CHAPITRE I
Les origines.
f^armi toutes les gloires dont s' honore le génie du Christianisme, il faut placer au premier rang celle d'avoir porté jusqu'au plus haut point de splendeur l' art de la mosaïque et d' avoir ainsi conservé intact le sentiment du beau, même à travers les époques de décadence et les ténèbres de la barbarie, en même temps qu' il rendait les services les plus signalés à l'archéologie et à l'histoire. En effet, si les origines de cet art se perdent pour ainsi dire dans la nuit des temps, et si les progrès qu'il fit à l'époque du paganisme, atteignent et dépassent même ce que les temps modernes nous offrent de plus beau et de plus achevé pour la grâce du dessin ou la finesse du travail, il n' en reste pas moins avéré que les mosaïques étaient alors destinées à un usage des plus modestes, celui d'orner les pavés des maisons, pendant qu'avec les premiers siècles de l'ère chrétienne leur rôle grandit, et elles sont destinées à un usage bien plus élévé, celui d'être appliquées, à titre d'ornementation, sur les murailles et les voûtes des édifices religieux.
Très probablement l' usage de faire servir l' art de la mosaïque à la décoration des pavages a son origine et sa raison d' être dans sa destination primitive qui consistait à disposer avec un certain ordre et une certaine variété et élégance de matériaux et de couleurs, les pièces composant les pavés. Tel devait être précisément le dallage, sur lequel reposaient les lits des convives dans le fameux banquet donné par le roi Assuérus, comme on le voit au livre d'Esther, et où X' on prétend découvrir, historiquement, la première trace de mosaïque.
En outre, son nom générique à" opus musivum en indique T origine et V usage antique, venant de certains lieux consacrés aux Muses et nommés rnusœa, où se réunissaient habituellement les hommes de lettres, et dont le pavé était orné de travaux de ce genre (1).
Assurément, à mesure que l'art allait se perfectionnant sous l'impulsion des exigences toujours croissantes du luxe €t de la magnificence, la mosaïque prenait différents genres et formes et par là même des noms divers. On appela opus vermiculatum la réunion de petits cubes de pierre ou de verre disposés suivant les contours et les différentes parties des figures, qui constitue encore aujourd'hui la peinture mosaïque (2) ; opus tessellatum, le travail géométrique, tel qu'est en grande partie le pavé de la Basilique de Saint-Marc; opus sectile, ce qu'on appelle aujourd'hui marqueterie. On lui donnait encore différents noms provenant des matériaux employés, comme celui de lithostrotum, des pierres ou des marbres; du nom de l'inventeur, comme Y opus Alexandrie num, qui était un travail d'incrustation composé de porphyre et de serpentin, dont Alexandre Sévère, au dire de Lampridius, fit incruster le premier les pavés de son palais; enfin des objets représentés, comme ceux d' emblema et d' asarotum.
Cette dernière appellation confirme même l'humble emploi auquel était anciennement, disions-nous, destinée la mosaïque; elle vient du fameux asarotos œcos (maison ou salle non balayée) qui était précisément le pavé en mosaïque
(') Les grecs désignaient les mosaïques sous le nom générique de xpriçpoGiÇi de xpf](poç caillou, qui signifie construction composée de petits cailloux.
La mosaïque sur fond d'or est encore aujourd'hui appelée en Grèce xpiqqDoiç xqvgïoiç. En empruntant aux grecs ce genre de décoration, les arabes en ont aussi pris peu à peu le nom, et ont appelé la mosaïque dans leur langue fsefysa (Reinaud, cité par Didron dans son Manuel d' Iconographie chrétienne, etc., p. 3).
(2) Pline parle de ce genre de travail : Parietes toti operiuntur interraso marmore, vermiculatisque ad effigies rerum et animalium crustis (Lib. 35, cap. I). L'Iliade était entièrement représentée de cette manière, suivant Athénée, Deipnosoph. liv. 5, ch. 8.
tant vanté par Pline, où le grec Soso, avec une finesse d'exécution digne d'un meilleur sujet, avait représenté les mets de rebut, que les riches peu civilisés d'alors avaient coutume de jeter à terre dans leurs festins.
Il est vrai qu' il n'y a pas d'autre exemple de ce réalisme vulgaire; mais cependant nous avons un nombre presque infini de sujets même, relevés, représentés avec une grande finesse d' exécution dans les pavés, pendant que sont rares au contraire et d'un genre tout à fait ornemental les mosaïques des murailles et des voûtes dans les édifices du paganisme. Ainsi il suffira de citer parmi les premiers la coupe des colombes, qui figurait dans la mosaïque de Soso citée ci-dessus, et le Poète tragique trouvé à Pompei et actuellement au Musée de Naples, et la mosaïque de Palestrina, l'antique Préneste, aujourd' hui au Palais Barberini, et la plus merveilleuse de toutes, celle de la bataille d'Issus, qui était dans la maison du Faune à Pompei et a été transportée au Musée de Naples.
