‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 53 sur 56 · LE VIF · texte numérisé non relu

LE VIF

Aussitôt après la mort du roi, on en prend le

(1) Ext. des Recherches historiques sur les derniers jours des rois de France, par Berthevin.

iiEMJi IV 4œ

moule, pour obtenir Y effigie d'aprèa le vif; cette effigie préparcie, on la place dans une salle richement parée ; la salle reste garnie de sièges et de plians couverts de drap d'or rayé, comme pour une réception : c'est là que se tiennent les prélats, les évêques, les courtisans et les officiers du service du feu roi, pour accompagner cette effigie ; on la tient sur un lit de parade, revêtue d'une couverture de drap d'or frisé traînant jusqu'à terre ; cette couverture est garnie d'une riche bordure de deux pieds de largeur, et composée d'hermine ; sous cette bordure est, pour la soutenir, une toile de Hollande de la plus grande beauté et qui dépasse d'un pied la bordure.

L'effigie a d'abord une chemise de toile de Hollande, brodée en soie noire aux manches et au collet ; elle est revêtue ensuite d'une riche camisole de satin rouge, doublée de tafifetas de même couleur, avec un passement d'or. La camisole dépasse, aux jambes et aux bras, une tunique qui la recouvre ; ce nouveau vêtement est de satin bleu azuré et semé de fleurs de lis ; les bords sont relevés par un passement d'or et d'argent de quatre doigts.

Par-dessus, enfin, est le manteau royal (1) de velours violet, semé de fleurs de lis, doublé de taffetas ; le collet du manteau, renversé d'environ un pied, est d'hermine ; la même fourrure garnit les

(1) Pour désigner sa couleur, Dutillel a dit : le velours est uiolel cramoisi azuré.

paremens et la queue du manteau, qui a cinq aunes de longueur. Au manteau, sont attachés les cordons des ordres qui pendent ainsi au cou de l'effigie : sur sa tête se trouve un petit bonnet de velours cramoisi foncé ; le tout est surmonté d'une couronne garnie et étincelanie de pierreries. Les jambes reçoivent des bottines de toile d'or avec des semelles de satin rouge ; la tête de l'effigie repose sur un oreiller de velours rouge cramoisi, richement brodé en or, A droite est placé le sceptre du roi, à gauche la main de justice. Un dais forme le ciel du lit. Au chevet du lit, à droite, se trouve une chaise de drap d'or avec un carreau de même étoffe. Au pied du lit, sur deux escabelles, sont une croix d'argent et un bénitier aussi d'argent doré. Aux deux côtés des escabelles se tiennent^ sur deux petits sièges, deux héraults chargés de présenter de l'eau bénite aux princes et à ceux qui sont admis à cet honneur.

Au fond de la salle est dressé, en face de l'effigie,^ un autel richement paré. Pendant les huit à dix jours que l'effigie reçoit les honneurs rendus à la mémoire du prince, on fait le service de la table comme si le prince était vivant. Aux heures accoutumées, le dîner et le souper sont apportés par les gentilshommes servans, l'huissier marche devant ; les officiers du gobelet couvrent la table des mets ordinaires ; ils font les révérences et les saluls accoutumés, comme du vivant du prince. La table

est bénite par un aumônier ; les pages, les huissiers, les maîtres d'hôtel et tous les gens de service vaquent à leurs fonctions pendant à peu près le même temps que durait le repas du roi ; la pn''sentation de la coupe, le changement de services, tout a lieu dans les mômes intervalles ; l'on donne à laver. Le prélat ou l'aumônier de service dit ensuite les grâces ; après quoi il ajoute seulement le De profiindis et l'oraison pour le repos de l'âme du roi. Après le repas, les vins et les viandes sont tous distribués aux pauvres.

Au bout de huit jours, on substitue le corps à Teftigie.

Les mêmes honneurs sont rendus à son effigie, comme ils l'étaient au prince lui-même ; une cour nombreuse se range autour de l'effigie et les mêmes cérémonies retracent, pendant plusieurs jours, et prolongent, pour ainsi dire, la vie du prince.

