‹ Les morts vont viteChapitre 11 sur 13 · HISTOIRE D'UNE IDÉE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNE IDÉE

Idée^ idée^ éveille-toi.

Vite, éveille-toi. Dieu t'appelle.

Sommeillait-elle au front d'un roi?

Au front dun pape dormait-elle?

CHŒUR DE BOURGEOIS

« Une idée a frappé chez nous !

Fermons notre porte aux verrous. »

D'un tribun ou d'un courtisan Est-ce l'ouvrage ou la trouvaille?

Non, fille d'un simple artisan.

Elle a vu le jour sur la paille.

CHOEUR DE BOURGEOIS

« Une idée a frappé chez nous !

Fennons notre porte aux verrous, r

u Quoi ! toujours, s'écrie un bourgeois, Des prétentions mal fondées I

BÉRANGER 3Yi

Pour l'émeute encore une voix !

Nous n'avons eu que trop d'idées. »

CHŒIL'R DE BOURGEOIS.

« Une idée a frappé chez nous!

Fermons notre porte aux verrous. »

De l'Institut les souverains Disent : « Sachez, petite fille.

Que nous ne servons de parrains Qu'aux enfants de notre famille. »

CHOEUR DE BOURGEOIS

« Une idée a frappé chez nous !

Fermons notre porte aux verrous. »

Un philosophe crie : « Eh quoi !

Quelqu'un a cru, cervelle folle.

D'une idée accoucher sans moi?

Il n'en sort que de mon école. »

CHCEUR DE BOURGEOIS.

« Une idée a frappé chez nous !

Fermons notre porte aux verrous. »

Un prêtre dit : « Siècle de fer.

Ce qui nait de toi m'épouvante; Ton idée est fille d'enfer.

Si Dieu créa, le diable invente. »

CHCEUR DE KOURGEOlb.

a Une idée a frappé chez nous:

Fermons notre porte aux verrous. »

Un charlatan, qui vient la voir, L'escam.to, fuit, et répèle :

tt Sans tambour qui peut le savoir?

Qui peut le savoir sans trompette? »

CHŒCR DE BOURGEOIS.

a Une idée a frappé chez nous !

Fermons notre porte aux verrous. »

MaiSj malgré trompette et tambour :

tt Cette idée est sans doute ancienne, » Se dit chacun, et tour à tour Chacun lui préfère la sienne.

CHŒUR DE BOURGEOIS

« Une idée a frappé chez nous !

Fermons notre porte aux verrous. »

Pauvre idée ! enfm un Anglais L'achète, et le sir britannique A Londres lui donne un palais.

En criant : « C'est ma fille unique ! »

CHŒUR DE BOURGEOIS

« Une idée a frappé chez nous ! Fermons notre porte aux verrous. »

En France, avec le père intrus :Elle accourt. Que d'or elle apporte!

■)u fisc les valets malotrus rite au nez lui ferment la porte.

CHŒUR DE BOUR'iriïîS.

tt Une idée a frappé chez nous!

Fermons notre porte aux verrous. »

Mais, en fraude admise à la cour.

Comme Anglaise, on lui rend justice.

BERA^'GER 3^:^

Son vrai père, le même jour, Pàuvrt eî fou mourait à l'hospice.

CHOEUR DE BOURGEOIS

« Une idée a frappé chez nous!

Fermons noire porte aux verrous. »

On le sent, l'idée qui préoccupe éternellement Béranger, c'est qu'il vieillit, et qu'en vieillissant sa verve s'en va, son génie s'évapore, son étoile pâlit.

Il a tort : c'est dans sa dernière période, nous le répétons, c'est-à-dire de 1847 à 1851, quand il est rentré dans Paris, quand il s'est remis en contact avec le monde, quand il retrouve la main électrique de la société tendue vers lui à chaque pas, c'est alors qu'il rentre dans un crépuscule doux comme son aurore, quelquefois brillant comme son midi.

Vous venez de lire V Histoire d'une idée, qui appartient à sa façon critique.

Voici le Septuagénaire, qui rentre dans le cercle de ses chansons intimes et qui rappelle son meilleur lemps :

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