Il était réservé toutefois au Christianisme, comme nous le disions en commençant, de donner à cet art une destination beaucoup plus élevée. En effet, après la défaite de Maxence, le premier soin du grand Constantin, une fois converti, fut de tirer la religion du Christ des obscurités des Catacombes, de la produire au grand jour et de la venger par une glorification solennelle des ignominies trois fois séculaires de ses cruels persécuteurs. Après avoir consacré les temples des idoles au culte du vrai Dieu et fondé de nouvelles et somptueuses basiliques, il voulut que l' art le plus goûté à cette époque contribuât à leur ornementation. A partir de ce moment, la mosaïque devint la décoration par excellence, et nous dirions presque le privilège caractéristique des monuments chrétiens.
Il nous reste peu de mosaïques de ces premiers temps, lesquelles du moins accusent un art florissant et rajeuni par le sentiment chrétien greffé sur les réminiscences classiques de l'antiquité. Nous citerons, entre autres, les débris que l'on conserve dans l'Église de Sainte-Constance à Rome, T antique baptistère élevé par Constantin, et la merveilleuse mosaïque de l' abside de Sainte-Pudentienne : tous travaux
du IVe siècle. A partir de cette époque, à mesure que se répand le Christianisme, on voit aussi se propager tout ce qui était de nature à relever les splendeurs du culte et principalement la mosaïque. En passant en Grèce, avec le nouveau siège de T empire, elle n'en continue pas moins à fleurir à Rome et apparaît dans" les autres villes d'Italie, comme à Naples, à Milan et surtout à Ravenne. C est dans cette dernière ville en effet, qu' on admire les plus merveilleuses mosaïques du Ve siècle, dans le Baptistère des Orthodoxes, dans la Chapelle de l'Archevêché et dans le magnifique mausolée de Galla Placidia : œuvres, surtout la dernière, d'une beauté unique, et telles que, seules, les pures inspirations du génie chrétien la peuvent créer. C'est là la vraie mosaïque, qui ne consiste pas dans la simple reproduction de la peinture, à laquelle la faisaient servir les anciens et à laquelle les artistes auraient voulu la ramener à certaines époques, mais qui constitue un art spécial, d'une beauté propre, dont le caractère est la simplicité, la grâce du mouvement, la noblesse des hoquetons, le calme et la sobriété des tons, et surtout la pureté du sentiment, qui laisse toujours quelque chose au génie de l' imagination et qui tolère ou plutôt exige une imitation de la nature avec formes convenues et symboliques, de manière, du reste, qu'elles se confondent avec un ciel d'or ou d'un azur foncé, parsemé d'étoiles d' or.
Ravenne paraît avoir été la résidence de familles, chez lesquelles l' art de la mosaïque se passait de père en fils ; si bien que les révolutions politiques et les incursions des barbares ne parvinrent pas à interrompre la série des chefsd'œuvre, qui enrichirent encore au siècle suivant ses monuments et, parmi ces derniers, l' admirable église de Saint- Vital.
Il n'en est pas ainsi des mosaïques de Rome de la même époque, caractérisées par ce que nous voyons dans l'église des Saints Cosme-et-Damien. Là, les types grossiers et frustes des barbares du nord montrent leur influence sur l'art qui commençait à décroître alors et devait dégénérer de plus en plus dans les siècles suivants.
En effet, les travaux de cette époque ont un caractère
mesquin : les figures pour la plupart anguleuses et sèches dans les formes, dures dans les mouvements, au coloris sombre,. grossières d'exécution, montrent à quel point l'art était tombé, peut-être pour avoir abusé avec exagération de cette manière basée sur l'usage et le symbolisme, qui, magistralement employée, était, nous l'avons dit, l'une des prérogatives essentielles et caractéristiques de la vraie mosaïque.
Les choses se passèrent tout autrement en Orient. Là, florissait tout d'abord l'art apporté par Constantin, grâce à sa protection et à celle de ses successeurs. L'un d'eux, Justinien, vers la moitié du VIe siècle, fit reconstruire et décorer de merveilleuses mosaïques la basilique de Sainte-Sophie de Constantinople et éleva une autre église sous le même titre à Thessalonique. Si d'abord la décadence du Bas-Empire et ensuite l' hérésie des Iconoclastes furent cause que l' art de la mosaïque fut presque abandonné pendant près de deux siècles, toutefois, l' empereur Théophile, dans la première moitié du IXe siècle, et Basile le Macédonien, dans la seconde, essayèrent l'un de le rétablir, l'autre de lui donner une plus grande diffusion. Ce dernier était si amateur de mosaïques, qu'il en avait fait orner avec une extrême profusion son propre palais. Son neveu Constantin Porphyrogénète, écrivant sa vie, raconte que, jusqu' au pavé, aux murailles et au plafond de sa chambre à coucher, tout était en mosaïque.
Cependant l'an mil approchait qui devait amener la fin du monde. La tristesse et le découragement régnaient de toutes parts. L' art de la mosaïque était tellement tombé en désuétude qu'on en avait perdu même la pratique matérielle. Il n' y a donc pas lieu de s' étonner si, au siècle suivant, Didier, abbé du Mont-Cassin. quand il voulut orner de mosaïques la grande basilique de son monastère, fut obligé d' appeler en Italie des artistes grecs (1).
