H. F., t. XXl, p
M. Funck-Brentano, semble être la fiènrre typhoïde. » Et il ajoute aussitôt, pour se couvrir : « Tel a, du moins, été le sentiment des personnes compétentes que nous avons consultées à ce sujet.»
Ces conclusions sont très discutables. Nous ne constatons, en effet, chez Philippe le Bel, ni céphalalgie, ni douleur iliaque, ni troubles urinaires, ni élévation de température.
« Au XIV® siècle, dit encore M. F. Brentano, la médecine ne connaissait pas encore le typhus; elle ne le connaissait pas davantage au xvir.» Sans doute, il faut attendre jusqu'à Louis pour que la fièvre typhoïde ait sa place reconnue dans le cadre nosologique ; mais, au moyen âge et peut-être même bien avant Tépoque médiévale, on connaissait les symptômes des «fièvres continues », qu'on désignait sous différents noms. Dans son traité de médecine, classique au temps de Philippe le Bel, le Liliummedicinœj Bernard de Gordon notait déjà... le gargouillement iliaque ! 11 lui donnait, il est vrai, une valeur pronostique que nous ne lui reconnaissons plus \
Si ce n'est pas de fièvre typhoïde que Philippe le Bel était atteint, ce n'est pas davantage d'une pyrexie infectieuse, quelle qu'elle soit, puisque, pendant tout son cours, sa maladie est restée apyrétique.
Alors ? Tout ce que nous pouvons dire, c'est
I. « Si in ventre audiatur sonus^ sicut tonitruum, morUm significat. »
qu'avec les renseignements imparfaits que nous possédons, nous entendons parler des renseignements d'ordre médical, tel, par exemple, une observation clinique bien prise, il nous est impossible d'étiqueter l'afifection à laquelle a succombé le roi Philippe IV.
Et nous serions bien près d'être d'accord avec M. Funck-Brentano *, quand il écrit : que « le texte de Guillaume l'Écossais * — le seul sérieux, en l'espèce — montre clairement que Philippe le Bel ne mourut ni de consomption, ni de langueur, ni de remords, ni de chagrin, comme le veulent ceux de nos historiens qui ne le font pas mourir d'un accident de chasse^. »
1. Cf. Revue historique, t,,XXWlf p,4^t] Revue du Câtifmis, 1884 et La Mort de Philippe-le-Bel, précitée, Paris, Picard, éditeur.
2. Ceux qui voudront se référera ce texte, le trouveront, en latin, dans Brachet, Pathologie mentale des rois de France, t. 1 1, p. 55-5&;en français, dans Funck-Brentano (i?^u^ du GâtinaiSy loc. cit., p. 100-114).
3. M. Ch. Baudon de Mouy a publié, dans la Bibliothèque de VEcoJe des Chartes (janvier 1897), une lettre missive (provenant des archives d*Aragon), qui n*est autre que le récit circonstancié de la mort et des funérailles de Philippe le Bel, récit fait à Guillaume de Canet, lieutenant de Majorque, par un personnage du nom de G. Baidrich. Celui-ci avait été probablement chargé d'une mission auprès de Philippe IV. Sa relation, concordant avec le texte des meilleurs annalistes, et ayant été, du reste, écrite sous Timpression même des événements, suffit à en garantir l'authenticité.
11 est dit dans ce récit que le 3 décembre, on plaça le monarque à Saint-Denis, à côté de son aïeul Saint-Louis. Les entrailles et le cœur furettt déposés (4 décembre) au monastère des sceurs de Poissy, ainsi que le roi l'avait expressément recommandé. G. Baidrich donne à ce sujet ce détail : au dire
C'est, en somme, un diagnostic par exclusion, ce qui est tout de même un diagnostic.
de témoins oculaires, U cœur de Philippe IV était de si petite dimension qu'on pouvait le comparer à celui d'un enfant nouveau-né ou bien à celui d'un oiseau. » Cf. le Père Anselme, Hist. généalogique de la maison de France, t. 1, p. 90.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Dans une Chronique anonyme ^ intitulée ancienne chronique de Flandre, nous trouvons confirmé le récit de Geoffroi de Paris, ce qui nous ferait accorder à celui-ci tout de même une certaine créance (bien que Tannotateur de ces Chroniques déclare que « le récit se retrouve dans d'autres chroniques, notamment dans celle de Geoffroi de Paris», mais «qu'il n'est pas suffisamment justifié »).
