V. de VlRIVlLLE
(2) Isabeau de Bavière mourut hydropique ; elle jouissait d'un embonpoint excessif, pour lequel elle usa sans succès de plu-
hensions continuelles, effrayée par le bruit du tonnerre (1), craignant Dieu et le diable, ne se trouvant nulle part en sécurité, n'osant rester longtemps sur un plancher, de peur qu'il no s'écroulât, ni passer à cheval sur un pont de bois pour le même motif.
Les antécédents collatéraux de Charles VII sont tout aussi utiles à connaître, pour expliquer certaines particularités du dossier pathologique de ce prince.
Trois de ses frères au moins paraissent être morts tuberculeux :
sieurs remèdes, tous plus bizarres les uns que les autres : grains d'écarlate, c'est-à-dire du kermès animal ; électuaire de pierres précieuses (rubis, hyacinthes, émeraudes» ; électuaire de perles, rubans de soie, sans préjudice de nombreuses neuvaines, oraisons et pèlerinages. Atteinte par l'âge (46 à 47 ans), par l'obésité, valétudinaire, la reine avait fait son testament dès 1411. Les comptes nous la montrent, vers cette époque (1416- 1417), souffrante, retirée, podagre, et ne se mouvant qu'en chaise roulante. Dès 1415, en novembre ou décembre, malade à Melun, elle se fait porter à Paris par des hommes à pied. Dans les comptes d'Isabeau, nous relevons une « chaise roulante, sur quatre roues, pour voiturer la reine malade » (20 avril 1416, KK. 49, f" 7 v°). Voyez, sur ce point, les extraits publiés à la suite de la nouvelle édition de J. Chartier ; Paris, Janet, 1858, in-16, t. III, pp. 269-280.)
(1) Elle possédait un chariot spécial « servant pour le tonnerre », c'est-à-dire contre le tonnerre. Elle se servait également de chariots de fer, remplis de charbons ardents, qu'on promenait, en guise de calorifères, dans les galeries de ses palais. (V. nos Mœur$ inlitnes du passé, première série.)
l" Charles de France^ duc de Guyenne, mort le 11 janvier 1/iOO, d'une « grave maladie qui l'avait réduit à un état de maigreur effrayante : son corps n'avait plus que les os et la peau (1 ) ».
2" Louis de France, duc de Guyenne, mort le 18 décembre (2) 1415, également tuberculeux, à la suite d'excès de toute sorte (3).
Dans les derniers jours de sa vie, il eut de la lièvre {h) et de la diarrhée (5), qui hâtèrent sa fin. Cette mort lit naître des soupçons d'empoisonnement, d'autant plus qu'on l'avait tenue cachée pendant quatre jours (6).
3" Jean de France, duc de Touraine et de Berry, que l'on dit avoir été empoisonné par Louis II d'Anjou, roi de Naples, mourut, en réalité, le 5 avril l/il6, « jour de Pasques fleuries », d'un « aposturae emprés une oreille, lequel se creva par dedans son col et l'estrangla (7) » : nous dirions aujourd'hui otite
(1) Religieux de Sainl-Denis, traduction Bellaguet, t. Il, p. 770.
(2) Journal (ïun bourgeois de Paris, édition Tuetey, p. 66. « Assez brief ensuivant, le duc d'Aquitaine accoucha malade de flebvres, dont il mourut le dix huitiesme jour de décembre en l'ostel de Bourbon. » Chronique de Monslrelet, 1. I, ch. 159.
(3) Religieux de Sainl-Denis, traduction Bellaguet, t. VI, p. 29 ; Nicolas de Baye, H, p. 231.
(4) Chronique anonyme, de Monstrelet, loc. cit.
(5) Walsingham, Ilisloria Anglicana, édit. Riley, t. I, pp. 285 et 343.
(6) Chronique anonyme, de Monstrelet, t. VI, p. 230.
