‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 48 sur 56 · CHARLES IX A-T-IL ÉTÉ EMPOISONNÉ · texte numérisé non relu

CHARLES IX A-T-IL ÉTÉ EMPOISONNÉ

Michelet, qui croit à rempoisonncment de Charles IX, dit que le l'^'' mai, Catherine avait écrit que son fils était guéri, et il rapproche cette affirmation audacieuse de la date de la mort du roi, si rapprochée de l'autre. Qu'aurait donc pensé le grand historien, écrit M. Paul Robiquet [Histoire municipale de Paris, p. 658), s'il avait connu la lettre suivante, que Catherine adressait à la Ville le 28 mai :

Messieurs, je vous assure que le roy Monsieur mon fllz se porte bien, et espère avec i'ayde de Dieu que la médecine qu'il a prise ce matin, l'achèvera de guérir en tout de sa fiebvre tierce qui est bien diminuée à son dernier accez, et n'aiant quasi plus d'émotion ou si peu que ce nest rien. Ainsi signé : Catherine et plus bas Pinaht. Apportée le xxviri mai 4574 (t).

M. Paul Robiquet a cru découvrir dans les termes

(1) Le 30 mai, sur les trois heures, le roi de la Saint-Barthélémy s'éteignait. Voici en quels termes les registres de la Ville (H. 1787, f" 141) mentionnent la mort de Charles IX : « L'an après le partement du roy de Polongne, le roy Charles neufiesme de ce nom, ayant longuement esté malade au chasteau de Vincennes, rendit son esprit à Dieu au dict lieu, le XXX* et pénultième jour de dimanche de la Pentecôte, au présent an 1574. I)

de la lettre qu'il a pris soin de souligner, une ambiguïté que nous avouons n'y pas trouver.

Il est impossible, écrit ce distingué historien (t), d'affirmer dune manière absolue que Charles IX est mort empoisonné ; mais celte conclusion pourrait être appuyée sur des présomptions assez, fortes.

Dk Tnoi , après avoir insisté sur la constitution robuste du roi, rapporte que bien des gens croyaient qu'on avait avancé sa mort : l'aulopsie, d'après le même historien, ne fit qu'augmenter les soupçons, car on trouva dans le corps des taches livides. (Cf. Ilist. Univ., t. VU, p. 64.)

D'AuBiGNÉ accuse Catherine (2) d'avoir fait un étalage hypocrite de sa douleur, pour « arracher de la pensée des grands et du peuple l'opinion que presque tous avoyent qu'elle eust apporté de la fraude et de l'artifice à la mort de son fils. » {Ilisl., col. 701.)

Enfin Bhantomi:, qui nie les taches livides, confirme qu'on professait publiquement l'oppinion de la poison. {Hommes illustres, t. IV, p. 216.)

Voilà, évidemment, quelques vagues présomptions, mais nous persistons, malgré tout, à nous en rapporter au document médico-légal que nous avons commenté et, jusqu'à la découverte d'une pièce décisive, à nous nous en tiendrons aux conclusions

(1) Hisl. municipale de Paris, par P. Robiquet, p. G58, n. 1.

(2) V. dans Balzac, Éludes philosophiques sur Catherine de Médicis, tome XV de l'édition Houssiaux (1874), p. 471 et suiv., une très curieuse réhabilitation de cette reine, mère de trois roJ!?.

que nous" avons adoptées, et qui ne diffèrent pas sensiblement de celles qu'avec sa haute autorité le professeur Brouardel a lui-même formulées.

HENRI ni

Mort, le l""" août 1589, d'une plaie pénétrante de ■Vabdomen.

Le plus intelligent, a-t-on dit, et aussi le plus dépravé des derniers Valois ; nous ajouterons, en notre qualité de clinicien, le mieux portant : s'il n'était pas mort d'accident, il est vraisemblable qu'il aurait fourni une longue carrière, à moins qu'il ne lût mort fou — il l'était déjà plus qu'à moitié, — ainsi que l'avait pronostiqué son médecin Miron.

