Cf. Le Cabinet secret de l'Histoire, i'" et 4* séries
2. Nous les avons fait connaître en partie dans la Chronique médicale, n" du 15 septembre 1897.
lendemain, vers les dix heures et demie du soir, les médecins, en lui donnant à boire, aperçurent les premières rougeurs sur son corps.
C'est alors qu'examinant plus attentivement le malade, ils se confirmèrent qu'il était atteint de variole.
L'événement avait de quoi surprendre, le roi ayant été, prétendait-on*, atteint de cette même maladie en 1728. Ce qui augmentait l'étonnement, c'est que l'inoculation commençait à se répandre et qu'on la regardait comme une mesure de prophylaxie assurant toute sécurité.
Hors de la maison de Bourbon, les maisons royales de toute l'Europe s'étaient mises au dessus de toute inquiétude par l'inoculation : aussi ne manquait-on pas de se récrier, dans l'entourage du Roi, contre cette méthode qui, disait- on
1 C'est ce que nous avons dit nous-même (Cf. Le Cabinet secret, i'* série) et ce dont nous sommes moins convaincu aujourd'hui, après avoir pris connaissance de nouveaux documents. C'est ainsi que dans la relation du maréchal duc de Croy, qui nous sert de guide pour la rédaction de ce chapitre, nous lisons ce passage, assez significatif pour nous inspirer tout au moins des doutes sur l'existence chez Louis XV d'une récidive de variole :
. « 11 faut encore observer que le Roi croyait fermement avoir eu la petite vérole (ce qui aida à le tromper) en octobre 1728, à Fontainebleau, comme il avait dix-huit ans. Le prince de Soubise me dit qu'il avait toujours cru, lui aussi, que le roi l'avait eue, mais des anciens se ressouvenaient que les médecins avaient dit en confidence après, qu'ils croyaient que ce n'était que la petite vérole volante, et que, pour rassurer Sa Majesté sur l'avenir, ils disaient la véritable. » N'est'-ce pas plutôt que les médecins, voulant se donner les gants d'avoir tiré leur auguste client d'un mauvais pas, avaient habilement répandu le bruit que le Roi venait de réchapper de la variole ?
« répandait le germe de la maladie dans l'air*, y^ Le malade se fit à lui-même illusion les premiers jours, persuadé qu'il avait eu déjà la variole et qu'on ne pouvait avoir deux atteintes de cette affection. « Si je n'avais pas eu la petite vérole jadis, disait-il à ceux qui l'approchaient, je croirais l'avoir présentement. » Et quand il n'y eut plus le moindre doute à conserver : «Mais c'est la petite vérole ! s'écria-t-il en fixant ses boutons. » Comme personne ne lui répondait, il se mit à dire : « Pour cela, cela est étonnant ! »
Le mardi lo mai, onzième jour de la maladie, à une heure, l'agonie commença : elle dura deux heures et demie. Enfin, à trois heures et près d'un quart après, il expira *.
Une semaine plus tard, le 18 mai, la petite vérole se déclarait chez une des filles du roi qui l'avaient soigné pendant sa maladie : après Madame Adélaïde, ce fut le tour de Madame Sophie. Une véritable épidémie régnait, du reste, en ce moment et la mortalité fut considérable ^
1. Nouvelle Revue rétrospeciivey lo mars 1896. (Relation du maréchal duc de Croy, publiée par le vicomte de Grouchy.