(7) Monstrelet, Chronique, 1. I, ch. 170.
moyenne suppurée, propagée au tissu cellulaire du cou, et qui le fit succomber par asphyxie, en comprimant le larynx ou la trachée. Ces otites suppurées sont presque toujours de nature tuberculeuse. On ne manqua pas de dire qu'il avait succombé au poison (1), parce que les médecins n'avaient rien connu à son mal.
Donc, au résumé, Charles VII avait pour mère une dégénérée, panophobe ; d'où ses tares psychi" ques : érotomanie, neurasthénie, etc. ; en outre, trois de ses frères étaient tuberculeux.
Etant connus ses ascendants et ses collatéraux, il nous reste à étudier ses maladies acquises.
Au début de l'année 145/4, la santé du roi com-
(1) Manifeste de Jean Sans Peur contre les Armagnacs i.25 avril 1417), envoyé aux bonnes villes du Royaume (Pannier, Louis, duc de Guyenne, p. 19) : « Et (de Paris) nostre dit très redoublé seigneur et neveu arriva audit lieu de Compiègne le jour de son parlement de haute heure, combien qu'il y ait vingt lieues de distance dudil lieu de Paris jusques audit lieu de Compiègne, lequel inconvénient n'a pas esté seul. Car le soir dudil jour, nostre dit très redoublé seigneur et neveu fut 1res griefvement malade, et sans longtemps après est allé de vie à trepassemenl, tout enflé parmi les joues, la langue, les boulevres et la gorge, et les yeux eslevez et saillants hors, laquelle chose est grant pitié à voir, vu qu'icelle fourme de mourir est une des manières dont gens empoisonnés ont accouslumé de mourir, et l'ont empoisonné les dessus dits rapineurs pour pareille raison qu'ils empoisonnèrent nostre dit très redoublé seigneur son frère. »
CHARLES VU Ifil
moncG à s'altérer. Ses indispositions sont, à partir de cette date, assez fréquentes, et l'année suivante, il doit écrire à un de ses fidèles (1), pour le rassurer sur son état.
Mentionnons, sans y attacher plus d'importance qu'il ne convient, un accident dont il avait failli être victime (le 11 octobre 1/i22), étant à la Rochelle, où il tenait conseil avec ses barons : le plancher de la chambre où l'assemblée se trouvait réunie s'écroula soudain, et plusieurs des assistants furent grièvement blessés ; Jean de Bourbon y trouva la mort. Le dauphin (futur Charles VII) resta dans sa «chaire» et ne fut que légèrement contusionné (2).
Il garda longtemps le souvenir de cet accident, qui avait vivement frappé son imagination malade ; il lui
(1) Le 26 septembre (1455) il écrivait à Chabannes : « Et à ce que nous escrivez que avez envoie maistre Pierre Burdelot par deçà pour sçavoir au certain de lestât et disposition de noslre personne, pour ce que nouvelles ont esté par delà que avons aucunement esté mal disposez... nous avons deux ou trois jours estez ung peu mal disposez dung costé, mai?, grâces à Nostre Seigneur, nous sommes très bien guéris, et aussi en bonne santé et disposicion que fcumes longtemps a... » Fresne de Beaucourt, cité par Brachet, op. cit., III, p. 226.
(2) MoNSTRELET, édition Doiiet, t. I\', p. 122, oct. 1422, et p. 142; Chronique d'Alençon, édition F. de Beaucourt, t. I, p. 240, n. 2; Gestes des nobles, édition Vallet de Virivillc, p. 187, chap. 196; Jouvenel des Ursins, dans F. de Beaucourt, t. I, p. 240, n. 2; RAYN.^t, Histoire du Berry, t. III, 1" partie, p. 9 ; etc., etc.
en resta des terreurs, des défiances continuelles (1), et une mobilité de caractère (2) et d'humeur, qui nous autorisent à le classer parmi ces névropathes qu'on nomme, plus précisément, des neurasthéniques, dans notre langue médicale actuelle.
