Journal de Mathieu Marais, hc. cit
^ Nous en reparlerons plus au long dans notre ouvrnge en préparation sur Les Poisons dans l'Histoire.
de princes désignés pour le trône, furent enlevés par des morts qui parurent mystérieuses aux contemporains, tant elles furent promptes.
Is fecit cuiprodest... Ces morts rapprochaient du trône Philippe d'Oriéans : de là à nommer le coupable, il n'y avait pas loin.
Ces morts précipUées, écrit La Beaumelle, donnèrent lieu aux soupçons les plus étranges, qu'il est inutile de dissimuler puisquMIs sont imprimés partout. Elles furent attribuées au poison et on en nomma publiquemen t Tauteur Le duc d'Orléans avait évidemment commis des crimes dont il devoit seul recueillir le fruit. Son libertinage, son irréligion, son ambition étoient des preuves décisives, etc. Ces faits étoient sans vérité comme sans vraisemblance, mais la nation U plus douce dans ses mœurs est la plus cruelle dans ses soupçons*...
La vérité est que le Grand Dauphin était mort, le 14 avril 171 1, (âgé de 50 ans, moins quelques mois: il était né le i*'' novembre 1661), d'une fièvre éruptive^ dont nous déterminerons la nature*.
Le Grand Dauphin avait épousé ',1e 7 mars 1680, Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, qui
1. Les PbilippiqueSf de Lagrange-Chancel, éd. M. de Lcscure, p. 260 etsuiv.
2. Dans notre ouvrage Lès Poisons dans l'Histoire^ qui fera suite à nos Morts mystérieuses, dont il sera le complément. Selon Jacoby iop. cit., p. 404), il mourut de la petite vérole. Le grand Dauphin avait eu une attaque d'apoplexie à trenteneuf ans.
3. On prétend que, devenu veuf, le grand Dauphin épousa secrètement une des dames de la princesse de Conti, Mlle Choin, dont il n'eut pas d'enfants. (Cf., dans V Intermédiaire, 25 octobre 1891, une très intéressante étude signée E. B. (Ernest Brébion).
mourut après dix ans de mariage, non des suites de sa dernière couche, mais plus vraisemblablement d'une phtisie pulmonaire.
A la naissance du duc de Berry elle avait été en très grand danger; depuis, sa santé ne s'était jamais bien remise. Elle ne fit plus guère que languira
On était généralement persuadé, et la dauphine le croyait elle-même*, que son accoucheur, Clément, l'avait blessée à ses dernières couches. La naissance du duc de Berry aurait donc été fatale à sa mère, Fléchier, du haut de la chaire, faisait allusion à ce bruit public quand il disait, dans l'oraison funèbre de la dauphine : « Elle voulut bénir les jeunes princes, sesenfants, celui-là même qu'elle croyait être l'enfant de sa douleur».
Cependant Tautopsie sembla démontrer qu'il fallait attribuersa mort à d'autres causes ; on trouva que le siège de la maladie était surtout dans le poumon '.
De son mariage avec la princesse de Bavière le Grand Dauphin avait eu trois fils :
I . Histoire de V Education des princes dans la maison des Bourbons de France j par H. Druon, tome II, p. 5, auquel nous empruntons les détails qui suivent.
a. Le 20 avril 1690, se sentant beaucoup plus mal, elle fit venir ses enfants pour leur donner sa bénédiction; et embrassant le dernier, elle lui dit : « Je t*aime tendrement, Berry, mais tu me coûtes bien cher ». Le soir même elle mourut.
3. Cf. Mme de Sévigné, lettre du 26 avril 1690; Dangeau, 20 avril 1690; Mémoires du marquis de Sourches, t. 111, p. 228-9; Le Mercure j d'avril 1690, cités par H. Druon, ^p. cit.
A. — Le premier, né le 6 août 1682, fut Louis, d'abord duc de Bourgogne et plus tard surnommé le second Dauphin*. Il suivit son père de près dans la tombe: le 18 février 1712, il succombait, six jours après la duchesse sa femme, Marie-Adélaïde de Savoie, âgée de 12 ans- quand il l'avait épousée. Ces deux morts survenant coup sur coup, alors que le souvenir delà fin brusque du Grand Dauphin n'était pas encore effacé, causèrent la
1. Saint-Simon dit de lui que dans son enfance il avait un vice solitaire. Dans sa jeunesse, il était dur et colère^ s*emportant même contre les objets inanimés, « passionné pour toutes sortes de voluptés et pour les femmes et, ce qui est rare, à la fois, avec un autre penchant tout aussi fort. »
11 n'aimait pas moins le vin, et la bonne chère, le jeu, la chasse avec fureur, la musique avec ravissement.
A vingt ans, il devint affable et doux, mais d'une dévotion outrée, et d'une supeistition exagérée, au point de refuser obstinément d'aller à un bal le jour des Rois !
11 était, de plus, « bossu et contrefait au point d'en être boiteux, quoique sesjambes fussent très belles et parfaitement proportionnées. Sa physionomie était désagréable à cause de la mâchoire inférieure qui emboîtait sur la supérieure. » Cf. Jacoby, hc, cit.
2. Les mariages précoces n'étaient pas exceptionnels au temps jadis (Cf. Cabinet secret, 4' série). Nous ajouterons aux exemples historiques ailleurs cités les suivants, que nous empruntons au D' Foissac, (La Longévité humaine j p. 493) :
« Louis XI obtint de l'évêque de Tours la permission d'habiter avant Fâge de quatorze ans avec Marguerite d'Ecosse, qui n'en avait pas encore douze; elle avait été mariée au Dauphin dès l'âge de quatre ans. Quelle fut l'influence de cet épuisement des forces naissantes sur le caractère dissimulé et cruel de ce prince, qui mourut consumé d'ennuis, de remords et de terreurs, à Tâge de cinquante et un ans? Jeune, il n'eut pas d'enfant; c'est à l'âge de trente-neuf ans seulement qu'il eut Anne de Beaujeu, et à celui de quarantesept que naquit Charles VlU.
« Suivant Prideaux (Humphrey), Mahomet épousa Cadisja ù cinq ans et l'admit dans son lit à huit... », etc., etc.
plus vive émotion et de sombres rumeurs circuièrentàce propos. A nouveau coururent des bruits d'empoisonnement et les acccusations contre le duc d'Orléans se précisèrent avec une implacable rigueur. Cette fois encore l'opinion s'é^rait: le dauphin, de même que la dauphine, étaient les victimes d'une sorte de rougeole épidémique, peut-être d'une fièvre pernicieusç à forme pétéchiale S en tout cas d'une fièvre infectieuse, éruptive, à marche rapide, qui avait bien pu donner le change pour un empoisonnement aigu.
Deux des enfants du second dauphin, sur trois, (le troisième fut louis xv, qui ne survécut que grâce à des soins et des précautions de tous les instants),eurent une fin brusque : le premier, dont l'histoire n'a pas conservé le nom, n'avaitpas encore dix mois quand la mort le prit*. Le second, Louis, duc de Bretagne, mourut, âgé de 5 ans '*, de la rougeole et, par surcroît, de neuf médecins *.
B. — Le second fils du Grand D^iuphin, Philippe, duc d'Anjou, fut appelé à la couronne d'Espagne, le 2 octobre 1700, et devint Philippe y.
1. Telle est l'opinion du D' Corlieu, op, cil., 2* éd., p. 337, sur laquelle nous reviendrons, et que nous n'adoptons que provisoirement.