OPINION DE LITTRE SUR LA MORT DU DAUPHIN FRANÇOIS
Préoccupé du problème de la mort du dauphin François, M. Etienne Gharavay, désirant connaître l'avis d'un homme autorisé, avait prié Littré de lui donner son opinion sur cette question de pathologie rétrospective. L'illustre savant, qui a résolu avec
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tant de sagacité et d'esprit critique les problèmes si ardus de la mort d'Alexandre et de celle d'Henriette d'Angleterre, écrivit alors la lettre suivante à M. Gharavay, qui l'a jadis publiée dans sa très intéressante Revue des Documents hisloriques.
D'après une pièce aussi imparfaite que celle qu'on vient de lire, Littré ne pouvait formuler qu'une hypothèse ; mais on verra que, pour Littré comme pour nous, la question de poison doit être définitivement écartée.
Méuil-le-Roi, par Maisons-Laffite, 5 août 1874.
Monsieur,
J'ai lu attentivement le procès-verbal d'ouverture du corps. Je n'y ai rien vu que de négatif, c'est-à-dire que les organes, intestins, estomac, rate, foie, vésicule du fiel, cœur, reins et cerveau ; n'ont présenté aucune apparence morbide, ou bien les apparences, comme au foie, ne nous apprennent rien. Peut-être faut-il faire une exception pour le poumon. Cet organe, dit le procès-verbal, était plein d'élevures. De plus, le corps avait la bouche et le nez pleins de caillots de sang. On peut croire que le défunt avait eu une hémoptysie et que par conséquent, les élcviires notées indiquaient une lésion, sans doute des tubercules disséminés.
Cette ouverture de corps ne permet de songer à aucun poison.
Mais pour la question de poison comme pour celle de phthisie à laquelle je viens de faire allusion, il faudrait pouvoir comparer au résultat de l'ouverture du corps l'histoire de la maladie. Cela ajouterait de la probabilité aux
conjectures que j'émets ou les écarterait tout à fait. Non pas que je veuille affirmer que Ihistoirc de la maladie, jointe à l'autopsie, permettrait de résoudre absolument le problème de pathologie rétrospective qui vous occupe : mais, du moins, tous les éléments médicaux de la question auraient été mis à contribution.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.
E. LiTTRÉ.
Mort, le iO juillet 1559, de méningo-encéphalile Iraumalique.
Les historiens ont fait la remarque, assez piquante, que le règne de Henri II commença par un duel et finit par un combat singulier, où ce prince trouva la mort. Ils ajoutent que ce genre de mort avait été pronostiqué au roi par un certain Gauric (1) qui, tirant l'horoscope du souverain, avait prédit que les années climatériques lui seraient funestes (les années climatériques sont toutes les septièmes années de la vie humaine et phis spécialement la soixante-troisième, particulièrement redoutable) ; en outre, que s'il passait la soixantième année de son âge, il n'arriverait certainement pas à la soixantedixième. Le sieur Gauric ne se risquait guère ; aussi sa prophétie n'eut-elle pas de peine à se réa-
(1) Bertiievin, Recherches hislori(/ues sur les derniers jours de rois de France, etc., Paris, 1825, p. r>9.
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liser. Le roi mourut, en effet, âgé près de quarantedeux ans.
Ce que Montluc a rapporté des pressentiments du roi est (6 fois 7) plus singulier (1). Voici la citation du paragraphe de ses Commentaires, où il raconte lui-même le songe qu'il eut en Guyenne, la veille du jour qui précéda le tournoi où le roi trouva la mort.
