‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 209 sur 277 · Revue des Provinces, loc. cit · texte numérisé non relu

Revue des Provinces, loc. cit

pupille, qu'à partir de la première vertèbre de l'épine, il y en a déjà trois ou quatre qui sont gangrenées, vermoulues et noires, et qu'il est impossible que le prince puisse vivre encore longtemps. Les autres vertèbres vont se gangrener plus rapidement que n'ont fait les trois ou quatre premières, et Monseigneur le Dauphin succombera nécessairement quand la dizième ou onzième vertèbre sera attaquée. » Ce pronostic était malheureusement trop exact. Le château de Meudon, où on allait transporter le petit malade,allaitde nouveau mériter de s'appeler le tombeau des dauphins de France *.

La Reine se faisait néanmoins encore illusion : son cœur maternel répugnait à l'idée que son enfant fût irrémédiablement perdu.

Mon fils aîné, écrivait-elle à son frère l'empereur Joseph II, me donne bien de l'inquiétude; quoiqu'il ait été toujours faible et délicat, je ne m'attendais pas à la crise qu'il éprouve. Sa taille s'est dérangée et pour une hanche qui est plus haute que l'autre, et pour le dos dont les vertèbres sont un peu déplacées et en saillie. Depuis quelques temps, il a tous les jours la fièvre et est fort maigri et affaibli... Le roi a été très faible et maladif pendant son enfance, l'air de Meudon lui a été très salutaire, nous allons y établir mon fils...»

Les premiers temps, contrairement à toute espérance, il se trouva un peu mieux, mais son état ne tardait pas à empirer de nouveau : l'épine dor-

i. C'était un nom qu'on lui avait donné depuis longtemps (Correspondance secrète j t. IL p. 236). 2. P. de Nolhac, La reine Marie- Antoinette , 1899, p. 255.

sale continua à s'infléchir, l'enfant dépérit de plus en plus.

• Au mois de septembre (i788), il peut à peine se soutenir sur ses jambes. Ses souffrances ne lui laissent que de rares intervalles de répit.

Il est question de l'envoyer dans le Midi, à Nice ou à Montpellier, l'air de Meudon ayant été reconnu beaucoup trop vif*.

A la fin du mois d'octobre il paraît tout à fait remis : il dîne en public ! On sait que ces rémissions ne sont pas exceptionnelles au cours de la phtisie.

Quelques jours plus tard, goûtant à des pommes de terre qu'il a lui-même plantées il fait des projets d'avenir : « Je veux, dit-il, l'été prochain semer du blé, le soigner et le faire moudre; j'en aimerai davantage les pauvres gens qui nous le procurent* ».

Malgré cette feinte amélioration, le mal poursuivait sa marche. Dans les premiers mois de 1789, l'état du dauphin ne laissait plus d'espoir, en dépit des quelques crises salutaires qui se produisaient de temps à autre.

C'est alors que fut décidée une consultation de tous les médecins en renom de l'époque. On y convoqua Portai, Sabatier, Vicq d'Azyr, Desault; on joignit à cette consultation Bourdet. dentiste, et tous les médecins et chirurgiens de la cour. La majorité des consultants fut d'avis de prescrire les antiscorbutiques, le quinquina, les exutoires,

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