Né le 8 janvier 1707, mort le 8 mars
4. Le jeune duc d'Anjou, le futur Louis XV, faillit être, lui aussi, la victime de ces ignares. Ils avaient prescrit une sai> «rnée à Tenfant, atteint de rougeole, et ce fut sa gouvernante Mme de Ventadour, qui, en s'opposant à ce qu'on la pratiquât, sauva le petit être d'une mort certaine.
C. — La Dauphine accoucha, à Versailles, le 31 août 1686, d'un troisième prince, qui reçut du Roi le nom de duc de Berry.
Charles, duc de Berry, fut marié, le 6 juillet 1710, à Marie-Louise-Elisabeth d'Orléans, filfe de Philippe d'Orléans, qui fut depuis régent.
11 naquit de ce mariage deux enfants qui vécurent très peu de temps.
Un jour que ce prince était à la chasse, écrit Narbonnc *, il eut le malheur, en tirant sur un lièvre, d'envoyer un grain de plomb dans l'œil de M. le duc de Bourbon et de le lui crever.
Etant encore à la chasse, en 1714, dans la foret de Marly, il tomba de cheval, et cacha cette chute au Roi pour ne pas Talarmer.
Quelque temps après, le 1*' mai, il ressentit quelques douleurs, dont il se plaignit. Mais comme ce prince mangeait beaucoup, et que souvent après le souper du Roi, il faisait des parties secrètes avec la princesse sa femme, le duc d'Orléans, son beau-père, et la demoiselle Devienne, fille publique, que le Roi fit exiler plus tard, les médecins appelés attribuèrent son mal à une indigestion.
Ils le firent saigner, lui donnèrent de Témétique, sans connaître la véritable cause de sa maladie, et le prince succomba, à Marly, trois jours après, à l'âge de vingt-huit ans.
On fit l'épitaphe suivante contre les médecins :
Cy-gisent les nobles mânes De Charles, duc de Berry.
Par le cheval a-t-il péri ?
Non! c'est par quatre ânes.
C'est qu'en effet, il est inconcevable combien de princes et de princesses périssent par l'ignorance de leurs médecins.
i. Jounialde Narbofine, éd. cit., p. 23-^.
Plaidons, pour une fois, les circonstances atténuantes : les médecins étaient après tout excusables. Le duc de Berry avait, en effet, tenu cachées les circonstances de l'accident dont il fut la victime. Dans sa cHûte le creux de l'estomac avait violemment porté contre le pommeau de la selle de son cheval : il en était résulté des hémoptysies, dont les médecins n'avaient pu s'expliquer la cause.
Mais il y avait autre chose : le duc de Berry avait une constitution épuisée pardes excès detoutgenre.
Et si cette explication ne suffit point, qu'on songe encore à la mauvaise santé de tous ces enfants de Louis XIV, à leur constitution affligée d'infirmités précoces : Monseigneur était lourd et chargé d'humeurs ; le duc de Bourgogne * et le
1 . «Ce prince a été fort droit et de belle taille jusqu'à l'âge de huit à neuf ans. Dans ce tems-là on commença à s'appercevoir quMl cherchoit à s'appuyer, et qu'il se penchoit d'un côté pour se soutenir sur le bras de son iauteutl; on examina l'épine, et on trouva qu'elle se courboit du côté droit, prenant la figure d'un croissant : on reconnut qu'étant d'un tempérament très délicat, c etoit la foiblesse de l'épine et de ses ligamens, qui n'étant pas capables de soutenir la pesanteur des parties du corps, qui sont depuis la ceinture jusqu'au haut, ployoit sous le faix. On lui fit de petits corsets de baleine pour affermir l'épine, et un fauteuil commode pour appuyer cette partie de toute sa longueur. A ce fauteuil il y avoit des cordons qui, passant par dessous les aisselles, supportoient toute la charge du corps, et soulageoient les vertèbres du poids des parties supérieures. Mais quelque précaution qu'on ait prise, et quelqu'invention qu'on ait mise en usage pendant plusieurs années, on n'a pas pu éviter que la taille ne se soit gâtée ; toutefois le cœur et les poumons n'en étoient point pressez, ni les fonctions vitales incommodées mais la nature^ foible sur cet article, avoit compensé le défaut par mille bonnes qualitez de l'esprit,, par un génie supérieur, par un courage et unesagesse qui ne" se rencontrent point ailleurs. » Dionis, Cours d'opérations de cbirur^es, MDCCXL,p. 468-469.
duc de Berry contrefaits: le duc du Maine boiteux; la duchesse de Bourgogne, malingre et chétive. Qu'on relise ce document précieux entre tous, le Journal de la santé de Louis XIV, qui nous révèle sans ménagement toutes les tares morbides du Grand Roi. Qu'on se remémore enfin la réponse un peu brutale, mais terriblement significative, d'un médecin à Madame. Comme on demandait à celui-ci pourquoi les enfants de la Reine n'étaient pas sains comme les enfants le sont ordinairement : « C'est que, répliqua TEsculape, le Roi n'apporte que la rinçure de ses verres à là reine».
Qu'est-il, après cela, besoin d'évoquer lès breuvages de Locuste ou de Canidie? La dégénérescence, voilà l'agent destructeur, l'unique poison qui précipita successivement vers la tombe la descendance de celui que, seule, l'hérédité morbide devait plier à ses lois inexorables.
liouis XV
Mort, le 10 mai 1774, de la Variole.
L'arrière-petit-fils de Louis XIV succéda à son bisaïeul le rr septembre 1715. Comme il était mineur, n'étant âgé que de cinq ans, il fut assisté d'un conseil de régence.
II nous semble inutile de rappeler les maladies dont fut affligé Louis XV pendant son existence relativement longue. Outre que ce serait nous répétersans profit, bien que nous puissionsajouter quelques détails nouveaux à ceux que nous avons déjà publiés*, nous ferions une besogne superflue, la maladie à laquelle succomba le Roi ayant été pureme*nt accidentelle, et nullement liée à sa constitution ou à son état de santé antérieur.
Nous rappellerons seulement que Louis XV s'était alité le 28 avril 1774a Versailles; mais depuis huit jours au moins il éprouvait des malaises. Le