Je songeais, écrit Montluc, que je voyois le roi assis sur une chaise, ayant le visage couvert de gouttes de sang, et ne sembloit que ce fut tout ainsi que l'on peint Jésus-Christ, quand les Juifs lui mirent la couronne et qu'il tenoit les mains jointes. Je lui regardois, ce me sembloit, sa face, mais je ne pouvois voir autre chose que sang au visage, ne découvrantaucunmal. J'oyois, comme ilme sembloit, les uns dire // est mort, les autres // ne Vesl pas encore. Je voyois les médecins etchirurgiens entreret sortir dans la chambre et cuide que mon songe ne dura longuement, car à mon réveil je trouvoi une chose que je n'avais jamais pensée, c'est qu'un homme puisse pleurer en songeant : car je me trou-
(1) Dans ses fameuses prophéties, si longtemps prises au sérieux, et qui, même de nos jours, ont trouvé des adeptes convaincus, Nostradamus avait prédit la mort de Henri II :
Le lyon jeune le vieux surmontera En champ bellique par singulier duelle, Dans caige d'or les yeux lui crèvera : Deux classes une, puis mourir, mort cruelle.
Les contemporains crurent y trouver, très clairement prédit, l'événement où le Roi trouva la mort ; il faut reconnaître que, pour cette fois, le hasard servit assez bien le prophète.
H EN ni u 2(jy
voi la face tout en larmes et mes yeux qui en rendoient toujours ; falloit que je les laissasse rire, car je ne puis garder de pleurer longuement.
Mézerai relate (1) aussi, pour l'avoir appris de gens de qualité, qui le tenaient de Charles de Lorraine gendre du roi, que la nuit qui précéda le tournoi, une dame, logée près de la Bastille, avait vu en songe que Henri H" avait été blessé et abattu par terre, d'un coup de lance dans l'œil, et que l'éclat en avait rejailli dans l'oreille du dauphin, qui en avait été renversé mort auprès de son père : ce qui marquait que le dauphin ne lui survivrait pas longtemps : or, François II succomba — bizarre coïncidence (2) ! — à une affection qui commença par l'oreille.
Pour Henri II, le songe se réalisa pareillement.
(1) Berthevin, op. cit., p. 6U.
(2) Étant dauptiin, Henri II auail crevé un œil à son écuyer. Juste retour des choses d'ici-bas, il recevait à son tour, quel- (lues années plus tard, une Ijlessure mortelle dans la même région :
« Ouand il pleuvait et qu'il ne pouvait sortir dehors, il fallait au dedans choisir force autres passe-temps dont il n'y en avait point manque, ou à Jouer avec les dames ou avec les gentilshommes, tirer des armes, qu'il avait bien en main, et trop pour M. de Boucard, son écuyer, auquel il creva l'œil étant monsieur le Dauphin, dont il lui demanda pardon, car c'était un fort honnête et brave gentilhomme, du depuis en nos guerres, il se fit hugenot. » Eudel du Gord, Fragm. hist. sur les derniers Valois, p. 81.
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A l'occasion du mariage de la fille du roi, Elisabeth de France, avec Philippe II, qui eut lieu le 26 juin 1559, des tournois avaient été organisés.
Une lice avait été dressée à l'extrémité de la rue Sainte-Antoine, sur une place assez vaste qui s'étendait entre le palais des Tournelles et la Bastille. On sait en quoi consistaient alors les tournois. Les deux champions, entièrement revêtus d'une solide armure, se tenaient l'un à droite, l'autre à gauche d'une barrière haute d'an mètre et demi environ, le long de laquelle ils devaient courir sans jamais la toucher du genou. Au bruit des trompettes et des clairons, ils s'élançaient l'un sur l'autre la lance en arrêt et chacun d'eux cherchait à désarçonner son adversaire. Si les deux lances se rompaient sans que ni l'un ni l'autre eussent chancelé sur leurs montures, les applaudissements éclataient de toutes parts (1).
(1) Henri II y firriva ce jour-là, portant sur sa riclie arnîure les couleurs de sa dame, de sa vieille maîtresse Diane, qui comptait alors près de soixante ans. Franklin, Grandes scènes historiques du seizième siècle).
« Henri H, voulant célébrer les noces de madame sa fdle et de madame sa sœur avec toutes les somptuosités et magnificences qu'il pût, dressa un tournoi solennel contre tous venants, et lui, M. de Ferrare, M. de Guise et M. de Nemours, furent les quatre venants. Il portait, pour livrée, blanc et noir, qui était la sienne ordinaire, cause de la belle veuve qu'il servait, M. de Guise, son blanc et incarnat qu'il n'a jamais quitté, pour une dame que je dirais, qu'il servit étant lille à la cour.