On était alors en 1080, c'est-à-dire environ à l'époque (1071) où le Doge Domenico Selvo présidait à l'achèvement de l'Église de Saint-Marc.
(*) Muratori. Antiquit. medii œvi, T. II, Dissert. 24.
On sait aujourd'hui, par les découvertes faites dans les dernières restaurations, que cet achèvement n'avait lieu qu'avec des murs de briques, conformément au style si répandu du X au XIII siècle dans la haute Italie, et qui pour cette raison fut appelé Lombard.
Ceci d'ailleurs concerne l'extérieur, car on sait que les travaux de réformation intérieure avaient été commencés par le Doge Domenico Contarini, en 1052; c'est pourquoi il faut croire, comme le rapportent unanimement les Chroniques, que ce fut le Doge Domenico Selvo lui-même, qui commença à faire décorer de mosaïques Y église de Saint-Marc. Les passages des Chroniques qui ont rapport à ce fait, sont les suivants. Questo Doge (Selvo) ordeno di comen\ar a far laorar de mosaico la giesia de San Marco (Chronique anonyme. — Dominicus Silvius edem Sancti Marci Musaico pictam
ornavit (Chronique Dolfin). — Domenico Selvo .... volto lo animo alli adornamenti délia Chiesa di San Marco, efu il primo che fece cominciar a lavorar di musaico (Chronique Bembo). — Dogando Domenego Selvo fo fato la giesia di S. Marcho de marmoro e musaico corne h or a si vede (Chronique Magno). — Nel suo tempo (de Dominique Selvo) fu cominciato a far la chiesa di San Marco molto più grande di quello che era . . . e la cominciar ono a lavorare di mosaico et incrostarla di marmi fini. (Chronique vénitienne Scivos) (').
Non seulement Selvo fit commencer l' exécution des mosaïques, mais il dut les pousser assez loin, car, suivant une autre Chronique, lasso che la sua facoltà fosse per compir li musai chi délia Chiesia di San Marco (2). Toutefois, comme on V a remarqué, cela ne doit s' entendre, et encore jusqu'à un certain point seulement, que des mosaïques du pavé, ou de celles de l'abside et de son antestature, limites où commençait à cette époque et finissait le plus souvent dans les basiliques V ornementation en mosaïques. Si, sur le témoignage unanime des anciens chroniqueurs, il faut attribuer forcément le mérite d'avoir commencé les mosaïques au Doge Domenico Selvo, nous croyons toutefois
(*) Biblioth. de Saint-Marc.
(2) Musée Civique, Collect. Cicogna, Chron. Agostini, Cod. 2752.
devoir rapporter l'ingénieuse conjecture de MM. Selvatico et Foucard, dans leur ouvrage intitulé: Monumenti artistici e storici délie provincië venete (1), d' après laquelle les décorations en mosaïques auraient, au contraire, été commencées en 1100. Elle est basée sur l'interprétation des restes d' une vieille inscription gravée autour de la petite chapelle de Saint-Clément, et qu'on pourrait achever et lire de la manière suivante: Anno Domini millésime centesimo, indictione nona, cum Dux Vitalis Michael Gotifredo magnum auxilium dare coepit, tabulas Petrus addere coepit.
Mais peu importe que le commencement des mosaïques ait eu lieu quelques années plus tôt ou plus tard; ce qu'il y a de certain, c' est que les Vénitiens d'alors durent, comme Didier, appeler à leur service des artistes grecs.
Ce n'est pas que les premières mosaïques de Venise soient celles qui furent exécutées à Saint-Marc au XIIe siècle. A propos des fouilles faites récemment sur V emplacement de 1' abbaye de Saint-Hilaire, on a découvert trois pavages superposés à une profondeur d' environ cinquante centimètres l'un de l'autre, dont l'inférieur, en mosaïque, date, comme l' église, du IXe siècle. Un pavage identique fut retrouvé, d'après Galliciolli, en 1745, à huit pieds de profondeur (2 m. 78) sous l'Eglise des Saints Vite-et-Modeste, fondée en 917. Galliciolli lui-même, sur la foi de Sabellico, parle de mosaïques du IXe siècle, qui décoraient l'Eglise de Sainte-Marguerite, bâtie en 836. Toutefois Sabellico se borne à dire qu'elle était couverte d'une coupole dorée. Au XVIe siècle on voyait encore des restes de mosaïques à Saint-Nicolas du Lido, église construite en 1063 (2). Mais les plus anciennes mosaïques, ce semble, sont celles de la
(!) Milan, Stamperia di Stato, 1850.
