‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 3 sur 56 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

OU leurs défauts. Il faut, en effet, tenir compte des vices d'organisation et de l'influence du milieu sur des natures non équilibrées.

Que de types morbides à mettre en évidence ! Ne savons-nous pas des saints et des saintes, de grands mystiques, qui ont été des hystériques ? De vaillants hommes de guerre, qui eurent l'anesthésie morale et le courage audacieux des épileptiques ? Des monstres indiscutés, parce qu'ils ont été assez haut placés pour recueillir l'indignation générale et qu'il faut élever à la dignité de malades ? N'est-ce pas, là aussi, cette triomphante folie dont parle Bossuet, et la postérité renseignée ne doit-elle pas l'impartialité de son jugement à ceux dont les actes, même inconscients, ont éclairé la voie, consolé ou conduit l'humanité?

Tout est intéressant à connaître, et, à notre époque, plus ou moins instruit , mis en appétit d'apprendre, le public est « pantophile », comme l'était Diderot. Aussi, laissant exhumer de vieux manuscrits sur des minuties ou des questions qui nous paraissent secondaires, les médecins peuvent faire de V archéologie pathologique.

Plus un homme est instruit en toutes choses, plus il a des connaissances biologiques et sociologiques, mieux il est apte à comprendre et à interpréter l'histoire.

Nous savions déjà, par Sophocle et Shakespeare,

par Molière et Balzac, que la vie de l'homme est un mélange de grandeur et de misère. Ce n'est pas, hélas ! une simple fiction de théâtre. L'histoire — et vous le verrez nettement dans ce nouveau livre du docteur Cabanes — montre aussi dans les dynasties royales ce composé de puissance et d'infirmités humaines, allant parfois jusqu'aux extrêmes souffrances.

A connaître tous ces dessous de la royauté, on se sent malgré soi pris de pitié pour ces guenilles empourprées, que secoue, sans trêve et à toute génération, le bras impitoyable de la Némésis antique.

Des meurtriers, des victimes encore plus nombreuses : rien que des malheureux ! Il faut descendre des Atrides pour appartenir à une famille régnante !

Cette résurrection est pour nous la preuve que la vérité, toute la vérité ne s'apprécie ou ne s'acquiert qu'à longue échéance. Ainsi faite, l'Histoire raconte la justice immanente.

Le docteur Cabanes est un chercheur de l'Ecole de Sainte-Beuve : il est, avant tout, épris, passionné de vérité. S'il aime les menus faits, s'il s'étend avec complaisance sur les particularités ou les bizareries, c'est qu'à ses yeux il n'est rien de tel pour éclairer la psychologie d'un personnage que de mettre en saillie ses manies ou ses perversions.

Ce qui nous plaît chez notre confrère, c'est la continuité de l'effort. Depuis huit ans, il publie la

PRKFACE

Chronique médicale, la seule revue qui existe de médecine historique (1).

En quatre volumes il nous a donné ce Cabinet secret de i Histoire que la faveur du public a si légitimement consacré. Son Marat inconnu, qui a momentanément enrayé l'étude que nous nous proposons de consacrer un jour à VAmi du peuple, a été pour beaucoup une révélation.

Ses premiers travaux historiques datent de 1885. On peut mesurer le chemin parcouru depuis cette époque. Et M. Cabanes n'a pas prononcé VExegi monumentumî Outre les deux volumes qui doivent faire suite à cette première série des Morts mystérieuses, il nous annonce des ouvrages sur les Fous de r Histoire, les Poisons dans V Histoire (2), etc. Voilà, certes, beaucoup de promesses, mais nous ne doutons pas qu'elles soient tenues.

Nous comptons bien que l'Académie de médecine et l'Institut récompenseront un pareil labeur. Il faut encourager les médecins érudits qui savent glaner et lier d'aussi belles gerbes. Le docteur Cabanes est un laborieux, et j'applaudis d'avance au succès qui couronnera certainement son œuvre.

Lyon, le 13 mai 1901. A. LaCASSAGNE.

(1) La Chronique médicale vient d'inaugurer sa XVII" année d'existence [Note de laiileiir).

(2) L'ouvrage a paru depuis en deux volumes, sous le titre de : Poisons et Sortilèges.

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