IllONlil II 271
Il y avait déjà quelques jours que duraient ces t arrousels, lorsqu'il prit eavie au roi, le 29 juin, de prendre part au tournoi. Chacun des tenants du tournoi devait lutter successivement avec trois assaillants. Le duc de Savoie se présenta le premier contre le roi, le duc de Guise lui succéda, puis le jeune Gabriel de Montgomery, sieur de Lorges.
Henri montra dans ces trois rencontres sa vigueur accoutumée.
Il ne put se résoudre à abandonner si tôt la lice et, contre l'usage, il voulut fournir encore une course avec Montgomery. Celui-ci dut obéir. Au signal donné, les deux champions se précipitaient l'un contre l'autre.
Leurs lances s'étant brisées, le roi, qui avait malheureusement la visière de son casque levée, fut blessé à l'œil d'un éclat de lance ; il chancela sur son cheval, et soutenu par ses officiers, fut transporté au château des Tournelles (1).
Mézerai a fait de l'épisode un récit qui n'est pas seulement dramatique mais qui est d'une précision dans les détails qu'il importe de souligner, pour les considérations dont nous le ferons suivre.
Il arriva, dit Mézerai, que ce seigneur (Montgomery)
M. (le Ferrare, jaune et rouge, et M. de Nemours, jaune et noir. » Fragments historiques sur les derniers Valois, par Armand
EUDEL DU GORD, DD. 74-75.
(1) Franklin, op. cit. et de Tnou, Histoire universelle.
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ayant rompu sa lance contre son plastron, l'atteignit encore du tronçon qui lui restoit à la main, au-dessus du sourcil de l'œil droit. Le coup fut si grand qu'il le renversa par terre et lui fil perdre la connoissance cl la parole ; il ne les recouvra jamais plus ; d'où l'on peut convaincre de faux tous les différents discours que les uns et les autres lui mirent à la bouche (1) selon leurs intérêts et leurs passions. Toutefois // vécut encore près de onze jours et ne rendit le dernier soupir que le dizième juillet.
D'après le récit de Mézerai, le roi perdit donc la parole et la connaissance aussitôt après l'accident.
On a voulu y voir la preuve que le cerveau avait été touché : cela est exact, mais il peut arriver, même en ce cas, que le blessé ne perde pas connaissance.
Mackensie et d'autres auteurs ont insisté sur ce
(1) « On dit qu'alors, ce prince, passant devant la Bastille, jelta les yeux de ce côté là et que se souvenant des conseillers qu'il y avoit fait emprisonner depuis peu de jours, il dit plus d'une fois qu'il craignoit bien d'avoir traité injustement des innocens, et que le cardinal de Lorraine qui étoit présent dit à ce prince que cette pensée ne pouvoit lui être inspirée que par l'ennemi du genre humain ; qu'il devoitlarejetter et demeurer inébranlable dans sa foi. Je n'oserais assurer si ce fait est véritable ou supposé, ne voulant écrire que des choses certaines et dont tout le monde convienne ; car les médecins soutiennent que quand on a reçu une pareille plaie, on perd Vusagc de parole, soit que le cerveau soit blessé, soit que la violence du coup rébranle de son siège, soit qu'une veine rompue épanche le sang dans sa substance, soit que la dure-mère, qui l'enveloppe, étant enfoncée, le pénètre et en sépare la continuité, » De Thou, toc. cil.
(Par Clouet : Galerie Pilli, Florence.)
point, que, fréquemment, le blessé non seulement ne perd pas connaissance, mais fait quelquefois plusieurs kilomètres à pied après l'accident, avant de tomber mort presque subitement ; ou qu'il n'est pris que plusieurs jours après d'accidents phlegmoneux, méningitiques ou tétaniques, rapidement mortels, qui, d'autre fois; ne surviennent pas malgré une perte de substance cérébrale. La porte d'entrée est, du reste, quelquefois si petite que ni le blessé ni l'entourage, surtout dans une rixe, ne se rendent compte de la profondeur de la pénétration (I).
