‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 29 sur 56 · COMMENT CHARLES VI, ROI DE FRANCE, FUT PORTÉ A SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

COMMENT CHARLES VI, ROI DE FRANCE, FUT PORTÉ A SAINT-DENIS

... Et étoit le corps sur une litière moult notablement,

(1) Religieux de Sainl-Denis, t. II, 19; et Monsthelet, I, 227, édition Doïiet d'Arcq.

(2) « Item, le XXI" jour du moys d'octobre, vigille de XI™ Vierges, trespassa de ce siècle le bon roy Charles, qui plus longuement régna que nul roy chrestien dont on eust mémoire, car il régna roy de France XLIII ans... » Journal d'un bourgeois de Paris, édition Tuetey: Paris, Champion, 1881, p. 177. Il s'éteignit dans le plus triste abandon (note 1, loc. cit.). Pour la cérémonie des obsèques cf. Leber, Collection des meilleurs Disserlalions et Traités relatifs à l'Histoire de France, t. XIX, pp. 20!) et 238.)

{'i) Chronique de Monstrelet, édition Doiiet, t. VI, 324.

par dessus laquelle avoit un pavillon do drap d'or à un champ vermeil d'azur semé de fleurs de lys dor ; et par dessus le corps avoit une pourtraicture faite à la sembiance du roi, portant couronne d'or et de pierres précieuses moult riches, tenant en ses mains deux écus, l'un d'or et l'autre d'argent; et avoit en ses gands blancs et anneaux moult bien garnis de pierres, et étoit icelle figure vêtue d'un drap d'or à un champ vermeil, à justes manches et un mantel pareil fourré d'hermine ; et si avoit unes chausses noires et un solers de velour-d'azur semés de fleurs de lys d"or.

Et en tel état, comme dit est, fut porté en grand'révérence jusque dans l'église Notre-Dame de Paris, dedans laquelle chanta la messe pour ledit défunt le patriarche de Constantinople. Après laquelle et l'office achevé moult honorablement, fut le dit roi porté à Saint-Denis; et le portèrent les gens de son. écuycrie jusqu'à une croix qui est en mi-chemin de Paris et Saint-Denis. A laquelle croix le chargèrent les mesureurs et porteurs de sel à Paris, chacun une fleur de de lys à la poitrine ; et le portèrent jusqu'à une croix auprès Saint-Denis, jusqu'à laquelle vinrent à rencontre de lui l'abbé du dit lieu de Saint-Denis et ses religieux, et tout le clergé de la ville en procession, avec les bourgeo's et le peuple, qui avolent grand'foison de torches et luminaires. Et delà, en chantant et recommandant son âme à Dieu, fut porté jusqu'à l'église Saint-Denis (1).

(1) Chroniques d'Enguerrandde Monstrelet {Panthéon liltéraire, édition J.-A.C. Buchon; Paris, 1836), livr. I, p. 534.

CHARLES Vil

Mort, le 22 juillet .4464, de cachexie tuberculeuse.

Des douze enfants (1) que Charles VI eut, de son union avec Isabeau de Bavière, quatre succombèrent en bas âge : un, le jour où il vint au monde (Philippe) (2); un autre, l'année de sa naissance

(1) Voici la dei^cendance de Charles VI et d'Isabeau : 1» Charles, né le 25 septembre 1386, mort le 28 décembre suivant; 2° Jeanne, née le 14 juin 1388, morte en 1390; 3" Isabelle, née le 9 novembre 1389, morte le 13 septembre 1409; 4° Jeanne, née le 24 janvier 1391; 5» Charles, né le 6 février 1392, mort le 13 janvier 1401 ; 60 Marie, née en juillet ou août 1393; 7° Michelle, née le 12 janvier 1395; 8° Louis, né le 22 janvier 1397; 9° Jean, néle 31 août 1398 ; 10» Catherine, née le 22 octobre 1401 ; 11» Charles ; 12° Philippe, né le 10 novembre 1407, mort le même jour. (V. Notes sur fêtât civil des princes et princesses, nés de Charles Vf el d'Isabeau de Bavière, par M. Vallet de Viriville, in Bibliothèque de f École des Chartes, t. XIX, pp. 473-482.)

