‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 40 sur 56 · CATHERINE DE MEDICIS REHABILITEE · texte numérisé non relu

CATHERINE DE MEDICIS REHABILITEE

Dans combien de libelles, écrits dans des temps de trouble et de faction, des écrivains mercenaires ou mal instruits n'ont-ils pas entrepris de noircir la mémoire de Catherine de Médicis par des empoisonnements imaginaires ? Na-t-on pas été jusqu'à l'accuser d'avoir chargé deux Italiens dempoisonner toute l'armée du prince de Condé, et de leur avoir donné dix mille francs, qui devaient être employés à payer les drogues nécessaires pour l'exécution de cet horrible projet ? Si la Reine de Navarre, mère de Henri IV, meurt à Paris, d'un abcès dans la poitrine, on ne laisse pas de dire et de publier qu'elle a été empoisonnée par des gants parfumés, qui lui ont été vendus par un marchand, nommé maître René, que l'on qualifie d'empoisonneur aux gages de Catherine de Médicis.

Si Daudelot, frère de l'amiral de Coligny,meurtà Saintes, d'une lièvre pourprée, on met encore sa mort sur le compte de cette princesse. Ces calomnies se trouvent dans les écrits des contemporains, et les historiens les répètent.

11 n'y a pas jusqu'à M. le Laboureur qui ne nous ait débité de fausses anecdotes sur la méchanceté de la Reine, quoiqu'il ait presque toujours travaillé sur les pièces les plus authentiques, et qu'il ait mérité d'être mis au rang des auteurs classiques, par la multitude et par l'utilité de ses recherches. Cet écrivain, si sage d'ailleurs, et si judicieux,

si accoutumé à puiser les faits qu'il raconte dans les meilleures sources, ne suit plus sa méthode ordinaire quand il se met à parler de la Reine Catherine de Médicis. On voit qu'il n'écrit plus que d'après les libelles manuscrits ou imprimés des Huguenots, dont il avait fait une étude particulière.

On ne prétend pas sans doute justifier cette Heine sur toutes ses actions : il s'en faut beaucoup ; mais encore ne faut-il pas lui en attribuer, auxquelles il est évident qu'elle n'a jamais pensé... Il est donc évident que la Reine Catherine désira sincèrement de voir le Duc d'Anjou, son fils, élevé sur le trône de Pologne. M. le Laboureur ne se contente pas de le nier, il va plus loin encore, puisqu'il accuse tacitement la Reine Catherine d'avoir fait périr son lils, Charles IX. On pensera ce que l'on voudra, dit-il, de lu mari du lioi Charles, arrivée qualre mois après le dépari du Duc d'Anjou pour la Pologne ; et pour faire mieux entendre ce que l'on doit en penser, il ajoute : que vérilablemenl il faut avouer que celle princesse cloit trop savante dans la destinée de cet état et de sa famille ; comme pour dire, qu'étant résolue défaire périr Charles IX, il ne lui était pas difficile de prévoir sa fin prochaine (1).

PROCES-VERBAL D OUVERTURE DU CORPS DU DAUPHIN FRANÇOIS, FILS DE FRANÇOIS P'"

Quoique Vacle de Visitation et ouverture du corps de Monseigneur le Dauphin ait déjà été publié par

(1) Griffet, Traité des preuves de l'Histoire, pp. 263 et suiv.

LE DAUPHIN' FRANÇOIS 2(il

M. A. de Terrebasse, dans ses Inscriptions de la ville de Vienne en Danphinê, t. II, p. 330, et par jM. Ludovic Lalanne, dans son édition de Brantôme, t. III, p. /i^i6, nous croyons devoir le reproduire à nouveau. En voici le texte :