A rencontre de ses frères, Henri était de tempérament robuste, et sans les débauches qui l'usèrent prématurément, il était organisé pour vivre très vieux (1). «Il faisait, dit l'historien de Thou, deux repas par jour, mangeait beaucoup et buvait du gros vin coupé avec trois quarts d'eau. Il avait

(1) Né le samedi 19 septembre 1551 (à minuit trois quarts), Henri III n'avait que trente-huit ans au moment de sa mort.

beaucoup d'embonpoint, mais faisait quotidiennemant un exercice modéré : il se maintenait en bonne santé. »

Cette santé commença à s'altérer à la mort de Charles IX. On sait que, pour se dérober à l'attachement importun des Polonais, il dut s'évader. Son retour à petites journées à travers les pays autrichiens fut marqué par une longue suite de fêtes : c'est au milieu de ces fêtes qu'il contracta la syphilis (1).

Cet avertissement ne lui servit pas de leçon et il se livra plus que jamais à des excès de toute nature (2). Sans doute, ces excès auraient amené le

(1) Cf. docteur Dusolier, th. cil., p. 30.

(2^ C'est probablement à ces excès qu'est attribuable le « mal d'aureille » dont parle l'Estoile, dans son Journal (septembre 1579), et qui fit croire au roi qu'il avait été victime dune tentative d'empoisonnement. Nous passons la parole au chroniqueur : « Le mercredi second jour de septembre, le Roy se trouva mal, d'un mal d'aureille, qui lui fist peur,*pour ce que le Roy François second, son frère aisné, en estoit mort. Ce qu'il répéta, ce jour, par deux ou trois fois.

« Le jeudi 10 septembre, le Roy alla au château de Madrid, en coche, contre l'avis de ses médecins, dont il revint tosl après extrêmement vexé de son mal d'aureille, et en fut, la nuit ensuivante, si travaillé, que par tous les monastères de Paris on envoia faire prières pour sa santé. Fust- aussi à la Roine-Mère envoie en diligence un courrier pour l'adverlir de l'aigreur de ceste maladie, dont on doutait l'yssue, car tous les médecins en désespérèrent, 24 heures durant, excepté le Grand, le médecin, et attribuoient la cause de son mal aux

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HENRI m

(Par Jean de Court, gravé par Thomas de Leu.)

HENRI m 371

dénouement que le poignard d'un assassin devait précipiter.

Le mercredi l*"" août 1589, un moine jacobin, du nom de Jacques Clément, introduit auprès du roi sous prétexte d'importantes révélations à lui faire, lui communiquait un paquet de lettres supposées. Tandis que le souverain était absorbé dans leur lecture, le fanatique lui plongeait un couteau dans le ventre.

On prétend que le roi était sur la chaise percée (l), une simple robe dechambre jetée sur les épaules (2), quand il fut frappé par Jacques Clément.

D'autres disent (3) qu'il se retira dans une embrasure de fenêtre, pour lire les lettres qui lui étaient présentées, et que, lorsqu'il fit signe au moine d'approcher, les courtisans s'éloignèrent par respect (II). L'assassin, profitant de cette disposition

veilles de la nuit et aus excès des jours gras, durant lesquels, nonobstant les affaires qu'il avait sur les bras, il avoit passé les nuits entières à mommer et wasquer, et à autres exercices peu convenables à sa santé. »

(1) Journal de l'Estoile, 1" août 1589.

(2) Il venait de se lever et n'avait pas encore ses chausses attachées, dit une relation du temps, dont nous donnons plus bas le titre. Il avait endossé un pourpoint de chamois, sur lequel il mettait ordinairement un corps de cuirasse, sorte de corset baleiné.

(3) Berthevin, op. cil.

