‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 183 sur 277 · LA DESCENDANCE DE LOL^S XIV · texte numérisé non relu

LA DESCENDANCE DE LOL^S XIV

" Louis xiv avait été précédé de quelques années dans la tombe par son frère, Philippe^ duc d'Orléans, qui avait succombé subitement, en 1701, âgé de 61 ans, à une attaque d'apoplexie *.

1. Voici le récit de la mort de Philippe d'Orléans d'aprèsun chirurgien contemporain :

« M. le duc d'Orléans frère unique du Roy estant à sa belle maison de Saint-Cloud, sur la fm d'un souper qu'il donnoit à plusieurs personnes de la première qualité, fut frappé d'un coup de sang qui lui remplit la teste, ce qui fit à l'instant manquer la parole et toutes les autres fonctions animales qui dépendent du cerveau; on courut aux remèdes, on le saigna deux fois, on lui donna l'émétique, et Ton lui fit tout ce que l'on crut capable de le soulager. Le Roy estant averti de ce malheur, y alla, et fut témoin des remèdes que les plus habiles médecins de la Cour lui ordonnèrent. Monsieur estant mort la nuit même, on l'ouvrit au bout de vingtquatre heures, on lui trouva du sang épanché dans les ventricules du cerveau, autant qu'ils en pouvoient contenir, et

Af(?«s«>«r était, commesonauguste père, un gros mangeur, qui ne se livrait à aucun exercice et qui, de 1 avis des médecins du temps, et ils n'étaient pas après tout si malavisés, ne recourait pas assez souvent à la «bienfaisante», à la «divine» saignée.

La même fin était réservée à cet autre duc d'Orléans, fils du précédent, connu dans l'histoire^ qui l'a peut-être trop sévèrement jugé, sous le nom de Régent,

Le 2 décembre 1723, le duc d'Orléans terminait sa vie en compagnie de la duchesse de Falari, sa dernière maîtresse.

\\ me semble encore le voir arriver, (dit le marquis d'Argenson, lavciUe de sa mort, de rEtoihf petite maison que Mme la duchesse d'Orléans s'étaitacconimodéedansle grand parc de Versailles au milieu des bois. 11 faisait un vilain temps; le Régent avait un commenrement de rhume qui lui causa le catarrhe suffocant dont il fut étouffé; il avait un gros surtout rouge et toussait beaucoup; le col court, les yeux chargés et tout le visage bouffi; l'activité de l'esprit paraissait même se ressentir de l'embarras des organes corporels , il cbercbait ce qu*il voulait dire, 11 me donna ses ordres^ m'ordonna de partir dès la nuit suivante, et je m'entretins une demi-heure avec lui, puis il me souhaita bon voyage; le lendemain à pareille heure il décéda.

Quelques heures avant sa mort, Saint-Simon était venu lui parler d'affaires.

toutes les autres parties du corps très saines, et qui permettoient une vie de plus longue durée.

«Monsieur mangeoit beaucoup, et ne faisoit aucun exercice, et soit qu'il apprehendast la saignée, ou soit queson premier médecin ne la lui ordonnoit pas, il ne se faisoit point saigner ce qui fit que regorgeant de sang, il s'en fit un épanchement dans la teste qui le tua en peu de temps. » Dionis, Dissertation sur la mort subite j p. 19-20.

Nangis, dit-il, m'avait succédé chez M. le duc d'Orléans et expédié en bref; il le fut par Mme Falari, aventurière fort jolie, qui avait épousé un aventurier, frère de la duchesse de Béthune. C'étoit une des maîtresses de ce malheureux prince. Son sacétoit fait pour aller travailler chez le Roi, et il causa près d'une bonne heure avec elle en attendant celle du Roi. Comme elle étoit tout proche, assis près d'elle, chacun dans un fauteuil, il se laissa tomber de côté sur elle, et oncques depuis n'eut pas le moindre rayon de connoissance, pas la plus légère apparence *.

