‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 199 sur 277 · MALADIE DU DUC DE BOURGOGNE, FILS DU DAUPHIN, MORT) LE 22 MARS Ï · texte numérisé non relu

MALADIE DU DUC DE BOURGOGNE, FILS DU DAUPHIN, MORT) LE 22 MARS Ï

(Lettre du général de Fontenoy au prince Xavier de Saj^e)

23 avril 1760 « Monseigneur,

« Je suis bien mortifié de n'avoir que de mauvaises nouvelles à vous mander de la santé d'un neveu qui vous est bien cher ; son état de jour en jour devient plus fâcheux, il s'aflFoiblit, sa plaie est d'une couleur qui inquiète et le pus d'une très mauvaise qualité. On l'a mis depuis peu au lait de chèvre pour toute nourriture. Les rapports des médecins confirment Mgr. le Dauphin et Mad. laDauphine dans l'espérance de son rétablissement ; mais les plus habiles chirurgiens pensent bien différemment. On ne sait comment préparer cet Auguste Couple à un événement qui lui perceroit le cœur.

« La générale la Motte vient d'envoïer chés moi, et m'a fait dire que si il n'y avoit plus d'espérance on donnât de ses gouttes au malade, et qu'elle répondoit qu'elles le tireroient d'affaire. Qui osera hasarder une pareille proposition ? Si c'étoit un enfant du commun, on risqueroit de les lui donner, et elles réussiroient peut-être. Les princes dans une maladie sérieuse sont bien plus à plaindre que les particuHers ; ceux-cy n'ont pas le malheur d'avoir vingt médecins entêtés de leurs opinions et qui ne peuvent s'accorder. La princesse de Condé en a été la victime ; Dieu veuille que Mgr. de Bourgogne ne soit pas la seconde ! »

79 novembre iy6o, — Etat toujours inquiétant du duc de Bourgogne; accablement du Dauphin et de la Dauphine : « Le duc de Bourgogne a eu de nouveau le dévoiement;

1. Correspondance inédite du prince X. de Saxây par Thévenot, p. 181 et suiv.

il avoit diminué hier, mais médecins et chirurgiens de réputation n'en ont pas plus d'espérance.

« J'étois avant-hier au soir dans l'appartement de la Reine quand elle en sortit pour aller chercher ce prince, elle me fit l'honneur de me parler, depuis sa chambre jusqu'à ce qu'Elle fut dans sa chaise à porteurs, et me témoigna être sensiblement touchée de toutes les tribulations que MmeUDauphine avoit à soutenir ; et en me citant l'état fâcheux de son petitfiIs.ËHe me dit qu'Elle ne concevoit la sécurité dans laquelle le Dauphin et la Dauphine étoient sur cet article ; qu'au reste, elle aimoit mieux qu'ils pussent se flatter plus tôt que de les voir d'avance en proie à leur douleur. L'abattement dans lequel je vis hier Mgr. le Dauphin me feroit juger qu'il est mieux instruit de l'état de ce cher fils... »

lioais XVI

Mort, le 21 Janvier 1793, sur i/échafaud.

Les historiens, qui ont pour la plupart puisé leur inspiration dans les journaux du temps, nous ont fait un récit de la mort de Louis XVI, qui n'est qu'un reportage sec et sans couleur. A part la relation de. Sanson, l'exécuteur des hautes œuvres, et de Tabbé Edgeworth de Firmont, quf avait accompagné le roi jusque sur les marches de l'échafaud, nous retrouvons partout la même note. L'exécution d'un monarque passe presque aussi inaperçue que celle d'un criminel de droit commun : à peine lui consacre-t-on quelques lignes, tout comme à un fait-divers de minime importance.

Le document que nous publions plus loin a une tout autre valeur. C'est un témoin oculaire qui parle et qui consigne son impression quelques instants après l'exécution à laquelle il vient d'assister. C'est, de plus, un médecin, c'est-à-dire un homme que sa situation met à même de bien observer et surtout d'équitablement juger.

Philippe Pinel assistait à l'exécution de Louis

XVI en qualité de garde national. Il ne jouait à l'époque, quoi qu'on ait dit, aucun rôle politique. Il avait bien été officier municipal, mais sous la Constituante, et n'avait gardé ses fonctions que quelques semaines*.

La lettre que nous reproduisons a été trouvée dans les papiers de Pinel ^ Elle fut écrite le soir même de l'exécution par Philippe Pinel à son frère qui habitait la province. Le narrateur s'est proposé avant tout de dire la vérité, sans souci d'en tirer effet, puisque sa lettre est un épanchement intime et que, dans sa pensée, elle n'était assurément pas destinée à la publicité.

Paris 21 janvier 1793.

Je ne doute pas que la mort du Roi ne soit racontée diversement, suivant l'esprit du parti, et qu'on ne défigure ce grand événement soit dans les journaux, soit dans les bruits publics, de manière à dénaturer la vérité. Comme je suis ici à la source et que, éloigné par principe de tout esprit de parti, j'ai trop appris le peu de cas qu'il fallait faire de ce qu'on appelle aura popuhris, je vais te rapporter fidèlement ce qui est arrivé. C'est à mon giand regret que j'ai été obligé d'assister à l'exécution en armes, avec les autres citoyens de section et je t'écris, le cœur pénétré de douleur et dans la stupeur d'une profonde consternation.

Louis, qui a paru extrêmement résigné à la mort par ses principes de religion, est sorti de sa prison du Temple vers les neuf heures du matin et il a été conduit au lieu du supplice dans la voiture du maire'*, avec son confesseur et deux gendarmes, les portières fermées.

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