Cette neurasthénie peut-elle être rattachée au précédent traumatisme ? Nous venons de voir qu'il n'avait reçu qu'une contusion légère ; encore sommes-nous peut-être allé un peu loin dans l'interprétation des textes, nous aurions dû plutôt dire une commotion.
Quoi qu'il en soit de l'étiologie de cette neurasthénie, nous ne devions pas omettre de la signaler.
A-t-elle lieu de nous surprendre chez le fils de celte Isabeau, dont nous avons révélé les tares psychiques ? Et serons-nous davantage étonné, que Charles Yll ait manifesté un goût, que l'on peut dire assez vif, pour les « damoiselles folles dé leur corps » et les « grandes, belles et honnestes dames », qui devaient rechercher à Tenvi les faveurs de ce roi, de physionomie agréable et de maintien gracieux (3)?
Pendant quelque temps, il avait été sobre et chaste, ce qui contribua beaucoup à le maintenir en bon état de santé ; il fut rarement malade, tant qu'il observa fidèlement le régime que les médecins lui
(1) Chastellain, t. II, pp. 181 et 18.î.
(2) Idem, ibid., pp. 178 et suiv.
(3) Thomas Basin, édition Quicheral, t. I, p. 312, etc.
avaient prescrit. La vie licencieuse (1 ) qu'il mènera plus tard, ne sera pas sans avoir son contre-coup sur la santé : celle-ci qui, jusqu'alors, avait été assez florissante, s'altéra et déclina rapidement.
Dès l'automne de l/i55, Charles VII avait été « un peu mal disposé d'un côté (2). » Cette indisposition n'eut pas de suite, mais, au mois de juin l/i60, le roi tomba malade à nouveau et cette fois assez gravement pour que l'on ait pu craindre qu'il n'en reviendrait pas (3).
11 avait une plaie à une jambe, qui lui causait de grandes souffrances (4). Cette plaie était-elle un ulcère variqueux, ou tuberculeux — ou bien un épithélioma ? Il est malaisé de le déterminer, avec les rares et
(1) De Beaucourt, t. VI, pp. 27, 422, etc.; Chastellain, t. IV, p. 367; J. du Clercq, etc.
(2) Lettre du roi à Chabannes, citée plus haut.
(3) Dépêches de l'ambassadeur milanais Camulio, in Fresne de Beaucourt, t. VI, p. 283.
(4) Il avait les jambes courtes et les genoux cagneux, si l'on s'en rapporte au portrait qu'en trace l'évèque de Lisieux, Thomas Basin, confirmé par le témoignage de G. Chastellain, historiographe de la cour de Bourgogne. Avant sa rentrée à Paris, Charles VII était si pauvre qu'un cordonnier de Bourges refusa de lui vendre une paire de bottes à crédit. «Le roy Charles septièsme estant à Bourges et y essayantune paire de bottes neufves, en ayant ja chaussé une, il fut contraint de se la faire tirer, pour ce que le cordouanier, ayant appris de luy qu'il n'avait lors argent..., ne les voulut laisser aller. » Discours des choses advenues en Lorraine, depuis le duc Nicolas jusqu'à René, in Mascurat, de G. Naudé, p. 547.
peu significatifs documents que nous possédons (1). Nous penciierions plutôt vers la première hypothèse, nous référant à une fourniture portée dans le compte de l'argenterie, à la date d'avril 1/|59. Il y est question de « chausses à laceure (2) », qui ressemblent fort aux bas élastiques, si souvent prescrits de nos jours, dans les cas d'ulcères consécutifs aux varices. Il est, toutefois, permis de mettre en doute ce diagnostic, si l'on se rappelle que le roi était de souche tuberculeuse. Celui-ci avait la conviction qu'il avait « le mal de son père », et on avait grand' peine à le détourner de cette idée (3).
