Progrès à accomplir
L'enseignement élémentaire permettant d'arriver au brevet dé patron de pêche côtière (certificat d'aptitude à la pêche côtière), tel qu'il est prévu, doit être généralisé le plus possible :
(1) Discours de M. Le Bail, député. Chambre des députés, séance du 6 juin 1913.
« Pas plus que M. Goude, dit M. Le Bail, je ne vous demande, Monsieur le Ministre, de créer partout des écoles de pêche ; dans certains grands centres de commerce, vous aurez des écoles d'hydrographie ; dans les centres importants de pêche, vous aurez des écoles de pêche ; dans les écoles des communes du littoral, vous pourrez instituer un cours complémentaire dont vous chargerez; tantôt un instituteur, tantôt une tierce personne. Il est absolument nécessaire d'organiser cet enseignement nautique dans toutes les écoles du littoral. Pourquoi ? Parce que le brevet de patron de pêche, tel qu'il est prévu par la loi de 1908, ne doit pas être uniquement le privilège des jeunes gens fortunés qui pourront se déplacer et aller étudier dans les villes importantes du littoral. Il faut que, sur place, tous les enfants des écoles publiques soient mis à même de l'obtenir dans les communes maritimes » (x).
Cette doctrine est certainement celle du gouvernement qui, par la voix du Ministre de la Marine, répondait, quelques jours plus tard : « Je me propose de m'’entendre avec M. le Ministre de l’Instruction publique, de manière que cet enseignement forme un immense réseau coordonné sur l’ensemble des départements côtiers, un réseau sans lacunes. Aïnsi, les moindres villages seront, à cet égard, à peu près aussi favorisés que les plus importantes des agglomérations maritimes ».
Mais les écoles de pêche, où se ferait la préparation au brevet de patron de pêche, au large ou à la grande pêche, au brevet de patron au bornage et à l’examen d’entrée dans les écoles secondaires de navigation, ne devront être maintenues que dans les grands centres.
Il est donc indispensable que l’enseignement technique comporte une parfaite unité, puisqu'il aura pour but l’obten-
tion de brevets à programmes définis. Il n’en est pas de
{1) Discours de M. Le Baïl, député. Chambre des députés, séance du 6 juin 1913.
même de l’enseignement professionnel ; celui-ci, au contraire, devra être essentiellement décentralisé, il devra se plier aux diverses natures de pêches pratiquées dans chaque région, en s’efforçant de perfectionner le pêcheur qui, s'il possède le « métier », ignore tout des découvertes océanographiques, des méthodes étrangères, etc.
Aussi, tandis que les instituteurs, après un complément d'instruction, sont tout désignés pour la partie technique, il sera bon pour la partie professionnelle de faire un large appel aux anciens officiers de la marine marchande, aux anciens officiers mariniers.
Etant donné l'importance qu'attache la marine de guerre au recrutement par les écoles et les avantages qu'elle fait déjà aux recrues qui y ont passé, avantages qui doivent être augmentés, il apparaît que l'école de pêche élémentaire bien comprise doit être fréquentée par tous : l'ensemble des cours par les jeunes gens avant l'incorporation et les candidats au brevet, les cours professionnels même par des pêcheurs d'âge mûr qui y viendraient comme à une source d’utiles renseignements.
Bien entendu, toute cette organisation ne ‘saurait voir le jour qu'après l’apparition du décret tant attendu sur le comman-
dement des bateaux de pêche.
L'enseignement à l'étranger.
Avant de terminer celte étude, nous donnerons, d'après M. Pérard (1), quelques indications sur ce qui existe à l'étran-
ger en fait d'enseignement de pêche.
Grande-Bretagne. — Il n'existe pas d'école de pêche d'Etat.
Les fondations de l'espèce sont dues à l'initiative privée et
() Bulletin de l'Enseignement professionnel et technique des pêches marilimes 1909.
souvent subventionnées par les municipalités, à Hull et à Grimsby notamment,
Cependant, le département de l'Agriculture a souvent envoyé des jeunes gens dans les manufactures pour-étudier les moteurs marins.
Dans le même ordre d'idées, des armateurs de Londres, possédant des pêcheries sur les côtes de Cornouailles, ont fait édifier sur le quai du port de Saint-Yves un bâtiment dans lequel on a placé 3 moteurs (28 HP, 12 HP, 8 HP) ; un professeur est attaché à cet établissement et l'instruction donnée aux
pêcheurs est gratuite.
Belgique. — L'enseignement est donné soit par les écoles nationales de navigation d'Anvers et d’Ostende, qui sont des organes d'Etat, soit par l’OŒuvre d'initiative privée connue sous le nom de « Œuvre de l’Tbis ». Elle est surtout remarquable par ses annexes navigantes destinées à l'instruction pratique non seulement des pupilles, mais aussi de tous les
pêcheurs qui désirent y faire un stage. Ce sont L'’Ibis 11, vapeur de 20 tonneaux, faisant des croisières d’un jour, avec une vingtaine d'enfants, pour les amariner en les
instruisant.
L'Ibis III, dundee mixte de 25 mètres de longueur, destiné à la pêche côtière et pouvant embarquer douze mousses en plus de son équipage.