Par devant nous Pierre Broë et Jehan Pelous, notaires royaulx, habitans de la ville de Tournon-sur-le-Rosne, en ladite ville etchasteau d'icelle, furent présents enleurs personnes messeigneurs messires Pierre de Werty, grand maître des eaues et forestz de France ; Adrien Tiercellen, seigneur de Brosse, chevaliers et chambellans ordinaires de feu très hault, très puissant et très excellent prince François, dauphin de Viennoys, duc propriétaire de Bretagne, filz aisné du roy notre sire, roy de France à présent régnant ; Charles de Cossé ; Jacques des Quars ; François de la Noë, gentilz-hommes de la chambre dudit feu seigneur messire Loys de Ronsart. chevalier, seigneur de la Poissonière, conseiller et maistre d'hostel ordinaire dudit feu seigneur ; Jehan Babon. maistre de sa garde-robe ; Jehan Bernart de Bertinholes ; Julien Crochart, dit Cortinhy ; Jehan Lefranc ; Françoys de Senesmes, dit Luzerches ; Jehan de Montjoye, varlets de chambre ordinaires ; Thomas Gilbert, barbier, et George Le Bouchier, huissier de chambre dudit feu seigneur, lesquels tous ensemble ont présenté à maistres P'rançois Myron, Jehan Lemoyte, médecins ordinaires dudit seigneur, et maistre Jehan Champier, médecin ordinaire de monseigneur le cardinal de Tournon, et à maistre Noël Giraudeau et Loys Buysson, dit Panchart, chirurgiens ordinaires dudit seigneur, tous actestans et affermant par leur foy et sermens prestez corporellement, levans leurs mains à Dieu, estre icelluy lequel frespassa hier en ce lieu

2<>2 LES MORTS AIYSTEItlKUSKS

de Tournon entre sept à huit heures du matin pour icelluy corps estre visité par dehors et ouvert par dedans, et estre embasmé ainsi qu'on a de coustunie embasmer les corps des princes pour les eusépulutrer. Lesquelz médecins, cirurgiens, barbiers et apothicaire l'ont receu de leurs mains et visité ainsi que s'ensuyt :

Premièrement ledit corps a été apporté tout nud sur une table et visité par dehors, auquel ne s'est trouvé aulcune pustule que une cicatrice d'une apostume qu'il avoit eu entre les deux espaules. Le reste des espaules et muscles du doz, l'entour du col et hault de poitrine sont de couleur de sang meurdri, et derrière s'étendoit jusques aux fesses. La bouche et le nez tous environnez de glaçons de sang.

lîem, a esté ouvert ledit corps et s'est trouvé par dedans es parties de la poitrine quand on les a ouvertes plus de humidité que en bas.

Ilem, les intestins se sont trouvez tous jaunastres et pleins de vent et de grande puanteur.

Ilem, l'estomac bel et entier et vuyde.

//cm, la rate de mesme en son estât naturel.

Ilem^ le foy s'est trouvé, pour la moitié de luy, de couleur lyvide, et quant l'on l'a fendu ladicle moytié s'est trouvée fort seiche, et l'autre moytié naturelle.

Ilem, la bourse du fiel a été trouvée grande et naturelle.

Item, le polmon a esté trouvé... plein de eslevures.

Ilem, le cuer grand, tout flestry, mol et uny.

Item, les roignons se sont trouvez grands et entiers et bien netz.

Item, la veyne grande et entière.

Ilem, a esté ouverte la teste et s'est trouvé le cerveau grand et entier, et les voynesdes foyes fort pleines de sang.

Item, pour ce que ledict seigneur, luy vivant, durant la maladie de laquelle il est décédé, s'étoit plaingt de quelque

LE DAUI'HI.N FUANÇOIS 2t;H

doleur, quand on le tournoit, au costé droit, a esté regardé par dedans s il y avoit apparence d'appostume et ne s'en est point trouvé : et a esté par dehors incisé à plusieurs lieux et ne s'est rien trouvé aussi.

Ce faict, ledict corps a été embasmé, et icelluy prest à mectre en cercueil, les susdicts médecins, cirurgiens et appolhicaire l'ont rendu illec aux chambellans et varletz de chambre cy dessus nommez actestans et aflermans par leur serment ce que dessus estre vray.

En signe de quoy," nous dicts notaires royaulx, nous sommes soubzignés et avons fait signer ces présentes auxdicts sieurs médecins, cirurgiens et appothicaire, le onziesme jour d'aoust, mil cinq cens trente six : P. Broë, notaire; F. Myron ; J. La Moueste ; Jean Champier ; N. Giraudeau ; Loys Huisson ; Hineau ; Baugé.

En tesmoing des quelles choses et pour les faire formes auctenliques et establis à tousjours y a esté mys et apposé le scel royal establi au baillage de Viveroys.

Signé : P. BnoK, notaire ; J. Pelous, notaire,

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