‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 80 sur 277 · De Beaucourt^ t« VI, p. 457 (Noies supplémentaires · texte numérisé non relu

De Beaucourt^ t« VI, p. 457 (Noies supplémentaires

tfmait ces terreurs; mais je ne vois rien, chez les historiens du temps» qui, pendant les quatre dernières années de sa vie, puisse faire supposer qu^il ait été empoisonné. Ainsi, en décembre 1457, il a une indisposition qui dure dix jours. « 11 fut si malade qu'on disait tous les jours qu'il était mort ». Qu'est-ce que cela prouve ? N'en disait-on pas autant de nos jours de l'empereur Guillaume, aussitôt qu'il avait la moindre indisposition ? Ce qui me paraît au contraire évident, c'est que le Roi, usé par les excès, avait déjà depuis longtemps, en 1458, une cause incessante d'épuisement dans le mal incurable de sa jambe, quelle qu'en fut d'ailleurs la nature.

Les années qui suivent nous montrent le Roi dépérissant chaque jour et souvent tellement faible que l'on croyait qu'il allait s'éteindre. Zantfliet déclare qu'en 1460, après avoir pris du poison (sumU) veneno) il ne doit la vie qu'à la clémence du ciel. 11 me semble qu'une semblable affirmation aurait dû être un peu moins laconique et appuyée sur quelques preuves. Charles Vil n'aurait-il pas éprouvé plutôt une de cts recrudescences du mal, si fréquentes dans le cours des affections chroniques et que l'on aurait attribuées au poison, supposition à laquelle l'attitude et le caractère de son fils pouvaient donner quelque créance? On doit en effet s'étonner que, épuisé et malade comme il rétatt, Charles VU ait pu impunément absorber le poison et se rétablir promptement (post modicum iemt>its) .

Enfin nous arrivons au mois de juillet 1461. Dans les premiers jours du mois, le Roi souffrait fPun mal étrange dans la bouche et dut subir l'extraction d'une dent. Cette opéraration fut suivie d'une fluxion et d'un abcès.

C'est alors que Charles VU, persuadé qu'on voulait l'empoisonner, refusa, dît-on, toute nourriture, et lorsque, au bout de huit jours, il céda aux instances de son entourage, il ne put avaler et ne tarda pas à expirer.

Quel était ce mal étrange ? Y avait-il une ulcération cancéreuse ? S'agissait-il seulement d'une dent cariée î* En tout cas, cette extraction de dent n-a pas été une chose ordinaire, puisqu'elle a été suivie d'une fluxion et d'un abcès, qui ont dû s'accompagner d'une vive inflammation de la bouche et des premières voies digestives, inflammation qui, chez un

malade aussi débilité, a pu amener certaines complications plus ou 'moins graves, le mugurt, par exemple, et qui, même en dehors de toute complication, expliquerait, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir le poison ou la crainte du poison, l'impossibilité où le Roi se trouvait de prendre quoi que ce fût. Nous voyons tous les jours des personnes atteintes de phlegmon de la mâchoire et d'une violente inflammation de la bouche rester plusieurs jours sans pouvoir avaler aucun aliment et ne parvenir à absorber quelques gouttes de liquide qu'au prix d'horribles souffrances. Ne serait-<e pas le cas de Charles VU? Seulement, épuisé de vieille date, il n'aurait pu supporter une abstinence aussi prolongée; et je serais assez porté à croire, avec les correspondants du duc de Milan, « qu'il est mort d'un apostéme qui lui vint dans la mâchoire. » L'apostème aurait été la goutte d'eau qui a fait verser le vase.

Si Charles Vil était mort empoisonné, ou s'il avait pris du poison pendant les dernières années de sa vie, il me semble qu'en parlant de ses indispositions, les historiens auraient eu à noter, au moment de Tempoisonnement, quelque symptôme saillant, comme des douleurs vives ou des vomissements répétés, survenant tout à coup au milieu d'un état de santé excellent; tandis, au contraire, qu'en lisant les chroniques du temps, bien que çà et là il soit question de tentatives d'empoisonnement, on assiste à l'évolution de la déchéance morbide d'un sujet épuisé par la débauche, par les fatigues de toute nature, physiques et morales, et par le mal incurable de sa jambe.

Je sais bien que la conduite du Dauphin à l'égard de son père, sa joie non dissimulée au moment de la mort du Roi, l'emprisonnement du médecin de Charles Vil sur un simple soupçon, la fuite de son chirurgien, n'ont pas peu contribué à donner une certaine créance aux tentatives d'empoisonnement dont le Roi aurait été Pobjet. Sans entrer ici dans la discussion de ces diverses circonstances, qui ont dû frapper beaucoup l'esprit des contemporains, je persiste k penser qu'elles ne sont pas suffisantes pour nous autoriser â attribuer la mort du Roi à un empoisonnement ou à un suicide ; je suis bien plutôt porté à croire qu'elle a été naturelle.

D' NOTTA,

Chairles le TétnéiraiiTe

Mort, le 5 janvier 1477, de Blessures multiples.

La maison ducale de Bourgogne de la première race s'étant éteinte avec Philippe !«' de Rouvres, mort sans postérité (i}6i), Philippe II, le Hardi, épousa la veuve de celui-ci, Marguerite de Flandre : il en résulta neuf enfants.

Le plus connu d'entre eux, Jean-sans-Peur , eut, de son union avec Marguerite de Bavière, six filles et un fils, Philippe III, le Bon.

Charles le Téméraire est le seul fruit légitime, du troisième lit, de Philippe le Bon, dont les deux premiers mariages avaient été inféconds.

Charles le Téméraire est, comme Ta bien vu Jacoby *, un personnage éminemment névropathique. Sur lui s'appesantit l'influence funeste de la dégénérescence physique et intellectuelle de sa maison et avec lui s'éteignit cette dynastie brillante des ducs de Bourgogne de la seconde race.

Bacon, dans son Essai sur Vamitié, dit que Charles le Téméraire ne commu-niquait ses secrets

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