‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 47 sur 56 · Ventriculo nulla noxa et stomachi cura pyloro integritas · texte numérisé non relu

Ventriculo nulla noxa et stomachi cura pyloro integritas

5. Intestinum colon flavum colorem contraxerat, cœteris bene habentibus.

6. Epiploon maie coloratum, supra modum extenuatum, parte aliqua ruptum, et omuis pinguedinis expers.

7. Ren uterque nullo vitio obsessus, nullo similiter vesica, nullo uretères.

8. Cor flaccidum et veluti contabescens : omni aquoso humore, qui pericardio contineri solet, absumpto.

9. Pulmo, qui in partem sinistram thoracis iucubebat, a costis illegitimis adclaviculas usque totus lateri adhserebat, ita firmiter etobsUnatè, ut avelli non potuerit sine dilaceratione et discerplione cura putredrine substantiœ, in qua sese prodidit vomica rupta,e qua colluvies purulenta, putrida et graveolens efduxit, cujus tanta fuit copia, ut in asperara arteriam redundaret, et preeclusa respiralione prœcipilis et repentini interitùs causam attulerit.

^0. Aller pulmo sine adhœsu fuit, magniludine tamen naturalem constitutioueni, turgidus et distentus superans, (ut etsiaister superabat in substantia, insignem corruptelaih praese ferens), parte superiore putris refertus et conspurcatus humore pituitoso, inucoso spumoso, puri linitimo. '

il. Cerebum omni vitio carens.

Medici qui praefuerunt.

Regii, Mazille, Vaterre, Alexis Gaudinus, Vigor, Lefèvre, Saint-pons.

Parisienses, Piètre, Brigard, Lakilé, Duret.

Chirurgii qui adminislrauerunl,

Paré, dA'mboise, Dubois, Portail, Elstaciie, Dioxeal', Lambert, Cointret, Guillemeau.

Nous traduisons ce procès-verbal (1) ainsi qu'il suit :

L'an du Seigneur 1574, la veille des calendes de juim (31 mai), a été faite l'autopsie du corps de Charles IX, très chrétien roi de France, avec l'assistance des médecins soussignés et des chirurgiens qui font exécutée.

Voici ce qui a été soigneusement observé et reconnu : Tout le parenchyme du foie est desséché, exsangue et

(1) Nous avons apporté quelque modification au texte du procès-verbal donné par MM. Brouardel et Gilles de la Tourette, en nous référant à l'opuscule précité de Dupuy. Nous avons, toutefois, maintenu les signataires du premier texte, notamment les noms de Cointret et Guillemeau, qui sont remplacés (dans le rapport pour la première fois publié par Papyre Masson et après lui, par le docteur Dupuis) par celui de Coin-

TENEL(?) [A. G.].

tirant sur le uoir, depuis les parties les plus externes des lobes jusqu'à leur surface plaie.

La vésicule biliaire est vide, affaissée sur elle-même, noirâtre.

La rate est saine.

L'estomac et le pylore sont sains.

Le colon était jaunâtre, le^ autres parties de l'intestin étaient saines.

Lépiploon était de mauvaise couleur, très friable, rompu par places et entièrement dépourvu de graisse.

Les reins, les uretères, la vessie étaient sains.

Le cœur était flasque et mou, comme desséché : tout le liquide qui se trouve ordinairement dans le péricarde ayant disparu.

Le poumon gauche adhérait tellement aux parois thoraciques dans toute son étendue, qu'on ne put l'enlever sans déchirer et arracher sa substance qui était en putrilage. On y trouva une vomique rompue, d'où s'échappa une humeur purulente, putride et de mauvaise odeur, en telle quantité qu'elle a dû refluer dans la trachée artère et causer une mort rapide et imprévue en mettant obstacle à la respiration.

L'autre poumon n'était pas adhérent; il était plus volumineux qu'à l'état normal, de même que le gauche le dépassait en matière; gonflé etdistendu, il présentait une notable corruption. Il était pourri dans sa partie supérieure et rempli d'une humeur pituiteuse, muqueuse, spumeuse, se rapprochant du pus.

Le cerveau était sain.

Il n'est pas désormais bien difficile de se faire une idée exacte de la maladie dont mourut Charles IX ; nous avons en main toutes les pièces du procès.

3(i0 LES MORTS MYSTERIEUSES

Les symptômes observés pendant la vie et sur lesquels nous croyons nous être très suffisamment appesantis, ne laissent aucun doute sur Texistonce d'une maladie de poitrine. Et quelle autre affection, en dehors delà phtisie pulmonaire, donne lieu à ces hémoptysies répétées, à cet amaigrissement progressif, à cette dyspnée constante, à ces vomifjnes de matière gluante et jaunâtre, lorsque se sont formées les cavernes ?

Q)uant aux sueurs de sang dont parle d'Aubigné, elles se rapportent directement à de petites ecchymoses sous-cutanées, à des taches de purpura hemorrhagica, que l'on observe si fréquemment dans toutes les cachexies en général, et dans la tuberculose pulmonaire en particulier.