(1) Chaslellain (t. III, p. 444) dit à ce propos : « Vous peut assez souvenir qu'en l'hiver passé le roi avoit esté malade durement, et lui altribuail-on mal incurable en une jambe qui tous dis couloit et rendoit matières incessamment qui le mettoit à fin. »
(2) « Pour IIII aulnes toile bourgeoise délivrée à Jehan Mareschal, chaussetier etvarlet de chambre du Roy nostre sire, pour fere IX chausses à laceure par derrière et une faulse porte pour servir audit seigneur à une jambe qu'il avoit malade. » (Archives, KK 51, f» 36 v*.). Le 3 mars 1459, on achète un quartier de fin blanchet, « pour faire audit seigneur ung chaussons jusques à my jambe. » Idem, f» 16. (Cité par Fresne de Beaucourt, Hisl. de Charles VII, t. VI, note I de la p. 437.)
(3) « Comme de long temps il avoit eu désir de régner et d'avoir couronne en teste, et encore plus maintenant pour cause que son père lui tenoit la main roide, quan ce vint que le mal de la jambe lui estoit pris et duquel on le jugeoit en péril, fit à tout lez calculer sur le mal de son père pour savoir s'il en pourroit eschapper sans mort. En quoy plusieurs laborniis r.'ipporlèront par jugement et certifièrent que n(m, et
Il se rétablit, mais ne tarda pas à retomber dans son état maladif. A la fin de l'année 1463 et au commencement de l/i64, sa santé donna des inquiétudes constantes. Un agent de Sforza écrivait de Saint- Omer, le 8 mai, à son maître : « Les astrologues ont fait savoir au duc de Bourgogne que le roi est en péril de mort : il ne peut échapper que par miracle, et sa vie ne saurait se prolonger au delà du mois d'août. »
En dépit de ce fâcheux pronostic, au mois de mai Charles VII recevait en audience solennelle les ambassadeurs des princes d'Orient et, à la fin de juin, il présidait encore les séances du Conseil (1). Il résidait à ce moment au château de Mehun-sur-Yèvre, résidence qu'il affectionnait particulièrement : c'est là qu'il avait été proclamé roi en l/i22, c'est là qu'il devait terminer sa carrière.
Voyant son mal s'aggraver, le roi perdit confiance dans ses archiâtres. Grâce aux bruits malignement répandus par le Dauphin, son fils, il s'imagina bientôt que ses médecins (2) ne cherchaient qu'à hâter sa
mirent terme prefix dedens lequel les influences de là sus demonstroient sa fin. Sy le certifièrent si très à l'estroit, et tant et tellement y adjousta foy le Dauphin qu'à peine lui sembloit la chose estre de nécesité qu'ensi ce fist. » Chastellain, III, 446.
(1) Fhesne de Beaucourt, t. VI, p. 437.
(2) Dix de ces médecins sont connus, sans compter les astrologues; tout médecin était, il est vrai, en ce temps-là, peu ou
16<i LES MORTS MYSTERIEUSES
mort, en lui administrant du poison au lieu de remèdes II fit enfermer l'un d'eux, Adam Fumée, dans la grosse tour de Bourges. Un de ses chirurgiens aurait eu le même sort, s'il n'avait pris la fuite: il se réfugia à Valenciennes, dans le voisinage du Dauphin, semblant par là confirmer les soupçons portés contre lui (i).
Au commencement de juillet, l'état du roi empira. L'inquiétude fut grande à la Cour. On crut que la mort était proche, et le vide commença à se faire autour du souverain. Au bout de quelques jours, une amélioration survint : le roi put assister à la messe, et l'on se rassura.
Comment s'était manifestée la maladie du roi ? Quelle en était la nature ?
Le mal avait commencé (2) par la douleur d'une dent; la joue et une partie du visage avaient enflé, et il s'était écoulé, peu après, « une grande quantité de matière. C'était un abcès (une fluxion dentaire, en apparence), qui s'était résolu. La dent avait été arrachée, et la plaie « curée » .
prou astrologue. M. Alf. Franklin (Les Médecins, p. 60), cite comme archiâtres du roi Charles VII : Jean Cadart, Jean Sanglar, Robert Poitevin, Jean Loisel, Alain Blanchet et Adam Fumée.