(2) 1063. a Nota perô, dise, esser sta edificado do giesie una de san Nicolo et l' altra de sant'Anzolo (au Lido). Dice Bartolomio Abbate di San Nicolo (nella sua cronaca) esser sta fabrichà questa giesiola con 10 submisse colonne marmoree et el pavimento mirabile de varie piere décente et figure molto de musaico con tutti i venti, et la cuba dell' altar mazor con figure de musaico con i do altari uno per lai (côté). Par etiam la soa dedication in circuito delà médiocre cuba ma non se leze se non queste parole: eni olivolensis ecclesie episcopi ... infra altre figure de musaicho è
première chapelle ou église de Saint-Théodore, qu'on avait cru jusqu'à ce jour fondée par l'eunuque Narsès, général de l'empire d'Orient, en 552, mais qui, d'après les travaux récents du savant et illustre Comm. Robert Galli, fut élevée, au contraire, avec d'autres églises de Venise, au commencement du IXe siècle, par un patricien d'Héraclée du nom de Narsès ou Nicète, et plus tard comprise dans la partie de la Basilique de Saint-Marc, où se trouve aujourd'hui la chapelle de Saint-Isidore (*). Du reste, la Basilique d'Orseolo devait renfermer des mosaïques, s'il faut en croire la Chronique de P. Dolfin, d'après laquelle ce
quella de San Zenon episcopo dal suo nome, credo, in li archi ... et cernese (on voit) in el musaico in la fazà dello altar mazor corne andava el colmo ; et in la cuba delo altar mazor de musaico sono per lai del Nostro Signor doi anzoli uno ... et l' altro Gabriel alla senestra „ (Stefano Magno — Annali del mondo, autogr. du XVIe siècle, au Musée Civique ; Cod. Cicogna: 265-269 — T. II, 113.
(*) Le Liber septimus du Chronicon venetum ou Cronaca altinate (Chronique d' Altinum) avait été jugé indéchiffrable par les historiens modernes ; on en déclarait mêm e les récits faux et imaginaires. Un seul détail avait été trouvé vrai, mais était au contraire le plus invraisemblable, c'est à-dire celui que l' eunuque Narsès, général de V empereur d' Orient, vainqueur des Goths l'an 552, eût bâti les églises de Saint-Théodore et de Saint- Géminien à Venise. D' un ensemble de détails les plus étranges et les plus absurdes on tirait des arguments pour prouver la dépendance de nos îles de T empire d' Orient à cette époque . Cette invention passait déjà pour une chose admise et sûre, lorsqu'un homme doué d' une érudition et d'une pénétration vraiment remarquables, M. Robert Galli, découvrit, à force d'études et de recherches, que le Liber septimus n'était pas du tout un amas d' inventions, mais au contraire un ensemble de fragments de chroniques, lesquels interprétés soigneusement et mis à leur place à l'aide d'autres documents historiques, expliquaient l'énigme d'une manière lumineuse. M. Galli prouva, en effet, que sous le même nom de Narsès se cachaient deux personnages différents, et que le fondateur des deux églises n' était pas Y eunuque du VI siècle, mais un patricien du IXe siècle, homme paisible et de piété profonde, qui s'acquit des droits à la reconnaissance des vénitiens. M. Galli rendit ainsi un service éminent à l'histoire et en par ticulier à celle de Venise, en revendiquant pour cette illustre ville l'honneur d' avoir été libre et indépendante dès son origine.
V. l'ouvrage très remarquable de M. Galli; La storia di Venezia dal principio del VI alla fine del XII secolo rinnovata, publié dans
Doge « œdem Sancti Marci non restaurât solum, vero musaico ornât proprio sumptu ». Toutefois, ces mosaïques si rares et si peu importantes, dont nous retrouvons à peine la trace et encore avec quelque incertitude, ne prouvent qu'une chose, c'est que cet art ne s'était pas établi et développé sérieusement à Venise, jusqu' au jour où V on entreprît à Saint-Marc cette série de travaux, continuée presque sans interruption jusqu'à nos jours.
Mais c'est ici le lieu de dire quelques mots des mosaïques de Torcello. En effet, cette petite île n'étant située qu'à trois heures de distance de Venise et dans le rayon de son estuaire, peut-être trouvera-t-on que les mosaïques de son antique et admirable cathédrale qui subsiste encore, s' opposent à la conclusion à laquelle nous nous sommes arrêtés.' Qu' on veuille bien toutefois ne pas perdre de vue les points suivants: i° L'île, à l' époque où l' on ornait la cathédrale de mosaïques, n'était pas soumise à Venise, comme elle le fut dans les siècles suivants; 2° Quelques-unes de ses mosaïques sont beaucoup plus anciennes, d'autres peut-être contemporaines de celles de Saint-Marc; 30 Elles sont l'œuvre d'artistes isolés, qui ne fondèrent pas d'école et ne laissèrent pas d'élèves après eux.
L'île de Torcello commença à être habitée vers la moitié du VIIe siècle, lorsque Paul, évêque d'Altino, voyant sa ville menacée de destruction par Rotari, roi des Lombards, qui s'était déjà emparé d'Oderzo, y transféra, avec le consentement du Patriarche de Grado, son siège, et y éleva sa cathédrale vers 641. De là le nom de Nuova Altino donné à cet endroit, celui d'altinati que gardèrent longtemps ses évêques et celui à'Jltinate appliqué à leur église (*). La ville était
les Atti delV Istituto Veneto di sciense, lettere ed arti. Tome IV, Sér. V, Année 1885-1886, V, p. 769.