On doit donc toujours attendre, avant de formuler un pronostic, quel que soit l'état, parfois excellent, du blessé pendant les premiers jours : état général ou état local. On examinera aussi avec le plus grand soin l'état cérébral, vu la possibilité d'accidents méningitiques, quelquefois 1res tardifs.
C'est ce qui est arrivé dans le cas d'Henri II.
La méningite ne s'est déclarée que quelques jours après l'accident (2) : on trouva un épanchement entre
(1) Pronnalic et Iraileincnl des plaies de l'orhile, par le docteur Alb. Terson, {Journal des Praticiens, f) octobre 1897.)
(2) L'on mit tout en œuvre pour le guérir-: « durant quatre jours, les chirurgiens anatomipèrent quatre testes de criminels, ([ue Ion avoit décapitez en la Conciergerie du Palais et aux prisons du Grand-Chastelet, contre lesquelles testes on coignoitle tronsson par grande force au pareil costé qu'il estoit entré dedans celle du Ro\'. » Mémoires de Vieilleville, liv. VII, chap. XXVIII.
27fi LES MOBTS MYSTÉRIEUSES
les membranes du cerveau, bien qu'il n'y eût pas de lésion extérieure apparente.
Cet épanchement, d'abord sanguin, était devenu purulent.
11 s'agit donc bien, comme l'a indiqué le professeur Lannelongue, dans la remarquable consultation que nous donnons ci-après de méningo-encép/ialite, consëculive à un traumatisme.
PIEGES JUSTIFICATIVES
EXAMEN CHIRURGICAL DE LA BLESSURE REÇUE PAR HENRI II AU TOURNOI DU 80 JUIN 1559 (1),
Par le professeur O. Lannelonguk, de l'Institut.
Si les descriptions abondent sur l'accident royal (lettres privées, documents historiques variés), il n'en est pas ainsi pour ce qui a trait à la maladie ellemême ; ici tout est incertain et contradictoire. Les renseignements scientifiques qu'on croirait trouver dons Ambroise Paré, chirurgien ordinaire du roi, sont tellement insuffisants qu'on a le droit do se
(1) Extrait des Grandes scènea hislorkjues du seizième siècle. par Alf. Franklin.
demander si Paré a réellement assisté le roi dans sa dernière maladie.
La plupart des récits concordent d'une manière suffisante pour faire admettre que l'accident a été immédiatement suivi de perte de la connaissance et de la parole. M. de Vieilleville, dont le témoignage a paru suspect à divers historiens (1), affirme cependant que le roi prononça, d'une voix faible il est vrai, quelques paroles, qu'il pardonna au jeune comte de Montgomery, délendit qu'on lui infligeât aucun châtiment, et commanda à M. de Vieilleville de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans ses appartements, sauf les médecins et les chirurgiens. Ces derniers, accourus en toute hâte, cherchèrent à sonder la plaie et malgré des expériences faites sur la tête de quatre suppliciés, ils ne parvinrent pas à se rendre un compte exact des lésions qui pouvaient exister. Chose incroyable, Paré, comme nous le verrons, ne donne aucun renseignement sur l'état dii blessé, pas plus qu'il ne parle des soins qui lui furent donnés.
(1) « Les Mémoires du maréchal de Vieilleville contiennent diverses circonstances curieuses et intéressantes des règnes d'Henri II, de François II et de Charles IX, que l'on chercherait en vain dans les historiens de son temps, qui les ont totalement omises, ou rapportées trop superficiellement. Ils ont été écrits par Vincent Carloix, son secrétaire, et par conséquent ils n'ont pas la môme autorité que s'il les avait écrits luimême. » Griffet, Traité des preuves de VHistoire, p. 134 (A.C.).
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D'après une lettre d'Anne de Gossé (l) à M. le maréchal de lirissac, une légère amélioration se serait produite dans l'état du roi ; mais ce renseignement, d'une bien minime valeur on le comprend, n'est même pas confirmé par M. de Vieilleville (2), dont nous suivons le récit, à défaut du témoignage des médecins.