L'affection dont fut atteint Charles IX était donc mortelle, étant donné surtout qu'elle évoluait sur un terrain prédisposé tout particulièrement par l'hérédité. Cependant, à proprement parler, ce prince ne mourut pas de ses lésions de tuberculose chronique, qui se traduisirent, spécialement, à l'autopsie, par la grande caverne du poumon gauche et l'ancienne pleurésie qui enveloppait cet organe dans son ensemble. Il succomba aux atteintes d'un élément fébrile surajouté.

Nous avons vu que, quelques jours avant sa mort, il avait été tourmenté par de violents frissons, accompagnés de douleurs vives, qui n'étaient très pro-

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bablement autres que des points de côté. Le poumon droit subissait alors l'envahissement d'une bronchopneumonie^ dont les tubercules qu'il renfermait déjà avaient été certainement le prétexte. Le volume considérable de l'organe, la distension de son parenchyme partout infiltré de matière purulente, de liquides qui l'engorgeaient, no permettent pas l'erreur.

C'est, en résumé, à une broncho-pneumonie, entée sur des lésions avancées de tuberculose pulmonaire, que succomba Charles IX.

Nous ne nous arrêterons pas à discuter l'hypothèse d'un'maléfice ; mais le poison existait-il ? Charles IX, le poitrinaire, mourut-il empoisonné ?

Les lésions qu'il portait étaient plus que suffisantes pour entraîner la mort, et l'examen des organes fut assez complet pour permettre de ne pas hésiter.

Un seul point paraît obscur dans les résultats fournis par l'autopsie : la coloration toute spéciale du foie, qui, mal interprétée, pourrait donner prise à la confusion. Toutefois, il nous semble possible de ne voir là autre chose qu'une altération cadavérique ; tous ceux qui sont familiers avec la pratique des nécropsies savent, en effet, que les parties externes et convexes du foie présentent, dans presque tous les cas, une teinte violacée [nigricans), indépendante de toute altération pathologique. C'est également à une transsudation post morlem de la bile à travers les parois

de la vésicule que le colon devait sa coloration jaune ; de même, l'épiploon était bien celui d'un tuberculeux.

Les partisans du poison, tous les courtisans qui avaient intérêt à flatter la reine-mère pour la rendre complice de rancunes qu'elle ne demandait qu'à partager, insistèrent sur ce fait que le cœur était desséché, brûlé en quelque sorte et que le péricarde, à l'inverse de ce qui existe ordinairement, ne renfermait pas trace de liquide. Si l'on veut bien admettre que, régulièrement, on ne trouve jamais dans cette séreuse, sauf dans les cas où le cœur et son enveloppe sont altérés, plus de 15 à 20 grammes de sérosité, on comprendra facilement que l'absence d'une si faible quantité de liquide, constatée par des anatomopathologistes aussi peu avancés que les médecins et les chirurgiens du temps de Charles IX, n'ait véritablement aucune importance.

Eux-mêmes, du reste, ignorèrent toujours, et pour cause^ la véritable nature du mal : le premier médecin, Mazille, qui ne pouvait, pendant la vie, reconnaître par des signes certains la maladie de poitrine, pensa toujours à une mauvaise fièvre, tierce ou quarte, ne songeant même pas à la consomption pulmonaire, que l'on connaissait cependant à l'époque où il vivait et dont les symptômes auraient dû lui ouvrir les yeux.

Quant à Ambroise Paré, qui d'ailleurs n'était appelé que pour les cas chirurgicaux et qui proba-

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bleinent dut lui-même, en sa qualité de premier chirurgien, faire l'autopsie sous les onlres de Mazille (tout art manuel étant repoussé et fort méprisé par ces médecins que Molière devait bientôt fustiger), il se soucia fort peu de donner son avis aux demandeurs plus ou moins intéressés qui vinrent l'assiéger.

Brantôme, en effet, l'alla voir en compagnie de Strozzy et lui demanda son opinion :

Il nous dit en passant et sans longs propos qu'il estoit mort pour avoir trop sonné de la trompe à la chasse du cerf, qui lui avoit tout gasté son pauvre cbrps et ne nous en distpas plus. Sur quoy aucuns prirent subjet de faire pour son tombeau ces deux vers :

Pour aimer trop Diane et Cytherée aussi, L'une l'autre m'ont mis dans ce tumbeau icy.

Si est-ce qu'on ne sauroit oster à aucuns l'opinion qu'il ne fust empoisonné dès que son frère partit pour Pouloigne: et disoit-on que c'estoit de la poudre de corne d'un lièvre ma' rin qui faict languir longtemps la personne et puis après peu à peu s'en va et s'estainct comme une chandelle : ceux qu'on a soupçonné autheurs n'ont pas faict meilleure fin.

Et le vieux chroniqueur ajoute :

Ainsi Dieu punist les forfaitz, de loing, secrettement, sans qu'on s'en donne garde.

Charles IX venait d'en faire la triste expérience.

Docteurs Brouardel et Gilles de la Tourette.

364 LES MOHTS MYSTÉRIEUSES

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