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CAUSES DE LA MORT DE CHARLES VII

(Opinion du docteur Notta) (1)

De l'analyse des divers documents que j'ai sous les yeux il résulte : que Charles VII, après une existence des plus agitées, usé par une vie des plus licencieuses, et par des préoccupations morales de

(1) De Beaucourt, t. VI, p. 457 {Noies supplémentaires).

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toute nature, (( qu'ilaitesté ou non en dangier d'empoisonnements, ou d'intoxications », comme l'écrivait, en l/i5l, un grand prélat du temps, était encore très bien portant en septembre 1455, ainsi qu'il l'écrit lui-même à Chabannes : « Mais grâces à Notre-Seigneur, nous sommes très bien guéri et aussi en bonne santé et disposition que fûmes longtemps a. »

C'est peu de temps après que le roi commence à décliner et, à partir de décembre 1457, il nous est représenté par les chroniqueurs comme infirme et valétudinaire. Son état moral est affecté. Les terreurs qui remontaient à son jeund âge redoublent. Il est vrai qu'un complot tramé contre lui légitimait ces terreurs ; mais je ne vois rien, chez les historiens du temps, qui, pendant les quatres dernières années de sa vie, puisse faire supposer qu'il ait été empoisonné.

Ainsi, en décembre l/i57, il a une indisposition qui dure dix jours. « 11 fut si malade qu'on disait tous les jours qu'il était mort. » Qu'est-ce que cela prouve ? N'en disait-on pas autant de nos jours de l'empereur Guillaume, aussitôt qu'il avait la moindre indisposition ? Ce qui me paraît, au contraire, évident c'est que le roi, usé par les excès, avait déjà depuis longtemps, en l/i58, une cause incessante d'épuisement dans le mal incurable de sa jambe, quelle qu'en fût d'ailleurs la nature.

Les années qui suivent le roi nous le montrent dépérissant chaque jour et souvent tellement faible que

Ton croyait qu'il allait s'éteindre. Zanlfliet déclare qu'en I/16O, après avoir pris du poison [sumlo veneno), il ne doit la vie qu'à la clémence du ciel. Il me semble (juune semblable affirmation aurait dû être un peu moins laconique et appuyée sur quelques preuves. Charles VII n'aurait-il pas éprouvé ])lutôt une de ces recrudes. cences du mal, si fréquentes dans le cours des affections chroniques et que l'on aurait attribuées au poison, supposition à laquelle l'attitude et le caractère de son fils pouvaient donner quelque créance ? On doit, en effet, s'étonner que, épuisé et malade comme il l'était, Charles Vil ait pu impunément absorber le ])oison et se rétablir promptement post modiciim t emplis.

Enfin nous arrivons au mois de juillet I/16I. Dans les premiers jours du mois, le roi souffrait d'un mal étrange dans la bouche et dut subir l'extraction d'une dent. Cette opération fut suivie d'une fluxion et d'un abcès.

C'est alors que Charles VII, persuadé qu'on voulait l'empoisonner, refusa, dit-on, toute nourriture, et lorsque, au bout de huit jours, il céda aux instances de son entourage, il ne put avaler et ne tarda pas à expirer.

Quel était ce mal étrange?

Y avait-il une ulcération cancéreuse ? S'agissait-il seulement d'une dent cariée ? En tout cas, cette extraction de dent n'a pas été une chose ordinaire, puis-

qu'elle a été suivie d'une fluxion et d'un abcès, qui ont dû s'accompagner d'une vive inflammation de lu bouche et des premières voies digestives, inflammation qui, chez un malade aussi débilité, a pu amener certaines complications plus ou moins graves, le muguet, par exemple, etqui, même en dehors de toute complication, expliquerait, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir le poison ou la crainte du poison, l'impossibilité où le roi se trouvait de prendre quoi que ce tut.

Nous voyons tous les jours des personnes atteintes de phlegmon de la mâchoire et d'une violente inflammation de la bouche rester plusieurs jours sans pouvoir avaler aucun aliment et ne parvenir à absorber quelques gouttes de liquide qu'au prix d'horribles souffrances. Ne serait-ce pas le cas de Charles VII ? Seulement, épuisé de vieille date, il n'aurait pu supporter une abstinence aussi prolongée ; et je serais assez porté à croire, avec les correspondants du duc de Milan, « qu'il est mort d'un apostèrae qui lui vint dans la mâchoire ». L'apostème aurait été la goutte d'eau qui a fait verser le vase.

Si Charles VU était mort empoisonné, ou s'il avait pris du poison pendant les dernières années de sa vie, il me semble qu'en parlant de ses indispositions, les historiens auraient eu à noter, au moment de l'empoisonnement, quelque symptôme saillant, comme

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des douleurs vives ou des vomissements répétés, survenant tout à coup au milieu d'an état de santé excellent ; tandis, au contraire, qu'en lisant les chroniques du temps, bien que çà et là il soit question de tentatives d'empoisonnement, on assiste à l'évolution de la déchéance morbide d'un sujet épuisé par la débauche, par les fatigues de toute nature, physiques et morales, et par le mal incurable de sa jambe.

Je sais bien que la conduite du Dauphin à l'égard de son père, sa joie non dissimulée au moment de la mort du roi, l'emprisonnement du médecin de Charles Vil sur un simple soupçon, la fuite de son chirurgien, n'ont pas peu contribué à donner une certaine créance aux tentatives d'empoisonnement dont le roi aurait été l'objet. Sans entrer ici dans la discussion de ces circonstancs, qui ont dû frapper beaucoup l'esprit des contemporains, je persiste à penser qu'elles ne sont pas suffisantes pour nous autoriser à attribuer la mort du roi à un empoisonnement ou à un suicide ; je suis bien plutôt porté à croire qu'elle a été naturelle.

Docteur Notta.

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