Elle dit, à un autre endroit de son Récit
« Le changement de vie et les mauvais traitements rendirent mon frère malade vers lafm d'août. Simon le faisait manger horriblement, et boire de force beaucoup de vin, qu'il détestait. Tout cela lui donna bientôt la fièvre; il prit une méd^ cine qui réussit mal et sa santé se dérangea tout à fait. Il était extrêmement engraissé sans prendre de croissance. Simon le menait cependant encore prendre Tair sur la tour» Récit des événements arrivés au Temple, p. 51-52.
de plus de ménagements; que Robespierre ait pris cette détermination à la suite de l'horrible déposition arrachée par Tivresse à Tenfant royal *, peu importe. Le fait est patent: la date de la mort de la reine correspond bien avec celle de la cessation des prétendues rigueurs de Simon '. II n'est donc pas admissible que la santé du dauphin ait continué à s'altérer.
Mais il y a un document tout à fait probant, qui nous permet non plus d'émettre une présomption, mais une certitude. Le 2 janvier 1794, le corps municipal prenait un arrêté, interdisant le cumul demembre du Conseil général et des emplois salariés par l'État. Simon se trouvait atteint par cette mesure. Trois jours après, l'instituteur du dauphin offrait sa démission, et le 16 janvier, le Conseil général décidait que quatre de ses membres, commissaires de garde au Temple, seraient à l'avenir chargés de la surveillance directe des détenus de cette prison.
Le 19 du même mois, les époux Simon remettaient aux commissaires de garde le **petitCapet" et en demandaient décharge. Cette décharge est mentionnée en ces termes dans le Moniteur (journal officiel, ne l'oublions pas), en date du 22 janvier (1794):
Commune de Paris. — Conseil général.
Du I*' pluviôse, an II (20 janvier 1794).
Lasnier s^exprime ainsi : Un de vos arrêtés porte que le jeune Capet restera sous la surveillance immédiate des com-
i.Cf. Le Cabinet secret, 4* série : Uauusation d^ inceste portée^ contre Marie-Antoinette, 2. H. Provins, 0^. cit,, t. I, p. 68 (n.).
missaires de garde au Temple; hier, Simon et sa femme nous ont remis cet enfant en bonne santé nous requérant de leur en donner décharge ; nous la leur avons accordée. Le Conseil ratifie la décharge donnée au citoyen Simon.
Retenons donc ce point : le Dauphin était bien portant quand il passa des mains de Simon à celles des commissaires du Temple *.
Après le départ de Simon, la surveillance se relâche*: chacun des commissaires ne doit reparaître qu'une fois tous les quarante jours. Au début, ils furent assez exacts dans leur service ; à la longue un grand nombre se récusèrent, et les remplacements des uns par les autres furent fréquents •. De tous ces commissaires aucun n'a malheureusement laissé, touchant le prisonnier, de communication écrite ou verbale. De plus, le gouvernement de la Restauration a eu bien soin de faire disparaître les registres du Temple se rapportant à cette période, et qui nous auraient peut-être donné la clef du mystère qui plane sur lexistence du prisonnier depuis le premier mois de 1794.
Ce qui est certain, c'est qu'en mars de cette même année, on commençait à s'agiter ferme, et le Conseil général de la Commune s'en préoccupait vivement *. Comme on l'a judicieusement fait observer*, le Conseil général de la Commune craignait l'évasion : c'est donc qu'il la croyait possible!
i. Ci. hioii^eîU Revue ^ T' avril 1884, p. 625. (Papiers du Temple).