‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 23 sur 56 · H. F,, XXI · texte numérisé non relu

H. F,, XXI

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le transporter, dans ses bras, de l'hôtel du comte d'Auxerre aux Cordeliers (1).

Le 17 juillet, il arrivait devant Tunis; le 3 août, il était repris de dysenterie et de fièvre (2).

Un moment on le croit mieux (3) ; mais bientôt les symptômes de la cachexie palustre réapparaissent, la lièvre redouble d'intensité et le roi succombe, le lundi 25 août (4), âgé de cinquante-cinq ans.

Après la mort du roi, ses entrailles furent inhumées en l'abbaye de Montréal (5), près de Palerme, et ses os transportés à Saint-Denis (6). Lors des exhumations, faites en 1793 dans la célèbre abbaye, on trouva, à côté du tombeau de Louis VllI, celui dans lequel on avait déposé les ossements de saint Louis ; il était plus court et moins large que les autres (7).

(1) Joinville, édition citée, p. 262.

(2) Léopold Delisle, Lilt. lai., 1890, p. 73.

(3) H. F., XXIII, pp. r,2et 60:

(t) Cf. Bibliothèque de l'École des Charles, A, V, 107; et surtout Primat, Chronique, in H. F., t. XXIII, p. 58.

(5) « Le lendemain, dit la chronique d'Anjou, fîst (Charles) appareiller le corps de son frère et fist mettre en ung cercueil de plomb ; et les entrailles envoya comme précieuses reliques, en son royaulme de Cécile, et les fist honorablement ensépulturer à l'abbaye de Mont-Royal, près Palerme, bâtie par les Normands. » Histoire de saint Louis, par le marquis de Villeneuve-Trans, t. III, p. 645.

(6) Intermédiaire, loc. cit., p. 553.

(7) Cf. Noies historiques sur les exhumations faites en 1793 dans rahbaye de Sainl-Denis, par Le.noir, et surtout le livre de

Sous le règne de Louis-Philippe, on a érigé une chapelle à l'endroit où l'on présume que saint Louis est mort (1).

Après la conquête d'Alger, 7in des articles du traité avec le boy de Tunis stipulait qu'il protégerait les prêtres catholiques nommés pour desservir une chapelle dédiée à saint Louis et bâtie sur les lieux témoins de sa mort ; voici la teneur de cet acte :

TRAITÉ AVEC LE BEY DE TUNIS POUR LA CESSION DU CORPS DE SAINT LOUIS (2).

Louanges à Dieu, l'unique auquel retournent toutes choses ! Nous cédons à perpétuité à S. M. le roi de France un emplacement dans la Maalka, suffisant pour ériger un monument religieux en l'honneur de Louis IX, à l'endroit où ce prince est mort. Nous nous engageons à respecter ce monument consacré par l'empereur de France, à la mémoire d'un de ses plus illustres aïeux.

Salut de la part du serviteur de Dieu.

Le 7 desefer, de l'année 1246 de l'hégire (juillet 1830).

Hussein, Pacha-Bey

Que le Très-Haut lui soit favorable !

Le consul général des affaires du roi, Lesseps.

G. d'HEiLLY, Exlraclion des cercueils royaux à Sainl-Denis en 1793; Paris, 18C8, pp. 38 et suiv.

(1) Inlermécl. des Chercheurs el Curieux, 20 mai 1893, pp. 552-

(2) Marquis de Vjlleneuve-Trans, Uisloire de saint Louis, roi de France, l. I, p. xlvii.

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PIEGES JUSTIFICATIVES

Le 15 mai 18'i3. tandis qu'on s'occupait de la restauration de la Sainte-Chapelle, des ouvriers, en levant une dalle au centre de l'abside de la chapelle haute, trouvèrent une boîte d'étain renfermant un cœur. Ce monument funéraire ne portant aucune inscription, une longue et confuse discussion s'engagea parmi les archéologues au sujet de ce viscère, que les uns prétendaient être celui du roi saint Louis, ce que d'autres niaient non moins énergiquement. Il est assez généralement admis, à l'heure actuelle, que le cœur du saint roi repose^ comme nous l'avons indiqué plus haut, à Montréal, près Palerme ; et, par suite, que le cœur trouvé dans la Sainte-Chapelle ne saurait être attribué au roi Louis IX; mais le champ des controverses reste toujours ouvert, car tous ne s'avouent pas vaincus (1).