(1) C'est ce qu'affirme Thomas Basin, t. I, p. 313, cité par Beaucourt, VI, p. 439.
(2) V. aux Pièces juslificatives la note A.
cil A H LES VII 1(;7
La maladie avait débuté le 9juillet(l); elle devait avoir une évolution rapide.
Dès les premiers jours, nous l'avons dit, le roi s'était mis en tête qu'on voulait l'empoisonner, et, au dire du chroniqueur officiel Ghartier (2), il u ficha tellement ledit empoisonnement en son cœur que oncques puis n'eiilt joye ne santé; il se des conforta tellement qu'il délaissa le mengier par V espace de /mil Jours ou environ, pour ce qu'il n'osoit se fier à nul de ses gens (3) ».
Le 21 juillet, ou le lendemain de grand matip, le roi consentit à ce qu'on lui servît un coulis [!x) : « et
(1) C'est ce qui paraît résulter d'une dépêche de Camulio au duc de Milan, datée du 20 juillet. (Archives de Milan, citées par Beaucourt, VI, 440, n. 6.)
(2) J. Ghartier, Chronique, t. III, p. 113.
(3) L'historien du comte de Foix confirme cette défiance du roi à l'égard de son entourage : « F]t veullent dire aucuns et c'est l'oppinion de plusieurs, que, parce que on l'avoit adverti que s'il se prenist garde quelz gens le serviroient en son menger, il entra dès lors en une si grande seuspicion et deffiance, que à la plus grant paine du monde le povoit-on faire menger; et si petit qu'il voullust manger en sa maladye, jamais il ne vouUut prendre par mains de nul serviteur qu'il eust ne d'aullre fois que monseigneur le comte de Foix luy mesme, de sa propre main, le lui baiilast et administrast... Et est à penser que sa maladie le destreignoit et luy estoit si dure et tant oppressive que le manger lui estoit en ce point fastidieux.» Ms. fr. 4992, fo 101. {Histoire du comte cle Foix, citée par Beaucourt, t. VI, p. 442.)
(4) Voici la formule d'un coulis pour malade, tiré d'un livre de cuisine du temps : « prenez ung chapon et soit bouilly tant qu'il
sur ce point, ayant une cuillier d'argent pour cuider prendre dudit coulise, nen put avaller (1) ».
Malgré une faiblesse croissante, Charles VII avait gardé toute sa connaissance (2). Une des paroles qu'il prononça doit être recueillie ; comme on l'exhortait à prendre quelque nourriture, disant que s'il se défiait de quelqu'un, il lui fît faire son procès et le fit tirer à quatre chevaux, le roi répondit : « Je remets la vengeance de ma mort à Dieu (3). »
Charles VII expira le mercredi 22 juillet 1461, entre midi et 1 heure ; il avait cinquante-huit ans, cinq mois et un jour (i). On prétend qu'il ne dit pas
soit fort cuit et prenez le blanc; broyez en mortier, coulez en une étaniine; salez ou sucrez et servez froit ou chaut. » Tail- LEVENT, le Viandier du roy.
(1) Sources citées par Vallet de Vibiville, Hlsi. de Charles VII (Paris, 1860), t. III, p. 457, n. : Alain Bouchard, Annales de Bretagne, 1541; Comynes, édition Dupont, t. III, pp. 215 et 542.
(2) <€ Quel jour est-ce? », deman,da-t-il aux religieux qui l'entouraient. — « Sire, lui répondirent-ils, il est le jour de la glorieuse Magdeleine. » — « Ah ! reprit-il, je loue mon Dieu et le remercie de ce qu'il lui plaît que le plus grand pécheur du monde meure le jour de la pécheresse. » Il se confessa, reçut le saint viatique et l'extrême onction, et prit ses dernières dispositions. Il demanda à être enterré à Saint-Denis, dans la chapelle où reposaient son père et son grand-père; il recommanda à Chabanncs de servir fidèlement le pelil seigneur son fils.