(i) D'après le roi lui-même, qui écrivit, presque aussitôt

bienveillante du prince, le frappa d'un coup de couteau (1) dans le ventre, un pouce au-dessous du nombril, du côté droit, « si avant qu'il laissa le Cousteau au trou pour y servir do faulcet (fosset) (2) ». Vivement le roi saisit l'arme et d'une telle violence qu' « il en agrandit de beaucoup la playe, et au même instant l'ayant retiré, en donna un coup de la pointe sur le sourcil gauche du religieux (3). » La pointe du couteau, ayant rencontré l'os de la tête du moine, rebondit et le roi fut blessé à la main : d'autres prétendent que c'est en voulant détourner l'arme dirigée contre lui (|ue la blessure se serait produite (4).

après laccident, à la reine, pour la rassurer (Cf. Berthevin, loc. cit., pp. 82-83, n.). M. L. Paris donne à tort cette lettre comme inédite dans son Cabinel historique, t. III, pp. 159 et suiv. ; nous la reproduisons aux pièces justificatives. 11 n'y avait, à ce moment, dans la pièce, avec le roi, que Bellegarde, son grand écuyer, quand le procureur général, le sieur de la Guesle, introduisit auprès d'Henri, par son ordre, le jeune Jacobin qui devait lui porter le coup fatal (V. aux Pièces juslificalives la note A).

(1; Le couteau était « pointu, assez cheslif et de peu de prix », et, disait-on à l'époque, ■> frotté de quelque composition, maligne et venimeuse ». Discours aux François avec r histoire véritable sur Vadmirable accident de la mort de Henry de Valois naguères roij de France, etc., lequel fait partie d'un recueil de notre collection personnelle, intitulé : Mort el Obsèques de quelques Rois et Princes (1515-1610).

(2) Discours aux François, loc. cit.

(3) Idem, ibidem.

(4) Suivant un des témoins, le procureur Là Guesle, le roi

HENIU III 373

Un gentilhomme du nom de Montferrier (le même qui donna le premier coup de poignard à monseigneur de Guise), tua d'un coup d'épée l'assassin de Henri. Le moine mourut sur le coup. Son cadavre, après avoir été frappé de plusieurs coups de hallebardes, fut dépouillé nu jusqu'à la ceinture : on supposait que l'assassin était un soldat déguisé en moine et on voulait s'en assurer.

Ce qui avait donné lieu à cette supposition, c'est qu'on trouva, sur l'une de ses oreilles, une petite cicatrice, qui pouvait laisser croire qu'il avait reçu quelque blessure dans un duel.

Le roi avait perdu beaucoup de sang (1). Mis au lit, il fut pansé par ses médecins et chirurgiens, ([111 nosèrent point le sonder : conduite assurément très sage et qui, à notre époque, serait encore suivie.

On lui administra un clystère, qu'il rendit peu à peu après par sa plaie (2), ce qui fit porter aux médecins cet étrange pronostic : qu'il ne mourrait pas de

« tenait ses boyaux entre ses mains », ce qui serait en contradiction avec des versions déjà si difl'érentes.

(1) Pour ce qui précède, comme pour ce ([ui va suivre, nous avons analysé la brochure qui est en noire possession et dont nous avons donné le litre. Comme c'est une relation contemporaine de l'événement, notre récit a bien des chances de se rapprocher de la vérité.

(2) Les derniers Propos de Henri de Valois à d'Espernon (recueil personnel).

l'accident ! Le blessé reprit lui-même espoir et assura le roi de Navarre, qu'on avait été chercher, qu'il n'appréhendait rien de fâcheux et s'attendait à remonter bientôt à cheval.

Quand on enleva le premier appareil, la plaie fut trouvée « livide et en mauvais estât ». On lui appliqua un second appareil (pansement), et peu d'heures après, il ressentait les premiers signes d'une inflammation interne : une grande douleur, une forte chaleur, et enfin la fièvre, qui le prit pour ne le plus quitter (1).

La nuit, les souffrances augmentèrent. Comme il se trouvait trop enfoncé dans son lit, il pria qu'on le plaçât plus haut sur l'oreiller ; mais il glissa de nouveau dans le lit, perdit conn;iissance, et continua à s'affaiblir jusqu'au moment fatal.