Le quatrième jour, la lièvre qui s'était montrée' aussitôt après l'accident cessa; le roi reprit connaissance, fit venir la reine, la pria de hâter les noces de sa sœur, et lui fit signer un brevet de maréchal de France pour M. de Vieilleville. Ses dernières recommandations terminées, il perdit de nouveau parole et connaissance, et s'éteignit sept jours après, le lendemain des noces de sa sœur avec le duc de Savoie. Telle est la version de M. de Vieilleville, version qui a trouvé bien des sceptiques, pour ne pas dire plus; il suffit de se reporter à la citation de Mézerai, pour être édifié sur la valeur que la critique historique a accordé aux documents émanant de cette source.
Ambroise Paré n'était pas encore à l'apogée de sa réputation ; il partageait sa charge de chirurgien ordinaire du roi avec Jacques le Roy et Jehan d'Amboise. A-t-il été appelé à voir Henri II dans cette circonstance ? Le simple raisonnement semble l'in-
(1) Nous donnons un peu plus loin (note B) celte lettre.
(2) Cf. Mémoires de Vieilleville, p. 41fi.
Jiquer; cependant le fait a été contesté, et malgré l'opinion de Malgaigne, qui se prononce d'une manière affirmative, on doit rester, selon nous, dans une réserve formelle, eti l'absence de tout document capable d'entraîner la conviction.
Dans son ouvrage sur les plaies de teste, Paré, faisant allusion à la blessure du roi Henri, remercie M. Chapelain de la considération avec laquelle il lui demandait parfois son avis à ce sujet, mais les termes qu'il emploie nous semblent indiquer qu'il n'assistait pas aux consultations (1).
Dans le chapitre IX du livre X de ses œuvres, Paré est plus explicite et il semble donner une description de visu de la plaie ; mais qu'il y a peu de détails pour un fait de cette importance ! On peut en juger :
Le roy receut un très grand coup de lance au corps, qui fust cause iuy eslever la visière, et un esclat du contre-coup luy donna au-dessus du sourcil dextre et lui dilacéra le cuir musculeux du front près l'os, transversalement jusques au petit coin de l'œil seneslre, et avec ce plusieurs petits fragmens ou esquilles de l'esclat demeurèrent en la substance dudit œil sans faire aucune fracture aux os. Donc, à cause de telle commotion ou esbranlement du cerveau, il décéda l'onzième jour qu'il fut frappé.
Rien non plus dans le passage suivant, qui a trait
(1) Voir un peu plus loin (note C) la lettre d'A. Paré à son confrère Chapelain.
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à l'autopsie, ne prouve que Paré en ait été le témoin oculaire :
On luy trouva en la partie opposite du corps, comme environ le milieu de la commissure de l'os occipital, une quantité de sang espandue entre la dure mère et pie mère, et l'altération en la substance du cerveau qui estoit de couleur llave ou jaunastre, environ la grandeur d'un poulce, auquel lieu fut trouvé commencement de putréfaction, qui furent causes suffisantes de la mort, et non le vice de l'œil seulement qu'aucuns ont voulu référer à cause de la mort.
Paré relate avec un grand luxe de détails un accident analogue à celui du roi, arrivé à un simple valet (en citant les noms des médecins et chirurgiens appelés à lui donner secours); il est vraiment extraordinaire qu'il n'ait pas cru devoir donner une relation plus complète, plus précise, plus personnelle de la maladie et de Fautopsie du roi Henri II.
Le peu de précision des médecins dans cette cir constance, et de Paré en particulier, ne s'explique que par des suppositions. Serait-ce que, pour raison d'Etat, on ait caché pendant plusieurs jours la mort du roi, et que dans ce cas, les médecins aient pensé devoir garder le silence ; serait-ce que Paré ait été écarté pour un motif quelconque ? Quoi qu'il en soit, les documents que nous avons eus sous les yeux ne permettent pas d'affirmer la présence de Paré parmi les médecins appelés à donner des soins au roi après sa blessure.
