Berger, op, cit
verse des criminels ne devait imaginer que beaucoup plus tard. Louis VUI n'offrit, d'ailleurs, aucun des symptômes d'une' intoxication lente et continue.
Nous nous en tenons donc, après examen détaillé des arguments pour et contre, à la version la plus acceptable» celle de la mort naturelle *.
I. Cf. Histoire de Saint Louis, par le marquis de Villencuve-Trans, t. 1, p. 350-3.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Nous extrayons de la savante Etude sur la vie et le règne de Louis y III, par Petit-DutaïUis, les deux passages suivants, qui se rapportent l'un, à l'accusation- d'empoisonnement, portée contre Thibaut, comte de Champagne; l'autre, à l'exhumation du corps de Louis VIII.
Le 5 novembre, comme il était arrivé dans la petite ville de Montpensier en Auvergne, le mal s^aggrava. Louis mourut le 8 novembre, emporté sans doute par la dysenterie. Cétait cette même maladie qui avait failli le conduire au tombeau pendant son enfance, et qui en iai6 avait terrassé son rival Jean sans Terre *.
Partout se répandit le bruit que Louis y II! avait été empoisonné*. On accusa Thibaud de Champagne.
Nicolas de Brai, qui cultive les parterres fleuris de la rhétorique mythologique, raconte comment les Furies, prenant d'abord de Técume sortie de la bouche de Cerbère, puis du venin de vipère, ont confectionné avec ces ingrédients un poison atroce et en ont confié remploi à « leur nourris-
1. Vinc. de Beauvais, 1276-1277; Cbron.de Tours\ ^i-j ; G. de Puilaurent, 217. Vincent de Beauvais dit que Louis « tomba en frénésie », le 3 novembre, mais ne se prononce pas sur la nature du mal qui l'emporta; selon quelques-uns, déclaie Roger de Wendover (111, 116), ce fut la dysenterie.
2. Voyez Wendover, 111, 116; la chronique de l'italien Richard de Saint-Germain, p, ^46.
son* ». Ce nourrisson des Furies, que la « Muse » de Nicolas croit devoir ne point nommer, c'est évidemment le comte de Champagne.
On a trouvé une allusion non moins claire dans le second sirventois de Hue de la Ferté*. L'accusation est d'ailleurs ouvertement énoncée dans les Abhrevaiiones gestorum Franciœ regum, ouvrage du temps de Saint- Louis et dans la chronique de Roger de Wendover. Celui-ci déclare sans plus de circonlocutions que le comte de Champagne convoitait Blanche de Castille et qu'il était pressé de pouvoir satisfaire sa passion *.
En 1230, ce soupçon pesait encore si fortement sur Thibaut, que Philippe Hurepel put en profiter : avant d'entrer en Champagne, il fit provoquer le comte, Taccusant d'avoir empoisonné Louis Vlll ^.
Etant donné que Thibaud avait quitté Avignon avant la mi-août et qu'il était dès le mois de septembre en Champagne^; étant donné surtout qu'on ne pouvait alléguer aucune preuve précise contre lui, et qu'une épidémie sévissait au moment de la mort du roi, il était infiniment plus vraisemblable d'attribuer tout simplement le décès de Louis Vlll à la dvsenterie. Mais on aima mieux fabriquer une mélodramatique histoire d'empoisonnement, comme on le fit aussi pour Jean sans Terre.