Voici, en tout état de cause, la version du chroniqueur de Flandre, extraite du Recueil des Historiens de la France y t. XXII, p. 401.
Après ce que le roy Phelippe, a la prière de l'evesque d'Albanye, cardinal et légat du Saint-Père, eust accordé les trefves aux Flamens, luy estant à Corbueil, ung jour lui prinst voulenté de aler chacier le chierf ; et en ce point qu'il avoit levé ung grant cerf, ainsi que il vey venir acourant le cerf vers luy, il tira son espée et fery son cheval des espérons très aigrement. 11 cuida tantost férir le chcrf de son espée, mais son cheval ainsi point print le frain à bons dens et s'eslancha, et porta le roy encontre un gros arbre par si grant randon que le noble roy, en luy deffaillant sens et povoir, se laissa verser jus du cheval par terre, et fut moult durement bléchié jusques au coeur. Ses gens y accoururent,
qu'y moult doucement le prindrent et le relevèrent, et sur une littière, qu'ilz envolèrent hastivement quérir, le portèrent souefvement droit à Corbueil. II eut plusieurs bons médechins et chirurgiens, mais en la fin ce fut pour néant ; car sa douleur agravoit de jour en jour, et enfin fut de tous médichins habandonné. Et quand il fut fort affoibli et il congneu que la mort Papprochoit, il fist ses ordonnances et prist ses 'derniers sacremens; si voulu mourir à Fontaincbliaut. Dieu en aist Tame. Si tost que le roy Phelippe le Bel fut trespassé, son corps fut richement embalsmé, et puis fut porté à Paris en Téglise Saint-Bernard. Et illeg fut fait ung moult riche lit où il fut couchié dessus, tout vestu de roiaulz vestemens, une moult riche couronne sur le chief et le ceptre en la main ; et ainsi fut porté en l'église Notre- Dame. Si partirent l'endemain toutes les pourcessions de Paris, et fut porté le corps moult honnourablement parmi la grant rue Saint-Denys; et les plus grands bourgeois de Paris tenoient chascun une torche en leurs mains, jusqucs au nombre de quatre cens et plus.
Ainsi fut porté le corps ensevelir moult dévotement en l'abbaie de Saint-Denis emprès Paris.
Après avint en ce temps, au mois de septembre, que le beau roy Phelippe ala chacier en la forest de Bière, et eurent sa gent eslevé un sanglier grant et merveilleux, le roy chaça tant que il passa ses gens par force de cheval. Quand le sanglier fut eschauffez, il retourna et courut sur le roy, et le roy le failli à périr de l'espie. Le sanglier le ferie de ses dens en la jambe du cheval, dont il se desroia pour la bleceure et geta le roy à terre et demoura un de ses piez en Pestricr, si que le cheval traina moult longuement le roy par les bois, si que il fut moult mehaignez. Et sa gent qui le trouvèrent le (X)rterent à la Fontaine Bliaut et mourut en l'an de grâce mil CGC et XVI, et fut enterrez en l'abbaie de Barbel, et fut le cinquantiesme roy en France *.
1, Cbrouîque normande, éd. Molinier, p. 30-
ChaMes le Bel
Mort, le ler février 1328, de cause inconnue.
On n'a aucun renseignement sur la nature de la maladie à laquelle succomba Charles le Bel *, troisième fils de Philippe le Bel. Tout ce que les annalistes nous apprennent, c'est qu'il s'alita le jour de Noël, et que le dénouement fatal se produisit le 1" février suivant.
Le jour de Noël environ micnuit accoucha au lit malade le roy Charles, et la veiHe de la Chandeleur mourut au bois de Vincennes. Si fu son corps enterré emprés son frère à Saint-Denis^ et son cuer (cœur) aux frères prescheurs à Paris. Et ainsi toute la lignée du roy Phelippe-le-Bel en moins de treize ans fu deffaillie et amortie, dont ce fu très grant domage * .