La religion chrétienne, indulgente pour la faiblesse, a conservé quelques-uns des rites païens ; mais elle les a empreints de son sceau, pour leur ôter tout ce qu'ils avaient de profane : ainsi, dans cette circonstance imposante, on retrouve les cérémonies de l'apothéose, telles que l'historien Dion et Hérodien les ont décrites; témoins oculaires de la déification de l'empereur Pertinax, ils nous apprennent comment son effigie, artistement préparée, était

U2 LES MOHTS MYSTERIEUSES

couchée sur un lit triomphal ; elle montrait le prince revêtu des habits et de tous les ornemens de la dignité impériale. Il semblait reposer, et, de peur de l'éveiller, un enfant, richement paré, chassait les mouches avec un éventail de plumes de paon. Pendant plusieurs jours, les médecins faisaient leur service accoutumé, tàtaient le pouls de l'effigie et rédigeaient un bulletin de santé. Les repas, les conseils se tenaient comme à l'ordinaire ; le prince était censé y participer.

Aux obsèques des rois François F' et Henri II, le corps, séparé de Veffigie, fut placé dans le chariot d'armes, depuis appelé corbillard. Il ne s'agissait plus alors que de porter ou peut-être faire semblant de porter une effigie légère ; les gentilshommes de la chambre, ne voyant plus dans ce soin qu'un honneur sans travail, l'enlevèrent aux hanouards^ et se présentèrent la sangle au col. Il paraît que, bien que marchant à pied, ils étaient enfermés dans la tenture, soit d'un chariot, soit tout autre; car, selon Dutillet, « on ne leur voyoit que la tête et le haut des épaules. » Mais, à l'enterrement de Henri II, ses gentilshommes, se tenant aux côtés de l'effigie, soutenaient seulement avec les mains la couverture du drap d'or sur laquelle elle était couchée.

Le Parlement a toujours joui du privilège d'entourer seul, devant, derrière et sur les côtés, le

IIKMU IV 4i:{

corps ot l'effigie, tant qu'ils ont été ensemble. Au décès de Charles VllI, les gentilshommes de sa maison et ses archers (gardes du corps) voulurent demeurer à l'entour du tombeau. Le grand-maître apaisa celte contestation, en faisant marcher les gentilshommes par devant et les archers par derrière.

A l'enterrement do Henri II, les archers et leur capitaines environnaient le corps. L'évêque de Paris et le grand aumônier précédaient l'effigie (1).

Il y avait à Saint-Denis, dans les armoires audessus de celles qui renfermaient les objets du trésor, les effigies de huit rois. Les visages, soigneusement moulés en cire au moment du décès, étaient adaptés à des mannequins couverts d'un manteau rouge semé de fleurs de lys d'or.

Les poêles et dépouilles des effigies des rois et des reines appartenaient aux abbés et religieux de Saint-Denis. Il revenait aux religieuses de la Saussaye, près de Villejuif, le linge de corps, les sceaux d'or et d'argent, les mulets, mules, palefrois, chevaux d'honneur, tant ceux qui avaient traîné le char des rois et reines que ceux qui avaient figuré à leurs obsèques, avec les harnais, colliers, selles, etc.

(1) Des Sépultures nationales, par Legrand dAussY.

Morte, le H juillet 1642, d'une lésion organique du cœur.

Marie de Médicis était la fille du grand-duc de Toscane François de Médicis et de Jeanne d'Autriche,

Après la dissolution de son premier mariage avec Marguerite de Valois, mariage resté stérile, Henri IV l'avait épousée à Lyon, le 10 décembre 1600.

Devenue régente à la mort du roi (1610), Marie de Médicis dut se constituer, selon l'usage, une maison médicale.

De ses médecins il n'en est guère que trois dont le nom ait survécu : Vautier, docteur de Montpellier, que Richelieu fit enfermer à la Bastille (1), pour le guérir de sa manie de cabale ; Riolan, dont les découvertes anatomiques font oublier les errements cliniques et thérapeutiques ; et Piètre, praticien fameux en son temps.

Vautier avait gagné la confiance de la reine-mère

(1) Il avait été dabord emprisonné à Senlis ; plus tard, il fut

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en la guérissant d'un érysipèle. Quand celle-ci tomba malade en Belgique, le roi refusa de lui envoyer son médecin ordinaire, qu'il soupçonnait et avec raison de conspirer contre sa politique et il lui substitua les médecins dont nous venons de rappeler les noms.

D'après le texte de la consultation retrouvée par le docteur Gorlieu (1) et qui date du 15 juin 1633, l'auguste malade souffrait d'hémorroïdes, de migraines; outre le foie, dur et douloureux, elle avait la rate augmentée de volume, les chevilles enflées, de la fièvre.

De la fièvre avec de l'hypertrophie de la rate, cela se concilierait assez avec l'idée d'une fièvre typhoïde, mais le tableau symptomatique est vraiment trop imparfait pour nous autoriser à porter un tel diagnostic (2).

