nommé BruMy inconnu à tout le monde, qui, venant de Marseille à Paris, et ayant appris sur le chemin l'état du Roi, avait pris la poste et apporté un élixir qu'il prétendait infaillible contre la gangrène. On le fit parler aux médecins^ et, après qu'il leur eut dit de quoi sa drogue était composée, on en fit prendre à midi dix gouttes au Roi, dans trois cuillerées de vin d'Alicante. Sa Majesté, en prenant ce breuvage qui sentait si mauvais, dit : «Je ne le prends ni dans l'espérance ni dans le désir de guérir; mais je sais que, dans l'état où je suis, je dois obéir aux médecins »•
Cette drogue était un élixir fait avec le corps d'un animal» « de la même mariière, à peu près, qu'on fait les gouttes d'Angleterre avec des crânes d'hommes ».
Brun en prit avant qu'on en donnât au Roi, qui, une heure après en avoir pris, se sentit un peu plus fort, « effet ordinaire des remèdes fort spiritueux ».
Peu de temps après. Sa Majesté retombait en faiblesse, et on trouva son pouls plus mauvais, ce qui fit que, sur les quatre heures, il y eut une si grande dispute entre les médecins et les courtisans, pour savoir si on continuerait ou non à donner ce remède au Roi, que monsieur le duc d'Orléans fut appelé pour en décider.
11 fît entrer Bruii dans la chambre du Roi ; il lui fit tâter
son pouls; après quoiil fut résolu, puisqu'il n'y avait plus d'espérance de sauver le Roi, qu'on lui donnerait encore cet élixir pour le soutenir quelques heures de plus. \ï en prit à huit heures du soir, et sa jambe fut pansée à l'ordinaire. On trouva, comme la veille, que la gangrène n'avait fait aucun progrès; mais le pouls fut très mauvais pendant tout le jour, l'assoupissement assez continuel, et la tête, par intervalles, fortement embarrassée, en sorte que de la journée il ne parla presque qu'à son confesseur.
Le jeudi 39, on continua, la nuit du mercredi et tout le jeudi, à donner au Roi, de huit en huit heuies, le remède de Brun; on le fit même entrer dans la chambre du Roi, comme lesautres médecins, toutes les foisque Sa Majesté le prit.
U parut le matin que cet élixir spiritueux ranimait le Roi et lui donnait plus de force qu'il n'en avait eu la veille.
Enfin, il passait pour si constant que le Roi allait guérir qu'on donnait des noms désagréables à ceux qui, avec plus de raison, disaient que le pouls du Roi étant extrêmement mauvais, il ne fallait regarder cet élixir que «comme un peu d'huile qu*on remet dans une lampe qui s'éteint, et qui s'éteindra entièrement dans quelques moments. »
Ce même jour, Sa Majesté mangea, entre six et sept heures du soir, deux petits biscuits dans du vin avec assez d'appétit; elle prit encore à huit heures du soir, del'élixir de Brun. Sur les dix heures et demie du soir on leva l'appareil de la jambe pour la panser, et on trouva que la gangrène était dans tout le pied, qu'elle avait gagné le genou et que la cuisse était enfiée.
Le vendredi 30, le Roi fut toute la journée dans un assoupissement presque continuel et n'eut presque plus de connaissance.
Le soir, on leva l'appareil à l'heure ordinaire ; on trouva la jambe aussi pourrie que s'il y avait eu six mois qu'il fût mort, et l'enflure de la gangrène au genou et dans toute la cuisse.
Le dimanche i" septembre *, le roi mourut à huit heures
i.Milord Stairs, ambassadeur d'Angleterre à Paris, avait parié que le roi ne passerait pas le mois de septembre. La Gaierie de Pancienne Cour confirme le fait par deux
«t un quart du matin, âgé de soixante-dix-sept ans moins cinq jours. 11 rendit l'âme sans aucun effort, comme une bougie qui s'éteint. H avait passé la nuit sans connaissance.
Le jour même de la mort de Louis XIV, la Faculté de médecine reçut la lettre suivante :
A Messieurs y Messieurs les Doyen ei Docteurs régens de la Faculté de médecine de Paris, aux Ecoles de MÙecine, rue de la Bûcberie.
A Versailles, le !•' septembre 171 5.
Lorsque le Roy meurt *, on est dans l'usage d'appeler le doyen et un ancien de la Faculté de Médecine pour être présens à l'ouverture de son corps. C'est pour cela que j'ai
fois (T. 1, p. 118; t. 111, p. 192) : « Le comte de Stairs, qui avoit parié... ctc, et qui, peut-être, avoit des ordres de sa cour pour l'informer de la situation actuelle de Sa Majesté, osa, pour s'en assurer, lever un des coins de la nappe et mettre ainsi les jambes du roi à découvert, etc.. » (Le roi cachait à table ses jambes gangrenées.) Madame, le voyant dépérir à vue d'oeil, annonçait un mois à l'avance la catastrophe prochaine et ajoutait cette phrase caractéristique : « Ne dites à personne, en Angleterre, ce que je vous dis là (15 août 1715). » Madame de Maintenon et son entourage n'étaient pas sans appréhension, mais Pégoïsme de cette petit coui se refusait à pleurer d'avance un malheur qui l'atteignait spécialement.
On voit dans Boisjourdain que Madame de Maintenon et Fagon traitèrent de visionnaire, à ce propos, le chirurgien Maréchal, qui étant plus désintéressé, était plus clairvoyant. {Ci. Les Pbilippiques, de Lagrange-Chanccl, éd. M. de Lescure, p. 275.)
1. Quand le roi mourait, on procédait à son autopsie. Charles IX est le premier roi de France dont le corps fut ainsi ouvert.
Au début, les médecins et les chirurgiens royaux étaient seuls convoqués pour cette opération. A dater du règne de LouisXUl, la Faculté, représentée par son doyen etson ancien, y fut appelée. Aussi, les procès-verbaux d'autopsie figurentils dès lors dans les registres de l'Ecole. (Cf. A. Franklin, Les Chirurgiens y p. 203.)
l'honneur de vous avertir, Messieurs, de vous rendre ici demain, deuxième de ce mois, à huit heures du matin. M. le marquis de Beringhem, premier écuyer du Roy, vous fera donner un carosse, qui se trouvera demain à six heures du matin à la porte des Ecoles de médecine où deux chirurgiens jurés de Paris se rendront pour venir ici avec vous.
Je suis, Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur.
Desgranges. *
Le lendemain, deux chirurgiens jurés et un carrosse attelé de six chevaux attendaient devant la porte de la Faculté. Comme il n'y avait qu'une seule voiture, le doyen J-B. Doye* et l'un des plus anciens maîtres de médecine, Claude Guérin, consentirent à laisser les chirurgiens monter avec eux. On arriva ainsi côte à côte à Versailles, et l'autopsie fut pratiquée par un chirurgien.
Au retour, le doyen, ayant convoqué la Faculté, lui lut le procès-verbal dressé à cette occasion, puis il entretint ses collègues des honneurs que l'on venait de rendre au docteur Guérin et à lui.
Us avaient pris leur part d'un splendide repas, d'où, pour comble de flatterie, l'on avait eu soin d'exclure les deux chirurgiens, qui avaient été se repaître dans quelque cabaret*' !
Le procès-verbal d'autopsie* montra, contrairement aux assertions» de St Simon, que la mort