(2) (. La naissance de cet enfant marqua, pour Isabeau de Bavière, le terme de la période maternelle. Pour elle, la saison des passions galantes ne tarda point à se clore également, par un arrêt de la nature ou de la Providence. » Vallet de Viriville Hisl. de Charles VII, I, 34.

(Charles de France, dauphin de Vincennes) ; un troisième enfant, une fille (Jeanne), à l'âge de deux ans; un garçon (Charles de France, duc de Guienne), Agé de huit ans. Le futur Charles VII était né le cinquième (le 22 février l/i03).

On a élevé des doutes sur la légitimité de la naissance (1) de Charles VII. On n'a pas oublié la scène de l'entrevue de .leanne d'Arc avec le prince, où la vierge lorraine lui dit ces paroles, dont le sens a pu paraître mystérieux : « Je te dis de la part de Messire que tu es vray héritier de France et fils du roy (2^. «

Si, d'autre part, on se reporte au mois de la conception du cinquième enfant d'Isabeau de Bavière, c'est-à-dire au mois de mai l/i02, on ne peut se dclcndre de certaines réflexions.

Eu ce mois de mai (4 /i02), quelques jours avant la

(1) « Le XXV= jour du moys de septembre audit an MCCCC XXXV mourut en l'hostel du Roy près Sainct Pol à Paris Mme Ysabeau de Bavière reyne de France. Le corps de la quelle dame fut mis en une nacelle sur la rivière de Seine en petite solennité... Ce fut une grande honte aux Angloys qui lavoient en leurs mains de laisser en cest estât conduyre le corps de ladicte dame... Et qui plus est disoient à ladicte Royne que ledit Roy Charles son filz esloil illégitime et n'esloit point filz dudit Roy Charles. » Nicolie Gilles, op. cil., f° XCII.

(2) « ... Carolum regem ejus filiuni incesto (Louis, duc dOrléans) concubitu natum, Anglus dilïamabat. » R. Gaguin, Annales, lib. X, sub. ann. 143.5.

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(D'après la peinture de Jean Fouquet, Musée du Louvre.)

Pentecôte (qui tomba cette année-là le iU mai), Charles VI éprouvait un accès de folie (1). Le samedi après la Pentecôte (20 mai), Charles était encore dans sa crise, quand parut un édit du duc d'Orléans pour la levée d'une imposition générale.

Ce n'est que dans les premiers jours de juin que le roi recouvra la raison (2). Il éprouva une rechute au milieu du mois de juillet, se remit le l*^"" octobre, pour retomber le 3. Au commencement de février, il était rétabli.

Si nous ouvrons les comptes de l'année l/i02, nous voyons que la reine séjourne au mois de mai à l'hôtel Saint-Paul, résidence de Charles VI. Le IZi, elle dîne au palais, soupe et couche à Saint-Oiien ; les 21 et 28 mai, elle est de nouveau à l'hôtel Saint-Paul, où elle reste pendant la plus grande partie de l'année, sauf quelques séjours à la Porte-Barbette. Ces dates peuvent jeter quelque lumière sur la question (3).

Dans les cours étrangères, on était fixé, d'ailleurs, à cet égard (4). Il y a telle dépêche, dans les archi-

(1) Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 28 ; Jouvenel des Ubsins, p. 417, cités dans la Revue dés questions historiques, t. IX, 1870, p. 350.

(2) Religieux de Saint-Denis, loc. cit., pp. 28 et 34 ; Jouvenel DES Ursins, p. 147.

(3) Revue des quesl. hisl., loc. cit.