Les médecins se hâtèrent de prescrire — c'était le bon temps de l'humorisme — saignées (3), purga-

transféré à la Bastille, dans le carrosse même de l'évèque de Senlis. Il resta dans cette prison jusqu'à la mort de Richelieu.

(1) BiBL. Nat., Mss. F. fr., 10217, f"' 78 et suiv. (Cf. Gazelle des Hôpitaux, 1900, p. 1390.)

(2) Pour le docteur Masson {la Sorcellerie el la Science des poisons au dix-septième siècle ; Paris, 1904, p. 228), « il est probable que la reine-mère eut une attaque de rhumatisme articulaire aigu, à manifestation tibio-tarsienne ».

(3) Elle avait été saignée cinq fois, tant des bras que du pied (CoRLiEU, lac. cit.)

A-L^RIA DE MEDreS REGIN.^ TRfv'M RFGVTvV ,MATF.R

MAKIi; 1)1-; M LU IL. l-

(D'après une peinturo de Van Dyck) «çiavée par Porbus.)

tifs, lavements et bouillons rafraîchissants ; des demibains d'eau tiède ; des eaux de Fougues — déjà ! — et, pour augmenter l'action de ces eaux mincTales, il était recommandé de les additionner de séné, « qui aura trempé toute la nuit en cinq ou six cuillerées d'eau froide assaisonnée de jus de citron ».

Lamalade devaitprendre, en outre, de l'eau d'acier, un grand verre, le matin à jeun. 11 lui était enfin conseillé de partir de Gand, l'air de cette ville étant particulièrement malsain et le palais où S. M. était logée pouvant, par son humidité, entretenir les « maladies scorbutiques » si fréquentes dans les Flandres. L'eau de Gand était, au surplus, reconnue par les consultants comme des plus malsaines, et c'était prétexte suffisant pour engager la reine à quitter sa résidence.

Le traitement dut faire son effet, puisqu'on n'entend pas parler de nouvelle maladie de la reine jusqu'en 1641.

Dès son arrivée à Cologne, vers la fin d'octobre, Marie de Médicis réclame à nouveau des soins médicaux. Riolan, qui n'avait pas sa confiance, mais que le roi lui avait imposé, se rend auprès d'elle au mois de janvier 16Zi2. Il la trouve mal en point : la reine est tout enflée, c'est-à-dire hydropique\ elle a une fluxion oculaire (probablement de l'érysipèle de la face, auquel elle était sujette). Le 23 mai, il écrit à Paris que l'état de la malade s 'aggrave et

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^ue « ce n'est plus qu'un squelette qui a toujours courte haleine (1) ».

Cette dyspnée s'explique : il y avait une mauvaise irrigation sanguine; la circulation était gên(''e par suite de la compression des vaisseaux résultant de l'œdème abdominal.

D'où provenait cet œdème, cette hydropisie ; et, consécutivement, pouvons-nous déterminer la nature du mal qui devait, à quelques semaines de là, enlever la reine de ce monde ? Une affection du cœur expliquerait très bien cet œdème, cette ascite ; mais n'anticipons pas.

Les historiens ne se sont pas embarrassés pour si peu : Marie de Médicis, disent la plupart^ est morte de misère (2).

11 en est de mieux informi's : tel un des biographes de Marie de Médicis (3), qui n'a eu que le tort de ne pas nous indiquer la source de ses informations, ce à quoi nous essaierons de suppléer par un document inédit (/i), que nous n'allons pas tarder à reproduire et à commenter.

(1) V. dans la Chronique médicale (1905). p. 151, l'article intitulé : Riolan, agent secret de Richelieu.

(2) Ch. Babthélemy s'élève contre la légende, dans ses ii/veurs et Mensonges historiques, t. VII, pp. 215 et suiv. Cela n'empêche qu'un écrivain moderne (Roca, Règne de Richelieu, I, 188), lui donne encore créance.

(3) D'Arconville, Marie deMédicis, t. III.

(4) Nous en devons la communication à M. Noël Charavay,

MARIE DR MKniCIS 421

Riolan avait vu juste quand il prononçait, dans les premiers jours du mois de juin, cette sentence : « Je n'pète le secret qu'elle ne passera cette année. » Cette année, il aurait pu dire ce mois, puisque Marie de M(''dicis succombait, jour pour jour exactement, un mois plus tard, le 3 juillet, en dépit des astrologues qui l'avaient rassurée sur son sort.