Il succomba le mercredi 5 août 1589, environ vers les trois heures après minuit, selon le rapport d'autopsie (2).

A l'ouverture du corps, on put se rendre compte du siège et de l'étendue de la blessure. C'était une plaie pénétiante de l'abdomen, qui avait atteint l'iléon, « percé d'outre en outre ».

(1) « Une fièvre continue l'empoigna avec une telle véhémence qu'elle luy fit rendre les derniers soupirs. » Le Martyre de Jacques Clément (158!)).

(2) V. aux Pièces ju^tificaliven la note B.

Le mésentère était également coupé en deux eudroits, ainsi que les veines et artères mésaraïques : c'est cette dernière blessure qui avait provoqué, aussitôt le coup donné, l'abondante hémorragie externe dont nous avons parlé. Il s'était produit, en outre, une hémorragie interne : dans le péritoine furent trouvés de gros caillots en voie de putréfaction. La mort était inévitable à la suite d'un tel traumatisme et de ses graves complications.

Les viscères retirés, le corps du roi fut mis dans un coiïre de plomb; les entrailles furent placées dans un autre coffre du même métal. Particularité curieuse : le plomb qui servit à la confection des coffres fut emprunté aux tuyaux et bassins des fontaines de Saint-Cloud.

Le corps fut ensuite « porté et délaissé à Compiègne, pour être enterré à l'abbaj'e Sainct-Gornille (1) ». Il était resté exposé pendant quelques jours sur un lit de parade, selon la coutume en usage pour les rois de France.

Le jour même de la mort du Roi, le cadavre du moine Clément fut tiré à quatre chevaux et mis en

(1) Discours aux François, loc. cil. Le corps du roi fut laissé à Compiègne jusqu'en 1610, époque à laquelle il fut transporté à Saint-Denis.

(2) Lellre du procureur de la Guesle, opuscule cité de notre collection personnelle.

37(5 LES MORTS MYSTIÎRIKUSES

quartiers, puis brûlé sur la place do Téglise de Saint-Cloud, par les ordres du roi de Navarre, le futur Henri IV.

Clément était âscé do 27 à 28 ans (1), ou du moins il paraissait avoir cet âge (2), d'après ce que nous rapporte le procureur général au Parlement, qui l'avait introduit auprès de Henri. Il s'était présenté à ce magistrat de la part du fils de l'un des chirurgiens du roi, Portail, conseiller à la Cour, alors enfermé à la Bastille. Il avait fabriqué une fausse lettre, signée du nom de ce personnage et avait, par ce moyen, gagné la confiance du procureur La Guesle (2). Celui-ci l'avait même logé chez lui.

La veille de l'assassinat, il soupa gaiement avec les gens du magistrat, et l'on fit plus tard la remarque qu'il avait taillé ses morceaux avec le couteau même qui devait être l'instrument du crime.

On a prétendu que Jacques Clément avait été poussé à commettre son acte par des influences diverses. Ignorant^ grossier, de culture médiocre, et de plus, libertin et dévot à l'excès (3), il était tout

(1) Il était âgé seulement de vingt-deux à vingt-trois ans, d'après une autre relation du temps : Discours véritable de l'es- Irange et subite mort de Henry de Valois, etc., in Recueil précité.

(2) V. la lettre indiquée dans une précédente note.

(3) J. Clément, la veille de son meurtre, dormait la tète sur une Bible ouverte au chapitre de Judith. (Régis, les Régicides dans rilistoire et dans le Présent, p. 77.)

HENHI m 877

préparé à recevoir les suggestions d'un entourage intéressé à détruire le roi.

On a supposé que son prieur, Bourgoin, lui avait fait absorber un breuvage ft pour le faire rêver » et que, durant son sommeil, il lui avait fait entendre une voix (1), qui lui commandait de tuer le roi.