V. aussi le Mémoire de Jean Saccardo intitulé : U antica chiesa di S. Teodoro in Venesia, et inséré dans les Archives vénitiennes, T. 34 ; puis l' opuscule de P. Saccardo intitulé : La Cappella di S. Isidoro nella Basilica di S. Marco. Venise, Impr. Émil. 1887. Ce dernier est en vente à la Fabbriceria de Saint-Marc, au profit de la Chapelle.
(1) Costadoni, Osservasioni intorno alla chiesa cattedrale di Torcello e ad alcune sue antichità. Venise 1751. Il semble plutôt que
administrée par un tribun indépendant, et les évêques avaient pleine juridiction sur leur église cathédrale. En effet, ce fut l'évêque Diodato qui la rebâtit en 697, avec le concours de ses diocésains, et ce fut Orso Orseolo, autre évêque de Torcello qui, en 1008, avec l'aide de son père, le brave et pieux Doge de Venise Pierre Orseolo II, la restaura et la reconstruisit en grande partie, telle qu'on la voit aujourd'hui.
De là cette conséquence, que les mosaïques doivent avoir été exécutées par les évêques de Torcello, et ne peuvent avoir aucun rapport avec ce que nous avons dit et pourrions dire de cet art relativement à Venise.
Elles sont en outre, comme nous le disions auparavant, les unes beaucoup plus anciennes que celles de Saint-Marc, les autres du même temps. On croit généralement que la cathédrale actuelle fut intièrement rebâtie en 1008. Mais la Chronique du diacre Jean, appelée encore Sagornina, document de V époque, à propos de cette construction, dit que l'évêque Orso Orseolo ecclesiam jam vetustate consumptam recreare studiosissime fecit. Cette manière de s'exprimer prouve clairement qu'il ne s'agissait pas alors d'une reconstruction totale, mais d'une restauration importante et soignée; il fallait refaire les parties qui avaient le plus souffert et assurer la conservation de celles qui étaient les plus dignes d' attention. Dandolo, il est vrai, en racontant le fait, emploie l'expression renovare; mais, on le sait, il n'écrivit que deux siècles et demi après, et encore en se servant de la Chronique ci-dessus, dont le texte mérite certainement plus de créance, car c' est un document contemporain, le diacre Jean, son auteur, étant secrétaire de ce même Doge Pietro Orseolo II, qui aida son fils à restaurer l'église. On sait du reste que les parties les plus solides et les moins faciles à ébranler dans les basiliques sont les absides, lesquelles, en vertu de leur forme, résistent bien souvent aux plus violentes secousses des tremblements de terre, et peuvent rester debout même indépendamment
l'évêque Paul ait quitté Altino pour éviter tout contact avec l'hérésie d'Arius, imposée par le roi lombard.
de toute autre partie de l'édifice. Celles de la cathédrale de Torcello sont évidemment les premières, car elles ont l'escalier semi-circulaire surmonté de la chaire épiscopale en marbre comme dans les églises des premiers temps (1). Leurs mosaïques elles-mêmes portent l'empreinte d'une antiquité reculée. Elles offrent le caractère byzantin, et le Christ, représenté dans la coquille de la chapelle du côté de l'épître, bénit à la manière grecque. Mais le style, le dessin, et le genre des compositions et des bordures, accusent une école tout à fait différente et un art bien supérieur à celui des grecs qui travaillèrent plus tard à Saint- Marc. On y retrouve la bordure symbolique et caractéristique des mosaïques de Ravenne, de Parenzo et de Rome (2). L'arcade de la chapelle latérale présente la composition du cercle avec P Agneau divin, supporté par quatre anges ailés montés sur des sphères, la même que l'on voit sur la voûte de la Chapelle de Saint-Pierre Chrysologue, dans le palais archiépiscopal de Ravenne, et sur celle du Chœur de Saint- Vital de la même ville, et également dans la chapelle de Saint-Zénon de Rome. Enfin la Vierge avec l'Enfant a beaucoup d' analogie avec celle de la Cathédrale de Parenzo. On peut encore donner de cette dernière circonstance une explication plausible: si dans l'Église de Parenzo des mosaïques furent exécutées dans la seconde moitié du VIIe siècle, il est probable que les mêmes artistes se rendirent plus tard à Torcello pour orner de leurs travaux la cathédrale rebâtie vers la fin du même siècle par l'évêque Diodato.
Quant à l'étrange et fantastique composition, qui occupe la vaste muraille au-dessus de la grande porte et représente dans l'ensemble le Jugement dernier, c'est là sans doute une œuvre de beaucoup postérieure à la restauration
(!) Telle est, du moins, l'opinion la plus commune, soutenue même par Selvatico (Stilla Architettura e sulla scultura in Venezia, etc., p. 14). D'autres la combattent toutefois, et, parmi eux, Zandler, dans le Giornale d' I stria — Du reste, l'antiquité des absides de Torcello ressort encore de l'architecture et des sculptures ornementales, dont quelques-unes remontent au VIIe ou VIIIe siècle.
