H. Provins, t. 1, p
A cette date, on prêtait à Robespierre Tun de ces deux projets : ou « d'emmener le roi dans les provinces méridionales, si les armées s'approchaient de Paris », c était le projet du comité; ou « d'emmener le roi à Meudon et de faire son traité personnel avec la puissance qui s'approcherait de Paris : c'était l'avis du dictateur, ou plutôt le projet qui avait sa préférence*. L'agent de police politique qui fait connaître ces détails, et dont les dépêches confidentielles ne nous ont été que récemment révélées, ajoutait dans son rapport que, dans la nuit du 23 au 24 (mai 1794), Robespierre était allé chercher le roi au Temple et l'avait conduit à Meudon. « Le fait est certain, poursuivait-il, quoi qu'il ne soit connu que du Comité de salut public. On peut être assuré qu'il a été ramené au Temple dans la nuit du 24 au 25 et que ceci était un essai pour s'assurer de la facilité à s'en emparer'. » Mais ce ne sont là que rapports de policier, et nous savons trop avec quelle circonspection il faut en user.
D'après certains biographes de Louis XVIl,Robespierre se serait rendu au Temple le 11 mai, au lendemain de l'exécution de madame Elisabeth. Sa démarche fut tenue secrète; on ne l'apprit que beaucoup plus tard par la duchesse d'Angoulême. 11 ne paraît en être rien transpiré au dehors.
Le 9 thermidor arrive et avec lui la chiite du dictateur. Le triomphateur de la journée, Barras, se présente, dès le lendemain matin à 6
I . Tbe manuscripis ofJ.-B. Fortescue^ preserved ai Dropmore, t. n, p. 564.
2 Tbe manuscripis, etc. , p. 576-577.
heures, à la prison du Temple et demande à ce qu'on lui amène les deux captifs de marque qui y sont enfermés. H les voit séparément, constate que « le jeune prince? était couché dans un misérable lit, qui n'était qu'une espèce deberceau... Ses genoux et ses chevilles étaient enflés; sa chambre dans un état de saleté repoussant. » Barras fait son rapport au Comité de salut public, qui décide que des médecins seront chargés d'examiner le détenu ; tandis qu'il confie la garde dès prisonniers à une de ses créatures, le sieur Laurent, jeune créole que Joséphine lui avait recommandé comme un homme sûr et dévoué.
Cinq semaines après l'entrée en fonctions de Laurent, le 3 1 août (1794), la poudrière de Grenelle faisait explosion: le bruit courut aussitôt dans Paris que les prisonniers du Temple s^étaient échappés à la faveur d'un complot royaliste. C'est toujours la même préoccupation; évidemment l'évasion de Louis XVll « était dans l'air », comme le dit bien M. Provins.
Le gardien Laurent fut accusé de se relâcher fortement de sa surveillance. « On ne savait pas si on gardait des pierres ou autre chose », écrit un adjudantdeserviceSàquisansdoute, pasplusqu'à ses acolytes, on ne montrait jamais les prisonniers.
Au mois d'octobre (1794) parvenaient plusieurs plaintes de citoyens aux Comités de salut public et de sûreté générale et Laurent dut se défendre contre les insinuations dirigées contre lui.
I. Arch. nat., F', 4391 ; cité par Provins, op. cit., t 135 (n.).
Par décision du 1 8 brumaire an 111 (8 novembre 1794), le Comité de sûreté générale choisissait le citoyen Gomin pour l'adjoindre à Laurent, en qualité de gardien du Temple. Gomin navait jamais vu le dauphin, ainsi qu'il le déclara luimême à celui qu'il allait désormais secondera Mais le zèle du second gardien ne pouvait du reste s'exercer qu'en pure perte : il y avait beaux jours que le dauphin avait quitté la prison.
D'après certains historiens, ce serait à la fin d'octobre que l'événement se serait produit. « A la fin d'octobre, à une heure du matin, relate la duchesse d'Angoulème dans son Récit, je dormais lorsqu'on frappa à ma porte ; je me levais à la hâte et j'ouvris toute tremblante de ft-ayeur. Je vis deux hommes avec Laurent; ils me regardèrent et sortirent sans rien dire. » Ces lignes ne sont pas, à vrai dire, très significatives et il est excessif d'en tirer la déduction que nous venons de dire.
Certes, ainsi que nous allons l'établir, le fait de l'évasion n'est pas contestable, mais l'époque où elle s'est effectuée ne saurait être fixée d'une façon certaine.
Les preuves connues de l'évasion, nous n'allons pas les rééditer à nouveau; nous nous contenterons de renvoyer à un ouvrage qui, sans être commun, n'est pas introuvable* et où sont pro-