HISTOIRE D'UNE IDÉE
Idée^ idée^ éveille-toi.
Vite, éveille-toi. Dieu t'appelle.
Sommeillait-elle au front d'un roi?
Au front dun pape dormait-elle?
CHŒUR DE BOURGEOIS
« Une idée a frappé chez nous !
Fermons notre porte aux verrous. »
D'un tribun ou d'un courtisan Est-ce l'ouvrage ou la trouvaille?
Non, fille d'un simple artisan.
Elle a vu le jour sur la paille.
CHOEUR DE BOURGEOIS
« Une idée a frappé chez nous !
Fennons notre porte aux verrous, r
u Quoi ! toujours, s'écrie un bourgeois, Des prétentions mal fondées I
BÉRANGER 3Yi
Pour l'émeute encore une voix !
Nous n'avons eu que trop d'idées. »
CHŒIL'R DE BOURGEOIS.
« Une idée a frappé chez nous!
Fermons notre porte aux verrous. »
De l'Institut les souverains Disent : « Sachez, petite fille.
Que nous ne servons de parrains Qu'aux enfants de notre famille. »
CHOEUR DE BOURGEOIS
« Une idée a frappé chez nous !
Fermons notre porte aux verrous. »
Un philosophe crie : « Eh quoi !
Quelqu'un a cru, cervelle folle.
D'une idée accoucher sans moi?
Il n'en sort que de mon école. »
CHCEUR DE BOURGEOIS.
« Une idée a frappé chez nous !
Fermons notre porte aux verrous. »
Un prêtre dit : « Siècle de fer.
Ce qui nait de toi m'épouvante; Ton idée est fille d'enfer.
Si Dieu créa, le diable invente. »
CHCEUR DE KOURGEOlb.
a Une idée a frappé chez nous:
Fermons notre porte aux verrous. »
Un charlatan, qui vient la voir, L'escam.to, fuit, et répèle :
tt Sans tambour qui peut le savoir?
Qui peut le savoir sans trompette? »
CHŒCR DE BOURGEOIS.
a Une idée a frappé chez nous !
Fermons notre porte aux verrous. »
MaiSj malgré trompette et tambour :
tt Cette idée est sans doute ancienne, » Se dit chacun, et tour à tour Chacun lui préfère la sienne.
CHŒUR DE BOURGEOIS
« Une idée a frappé chez nous !
Fermons notre porte aux verrous. »
Pauvre idée ! enfm un Anglais L'achète, et le sir britannique A Londres lui donne un palais.
En criant : « C'est ma fille unique ! »
CHŒUR DE BOURGEOIS
« Une idée a frappé chez nous ! Fermons notre porte aux verrous. »
En France, avec le père intrus :Elle accourt. Que d'or elle apporte!
■)u fisc les valets malotrus rite au nez lui ferment la porte.
CHŒUR DE BOUR'iriïîS.
tt Une idée a frappé chez nous!
Fermons notre porte aux verrous. »
Mais, en fraude admise à la cour.
Comme Anglaise, on lui rend justice.
BERA^'GER 3^:^
Son vrai père, le même jour, Pàuvrt eî fou mourait à l'hospice.
CHOEUR DE BOURGEOIS
« Une idée a frappé chez nous!
Fermons noire porte aux verrous. »
On le sent, l'idée qui préoccupe éternellement Béranger, c'est qu'il vieillit, et qu'en vieillissant sa verve s'en va, son génie s'évapore, son étoile pâlit.
Il a tort : c'est dans sa dernière période, nous le répétons, c'est-à-dire de 1847 à 1851, quand il est rentré dans Paris, quand il s'est remis en contact avec le monde, quand il retrouve la main électrique de la société tendue vers lui à chaque pas, c'est alors qu'il rentre dans un crépuscule doux comme son aurore, quelquefois brillant comme son midi.
Vous venez de lire V Histoire d'une idée, qui appartient à sa façon critique.
Voici le Septuagénaire, qui rentre dans le cercle de ses chansons intimes et qui rappelle son meilleur lemps :