« Une nuit, écrit Palma Gayet, Jacques Clément étant dans son lit. Dieu lui envoya un ange en vision, lequel avec une grande lumière se présenta à lui et lui montra un glaive nud en lui disant ces mots : « Frère Jacques, je suis messager du Dieu toutpuissant, qui te viens accertener que par toi le tyran de France doit être mis à mort : pense donc à toi comme la couronne du martyr t'est aussi préparée. Gela dit, l'ange disparut (2). »

Mais les visions, qu'est-ce autre chose que des hallucinations et qu'est-il besoin, comme en a judicieusement fait la remarque le docteur Régis, d'invoquer la complicité du prieur Bourgoin ou de la duchesse de Montpensier, qui, au dire de certains, se serait prostituée à Clément, pour achever de le décider ?

Quoi qu'il en soit, le clergé presque tout entier glorifia bruyamment l'acte du moine assassin ; on osa même proposer de lui élever une statue dans l'église Notre-Dame! Si, donc, le crime du moine régicide ne

(1) Le Martyre de Jacques Clément (1589) du Recueil précité.

(2) Discouru véritable de l'estrange mort de Henri de Valois.

378 LES MOIrrS MYSTERIEUSES

lui a pas été inspiré par les supérieurs de son ordre, parce qu'on n'inspire pas sa folie, ses hallucinations et son impulsion à un aliéné, ceux-ci n'ont pas caché, du moins, la joie qu'ils en éprouvaient (1).

Ce qui pourrait atténuer notre indignation à l'égard de l'acte commis par Jacques Clément, c'est que sa victime était aussi peu digne d'intérêt que possible.

Dans ses Etudes sur la sélection, Jacohy a buriné, en traits ineffaçables (•2), la physionomie de ce prince sans caractère et sans dignité :

(c Henri III, écrit ce savant psychopathe, est le type du caractère névropathique, tout de contradictions et d'extrêmes : brave et efféminé; esprit brillant et superficiel, rusé et insouciant, chevaleresque et assassin, dévot, incestueux et adonné à un vice infâme. »

Ce vice, c'est l'inversion sexuelle, décrite parfois sous le nom (Vuranisme et sur lequel il nous répugne d'insister (3).

Aux yeux d'un moine fanatisé, débarrasser l'humanité d'un tel monstre était, certainement, faire œuvre pie.

(1) Docteur Régis, op. cil.

(2) Le portrait que nous donnons, gravé par Tliomas de Leu, a été exécuté par un des artistes de la Cour, probablement Jean de Court, son peintre ordinaire (renseignementcommuniqué par le regretté Henri Bouchot, en son vivant conservateur du département des estampes de la Bililiothèque nationale).

(3) Cf. Raffalovitch, Urani.tme el nnisexualilé,p. 41.

CATHERINE DE MÉDICIS Morte, le 5 janvier 1589 (1;.

La même année que son fils Henri III, le jeudi 5 janvier, était morte la reine-mère Catherine de Mé- (licis, au château de Blois. Elle était âgée de 71 ans.

Son corps, mis en l'église Saint-Sauveur (de Blois) dans un cercueil de plomb, en attendant que la France plus calme, on la puisse transporter à Saint-Denys. Vrai est que, n'ayant été bien embaumée (car la ville de Blois n'est fournie de drogues et épices pour cet effet), quelques jours après, commençant de mal sentir depuis l'appartement du Roy, on a été contraint de lenterrer en pleine nuit, non dans une voûte, pour n'y en avoir aucune, mais en pleine terre, tant ainsi que le moindre de nous tous, et mémement en un lieu de l'église où il n'y a aucune apparence qu'elle soit. Misérable certes est la condition humaine \...(PASQviEï{,Lellres.)

(1) Sur les maladies de Catherine de Médicis, v. un très curieux travail de H. Bouchot {Chronique médicale, 15 mars 1900).

PIECES JUSTIFICATIVES

DOUBLE DE LA LETTRE ESCRIPTE PAU LE FEU KOY (HENRI IIl) DEUX HEURES aI>RÈS SA BLESSURE, A LA ROYNE, SON ÉPOUSE (1).

