EXHUMATION DU CORPS DE LOUIS VIII, EN I
Alexandre Lenoir raconte ainsi, dans ses Note$ historiques sur les exhumations faites en lyçjdans Vabbaye de Saint-Denis (Musée des Monuments français, II, cxxiv-cxxv), la découverte des restes de Louis VIII, faite le 19 octobre 1793 :
Le corps de Louis VIH, père de Saint-Louis, mort le 8 novembre 1226, âgé de quarante ans, s'est trouvé aussi presque consumé : sur la pierre qui couvrait son cercueil, était sculptée une croix en demi relief. On n'a trouvé qu'un reste de sceptre de bois pourri, et son diadème, composé d'une bande d'étoffe tissue en or^ avec une grande calotte d'une étoffe satinée assez bien conservée : le corps avait été enveloppé dans un drap ou suaire tissu en or; il s'en trouva encore des morceaux intacts. Son corps ainsi enseveli avait été recouvert et cousu dans un cuir fort épais, qui avait encore toute son élasticité. Ce fut le seul corps, parmi ceux exhumés à Saint-Denis, qui fut trouvé enveloppé de cuir... 11 est probable qu'on a ainsi enveloppé le corps de Louis Vlll,pour le préserver de la putréfaction, dans le transport qu'on en fit de Montpensier, en Auvergne, où il mourut, à son retour de la guerre contre les Albigeois.
M. de Guilhermy, dans sa Monographie de V Eglise royale de Saint-Denis, transcrit un procèsverbal des exhumations qu'il attribue à Dom Poirier et qui est la copie à peu prés textuelle des ^otes historiques de Lenoir. Il ajoute (p. 73, note i) :
M. Albert Lenoir possède un dessin colorié qui a été fait par son père, au moment de l'exhumation, et qui représente le squelette entier de Louis Vlll, enveloppé d'une étoffe bLinche brochée d'or.
M. deGuilhermy aurait pu ajouter qu'Alexandre Lenoir avait fait aussi sur place des aquarelles, d'après les restes de Henri IV, de Turenne et de Louis XV.
Grâce à Tobligeance de M. Alfred Lenoir et de M. Boitte, M. Petit-Dutaillis a pu voir ces aquarelles. Celle qui nous occupe ici n'est malheureusement pas la plus intéressante. Elle représente un squelette absolument décharné. La tête est coiffée d'une calotte blanche et d'un bandeau en or ; le corps est enveloppé presque complètement d'un suaire grisâtre, orné de bandes d'or.
D'après la position du squelette sur la pierre tombale, qui était sans doute delà dimension ordinaire, il semble bien que Louis Vlll était de petite taille, comme ledit le Chroniqueur de Tours.
Les aquarelles faites d'après les cadavres remarquablement conservés de Henri IV, de Turenne et de Louis XV, off'rent un grand intérêt et il est à souhaiter qu'elles soient un jour reproduites.
Al. Lenoir a donné, dans ses Monuments des arts libéraux, pi. 27, un dessin exécuté d'après la plaque de cuivre qui recouvrait le tombeau de Louis Vlll, et qui a été fondue en 1793. Louis VIII y est représenté sous la forme d'un homme maigre, à la figure émaciée et glabre *.
I . Étude sur îa vie et Je règne de Louis l^III, par Petit-Dutaillis, p. 435-7.
lioais IX (Saint Louis)
Mort, en 1270, de Cachexie palustre.
Sur les douze enfants de Louis VIII et de Blanche deCastille S sept sont morts en bas âge; une fille, Isabelle % a dépassé Tâge adulte ; quatre fils ont joué un rôle plus ou moins considérable : Alphonse de Poitiers^, Charles (ÏAnjou\ Robert S Artois et Louis IX.
I En février 1251, la reine fît une maladie grave, sur laquelle on manque de renseignements. (Cf. Elie Berger, Saint-Louis et Innocent /K, et du même, HisU de Blanche de Castille), On croit qu'elle a succombé à des troubles cardiaques. (Cf. Grandes Cbroniques, H. F, XXI, ii6;f^ie de Saint- Louis, par le confesseur de la reine Marguerite (H. F, XX, 64), etc.
2. Cf. La vie d* Isabelle, sœur de Saint-Loup, par Agnès de Harcourt (Joinvillc, édition Ducange, i688, in-f).
3. Alphonse de Poitiers eut plusieurs maladies, dont une s'accompagna de troubles paralytiques assez ^aves. Parallèlement à ces troubles paralytiques, apparurent, au début de Tannée 1355, des troubles oculaires, qui nécessitèrent l'intervention d'un oculiste en renom de l'époque. Le diagnostic de l'affection dont était atteint Alphonse a été très minutieusement discuté par Brachet (op. cit., 1. 1, p. 123-143). Il s'agirait, selon Brachet, d'un « cas très net de névrite optique. » Cette névrite était due, d'après le même auteur, à la diphtérie. Alphonse de Poitiers aurait succombé à. un accès de paludisme, le 21 août 1271.
4. Sa mort serait, d'après l'auteur de la pathologie mentale des rois de France, consécutive à une « maladie fébrile non
— sites chroniqueurs * nous représentent le futur roî St-Louis « frêle, mince, assez maigre, de haute stature ' » ; blond et rappelant par son teint plutôt son père, d'origine flamande, que sa mère ; de constitution maladive, mais sans avoir eu de maladies caractérisées jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. On trouve bien, avant cette date, dans les comptes du roi, une indication de saignée S mais on sait que la phlébotomie était, au moyen âge, une mesure de prophylaxie saisonnière, autant qu'une arme thérapeutique : on ne saurait donc rieri conclure de cette particularité.
La biographie pathologique de Saint-Louis, Brachet * la résume comme il convient en disant qu'elle n'est que la longue histoire de deux maladies chroniques, dont nous aurons à établir l'origine infectieuse.
La première* était une inflammation chronique des téguments, caractérisée par l'enflure subite et douloureuse de la partie de la jambe droite comprise entre le mollet et la cheville, partie qui « devenoit rouge comme sanc ».
définie» (op. cit., 1, 145). H avait eu des accès paludéens, en Egypte, pendant la septième croisade, et en 1259 et 1260, des maladies d'une nature indéterminée.
I . Chronique de Salimbene, Parme, 1857 ; et Chronique de Philippe Mousket.
3 H. F., XXIII, 173; cité par Brachet, t. III, p. 42.
3 H. F., XXn,6o6,