(2) Cette bordure est ainsi formée £Z3^cz>ffEiz^<C3-H-C
de 1008. On ne peut, en effet, supposer qu'en cette circonstance on ait conservé l'ancienne muraille de la façade du monument, dont le caractère, du reste, n'est pas du VIIe siècle; et, d'un autre côté, on voit que, pour pouvoir décorer de mosaïques le mur intérieur, on fut obligé de boucher les fenêtres dont on aperçoit encore les traces à l'extérieur de la façade. S'il faut en croire Costadoni ('), qui affirme avoir trouvé une grande ressemblance entre les bizarreries de cette mosaïque et celles d'un texte grec manuscrit des Évangiles, dit manuscrit Ebnérien, de son possesseur Jérôme Guillaume Ebner d' Escenbach, publié par un nommé Conrad Schônleben de Nuremberg (2), la mosaïque même devrait être, comme le manuscrit, du XIVe siècle. Cela est très probable, car le sujet de la mosaïque n'est autre chose que l'une de ces grandes représentations du Jugement dernier ou plutôt des Fins dernières, avec le Trône au milieu surmonté de la Croix et entouré des instruments de la Passion de N. S., qu'on appelait H ET01MA21A TOY QPONOY (la Préparation du trône), et que, cinq siècles auparavant, mais alors plus que jamais, on avait coutume de représenter sur le côté-ouest des basiliques, ou sur le grand portail, afin que le peuple, au sortir de Y église, en emportât une impression salutaire. Quoiqu'il en soit cependant, la mosaïque est une chose toute particulière, un travail très probablement d'un seul artiste et qui n'a aucune ressemblance ni aucun rapport avec celles de Saint-Marc.
Pour en revenir à ces dernières, remarquons-le bien, il n' est pas douteux qu'elles ne soient dues à des artistes grecs. C'était la conséquence naturelle, d'un côté, du manque d'artistes de ce genre qui existait à cette époque en Italie, et de l'autre côté, des rapports nombreux et variés, que Venise entretenait avec l'Orient, grâce à l'activité de son commerce. Dès les temps les plus reculés, nous voyons venir de Constantinople à Venise des artistes de tout genre,, témoin ceux que l'empereur Léon Ier envoyait, de 814 à 820,
(x) Op. cit.
(2) Notitiœ codicis grœci, N. T. Nuremberg, 1748.
pour élever le monastère de Saint-Zacharie Mais la première fois qu'il est question d'artistes en mosaïque, c'est dans un document de 1153, à propos d'une vente faite par le susdit monastère à un Marco greco Indriomeni, maître de mosaïque (2). On sait, du reste, qu'un peu plus tard il y avait des peintres grecs à Venise et dans les lieux environnants; tels qu'un Théophane de Constantinople, qui y tenait école vers 1200, et un Colajanni qui se trouvait à Corte di Sacco dans le territoire padouan; et, plus tard encore, un Apollonio, mosaïste, qui travaillait à Saint-Marc et qui, selon Vasari, aurait conduit son élève, André Tafi, à Florence, en 1250. Mais nous en avons surtout la preuve dans ies nombreuses mosaïques antiques de la Basilique. On voit qu'elles ont été exécutées suivant les règles de l'iconographie sacrée orientale. Leurs figures aux formes rigides, sèches, anguleuses, fictive^, quoique non dépourvues de grâce et de majesté dans leur simplicité, montrent qu'il s'agit bien d'œuvres d'artistes grecs ou d'italiens formés à l'école grecque.
Ces mosaïques ont-elles été exécutées les premières* à Saint-Marc? Il est difficile de le dire avec certitude, et les opinions des auteurs sur ce point ne sont que de simples conjectures. Zanetti (3) et, après lui, Gerspach (4) et autres, soutiennent que la plus ancienne est au-dessus de la porte centrale à l'intérieur de l'Eglise. Elle représente le Christ assis entre la Vierge et saint Marc. Ils s'appuient sur les caractères romains qui sont sculptés dans le demi-cercle de marbre rouge. Mais ce ne peut guère être là qu'un ornement placé après coup, car la mosaïque porte cette inscription: Ego sum oslium, etc., en lettres gothiques (5).
Ce qui semble plus problable, c'est que, dans l'exécu-
(*) Font, rerum austriacarum. T. XII. Leonis I Armeniï Grceco* rum Imperatoris chrysobollium de restaurando Monasterio S. Zachariœ Prophetœ in civitate Venetiarum.
(*) Arch. d'État de Venise.
(4) Délia pittura 'veneziana, Venise, 1771.
(4) La Mosaïque, Paris, A. Quantin éditeur.