Le 25 juin (c'est la relation du biographe de la reine), elle avait été attaquée d'une grosse fièvre, accompagnée d'une soif ardente; comme on remarqua le lendemain quelques rougeurs à son visage, on les prit pour un érisipèle ; mais le l'"" juillet, la fièvre ne diminuant point et son agitation étant extrême, Riolan, son premier médecin, l'examina avec encore plus d'attention et s'aperçut de quelques taches noires à une de ses jambes. Il ne douta pas qu'elle n'eût la gangrène et désespéra dès lors de sa vie. 11 crut devoir l'instruire de son état. Klle reçut cette nouvelle sans témoigner aucune émotion... Cependant la gangrène faisant des progrès très rapides, les médecins décidèrent qu'il fallait couper la jambe à cette princesse... Sur le soir, Marie se trouva un peu mieux et les médecins espérant qu'en enlevant la partie des chairs gangrenées, ils pourroient éviter l'amputation de la jambe, se déterminèrent à prendre ce parti. Les incisions qu'on lui fit parurent la soulager : elle souffrit moins pendant la nuit; mais le lendemain elle sentit qu'elle s'alTaiblissoit et voulut profiter du peu de moments qui lui restoient pour faire son testament (i)...

dont on ne réclame jamais en vain le concours dans les recherches historiques.

(1) D'AncoNviLLE, loc. cil., pp. 497 et suiv.

Désormais elle n'avait plus que quelques heures à vivre : elle succombait, le 3 juillet 16/i'2, à midi et demi, âgée de soixante-neuf ans, deux mois et neuf jours (1).

Le récit que nous venons de reproduire de la dernière maladie de l'épouse de Henri IV est exact, mais il est loin d'être complet.

C'est le ili juin que la maladie, qui jusqu'alors avait suivi une évolution chronique, avait pris tout à coup une marche plus aiguë : il était survenu des sueurs nocturnes; la sécrétion urinaire avait considérablement diminué ; par contre, il s'était établi un flux de ventre qui avait été plutôt salutaire.

Le 26, la fièvre renaissait, s'accompagnant de frissons « par tout le corps (2) », qui ne durèrent pas moins de trois heures.

La malade (Hait très altérée, et les urines étaient de plus en plus rares, malgré les boissons abondantes, tisanes, limonades rafraîchissantes, qu'elle avait absorbées.

La respiration était devenue difficile ; il y avait de l'orthopnée. Dans la matinée suivante, la reine put dormir quelques lieures, et la fièvre disparut. Mais les cuisses enflaient et le filtre rénal était toujours obstrué.

[}) CORLIEU, loC. cil.

(2) Cf. la note A aux Pièces jasliflcaliues, que nous résumons ici et que nous dii^cuterons ensuite.

MARIE DE MEDir.lS 123

Dans la nuit du vendredi au samedi, elle se plaignit d'une douleur à la jambe gauche : une plaque érysipélateuse se montra bientôt à nouveau, mais disparut au bout de 'l!i heures. Elle reparut, plus étendue, à la cuisse du côté opposé et s'étendit à la jambe, jusqu'au pied.

La fièvre et les étoulTements revinrent les jours suivants; puis il lui prit un grand tremblement, suivi d'un mouvement fébrile, et le pouls s'affaiblit progressivement .

Une saignée qu'on avait tentée ne donna aucun résultat ; on mit cet insuccès sur le compte de la maladresse du barbier qui, paraît-il, n'avait pas bien ouvert la veine.

Comme on ne perdait pas de vue un instant la malade, on aperçut, dès qu'elle se produisit, une première tache noire à la jambe droite. La tache ne fit dès lors que s'étendre ; des pustules naquirent tout autour. Les médecins appréhendaient la gangrène, sans oser y croire.

Trois « des plus célèbres et expérimentez chirurgiens de la ville de Cologne » sont alors appelés au chevet de la royale patiente et déclarent qu'il n'y a pas péril en la demeure et que ces sortes d'accidents sont fréquents dans ce pays, où l'érysipèle n'offre pas de gravité. Un mieux apparent semble leur donner un moment raison. Mais, bientôt, la malade a une évac;uation abondante d'une « matière sanieuse

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avec de la boue et des morceaux de chair pourrie. ^) Durant cette évacuation, elle tombe en syncope, le pouls est de plus en plus bas, et l'on redoute une issue fatale.