1. Après une discussion très serrée, l'auteur de Topuscule, que nous avons déjà cité, sur Saint Louis, Charles Il^fFerttel, place la naissance de Charles le Bel en 1294, au mois de juin. Le lieu de naissance du roi Charles n'est désormais plus contestable : c'est Creil^ et non C 1er mont-de-V Oise, comme d'aucuns l'ont à tort prétendu.
2. Chronique de Saint-Denis (éd. Paulin Paris), t. V, p. 303. Le même fait est relaté en ces termes dans le Continuateur de Nangis (éd. Géraud, 11, 82) : « Hoc eodem anno, in die natalis Domini, circa mediam noctem, regem Franciœ Karolum gravis œgritudo arripuit. Qiia diu laborans, in vigilia Purificationis beatœ Mariœ apud nemus Vicenarum
Des sept enfants issus du mariage de Jeanne de Navarre avec Philippe le Bel, trois seulement méritent d'être signalés au point de vue pathologique:
r Louis X y le Htitin (1289-1316), mort à vingt-sept ans, probablement d'une affection aiguë des voies respiratoires, contractée à la suite d'un refroidissement, bien que le bruit ait couru qu'il avait été empoisonné. Après s'être fort échauffé au jeu de paume, il descendit dans une cave et eut l'imprudence d'y boire du vin très frais :
... 11 avoit
Joué à un jeu qu'il savoit, A la paume. Si s'eschaufa.
Et son conseil, qui le biffa, L'en là mené en une cave.
Il eut donc vraisemblablement une fluxion de poitrine ou une pneumonie. Mais il aurait succombé à une fièvre violente, d'après Guillaume de Nangis, ou à un « flux de ventre », s'il faut s'en rapporter à Robert Gaguin. A qui entendre?
i^^Pbilippe y, le Long (\2()4-i}22), dit encore le Saige ou le Borgne *, fut atteint de dysenterie et de fièvre quarte, que ne parvenaient pas à soulager
prope Parisius exspiravit, relicta regina uxore sua desolata, vidua et pregnante. Cujus corpus, juxta Philippum fratrem suum, more patrum suorum, sepuleris regum Francioe apud sanctum Dionysium honorifice sepelitur. » (Cf. également la Cbroii, paris, anott.y éd. Hellot, p. 112, et Ckronograpbia regum fia itcorum, éd. Moranvillé, 1, 291). i. V. Cbronograpbia y éd. Moranvillé, 1, 255.
— Sises médecins *, et qui le tint pendant près de six mois dans un état de langueur continuel : il était arrivé à ne plus avoir que la peau et les os. Il s'agit vraisemblablement d'une entérite tuberculeuse, ayant à la longue déterminé cette cachexie dont parlent les chroniqueurs du temps *.
30 Charles IV, le Bel, dont nous venons de parler.
1. H avait pour médecins Pierre de Capiscainc, Geoffroy de Courvot, etc. Il mourut à 28 ans, bien qu'on lui eut apporté à baiser le bois de la vraie croix, un clou provenant de la crucifixion du Christ et un bras de Saint-Simon ! L'hagiothérapie n'est décidément pas une méthode thérapeutique meilleure que les autres.
2. Cbronograph'm cit.; v. aussi Cotîtinuateur de Nattgis, éd. Géraud, II, 37.
ChaMes de Valois
Mort, le 16 décembre 132^, d'une Lésion cérébrale.
Charles, comte de Valois, frère de Philippe-le- Bel et père de Philippe de Valois, peut être considéré comme la tige de la branche des Valois, qui a fourni plusieurs rois à la France.
On a peu de renseignements sur Tétat pathologique de Charles de Valois. Les historiens signalent qu'en i305,àLyon, lors des fêtes données à l'occasion du couronnement du pape Clément V, il fut « grièvement mais non mortellement » blessé * par récroulement d'une muraille.
Quelques années après cet accidçnt, il éprouve un premier accès de goutte *. II dirige néanmoins l'expédition de Guyenne et s'empare de la ville de laRéoIe, en 1324.
Le 26 mai 1323 ' — à l'âge de 55 ans — survient une paralysie des membres inférieurs, à la suite d'un épanchement dans le cerveau, etCharles de
1. H. F., XXI, 26 (Continuât h cbronici Girardi de Fracbeto),