(1) Cf. sur cette question, en faveur de la thèse de la nonauthenticité : Examen critique de la découverte du prétendu cœur de saint Louis, faite à la Sainte-Chapelle, le 1.5 mai 1843, par Letroxne, Paris, 1844; pour l'authenticité : Preuves de la découverte du cœur de saint Louis, rassemblées par MM. BEr.oER de XiVRF.Y, Deville, Ch. Lenormand, Le Prkvost, P. Paris et le baron Taylob. Paris. 1846.

Le monastère royal de Saint- Louis de Poissy (1) fut fondé par Philippe le Bel, qui ordonna en mourant de déposer son cœur dans l'église de l'endroit, laquelle possédait également dans son trésor la partie supérieure de la tête de saint Louis. Le trésor royal de Saint-Denis conservait aussi un reliquaire de vermeil doré, où était enchâssée la mâchoire inférieure ou menton de saint Louis. Deux petites statues, représentant Philippe 111 et Philippe le Bel, supportaient la relique.

La tête de saint Louis a longtemps été conservée au Palais de justice, et l'on y gardait aussi, dit-on, le dais sous lequel le monarque avait siégé en là chambre du Châtelet. L'abbaye de Saint-Victor possédait une de ses côtes.

En 1298, Philippe le Bel fit exhumer de Saint-Denis

(1) Dès le temps du roi Robert, et bâti peut-être par lui, il existait à Poissy un manoir ou maison royale, et trois anciens monastères, dédiés, dit Helgand, historien contemporain, à la Vierge, à saint Jean et à saint Martin. Nos rois passaient souvent la belle saison en cette résidence, où Blanche accoucha plusieurs fois. La tradition porte que le lit où elle mit au monde saint Louis se trouvait placé au lieu même où fut bâti, dans la suite, le grand autel des religieuses dominicaines. On explique même, par celte circonstance, comment cette église ne se trouve pas orientée comme les autres. {Ilist. de saint Louis, par le marquis de Vlleneuve, t. I, p. 3i2.)

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e corps (le son saint aïeul, pour le transférer dans la Sainte-Chapelle do Paris. A cette époque, plusieurs de ses ossements durent être distribués à diverses églises, monastères, corporations et personnages marquants ; d'autres en possédaient déjà. Ainsi, une côte de saint Louis existait à l'abbaye de Saint- Victor, dont l'abbé, Raoul (mort le 8 novembre 1247), avait été l'ami du monarque. Ce prince, ayant été gravement malade à Saint-G ermain-en-Laye, Marguerite s'engagea sur les Evangiles, en présence d'Adam de Chambly, évèque de Senlis, d'Eudes, abbé de Saint-Denis, et de Raoul, abbé de Saint-Victor, qu'elle mettrait à exécution de point en point le testament du roi son époux.

On trouve dans le Trésor des Chartres, cote 19, ce petit roole de la distribution des reliques de sainct Loys :

« La Sainte-Chapelle du roi, à Paris, le chief(téte).

« L'emperiez (l'empereur) aura une jointe (articulation), d'ung des doigts de saint Loys.

« Lés professeurs de Paris, ung des os de sa main.

« Les frères du Val-des-Escholiers-les-Compiègne, une joincte.

« L'abbesse de Pontoise, une des costes.

« L'abbé de Reaumont (Royaumont), une pièce de Tépaule.

« L'abbesse du Lys, ung des os de la main. »

Le cœur et les entrailles de saint Louis furent, comme nous l'avons dit plus haut, déposés dans la cathédrale de Montréal, la plus belle église de la Sicile. Un monument sépulcral, situé dans une des chapelles du chœur de l'église, renferme cette précieuse relique. '

Une statue d'or, érigée à saint Louis par ordre de Philippe le Bel, était conservée dans la Sainte- Chapelle. Cette statue, où le monarque était représenté les yeux fermés, a servi de type à celle qu'on exécuta pour l'ég-lise des Carmes de la place Maubert. Le chœur renfermait des peintures ordonnées par Philippe le Long et par Jeanne, sa femme, fondateurs de cette maison, en 1317; et l'on y retrouvait saint Louis et sa famille, en habits de cour.