(4) Annales mediolanenses, Muratori, XVI, col. 799, in Bra- CHET, op. cit., III, 158.

ves de Milan (1), qui est sul'iisamment explicite. Charles VI, faisant le plus souvent lit à part (2), ne prenait guère souci des infidélités de sa peu chaste épouse, la superstitieuse (3) Isabeau.

(1) Brachet, op. cil., I, 309.

(2) « Comme on craignait fort qu'en raison de sa maladie il ne se portât à quelque violence contre la personne de la reine, on ne le laissait point coucher avec elle. Mais on lui avait donné pour concubine une jeune personne, belle, gracieuse et charmante, qui était fille d'un marchand de chevaux. Cela s'était fait du consentement de la reine : ce qui semblait fort étrange. Mais quand elle songeait aux maux qui la menaçaient, ainsi qu'aux violences et aux mauvais traitements qu'elle avait déjà endurés avec le roi, la pensée qu'entre deux inconvénients il vaut mieux choisir le moindre, faisait qu'elle se résignait à ce sacrifice. La jeune lille fut amplement dédommagée de son dévouement. On lui donna deux beaux manoirs avec toutes leurs dépendances, situés l'un à Créteil et l'autre à Bagnolet. Elle était généralement et publiquement désignée sous le nom de la pelile reine. Elle resta longtemps avec le roi et eut de lui une fille. » Religieux de Sainl-Denis, traduction Beilaguet, t. VI, p. 487. Le roi déserta pendant des mois, peutêtre môme pendant des années, le lit conjugal. Jouvenel des Ursins, à la date du 9 mars 1408, signale comme un événement que « cette nuit, le roy alla coucher avec la reyne, et disoit-on qu'à cause de ce il avoit esté plus malade qu'il n'avoit esté dix ans auparavant... » Jouvenel des Ursins, édition Buchon,p.4.H8, col. L

(3) Cf. Comptes d Isabeau de Bavière, éditions Douet, Le Boux de Lincy et Vallet de Viriville. Ce n'était pas seulement la superstitieuse, mais aussi la très raffinée Isabeau : au dire de son historien, V. de Viriville, la reine, en hiver, se gantait de gants fourrés, brodés, parfumés, de gants tannés ou préparés avec du sain ou graisse de chapon. Elle passait dans sa main

LKS MORTS MYSTÉRIEUSES 157

Cette découverte n'infirmerait, hâtons-nous de le dire, aucune des conclusions qu'on pourrait tirer de l'hérédité paternelle de Charles VII, même s'il était avéré qu'Isabeau de Bavière ait eu pour amant, enj/i02, Louis d'Orléans, le propre frère de Charles VI (1).

Charles VII ne pourrait, en tout cas, renier le legs maternel. Et s'il se présente au médecin psychologue comme un neurasthénique, sujet à des phobies multiples, il n'est pas téméraire d'affirmer que sa mère en est quelque peu responsable.

Isabeau (2) passe, en effet, sa vie dans des appré-

des boules d'or ou d'argent évidées, s'ouvrant en boîtes, et remplies de charbon en ignition. Au temps chaud, la reine se faisait éventer à l'aide de chasse-mouches assez vastes, qui se nommaient énioiicfioirs ou bannières.

(1) Ce fut Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, qui ramena Isabelle en France. Il devint à la cour son instituteur en toutes choses, son conseiller politique, et, d'après la commune renommée, son amant. Louis, duc d'Orléans, était le vice aimable. Pour cette fille dÈve, si prête à faillir et trop aisée à charmer, il eut la séduction du Tenlateur. Depuis quel jour et jusqu'à quel degré s'étendit cette séduotion ? Isabelle trahitelle à ce point ses devoirs qu'elle ait souillé de fruits adultères la dynastie, la couche royale dont l'honneur lui était confié ? Louis, duc d'Orléans, fut-il le complice de cet adultère ? Tout le dit, mais rien ne le prouve... Un fait qui n'est point douteux, c'est que le duc d'Orléans exerça une influence absolue sur la conduite et l'esprit d'Isabelle. [Isabeau de Bavière, par

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