Un autre fait, de nature à montrer lui aussi combien tout n'est qu'incertitude dans cette maladie, est relatif à Vésale. D'après de Thou, Philippe II, roi des Pays-Bas et gendre de Henri II, lui aurait envoyé de Bruxelles l'illustre Vésale, son médecin; mais ce dernier serait arrivé trop tard, un abcès s'étant déjà formé dans le cerveau du roi. En se reportant à la Collection des voyages des souverains des Pays- Bas^ on voit que Piiillppe II, averti le deuxième jour de juillet de la blessure de Henri II lui envoya deux chirurgiens très estimés, mais rien ne permet d'affirmer que Vésale fut l'un de ces deux chirurgiens. D'ailleurs Vésale, dans ses écrits, ne fait pas mention de ce voyage.
Il est bien difficile d'établir, à l'aide de documents aussi insuffisants, la nature des lésions qui ont entraîné la mort du roi Henri II.
On a incriminé, ainsi que le dit Paré, les désordres de l'œil. Dans l'hypothèse de petits fragments de « l'esclat » restés dans l'œil, on a pu supposer le développement d'une phlogose de l'œil et la propagation de cette inflammation aux méninges et au cerveau. Cette manière de voir ne s'accorde guère avec la marche de l'affection, avec la perte de connaissance, qui vraisemblablement n'a pas cessé un seul instant. Elle n'est pas justifiée non plus parles résultats de l'autopsie, qui, malgré leur regrettable brièveté, semblent bien indiquer que la mort doit être
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attribuée à une lésion traumaticjue des parties encéphaliques elles-mêmes : c'est d'ailleurs, l'opinion, de Paré.
Existait-il une fracture du crâne, fracture de la voûte orbitaire avec irradiation vers les parties postérieures ? Rien ne nous autorise à le dire, et les seuls documents que nous possédons à cet égard consistent dans le récit de Paré. Or, on se le rappelle, chez le roi blessé on ne constatait pas de signes de fracture et dans sa relation de l'autopsie. Paré ne fait pas mention de l'état du crâne : ce qui ne veut point dire qu'il n'y eut pas une fracture linéaire, qui a pu d'autant mieux passer inaperçue que la contusion directe des parties molles de l'orbite a pu masquer l'ecchymose sous-conjonctivale, ce signe important des fractures du crâne.
Un épanchement sanguin, nous dit Paré, s'était produit entre la dure-mère et la pie-mère, à la partie postérieure du crâne, au niveau de l'occipital, c'està-dire dans un siège opposé au point d'application du traumatisme ; de plus, au voisinage de cet épanchement, la substance cérébrale de couleur jaunâtre avait subi un commencement de putréfaction. 11 n'est donc pas nettement question d'abcès. Les lésions précédentes, l'épanchement sanguin, de même que raltcration de la substance cérébrale elle-même, doivent être rapportés à une contusion cérébrale.
Quant à la cause directe de la mort, tout porte à
HENRI II 2i<5
croire, en l'absence de données plus précises, qii'elle ed due h une méningo-encéphaliie, provoquée par un foyer de contusion cérébrale, avec épancliement sanguin dans les enveloppes de l'encéphale, au voisinage de ce foyer.
Ce diagnostic du savant professeur est d'accord avec celui que nous avons nous-même formulé.
LETTHE D ANNE DE COSSE A M. LE MARECHAL DE BRISSAC, RELATIVE A l'aCCIDENT DE HENRI II
1" juillet L">9.
