AVANT-PROPOS
tâche d'en tirer les conséquences, que nous leur faisons cependant entrevoir ? C'est qu'il arrive souvent, en histoire, que les questions que Ton croyait les plus définitivement tranchées viennent à se poser de nouveau. Il suffit de la découverte de quelque indice contraire à l'opinion reçue pour autoriser la revision du procès et faire condamner le jugement auquel tout le monde s'était tenu jusque-là (1).
Nous avons, d'autre part, estimé que nous ne devions pas borner notre tâche à débrouiller des énigmes, ou à prêter une oreille complaisante aux mille bruits équivoques que la foule se plaît à faire naître et à propager ; nous avons compris de différente façon notre rôle. Nous avons essayé, avant tout, de jeter quelque lumière sur la psychologie des personnages, mais en restant toujours très prudent dans l'interprétation des pièces qui constituent leur dossier pathologiqu,-. Nous n'avons prétendu à rien autre chose qu'à fournir des éclaircissements et des documents, pour la plupart nouveaux, qui serviront à expliquer certaines morts controversées de l'histoire, sans qu'il soit besoin d'invoquer une force plus ou moins mystérieuse.
Nous avons pensé, en outre, que, pour donner plus d'unité et de cohésion à nos recherches, notre enquête devait porter sur les morts de tous les repré-
(1) Bibliothèque de l'École des Charles, novembre-décembre
sentants d'une dynastie, notre but n'étant pas seulement de donner des monographies isolées, mais de montrer comment les races, dites privilégiées, arrivent à la dégénérescence.
Cette dégénérescence, ce n'est pas seulement l'exercice du pouvoir absolu, la césar iie, comme l'a bien nommée le professeur Lacassagne, qui la provoque ; c'est encore, c'est surtout l'hérédité morbide, aidée de la consanguinité, qui la précipite. Voilà, entre beaucoup d'autres, un point qu'établiront, ce nous semble, nos recherches.
Pourrons-nous, en terminant, exprimer l'espoir de faire substituer aux erreurs communément accréditées, aux hypothèses plus ou moins hasardées, nous n'osons pas dire la vérité absolue, mais la vraisemblance la plus acceptable ? Nous aurons, en tout cas, la satisfaction d'avoir jalonné une route encore peu explorée, où nous souhaitons engager à notre suite tous ceux que la réalité séduit plus que la fiction. Au surplus, n'est-ce pas un pur romancier, Jules Sandeau, qui a écrit : « L'imagination ne se nourrit que des rognures de la réalité. ? »
Docteur Cabanes.
Paris, 11 avril 1901.