Mamye, après que mes ennemis ont veu que tous leurs artifices s'en alloyent dissipez par la grâce de Dieu et qu'il n'y avoit plus de salut pour eulx que en ma mort, sçachant bien le zèle et la dévotion que je porte à ma religion catholique, apostolique et roniayne, et l'accès et libre audiance que je donne à tous religieux et gens d'église quand il/, veulent parler à moy, ils ont pensé n'avoir poinct de plus beau moyen pour parvenir à leur malheureux desseing que soubz le voille et l'habit d'un religieux ; en ceste maudicte conspiration, vioUant toutes les lois divines et humaynes et la foy qui doibt estre en l'habit d'un ecclésiastique.

Ce matin estant à mes affaires, et le sieur de Bellegarde seul en ma chambre, mon procureur-général ma amené, par mon commandement, ung jeune jacobin qui disoit avoir lettres du premier président de ma court de parlement, et à me dire quelque chose de sa part. Après m'avoir salué et baillé des lettres faulces dudict premier président, feignant avoir à me dire quelque chose de secret, j'ay faict retirer et ledit sieur de Bellegarde, et mon procureur-général : lors, ce méchant et malheureuz m'a donné ung coup de coulteau

(1) Cabinet hislorique, de L. Paris, loc. cil. (l'est à Chenonceaux que Louise de Lorraine, a dû recevoir cette missive :1e château de C.hononcoaux était, en efïet, le séjour lio prédilection delà reine.

HENRI m 381

pensant me tuer ; mais Dieu qui est protecteur des roys et qui n'a pas voulu que son très-humble serviteur perdist la vie, soubz la révérence qu'il a portée à l'habit de ceux qui se disent vouez à son service, me l'a conservée par sa saincte grâce à Dieu, ce nest rien et que j'espère dans peu de jours recouvrer ma santé, tant par le sentiment que j'en ay en moy mesme, que par lasseurancedes médecins et chirurgiens qui mon t pensé et recongneu n'y a voir aucun (langer, don tj'ay bien voulu vous advertiraussitost.afinquevous ne soyez poincten peine pour les bruictz que Ton pourra faire courir à contraire. Priant Dieu cous avoir en sa sainle el digne garde el faicl au pont de Saint-Cloud, le premier jour d'aoust 1589 (i). El au dessoubz est escripl de la main du roi : Mamye, j'espère que je me porteray très bien, priez Dieu pour moy et ne bougez de là. (Avec ung pareil chiffre qui esl celuij qu'il avoil accouslumé de mettre au bas des lettres qu'il écrivait à ladicte dame) .

« L'original de cette lettre est demeuré es mains de la royne, à laqtielle a este rendue seulement le 10" d'aoust 1390, ouverte par le sieur de Razelin, gentilhomme servant ladicte dame, qui suivant son commandement l'a retirée du sieur de... duquel elle avoit esté baillée, incontinant, après le coup, pour la rendre et faire tenir à ladicte dame, ce que toutes fois il n'auroit fait que sur la poursuytte et recherche qu'elle en auroit tousiours depuis faict faire.

« Collationné à l'original, pour moy conseiller et secrétaire du roy.

Sigjïé : Megret (2).

. (Ane. f. fr. 8966, fol. 66.)

(1) Les mots en italique, formule de chancellerie, sont biffés dans le manuscrit

(2) L'annotation et ce qui suit le posl-scriplum autographe sont de la main de Meeret.

382 LES MOHTS MYSTERIEUSES

RAPPORT DU CORPS MORT DU TRES CHRESTIEN HENRI TROISIÈME, ROI DE FRANCE ET DE POLOGNE (1).

Nous soussignez, conseillers médecins et chirurrurgiens ordinaires du roy, certifions que, le jour d'hier, mercredi deuxiesme de ce présent mois d'aoust mil cinq cens quatre-vingt et neuf, environ les dix heures de nuict, suivant l'ordonnance de , monsieur le grand prevost de France et hostel du roy, nous avons veu et diligemment visité le corps mort de deffunt de très heureuse mémoire et très chrestien Henri III, vivant roy de France et de Pologne, lequel estoit décédé le mesme jour environ les trois heures après minuit, à cause de la playe qu'il reçeut de la pointe d'un cousteau au ventre inférieur, au-dessous du nombril, partie dextre, le raardy précédent sur les huit à neuf heures du matin, et à raison des accidens qui survindrent à Sa Majesté très-chrestienne, tost et après icelle playe reçeuë, de laquelle et accidens susdits nous avons fait plus ample rapport à justice.

