‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 28 sur 56 · MORT DE JEANNE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

MORT DE JEANNE DE NAVARRE

Quant est de la mort de madame la royne de Navarre (que Dieu absoille) dont le dit Pierre a été interrogié par MM. du conseil disans que elle fu empoissonnée, dist ledit Pierre que quant elle mouru il étoit à Bernay, et ne fut onques si troublé,, si esmcrveillié ne si dolent de mort de personne, comme il fu de la siene et ne tient pas qu'elle mourust de poisons : car on tenoit à Evreux où elle mouru, que ce avoit esté parce que elle avoit estée mal gardée en son baing auquelle elle mourut ; et le scevent Madame de F"oix, la dame de Saquainville, et Katherine de Baulellu, Margot de Germonville, et autres femmes estant pour lors avecques lui ; et si peut être sceu par vSimon le Lombart, apothicaire d'Evreux qui l'eviscera et vit tout ce qu'elle avoit dedans le corps. Et aussi est-il tout certain que tantost après la mort d'elle, furent assemblez au chastel d'Evreux l'evesqued'Avranches, madame de Foix, madame de Saquainville, et plusieurs du conseil du dit roi de Navarre, toutes les damoiselles et femmes de chambre, et furent prises les femmes par serment que elles diroient la vérité. Si fu récité tout au long par la bouche de Margot de Germonville tout le procès et la manière de la mort, et par ce fut trouvé qu'elle étoit morte de faiblesse de cuer et à ce s'accordèrent toutes les autres femmes (1).

(1) Secousse, loc. cil.

CHARLES VI Mort, le "21 octobre 1422, d'accès répétés de manie aiguë.

Charles VI succède à son père le 16 septembre 1380. Il est sacré et couronné à Reims le li novembre (et non le 25 octobre) (1). Il meurt le 21 octobre l/i22.

Sa première maladie date de 1392 ; au mois d'avril de cette année (1392), avait eu lieu une entrevue entre Charles VI et le roi d'Angleterre à Amiens. C'est là que Charles fut pris, selon l'expression de Froissart, de « fièvre et chaulde maladie (2) ».

Qu'entendait-on par chaude maladie au quinzième siècle ? Dans VHisloire de Robert Gaguin (3) se lit ce passage :

« Nam comitialis morbo cùm interdum premeretur », qui est ainsi traduit (dans une traduction

(1) Peignot, Abrégé de l'ilist. de France, p. 112.

(2) Froissart, édition Kervyn, XIV, 389.

(3) Cité par Brachet, II, 214.

française de 1498); « Car comme auculnes foys il fut persécuté de chaulde malladie... »

La « chaude maladie » ne serait-elle pas, dans ce cas, ce que nous nommons aujourd'hui le mal comitial, Vépilepsie ? Voici la confirmation de notre hypothèse. Dans le De Proprielalibus rerum, au chapitre qui traite des vertus de la pierre d'aigle (ae7i7e), nous relevons cette phrase :

« Hic etiam lapis (aetites) caducorum prohibât casum » ; ce qu'en 1375 le médecin Corbichon traduisait : « L'ethice vault moult contre le chaud mal », et ce que nous interpréterions actuellement de la sorte : la pierre d'aigle est souveraine contre le mal caduc. Or, le mal caduc, qu'est-ce autre chose que l'épilepsie ? Donc, la « chaulde maladie » de Froissart ne saurait être que le morbus sacer, le mal sacré, le haut mal.

On nous objectera que cette première maladie du roi fut « tant angoisseuse qu'il en perdit les ongles et les cheveux (1) », et on en tirera l'induction que ce pouvait être une fièvre typhoïde à forme convulsive, une fièvre ataxo-adynamique (2).

L'alopécie et l'onyxis s'observent, en effet, dans les fièvres éruptives, et non pas seulement dans la

(1) Plaidoyer de Jean Petit (Monstrelet, I, 227, édition Doiiet d'Arcq), cité par Brachet, II, 215.

(2) C'est l'opinion de Brachet, que nOue ne croyons pas devoir adopter.

fièvre typhoïde, mais dans la rougeole et la scarlatine ; or, si le roi avait présenté une éruption, les historiens du temps n'auraient pas manqué de la signaler.

D'autre part, nous écartons l'idée d'une fièvre typhoïde, parce que le roi fut très rapidement sur pied, et se remit bientôt à chasser comme auparavant.

Au surplus, le voyage d'Amiens avait eu lieu en avril ; à l'Ascension, « retourna le roy de France à Paris en bon point et en bon estât » : la convalescence d'une fièvre continue aurait été beaucoup plus longue.

Reste à expliquer la chute des ongles et des cheveux.

Mais ce symptôme implique-t-il autre chose qu'un trouble de la nutrition ; et chez une personne de souche arthritique, comme l'était Charles VI, est-ce un phénomène si exceptionnel ? Dans l'épilepsie même, ce signe ne s'observe-t-il pas ?

Nous nous appesantirons moins sur les autres maladies de Charles VI, puisqu'elles se résument toutes dans une seule, la folie, dont nous parlerons plus longuement ailleurs (1).

La première manifestation des troubles psychi-

(1) Disons, en attendant, que le sujet a été étudié par Chereau {Vntotï médiàale, V* juin 1862) et, plus récemment, par Saltel, la Folie du roi Charles VI : thèse de Toulouse, 1907.

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ques chez le roi doit être cependant précisée : elle eut lieu du V'' un 5 août 1392 (1). Le 5, éclatait le premier accès de manie aiguë. L'aiïection dura trente ans et se termina par la mort, le 21 octobre l/i22 (2).

On ne possède pas le rapport d'autopsie, ce qui eut peut-être permis de diagnostiquer la maladie finale ; tout ce que nous apprend un chroniqueur de l'époque (3), c'est qu' « il a voit le cuer (cœur) et le foye net », notion, en vérité, bien insuffisante pour asseoir une opinion ferme.

PIÈCES JUSTIFICATIVES A

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