(3) Chronique marlinienne, dans de Beaucourt, t. VI, p. |443.
(4) L« corps du roi fut ouvert par Jehan Rousleau, barbier, « sur l'ordonnance des médecins et cirurgiens dudit feu seigneur. » Rousteau se fit adjoindre un autre barbier et un apothi-
CHAULES VII WJ
autre chose en mourant que ces mots : « Par saint Jean, nous ne mangerons plus (1) ! » Cette exclamation n'indique-t-elle pas que, jusqu'au bout, l'idée du poison ('2) hanta cet esprit troublé ? Cette obstination à refuser tout aliment, ce délire de persécution ne sont-ils pas des symptômes sinon de démence, au moins de ramollissement cérébral (3) ?
Il s'est trouvé, néanmoins, des historiens contemporains (6) de Charles VII pour laisser entendre
caire. Pour les frais de l'embaumement, cf. Grave, État de la pharmacie en France, p. 96. Le compte dressé par Tanneguy du Chàtel, premier écuyer du corps du Roi, des dépenses faites à l'occasion de la mort et des funérailles de Charles VII, a été publié par le marquis de Belleval, dans son curieux ouvrage Nos Pères, mœurs et coutumes du temps passé; Paris, 1879, pp. 57 et suiv. Pour le détail des obsèques, v. l'Hist. du roi Charles VII, par Jean Chartier, pp. 732 et suiv.
(1) Additions d'Adrien de But à la Chronique de Jean Brandon, édition Kervyn de Lettenhove, Bruxelles,' 1870, t. I, p. 157.
(2) J. Chartier, t. III, p. 112 ; Robert Gaguin, fol. 276 ; Zantfliet, dans Martne, Amplissima colleclio, t. V, p. 501 ; Thomas Basix, t. I, p. 311.
(3) « On sait que cette crainte d'empoisonnement, et le refus (le nourriture ([ui est le résultat de cette idée délirante, sont les symptômes pathognomoniques d'une certaine forme de la folie. » Jacoby, Études sur la sélection, p. 391.
(4) La croyance à l'empoisonnement se rencontre chez deux auteurs contemporains : « eodem anno (1460), prœdictus rex Franciœ, sumto veneno, pêne desperatus est de vita sua; sed -uffragante sibi divina clementia, post modicum tempus conva-
que le roi avait été réellement empoisonné. C'est une assertion, qui n'est fondée que sur de vagues conjectures ; il faut chercher ailleurs, croyons-nous, la cause de cette mort royale.
En réalité, le problème est des plus complexes.
Notre confrère et ami le docteur Potiquet, qui a étudié avec une conscience rare le cas d'un des derniers Valois, celui de François II, était particulièrement qualifié pour donner une opinion autorisée,
« Il n'y a pas (nous écrivait-il, après examen des pièces que nous lui avions soumises), à envisager que l'hypothèse du noma (1), mais celle d'une suppuration du sinus maxillaire, d'un cancer, ou même de Vaclinomycose ; mais il est, à mon avis, impossible de tirer du récit des contemporains autre chose qu'un diagnostic des plus hasardés. En
luit. » Zantfliet, dans Amplissima collectio, t. V. col. 501. — « Nec sine veneni suspicione mors ipsa continget : quod ipse adhuc aeger decumbens. saepissime questus fuisse dicitur. Sod et hanc suspicionem non niodicum adauxit, quod nullum aut minimum de ejiis obitu diclus Delphinus hictum duxit, sed ei, qui primo ad se de hoc nuntium attulit, tanquam sibi jucundissima portasse! nova dédit non contemnenda. » Thomas Basin, t. I, p. 311. (Rapporté par Beaucourt, t. VI, p. 440, n. I. Pour la créance qu'il faut ajouter aux propos de Thomas Basin, V. Ed. FouRNiER, l'Esprit dans VHisloire (4» édition, Paris, 1882), ch. XVIII, p. 128.