Le jour suivant, elle rend par la bouche une matière « noire comme de l'encre ». Peu après, on lui faire boire doux cuillerées de vin blanc, étendu d'une quantité double d'eau ; elle se plaint qu'elle a « un feu dans l'estomac », et que le passage des liquides, aussi bien les bouillons que les tisanes, lui incendient le corps. C'est surtout au niveau de l'œsophage et dans l'intérieur de l'estomac qu'elle ressent la brûlure. Elle a une difficulté de plus en plus grande à avaler ce qu'on lui donne. Elle reste deux jours dans cet état, puis elle entre en agonie et meurt (I).

L'autopsie fournit quelques indications intéressantes (2).

Et d'abord, l'examen extérieur du corps permit

(1) La légende veut que la chambre où la reine est morte soit celle-là même où Rubens était né, en l,")??.

(2) Après sa mort, son cœur fut porté à la Flèche, le 12 avril 1643; quant au corps, il était à Saint-Denis depuis le S mars précédent : seules, les entrailles furent conservées à Cologne, dans la grande église Saint-Pierre. Le corps de Marie de Médicis fut exhumé le 14 octobre 179.3, lors de la profanation des tombeaux de la basilique. (V. aux pièces jnstifirative's la note B.)

de constater que la gangrène s'était généralisée et de la jambe droite avait gagné tout le dos, de la tête jusqu'aux fesses. De grands lambeaux d'épiderme se détachaient et le reste de la peau était « d'une très mauvaise couleur et fort jaune ».

Le cœur avait acquis le double de son volume : il était donc manilestement hypertrophié.

La cavité abdominale était remplie d'un liquide sanieux et purulent.-

Les intestins, le foie tombaient en pourriture ; de même, les reins, surtout le rein droit, étaient très atrophiés.

Le pancréas, le mésentère étaient également en voie de destruction.

Le ventricule (lisez l'estomac) était dilaté et présentait à son intérieur « comme une excoriation universelle semblable aux aphtes ». N'oublions pas que la malade avait rejeté par la bouche un « liquide noir comme de l'encre » : elle avait donc eu une hématémèse. Elle avait expulsé par la voie rectale une matière analogue.

Étant donnés l'âge de la malade, l'état de ses principaux organes, et aussi l'hydropisie résultant d'une compression que pouvait exercer une tumeur, on pourrait, au premier abord, pencher en faveur de l'hypothèse d'un cancer^ ayant débuté par l'estomac ou l'intestin ; mais les symptômes auraient été

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plus nettement accusés : les hématémèses plus fréquentes, les douleurs plus vives, etc.

La tiiberciitose serait-elle plutôt en cause ? Cela ne nous parait pas invraisemblable, d'après ce qu'on nous dit de l'état des poumons « complètement pourris ». Mais il s'agirait plutôt, en l'espèce, de tuberculisation secondaire.

Il ne semble pas douteux qu'une périioniie (l'abcès trouvé dans la cavité péritonéale et aussi les vomissements noirs en sont l'indice) ait été l'accident terminal.

Mais comment étiqueter l'affection qui a donné naissance à ces divers symptômes ?

Pour le docteur Guillon (1), qui, toutefois, reconnaît que les documents sur lesquels il étaie son diagnostic, sont insuffisants, Marie de Médicis a bien pu succomber à « une forme foudroyante de la variole ». Nous ne discuterons pas ce qui n'est qu'une hypothèse sans fondement, de l'aveu môme de celui qui l'a émise.

Le docteur A. Masson (2), d'autre part, veut que Marie de Médicis ait été une cardiaque (en quoi nous sommes d'accord avec lui) ; mais il ajoute : « empoisonnée, pendant le cours d'une rechute, par

(1) La Mort de Louis XIII, étude d'histoire médicale, d'après de nouveaux documents, par le docteur Paul Guillox (Paris, 1897), p. 63.

(2) Op. cil., eh. XIX.

MAIUE DE MEDIUS 129

des substances caustiques administrées par la bouche et, par conséquent, très probablement mélangées avec les aliments, les boissons ou les médicaments » ; ce qui signifie qu'une intoxication aurait hâté la fin d'une cardiopatlie avérée.

Cette intoxication a-t-elle été accidentelle ou volontaire ? Volontaire, répond notre confrère, qui n'hésite pas à affirmer que la reine, appréhendant une terrible opération, . a préféré mettre fin à ses jours en absorbant un poison à doses massives, « dont la formule absolument exacte ne peut être indiquée d'une façon précise ». Pour cause, nous permettons-nous d'ajouter, car de poison il n'en a existé que dans l'imagination de celui qui en a la trop fréquente obsession.

PIEGES JUSTIFICATIVES

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