Elie Berger, Blanche de Castille
II s'était montré sujet peu fidèle et parent peu dévoué : la crédulité des uns, la malveillance des autres, lui firent une réputation d'assassin. Ce n'était là qu'une invention détestable, et pourtant elle trouva crédit, surtout à l'époque où Thibaud, devenu à la fois le défenseur et le protégé de Blanche de Castille, se vit exposé à la haine violente de presque tous les grands vassaux ^ Alors on fit courir le bruit qu'il avait été, du vivant de Louis VIII, l'amant de la reine, et que cette passion, à laquelle ses poésies permettaient de croire, l'avait poussé au crime. Les Anglais eurent soin de répandre cette misérable légende, pensant nuire à la réputation d'une ennemie qui leur faisait peur ; mais toute la boue qu'on lui a jetée n'a jamais pu la salir. Qiiant au comte de Champagne, on a fort judicieusement fait observer que l'effet de ses poisons aurait été bien lent, si, administrés devant Avignon à la fm de juillet, ils n'avaient pas tué leur homme avant le 7 ou le 8 novembre ».
Cette dernière remarque est très judicieuse. Nous ne sachions pas qu'on fît usage à l'époque de poisons intermittents, que Tingéniositè per-
1. Ligués contre la reine régente pendant la ^minorité de Saint Louis, les grands vassaux accusèrent Blanche de Cas> tille, tour à tour, d'avoir été la maîtresse du comte Thibaut, puis celle du légat du pape Romano Frangipani . Nous avons dit ce qu'il fallait penser de la liaison avec Thibaut. Nous renvoyons pour le surplus jà V Histoire des Comtes de Champagne, de M. d'Arbois de Jubainville (t. IV, p. 215 et 280).
Sur les relations avec le légat, on n'a que des racontars ou des épigrammcs (V. Mathieu de Paris, édition Luard, t. 111 et IV et le Ménestrel de Reims), Ce que l'on peut dire de plus positif, de plus scientifique, c'est que Blanche de Castille avait, au point de vue sexuel, une hérédité un peu lourde : sa grand-mère Eléonore de Guyenne, son grand-pére Henri 11. n'étaient pas, à cet égard, à Tabri de tout reproche; pas plus, du reste, que son père, dont la liaison avec une belle juive de Tolède a défrayé la chronique typzgaoXt {Cronica général, éd. Docampos ; Amador de los Rios, Hist, de los Jtuieos de Espana, t. 1, etc.).