(1) Stomatite gangreneuse, consécutive le plus souvent à une maladie infectieuse.
tout cas, il paraît à peu près certain que ce n'est pas de bon gré que Charles VII est mort de faim (l), comme on lenseigne dans nos lycées... »
Pour justifier l'hypothèse duncancer delà bouche, on a dit, mais a-t-on réussi à \o démontrer, que la plaie do la jambe était, pareillement, de nature cancéreuse (2).
La simple avulsion d'une dent ne suffirait pas à expliquer les désordres graves qui en étaient, dit-on, résultés ; à moins qu'il ne soit survenu un phlegmon qui, à lui seul, pouvait empêcher le roi d'avaler la nourriture.
Nous croirions plutôt, en dernière analyse, que Charles VII est mort de cachexie tuberculeuse (3) et que le mal buccal na été que la cause incidente, et non déterminante, de sa mort.
Quoi qu'il en soit, la mort du roi a été naturelle (4), et non point due à un empoisonnement, comme nombre d'historiens le maintiennent encore.
Au lieu de dire qu'il ne voulait plus manger par crainte du poison, il est plus exact d'écrire qu'il ne le
(1) Il mourut d'épuisement, de faim chronique, « par une trop grande abstinence, dans la seule veue qu'il (Louis XI, son fils) ne l'empoisonnât », raconte Varillas.
(2) De Beaucourt, t. VI, p. 440.
(3) Ses antécédents héréditaires et personnels ne rendent pas, croyons-nous, cette hypothèse hasardée.
(4) V. aux Pièces justificatives la note B.
pouvait plus : ainsi tombe l'accusation calomnieuse portée contre Louis XI, qui a la conscience chargée d'assez d'autres crimes.
PIEGES JUSTIFICATIVES
Voici la lettre qui fut écrite au Dauphin par les ministres, pour l'aviser officiellement de la maladie du roi : nous l'extrayons de V Histoire de Louis XI, de DucLOS, t. III, pp. 237-239.
Lettre des ministres et autres gens du Conseil au Dauplxin pour lui donner avis de la maladie du roi.
Noire très redouté Seigneur, nous nous recommandons à votre bonne grâce si très humblement que plus pouvons. Plaise vous sçavoir, notre très redouté Seigneur, que certaine maladie est puis aucun tems en ça survenue au Roy votre père, notre Souverain Seigneur, laquelle premièrement a commencé par la douleur d'une dent, dont à cette cause il a eu la joue et une partie du visage fort changées, et a rendu grande quantité de matière, et a été ladite dent après arrachée, et la playe curée en manière que pour ce, que aussi par le rapport que les médecins faisoient chaque jour, nous avions ferme espérance que brief il du devenir à guérison. Toutefois pour ce que la chose est de plus longue durée que ne pensions, et que, comme il nous semble, il s'affaiblit plus qu'il ne souloit, nous, comme ceux qui après lui vous dési-
rons servir et obéir, avons délibéré de vous écrire el faire sçavoir, pour vous en avertir, comme raison est, afin de partout avoir tel avis que votre bon plaisir sera, et vous plaise, très redouté Seigneur, nous mander et commander vos bons plaisirs, pour y obéir de tous nos pouvoirs au plaisir de notre Seigneur, qui par sa sainte grâce vous doint très bonne vie et longue.
Ecrit à Mehun-sur-Yèvre, le 47'' jour de juillet.
Ainsi signé :
Vos 1res humbles el obéissons serviteurs,
Charles d'Anjou, A. de Chabannes,
Gaston de Foix, J. D'estouville, GuiLL. JuvENEL (CBauce- Machelin Brachet,
lier,) Tanguy du Chatel,
Jean, Jean Bureau,
Constant, Guill. Cousinot,
A. Dklval, p. Dariole,
Amemjon d'Albret, Chaligant.