La Falari, eiïrayée au point qu'on peut imaginer, cria au secours de toute sa force, et redoubla ses cris *,

Voyant que personne ne répondoit, elle appuya comme elle put ce pauvre prince sur les deux bras contigus des deux fauteuils, courut dans le grand cabinet, dans la chambre, dans les antichambres sans trouver qui que ce soit, enfin dans la cour et dans la Galerie Basse. C'était Theure du travail du Roi, quelles gens de M. le duc d'Orléans étoient sûrs que personne ne venoit chez lui, et qu'il n'avoit que faire d'eux parce qu'il montoit seul chez le Roi par le petit escalier de son caveau, c'est-à-dire de sa garde-robe, qui donnoit dans la dernière antichambre du Roi, où celui qui portoit son sac l'attendoit, et s'étoit à l'ordinaire rendu par le grand escalier et par la salle des gardes. Enfin, la Falari amena du monde, mais point de secours qu'elle envoya chercher par qui elle trouva soussa main. Le hasard, ou pour mieux dire la Providence, avait arrangé ce funeste événement à une heure où chacun étoit d'ordinaire allé à ses affaires ou en visite, de sorte qu'il s'écoula une bonne demi-heure avant

1. Jeudi 3 décembre 1723. Le duc d'Orléans est tombé en apoplexie sur les sept heures du soir, et est mort à sept heures et demie, sans proférer aucune parole. (Journal de Mathieu Marais, t. 111, loc. cit.).

2. Quand il est tombé malade, il étoit avec MmedeFallari son ancienne maîtresse. Elle a crié, appelé; à peine a-t-on pu trouver un chirurgien pour le saigner. II a été saigné. On dit que Mme de Sabran a dit insolemment : « 11 ne faut pas le saigner, il sort de dessus sa gueuse. i^ Journal de Mathieu Marais, t. 111, loc. cit.

qu'il vînt ni médecin ni chirurgien, et peu moins pour avoir des domestiques de M. le duc d'Orléans *.

Sitôt que les gens du métier l'eurent envisagé, ils le jugèrent sans espérance. On retendit à la hâte sur le parquet, on l'y soigna, il ne donna pas le moindre signe de vie pour tout ce qu'on put lui faire. En un instant que les premiers furent avertis, chacun de toute espèce accourut; le grand et le petit cabinet étaient pleins de monde. En moins de deux heures tout fut fini, et peu à peu la solitude y fut aussi grande qu'avoit été la foule. Dès que le secours fut arrivé, la Falari se sauva et gagna Paris au plus vite*.

Le récit de St. Simon est trop explicite pour qu'on songe à y ajouter. Nous retiendrons seulement ce détail de la version du marquis d'Argenson que, la veille de sa mort, le duc avait eu une première attaque, puisqu'il avait de la peine à s'exprimer, qu'il cherchait ses mots. Le lendemain, l'épanchement cérébral fut plus considérable sans doute et l'apoplexie survint.

D'après une relation manuscrite qui est en notre possession et que nous publierons un jour, le duc commença à se trouver mal à 6 heures trois quarts et mourut à 7 heures et un quart. On le porta du lit de repos où il était mort sur son lit habituel, jusqu'au lendemain matin à 6 heures et demie

1. La duchesse cria aussitôt au secours, mais aucun de sesofficiers ni de ses valets ne se trouva dans ce moment à portée de le secourir. Ce prince, ordinairement environné de tous les grands du royaume, d'un grand nombre de favoris, et d'une maison considérable, se trouva privé de tous secours humains. Le château qui regorge de médecins et de chirurgiens, lorsqu'on n'en a que faire, n'en avait alors aucun dans son intérieur. On fut obligé d'envoyer dans la ville, et lorsque les secours arrivèrent, il n'était plus temps, le prince était mort. (Cf. Journal de Narbonne, édit. Le Roi, p. 77).

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