‹ Les morts vont viteChapitre 10 sur 13 · LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME

PREMIER CORSE

Nous voilà sujets de la France, Qui nous envoie un gouverneur.

Y gagnera-t-elle en puissance?

Y gagnerons-nous en bonheur?

DEUXIÈME CORSE

ôe ce toit, vois d'ici le maître, Bonaparte, ami des Français ; Tandis qu'il aide à leur succès.

Un second fils lui vient de naître.

PREMIER CORSE

Dans toute l'île une fête a donc lieu?

DEUXIÈME CORSE

D'être à la France on y rend grâce à Dieu.

PREMIER CORSE

On dispose ainsi de la Corse, Sans nous dire : « Y consentez-vous? » La règle des rois, c'est la force :

Ont-ils parlé, peuple, à genoux!

DEUXIÈME CORSE

Dieu le veut, comme il veut la joio De ces époux qu'on vient fêter.

A l'église, on va présenter L'enfant qu'à leur cœur il envoie.

PREMIER CORSE

Où va la foule au pied de ce rempart ?

DEUXIÈME CORSE

Voir de la France arborer l'étendard.

PREMIER CORSE

Sur nous qu'avait opprimés Gênes, Un autre joug va donc peser !

Ce n'est pas à changer de chaînes Que l'on apprend à les briser.

BERANGEE 307

DEUXIÈME CORSE

Voila le baptême qui sonne.

Le cortège part triomphant ;

Ce fils n'est pas leur seul enfant; .

D'où vient tout l'espoir qu'il leur donner

PREMIER CORSE

Par le canon, quoi! ce jour est fêté?

DEUXIÈME CORSE

11 sera cher à la postérité...

PREMIER CORSE

« La Corse étonnera le monde, »

A dit un ami de nos droits.

Mais, s'il faut qu'un roi la féconde, Qu'enfantera-t-elle ? Des rois.

DEUXIÈME CORSE

La mère, dame honnête et bonne.

Sur son lit, le front incliné.

Par le jour où son fils est né.

Le recommande à la Madone.

PREMIER CORSE

Les chants français troublent ville et faubourgs.

DEUXIÈME CORSE

D'exploits futurs, ces chants parlent toujours.

11 est inutile d'aller plus loin.

Vous voyez la distance qui existe entre cette espèce de cantate et le Dieu des bonnes gens^ Mon âme ol la Grand' mère.

Pour Béranger, \e placer impérial est épuisé. Il s'y

acharne, mais comme le minem^ qui, ayant trouvé un splendide filon, s'acharne à ne pas l'abandonner

On a iCï'j attaqué ce dernier recueil de Béranger; on l'a trouvé relativement d'une grande faiblesse; et l'on a eu raison. Mais nous soutenons que ce n'est point l'âge qui, chez Béranger, cause cet affaiblissement, et la preuve, c'est que c'est dans la période de 1847 à 1851 que se trouvent les meilleures chansons du recueil, c'està-dire quand Béranger traverse sa soixante-huitième, sa soixante-neuvième et sa soixante et dixième année, c'est-à-dire ses trois dernières années de production.

Le secret de cet affaiblissement, à notre avis, Béranger nous le livre par ces mots :

c Si l'on s'occupe un jour de mes derniers vers, on y reconnaîtra l'homme qui, autrefois, osa entrer en lutte avec un pouvoir imposé par l'étranger, un peu modifié sans doute, mais aussi plus à l'aise dans cette liberté morale que la retraite seule peut procurer. »

Oui, Béranger était en retraite, Béranger avait quitté Paris, Béranger habitait la province.

Eh bien, en province, Béranger échappait à ces effluves magnétiques qui émanent de ce grand centre que l'on appelle Paris. Il y a certain nombre d'idées, et surtout les idées actuelles, que l'on respire en quelque sorte avec l'air du boulevard ; il y a une certaine électricité qui se dégage des amis que nous coudoyons, et qui alimente notre foyer; il y a certaines sources qui aboutissent à nous et qui empêchent notre réservoir de se tarir. Échappant au frottement quotidien du premier-Paris, de la nouvelle, du canard même. Je génie se rouille, la verve s'endort, la forme s'alanguit. Peu à peu, le murmure des ruisseaux, la vue des arbres, le chant des oiseaux attirent le poëte à l'idylle -, de satirique, il devien* contemplatif... Juvénal tourne au Théocrite.

C'est ce qui arrive à Béranger. Ses chansons les plus faibles sont celles de sa retraite, celles où il ne s'astreint plus au refrain, celles où il ne rame plus toute une jiuit pour venir attacher sa pauvre nacelle à cet immobile poteau, phrase charmante, qui tout à la fois exprime et peint la pensée.

Et, cependant, au milieu de tout cela, que de ravissants petits poëmes, s'ils n'étaient point signés de ce nom habitué à ne signer que des chefs-d'œuvre 1

jlya, dans la publication posthume de M. Perrolin, quatre ou cinq chansons éminemment remarquables.

Nous en avons cité une, c'est la première.

La seconde est intitulée Y Histoire d'une idée.

Elle appartient à la période de 1847 à 1851.

C'est avec une joie filiale que nous avons salué cette enfant de la vieillesse du poëte, que Ton dirait une des plus pimpantes fille de son âge mùr.

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