(5) A Grottaferrata, près de Rome, on voit dans la Cathédrale, dans une situation identique, une mosaïque qui semble une reproduction
tion des mosaïques, on avait en vue, avant tout, l'ornementation de l'Eglise suivant les règles liturgiques grecques si scrupuleusement observées à cette époque. On sait que dans les Églises d'Orient, suivant la manière desquelles celle de Saint-Marc fut décorée de mosaïques, la coupole qui recouvrait le chœur devait avoir, aux quatre coins, les Évangélistes; au fond, le Rédempteur; au milieu et au dessous, la Vierge entourée d'Anges (1). Or, comme les mosaïques de cette dernière représentent précisément ce que réclamait l'usage liturgique et comme elles sont évidemment très anciennes sous tout rapport, il faut croire qu'on partit de ce centre, comme étant le plus auguste et intimement lié au rite, pour décorer l'Église.
Quant au reste, à en croire Gerspach, les mosaïstes de Saint-Marc auraient exécuté au XIIe siècle l'histoire du Patron de l'Église dans la Chapelle Zeno; les figures du Christ, de Marie, de Salomon, de David et celles des autres Prophètes sous la coupole du chœur; celles du Père Éternel et des Saints dans l'Abside; du Saint-Esprit dans la première grande coupole; la figure de saint Clément dans la chapelle de ce nom et dans la même, Caïn et Abel. Ces dernières figures auraient été exécutées, toujours suivant le même auteur, par un artiste du nom de Pierre, en 1159.
Mais de tout cela nous n' avons aucune preuve et il y a, au contraire, beaucoup d'erreurs de fait. Citons d'abord dans la coquille de l'abside, au lieu du Père Éternel, la figure colossale du Christ, assis sur son trône, avec le monogramme *IC XC*, œuvres du XVIe siècle, et non du XIIe, comme l'indique clairement l'inscription placée à côté: MCCCCCVI Petrus F. Quant aux figures de Caïn et d' Abel, qu'on attribue à Pierre et à l'année 1159, elles remontent, au contraire, à une époque moins éloignée et n'ont rien à
de celle-ci, avec cette différence que la figure de S. Marc est remplacée par celle de S. Jean-Baptiste (V. la Gazette Archéologique, Vol. II).
Ce sujet, du reste, fait partie de ceux qui se trouvent indiqués par ïe Guide de la peinture des moines grecs du Mont-Athos, comme nous le verrons à propos de l'iconographie (V. Didron, Manuel d'Iconographie chrétienne, etc., Paris, Imprimerie royale, 1845.
(*) Didron, Op. cit.
voir avec l'inscription ancienne, quç nous avons rapportée ci-dessus, laquelle porte, suivant V interprétation donnée (l), qu'en 1100, et non en 1159, tabulas Petrus addere coepit ; et cela du temps où, selon la même inscription, Dux Vitalis Michaël Gottifredo magnum auxilium dare coepit; réunissant, suivant l'usage du temps, le fait du commencement d'exécution des mosaïques ou des incrustations de marbre dans cette partie de l'Eglise, avec le grand événement du concours prêté par le Doge Vitale Michiel à la première Croir sade. Quant à l'erreur de la date de l'année 1159 au lieu de 1100, elle est ancienne, du moins autant que les Annales de Magno, lesquelles disent que la giesia del Divo Marcho ducal chapela in questo anno (njp)fo compida de ornar de tavole de marmo, cusï nobele com' è fin al présente, corne apar notado in la giesia in uno friso (bordure) a lai (côté) el balcon del pala%p duchal. Pour comprendre ces derniers mots, il faut savoir que l'inscription dont il s'agit est gravée dans la bordure qui fait le tour de la chapelle de Saint-Clément et est interrompue et rendue incomplète par une fenêtre du Palais Ducal, ouverte plus tard et qui donne précisément sur la dite Chapelle. Du reste, cette erreur de date a été partagée et par Meschinello, qui a lu 1101 et par Zanetti (2), qui a lu 1158 et par Moschini (3) et autres, qui ont lu 1159. Tous, excepté le premier, qui a pu, je ne sais comment, lire et reproduire la date ainsi : ANN. D. MCI. VIII, ont négligé la ponctuation et fait d'un I un L; et ainsi dans l' inscription qui commence ANN. D * M * : C : I VIIII, au lieu de lire : Anno Domini 1100, Indictione Non a, les uns ont lu MCLVIII, les autres MCLVIIII (4).
Du reste, quelles que soient les conjectures que l'on puisse faire sur les dates des mosaïques des deux premiers
«Pag. 17.
(2) Délia pittura veneziana, Venise, 1771, p. 563.
(3) Guida per la Città di Venezia, Venise, 1815, p. 312.