(1) Extrait des Œuvres de chirurgie, de J. Guillemeau, 1649, in-f°.

Et pour avoir très-ample cognoissance de la profondeur de ladite playe et des parties inférieures olFencées, nous avons fait ouverture dudit ventre inférieur, nous avons trouvé une portion de l'intestin gresle, nommée iléon y percée d'outre en outre, selon la largeur du cousteau, de la grandeur d'un pied, qui nous a été représenté saigneux plus de quatre doigts, revenant à l'endroit de la playe extérieure. Et profondant plus avant, ayant vuidé plus avant une très-grande quantité de sang espandu par ceste capacité, avec gros thrombus ou caillons de sang, nous avons aussi veu le mezentere percé en deux divers lieux, avec incision des veines et artères.

Toutes les parties nobles, les naturelles et animales, contenues en la poictrine, ventre inférieur et en la teste, estoient naturellement bien disposées et suivant l'aage bien tempérées et sans aucune lésion ny vice, excepté que toutes les susdites parties (comme aussi les veines et artères tant grosses que petites) estoient exsangues et vuides de sang, lequel estoit très-abondamment sorti hors par ces playes internes, principalement du mezentere, et retenu dedans ladite capacité, comme en lieu estrange et contre nature : à raison de quoi la mort de nécessité et en l'espace d'environ dix-huict heures, est advenue à Sa Majesté très-chrestienne, estant précédée de fréquentes foiblesses, douleurs extrêmes, suffocation, nausée, fièvre continué, altération et

38 1 LES MOKTS MYSTERIEUSES

soif intolérable, avec très grandes inquiétudes; lesquelles indispositions commencèrent peu après le coup donné, et continuèrent ordinairement jusques au parfait et final sincope de la mort : laquelle pour les raisons et accidents susdits, quelque diligence qu'on y eust peu apporter, estoit inévitable.

Faite sous nos seings manuels, au camp de Saint- Cloud, prez Paris, le jeudi matin troisiesme d'aoust mil cinq cens quatre-vingt-neuf.

Les médecins qui ont assisté :

Lefvbre, Dortoman, Regnard, Heroard.

Les chirurgiens qui Tout embaumé :

Portail, Lavernot, d'Amboise, Vaudelon, Le Gendre.

Le docteur Ghaussier, en reproduisant ce lapport dans sa Médecine légale^ l'accompagne des intéressantes réflexions qui suivent :

«Dans le rapport de l'ouverture de /fen/'////, on dit: Nous avons trouvé une portion de l'intestin grêle, nommé iléon, percé d'outre en outre, selon la largeur du couteau de la grandeur d^in pied. Cette tournure de phrase n'exprime point d'une manière assez précise la forme, l'étendue de la plaie de l'intestin, et laisse aux personnes qui ne connaissent point la structure des parties, l'idée que la plaie de l'intestin avait grandeur d'un pied, ce que certaine-

HENRI m 385

ment n'ont point voulu dire les auteurs du rapport ; mais il fallait éviter cette amphibologie ; dans un acte judiciaire, les objets doivent être exprimés de la manière la plus claire, la plus précise, et ne laisser aucune incertitude, môme aux personnes étrangères à l'art (1). »

;i) Chaussieh, Médecine légale, etc., pp. 148-141).

Mort, le 14 mai 1610, d'une plaie pénélranle du poumon gauche.

Le premier roi de la branche des Bourbons (1) ; fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret.

Antoine de Bourbon fut tué d'un coup de feu au siège de Rouen ; on prétend qu'il fut atteint au moment où il satisfaisait à un besoin naturel (2).