Monsieur, j'ai sçeu de vos nouvelles par M. de Monbazin bien au long et le mandement de vosfre santé, qui m'a fort réjouie, et mesmeraent tant de bonnes paroles qu'il ma dites de vostre part qui me remet la vie... .Je crois que ne faudre (z) à remercier la royne par une honestre laictre que je vous assure qui porte vertus ; je n'ay sorti de la chambre que hier, qui lust uug jour malheureux pour nous tous et surtout pour le roy qui voulut estre des tenans du ca- Irième. Après avoir fort bien faict, le fils de Mons.de Lorges contre qui il couroit en lice, lui donna un si malheureux coup de lance qui le blessa en l'euil de fasson qu'on ne savoit ce qui devoit avenir. Ce matin sur les dix heures on l'a pancé, et l'a-t-on trouvé mieulx beaucoup qu'on ne le panssoit, toutefois l'on pance qui (qu'il) perdera l'euil, et i a aparance ; toute fois l'on n'ose encore juger certénement. Monsieur de Savove l'a veillé ceste nuit, et il lui a donné
28(î LES MORTS MYSTERIEUSES
un orge monde à quatre heures, qui (qu'il) la (a) retenu et a reposé, et autres bon sincs, grâces à Dieu. Mes l'on crainct fort l'euil. Les Hansailles dudict seigneur et de Madame furent mercredy dernier ; les nosses devoist estre mardi, qui seronst retardées par ce falcheux accident, et vous promès que l'on connoist une amitié entre le Roy et lui qui contante tout le monde. 11 n'est possible de leur parler de chose de ce monde, car toutes ces princesses et princes estrangers sont tous épleurés et fort estonnés ; Il sanble à leurcontenanceque nous aultres francoys nous ne le saurions estre davantage. Vous serez avertit de ce que adviendra .. Dieu vous veuille consailler et tenir en parlaicte santé. Je espère que je vous voyre (z) contant, avec laide de nostre seigneur. Monsieur, pour la fin je lui suplie vous donner très-heureuse et longue vie. De Paris, ce premier jour de juillet 45o9.
Votre très humble et obéissante seur
Anne de Cossé.
LETTRE D AMBROISE PARE A M. CHAPELAIN, CONSEILLER ET PREMIER MEDECIN ORDINAIRE DU ROY (l )
Entre les occasions, Monsieur, qui ont eu le pouvoir de me résoudrs à ne différer plus longuement la publication et lumière de ce présent traitté, la plus notable et suffisante a esté ceste là que je ne puis sans un grand regret et douleur extrême vous exposer, attendu le dommage et malheur que par le moien d'icelle tout royaume de France a dernièrement
(1) Ext. des Œuvres i.'Amb. Paré, édit. Malgoigne, t. II.
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receu. Ce a esté la playe du feu Roy Henry, nostre très souverain seigneur, pour à laquelle remédier toutes et quantes fois qu'estoient assemblez les médecins et chirurgiens délégués à ce, et vous, Monsieur, comme premier et superintendant de tous, estiez ordinairement présent pour après raisons entendus, de tous les délibérans, donner une conclusion et certain arrest de ce qu'il falloit exécuter en mal si dangereux, vous de vostre grâce me faisiez quelque fois l'honneur de m'en demander mon opinion et advis. En quoy certes je ne feis faute d'observer et retenir plusieurs sentences notables lors mises en avant, cognoissant par cela combien est la science de chirurgie non moins nécessaire que prouffitable aux inconvénients qui journellement et à l'impourveu surviennent tant aux grands seigneurs, que gens de basse et médiocre condition.
Tous les quels accidens en la plupart, on a veu advenir au feu Hoy Henry dernier décédé, lequel au tournoy receut un très grand coup de lance au corps qui fust cause luy eslever la visière, et un csclal du contre-coup lui donna audessus du sourcil dextre, et luy dilacéra le cuir musculeux du front près l'os, transversalement, jusqu'au petit coin de l'œil senestre, et avec ce plusieurs petits fragmens ou esquilles de l'éclat demeurèrent en la substance dudit œil, sans faire aucune fracture aux os. Donc, à cause de telle commotion ou esbranlement du cerveau, il décéda l'onzième jour après qu'il fut frappé. Et après son décès on lui trouva en la partie opposite du coup, comme environ le milieu de la commissure de los occipital, une quantité de sangespendue entre la dure mère et la pie mère, et altération en la substance du cerveau qui estoit de couleur flave ou jaunastre, environ la grandeur d'un poulce, auquel lieu fut trouvé commencement de putréfaction : qui furent causes suffisantes de mort advenue au dict seigneur et non le vice
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de l'œil seulement, qu'aucuns ont voulu référer à la cause de la mort.