(4) Ces erreurs sont d' autant plus impardonnables, qu' elles contrastent toutes avec l'histoire. En effet, Tan 1101 au Doge Vital Michiel avait succédé Ordelaf Falier, et pendant les années 1158 et 1159, c'était Vital Michiel II qui était Doge, et celui-ci n'eut rien à faire avec Godefroid de Bouillon, déjà mort plus d' un demi-siècle auparavant.
siècles, ce qui, à vrai dire, n'a guère d'importance, ni pour l'art, ni pour l'histoire, et n'est au fond qu'une question de simple curiosité, il est certain qu'on ne saurait en trouver une série chronologique complète, les anciennes ayant été détruites en grande partie et remplacées par des travaux modernes. Elles diffèrent suivant la main de F artiste qui les a exécutées, et leur degré plus ou moins grand de perfection n' indique pas qu' elles soient plus ou moins modernes; elles diffèrent encore suivant les retouches qu' elles ont subies, car il en est peu qui aient échappé aux nombreuses restaurations successives. Ce qu'on peut affirmer avec quelque certitude, c'est que les mosaïques de l'intérieur de l'église, je veux dire celles d'ancien style, à quelques exceptions près, sont les pxemières exécutées et antérieures au XIIIe siècle. On doit également admettre que la seule des anciennes qui reste sur la façade principale, c'est-à-dire, celle de la première porte, est de la moitié environ du XIIIe siècle. Cela se déduit de deux dates historiques entre lesquelles doit avoir eu lieu son exécution. L'une est celle de la prise de Constantinople en 1204, à la suite de laquelle les Chevaux de bronze furent transportés à Venise. Au dire de Sansovino, ils restèrent plusieurs années à l'Arsenal avant d'être reconnus pour des œuvres de prix et placés comme tels sur la façade principale de la Basilique : façade que l'on voit précisément reproduite avec les Chevaux sur la mosaïque. L'autre date est celle de l'année 1275 où s'arrête la Chronique Da Canale, qui parle des mosaïques de la façade représentant la translation du corps de saint Marc, parmi lesquelles celle dont il est question, déjà exécutée. La même date, ou à peu près, doit être assignée encore aux mosaïques du Vestibule, car, par le genre de facture et la qualité des* matériaux et des formes, elles rappellent celle de la façade. Enfin de la moitié du XIVe siècle sont les mosaïques du Baptistère et de la Chapelle de Saint-Isidore, car elles furent exécutées d'après les ordres du Doge André Dandolo, qui administra la République de 1342 à 1354 (*).
(*) Dans les Vite dei Duchi di Venesia de Marin Sanudo, éditées par Muratori (Rerum Italicarum Scriptores) T. XXII, on lit: In questo tempo
Nous reviendrons sur ce sujet quand nous traiterons de l'Iconographie, et nous démontrerons alors, que de la parfaite harmonie qui règne dans cette multitude de sujets qui décorent les voûtes et les murailles du temple, résulte la certitude qu'une main ordonnatrice doit avoir, dès le début, présidé au choix et à la distribution des sujets, quoiqu' on y surprenne une règle spéciale et très entendue, et en même temps indépendante, quant à la distribution, des lois inaltérables de l'Iconographie grecque. Nous dirons, en outre, en cet endroit, la part qui revient dans tout ceci au bienheureux Gioachino, abbé de Saint-Fiore, et nous parlerons de la pieuse légende, suivant laquelle il aurait donné, par une inspiration prophétique, l'indication et le modèle de plusieurs figures de Saints, même avant que ceux-ci fussent reconnus pour tels. Du reste, à l'exception de ce que nous avons dit, il ne nous reste aucune autre donnée historique pour la période des mosaïques d'ancienne manière, laquelle, nous le verrons bientôt, par suite de l'extinction des artistes qui les exécutaient, se termine, on peut le dire, avec la fin du XlVe siècle (4).
(sous André Dandolo, 1342-1354), il Corpo di S. Isidoro martire, stato gran tempo nella Chiesa di S. Marco nascosto, essendosi sotto questo Doge compiuta la sua Cappella lavorata in Musaico, e fatta ivi un'arca di martno ail' altarè, fu onorevolmente collocato, corne appare per V epitafio notatovi sopra (Col. 925). Et, dans la Chronique de Caresino, on lit : " Le Doge André Dandolo „ juxta Sanctum Marcum quiescit in Capella Baptismali, quatn opère musaico decoravit (Rafaino Caresino - Continuatio Chronicorum Andreœ Danduli. Rer. Ital. Script. T. XII).
Rafaino Caresino ou Caresini, était grand chancelier du Doge André Dandolo, et on le voit à côté de ce Doge dans la Chapelle du Baptistère.
(') Quoique sans importance pour l' histoire des mosaïques, nous rapporterons ici un passage d'un document de l'année 1381, par lequel on voit que, déjà à cette époque, existaient les figures de saint François d' Assise et de saint Antoine de Padoue, qu' on admire encore, quoique refaites à la manière moderne, dans la voûte de la grande niche qui renferme la tombe des chapelains de Saint-Marc. C'est le testament d'un prêtre Marco Muzio ainsi conçu : Dimitto prode librarum centum et quinquaginta meorum imprestitorum omni anno, pro una lampada ardenda die, noctuque, supra dictam archam, ante Sanctum Antonium et S. Franciscum musaycum (Arch. d' État des Proc. de citra, Testamenti, B. 928).