Quant à Jeanne fVAlbrel^ il semble bien qu'elle n'ait pas été, comme on l'a prétendu, victime d'un empoisonnement (3). Pleurésie ou peut-être pneumonie,dénature tuberculeuse (4) : telle est, après examen

(1) Pour la filiation des Bourbons, voir Jacoby, op. cil., pp. 397 il suiv., et Peignot, op. cit., p. 195.

(2) Au moment où il urinait dans la tranchée, dit Jacoby.

{^^) Cf. Poisons el .Sortilèges, .3" édition, t. I, p. 283 et t. II' pp. 48-54, 70-72.

(4) C'est l'opinion du docteur Légué. (Cf. Médecins et Empoisonneurs au dix-septième siècle.)

388 LES MORTi MYSTEItlEUSCS

critique des différentes versions, le diagnostic auquel nous nous sommes arrêté (1).

Henri IV était le deuxième fils de Jeanne d'Albret et d'Antoine de Bourbon.

Deux de ses frères étaient morts en bas âge : l'un Henri, duc de Beaumont, à l'âge de deux ans, par accident ; l'autre, Louis-Charles, comtede la Marche, mort au berceau, également par accident. Un troisième, Charles^ mourut sans alliance.

La sœur d'Henri, Catherine^ épousa Henri de Lorraine et mourut sans postérité.

Dès sa naissance (2), on peut dire que le jeune Henri annonçait qu'il serait un «gaillard ». De fait, il n'eut, pendant sa vie, à part quelques accès de goutte, qui le tourmentèrent de temps à autre (3), et une affection secrète dont nous avons ailleurs parlé (/i), que des indispositions bénignes, pour lesquelles il prenait volontiers médecine (5), ayant peu de goût pour les autres drogues ou remèdes.

(1) Dans notre ouvrage, Po/sons et soiiilèyes, II, 2= édition, p. 52.

(2) V. le récit de la naissance d'Henri IV et celle de Marie de Médicis, dans les Archives curieuses de Vllisloire de France, par CiMBER et Danjou, If série, t. XIV, et les Pièces intéressantes, etc., de La Place, t. I, pp. 326-362.

(3) Cf. Journal dlléroard, édition Eudore Soulié et de Barthélémy, t. I.

(•i) V. notre Cabinet secret de l'Histoire, l" série, nouvelle édition.

(5) Ainsi l'atteste cette curieuse lettre, écrite par Henri IV à

Il aimait, pourtant, à s'entourer de médecins, et en faisait parfois venir de trôs loin (1) ; il avait confiance en eux, sans toujours suivre rigoureusement leurs prescriptions.

D'après les médicaments qu'il consomma, on peut présumer la nature des incommodités qui l'assaillirent. Il souffrit de l'estomac, pour lequel on lui recommandait l'usage de l'absinthe et de l'aloès. Il

Marie de Médicis, et dont nous avons trouvé le texte dans un catalogue d'autographes de Noël ('haravay ; elle est datée de (Ihàteauroux, 27 octobre (16U5; :

« Mon cœur, je pansoy courre hyer un serf, venant ycy, mais je nje treuvé sy mal que je n'exécuté point ce desayn. J'ay pr/n.s médecyne aujourd'hui, qui me mène comme yl faut. Je partiré demayn pour aller à Vatan et samedy à la Mesonfort. J'envoye ce porteur vysyter M", de Monpansyer et me réjouyr avec son mary et son oncle de leur fylle. Chaque jour que je passe me dure un syeclo. pour l'anvye que j'ai de vous voyr. Yl n'y a rien de nouveau. Bonjour mon cœur, je te bese un mylyon de foys. «

Avant d'aller voir ses maîtresses, il prenait également médecine, témoin ce curieux billet, adressé par le Vert-Galant à sa Gabrielle :

« ... Sy je me porte tant soyt peu bien je ne pranderé poynt médecine demayn pour vous vojt.

« Je vous donne encore un mylyon de besers. »

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