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comme base une période de trente années, on voit que le roi n'a pu contracter l'infection moins de cent fois.
Gomment expliquer, chez le royal patient, la genèse de cet érysipèle ? Et d'abord, quelle est la nature de cette afTection ?
Avant Pasteur, on ne considérait pas l'érysipèle comme une maladie infectieuse. C'était, croyait-on, un stigmate de scrofule. On est revenu à une conception plus scientifique et la démonstration de la nature infectieuse de cette affection n'est plus à faire (1).
On sait moins bien pour quelle raison, après une première atteinte d'érysipèle, loin d'être immunisé, on est prédisposé à une ou plusieurs récidives (2).
Peut-on établir un lien entre l'érysipèle à répétition et une maladie concomitante ? .
Un médecin russe a fait à cet égard une remarque qui nous intéresse tout particulièrement, dans le cas qui nous occupe, celui de saint Louis, Ce distingué confrère (3) a cru pouvoir affirmer la réapparition régulière, chez certains paludiques,
(1) Cf. Archives générales de médecine, janvier 1892.
(2) Verneuil {Bullelins de la Sociélê de Chirurgie, t. XI, p. 660 et suiv.) a cité le cas d'un malade qui n'avait pas eu moins de 11.5 fois une poussée d'érysipèle. Ce cas se rapproche de celui de saint Louis.
(3) Walther de Kiew, inCasslaWs Fahresber., 1857, t. 111, 107.
de l'érysipèle, consêciiiivemcnl à faccès malarien. Il a même baptisé cette variété d'érysipèle, érysipèle malarique. Nous ne savons ce qu'en pensent les spécialistes; nous tenons, en tout cas, cette hypothèse pour très acceptable et, sans pluB tarder^ nous en ferons l'application au personnage dont nous dressons le bilan pathologique.
Dès le mois de juillet 12/|2, le roi avait présenté les premiers symptômes de cette infection paludéenne, qui aboutira finalement à la cachexie palustre, et, comme ultime conséquence, à la mort. Au cours de cette année 12Zi"2, les troupes du saint roi guerroyèrent, en Poitou et en Saintonge, contre les Anglais; elles furent décimées par les exhalaisons miasmatiques des marais (1) ; le roi fut atteint à son tour.
Rentré à Paris le 28 septembre 12/|2, Louis éprouve d'abord une amélioration passagère; mais l'anémie, consécutive à l'infection, fait de tels progrès que le roi est obligé de recourir aux prières des moines de Cite aux (2).
Au mois de décembre de l'année suivante (i2/i3), le roi subit une rechute de paludisme, et pendant près de trois semaines il resta entre la vie et la mort.
(1) BÉMONT, /« Campagne de Poiliers de 1242-12-13 (Annales du Midi, t. V); Chronique de Mathieu de Paris, édition Liiarrl, t. IV, p. 224.
(2) Chronique de Mathieu de Paris, loc, cil., 257.
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Jl fut si fortement malade que l'on désespéra de sa vie, écrit le confesseur de la reine Marguerite. Il eut de la fièvre double tierce (i) et de la dysenterie (2). 11 tomba même un moment dans le coma (3).
Le roi présenta, au résumé, un cas-type de ce que les anciens auteurs ont décrit sous le nom de fièvre malarienne à coma ou fièvre comifée palustre (4), une des manifestations les plus dangereuses du paludisme.
Ces prémisses posées, on déterminera mieux la véritable cause de la mort du roi. Etant donné ses maladies antérieures, il était à prévoir que, sous la moindre influence nocive, la malaria allait de nouveau reparaître.
A peine débarqué à Damiette (12/i9), c'est Joinville (5) qui nous renseigne avec son habituelle précision, le roi a des accès de sa fièvre double tierce et plusieurs fois il tombe en syncope. Puis il est repris de son flux de ventre (6) et maigrit à ce point,
(1) Vie de saint Loiiia, H. F., t. XX, p. 66.
(2) H. F., t. XXII, p. 185.
(3) Mathieu de Paris, op. cit., IV, 397.
(4) Cette forme de fièvre malarienne se rapprocherait assez de ces fièvres typho-paludéennes, dont on trouvera une bonne description dans le Lyon médical, t. LXX, 1892, p. 257.
(5) Édition Wailly.
(6) En 1250, il a de la dysenterie et « diverses incom'moditez », écrit Lenain de Tillemont, son biographe, t. III, 820. Cette même année, meurt le second fils de saint Louis, le comte
88 LES MOUTS MYSTÉUIEUSES
« que les os de l'échiue de son dos estoient mer'veilleusement aguz (1) »,
Mais le roi n'était pas au bout de ses peines. Une épidémie de scorbut sévit sur le camp des Croisés (2). Saint Louis ne tarda pas à présenter les symptômes de cette affection : le déchaussement des gencives ; l'ébranlement et la chute de toutes les dents, à part une seule ; des hémorragies cutanées ; des ecchymoses livides des membres inférieurs (3).
Il en resta très meurtri, mais une amélioration survint et pendant sept ans, c'est-à-dire jusqu'en 1256, le roi n'éprouva pas de rechute.
En 1256, Louis tombe malade à Senlis : on ne sait pas au juste de quelle maladie il fut affecté (4). Môme insuffisance de renseignements sur les étapes morbides de Fontainebleau (1259), Greil (1260) et Pont-de-1'Arche (I26/4).
Le roi part pour la huitième croisade , le 1 6 mars 1 270 ; à ce moment il a grand'peine à monter à cheval, tant il est affaibli. Sa faiblesse est telle que Joinville doit
de Nevers. « On fit bouillir sa chair, pour la séparer des os, qu'on mit dans un cercueil après les avoir embaumés. » Lenain, t. V, 168.
(1) Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite (H. F., XX, 104).
(2) Ch. Laveran, Traité des maladies des armées, 1875, p. 478.
(3) Histoire de saint Louis, par le marquis de Villeneuve- Trans, t. II, p. 286.