Une autre statue de ce monarque, très estimée des connaisseurs, figura longtemps sur le portail des Cordeliers de Paris. Elle provenait de l'ancien portail de Vhôtel des Quinze-Vingts, rue Saint-Honoré, fondé par saint Louis au retour delà croisade. Après la démolition de l'hôpital des Quinze- Vingts, les statues de saint Louis et de Marguerite, qui se trouvaient placées sur ce portail, furent déposées, en 1781, dans la salle des antiques du Louvre (1).

En 1306, on fit la translation de la tête de saint Louis à la Sainte-Chapelle de Paris.

(1) Histoire de saint Louis, auct. cit., I, pp. 406 et 431.

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Il semblerait que les ossements de saint Louis auraient été rapportés à Saint-Denis, car une seconde translation eut lieu en 1392, sous le règne de Charles VI, qui arriva au Moustier royal avec une châsse d'or de 252 marcs. Elle avait été commencée par Charles V. Les principaux personnages du royaume furent appelés à cette cérémonie. Le roi, en manteau royal, porta lui-même les os sur l'autel. Il en donna une côte à Pierre d'Ailly, pour le pape Clément Yll; deux autres os, au duc de Berry et à Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et un ossement à partager entre les prélats ; après quoi, il mit le reste dans la nouvelle châsse (1).

l'embaumement au temps de saint louis

Au moyen âge, tout l'art des embaumements consistait dans le mélange d'aromates avec du sel, dont on remplissait les cadavres. En .1135, Henri I"*", roi d'Angleterre, fut embaumé de cette manière. On fît de grandes incisions sur toutes les parties du corps. On saupoudra de sel (2) et on y mêla du baume ;

(1) Histoire de saint Louis, roi de France, par le marquis de Villenf.uve-Tbans, t. III, pp. 536 et suiv.

(2) Cet emploi du sel se retrouve encore en 1422 : « Le corps de Henri V, roi d'Angleterre, dit Juvénal des Ursins, fut mis

ensuite le corps fut cousu et renfermé dans une peau de bœuf, puis mis dans un cercueil ; l'odeur du cadavre fut fatale à l'opérateur : il en mourut surle-champ.

Après la mort de saint Louis, on fit de même bouillir son corps dans l'eau salée, afin de séparer les os de la chair. Cette opération était commandée par les circonstances, peut-être même par le manque de matières d'embaumement. Les ossements ainsi dépouillés furent mis dans une châsse.

Louis VIII est le premier de nos rois pour lequel avait été employé ce mode d'inhumation partielle ; car son cœur et ses entrailles demeurèrent à Montpensier, et son corps fut porté à Saint-Denis. Ce procédé n'avait rien de trop révoltant et n'exigeait que l'ouverture du cadavre ; au lieu que l'opération pratiquée à Tunis et à Perpignan, quinze ans après, pour le fils et le petit-fils de Louis VIII, demandait un appareil dont l'idée soulève, par l'apparence de barbarie et de cruauté qu'elle présente.

Aussi les papes ne manquèrent-ils pas de la pros-

dans un chaudron avec du sel, et tellement bouilli, que la chair se sépara des os. L'eau fut jetée en un cimetière et les os et la chair mis dans un coffre avec épices et herbes sentant bon. »> On voit à la statue de Louis XH, ainsi qu'à celle d'Anne de Bretagne, son épouse, l'incision faite au côté gauche, et qui avait servi à l'extraction des viscères, et à l'introduction des aromates (Derniers Jours des rois de France, par Berthevin, (pp. 71-72.

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crire. Boniface YIII la défendit sous peine d'excommunication. Cependant, Benoît XI, son successeur, permit à Philippe le Bel de l'employer pour les princes et les princesses de la famille royale, dont les corps ne pourraient que difficilement être transportés au lieu de leur sépulture. Ce même procédé (la cuisson) eut lieu pour Philippe le Hardi, mort à Perpignan, au retour de sa croisade en Aragon. On le fît bouillir dans de l'eau et du vîn, après quoi ses chairs et ses entrailles furent inhumées à Narbonne, et ses ossements avec son cœur transportés à Saint-Denis (1).

(1) M.irquis de Villeneuve-Trans, loc. cil.

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