L’Ibis IV, cotre mixte de 15 tonneaux, destiné spécialement à former les mécaniciens.
L'Ibis V, chalutier à vapeur de 400 HP.
L’Ibis VI et le Pionnier IT.
Hollande. — On prépare aux examens de patron de pêche
dans sept écoles dues à l'initiative privée, mais subventionnées
par l'Etat qui se réserve le droit de contrôler l’enseignement. L'instruction comprend une partie théorique à terre et un
apprentissage pratique à bord des bateaux-évoles.
Danemark. — Il existe deux écoles privées subvéntionnées par l'Etat qui, indépendamment des sept écoles destinées surtout à la navigation du commerce, préparent spécialement à l'examen de patron pêcheur. La « Société danoise de pêche » à
créé un cours de pêche dans une école supérieure populaire.
Allemagne. — Il n'y a pas d'école de pêche d'Etat, mais la Société allemande des pêches maritimes, très fortement subventionnée par l'Etat, entretient de nombreuses écoles : vingt-
neuf sur la Baltique, dix-sept sur la mer du Nord.
Suède. — Des sociétés privées organisent des cours avec l'aide de l'Etat dans les districts côtiers. La conduite des embarcations à moteur est l'objet de nombreuses conférences,
démonstrations, ete.
IT. — Démonstrations pratiques.
Dans une région donnée, les leçons de l’école de pèche, même complétées par quelques sorties à bord d’un bateau à moteur, ne sauraient suffire pour entraîner les pêcheurs à renouveler leur matériel ; il serait nécessaire, pour parvenir à ce but, qu'elles fussent confirmées par des démonstrations pratiques répétées pendant de longs mois.
Démonstralions pratiques, disons-nous, et par là nous entendons démünstrations à la portée de l'intelligence et des moyens pécuniaires du pêcheur. Il ne s'agit nullement de l’exhibition de quelque beau bateau flambant neuf, construit selon les toutes dernières règles, monté par un personnel embauché pour la circonstance, mais bien de l’utilisation du moteur à bord d’une embarcation à voiles existant depuis plusieurs années et montée par son équipage habituel, pas même augmenté d'un mécanicien.
Toute la question se réduirait donc à trouver, dans un port de pêche, le patron qui consentirait à employer un moteur aux conditions suivantes :
a) Le patron consent à une expérience d’une durée d’une année.
b) Le moteur est fourni et installé sans avance de fonds de la part du patron.
c) Après une période d'entraînement de 10 à 20 sorties, les dépenses d'huile ou de combustible incomberont à l'armement et à l’équipage.
d) L'amortissement du moteur, calculé à un taux très bas, s'effectuera par prélèvement périodique sur le produit brut des ventes (1).
e) Si, après une année, le patron renonce à l'emploi du moteur, celui-ci est débarqué.
Le nombre de ces bateaux, destinés à la démonstration, devrait-il être considérable?
Nous ne le croyons pas.
En premier lieu, un projet de démonstration portant, comme celui de M. Lumet (2), sur plus de 100 unités et entraînant une mise de fonds préalable de 500 à 700,000 francs au moins (3), ‘est difficile à réaliser, qu’on ait recours à l'Etat
ou aux initiatives privées.
(1) Le prélèvement serait fait chaque trimestre par quart, le patron étant libre de verser avant terme, si la pêche le favorise à un certain moment.
(2) M. Lumet ‘prévoit 11 centres (Boulogne, Dieppe, Trouville, Saint- Malo, Douarnenez, Concarneau, Auray, Le Croisic, Les Sables, Arcachon, Port-Vendres) et, dans chacun d'eux, une dizaine de bateaux à moteur, l’un bateau école, les autres bateaux de pêche ordinaires, sur lesquels seraient installés des moteurs sans frais pour les intéressés.
(3) Dans le projet de M. Lumet, cette somme serail sacrifiée, puisque le moteur serait donné au patron. Il est certain, à un autre point de vue, que cette façon de faire réduirait beaucoup la portée de la démonstration qui deviendrait toute théorique, l’amortissement n'’intervenant pas.
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En second lieu, l’emploi du moteur se généralisant très vite dans les régions où quelque réussite se manifeste (1), il n’est pas nécessaire de prévoir de nombreux centres de démonstration, d’autant plus que, sur certaines parties du littoral (Dunkerque à Etaples, La Rochelle à Bayonne), l'expérience se poursuit déjà actuellement.
Nous estimons donc que l’effort doit surtout porter sur les côtes normandes, bretonnes et en Méditerranée. Entre autres quartiers intéressants, nous signalerons : Dieppe, Trouville, Saint-Malo, Douarnenez, Groix, Le Croisic, Port-Vendres, Cette.
Dans chacun de ceux-ci, deux ou trois bateaux bien équipés suffiraient, ce qui entraînerait une avance de fonds de 125 à 150,000 francs et non un pur don d’une somme beaucoup supérieure, comme dans le projet de M. Lumet.
Mais à qui incomberait l'initiative du mouvement, l'avance des capitaux ?
Il nous semble que la solution suivante serait possible
Une société, comme la « Société d’enseignement des pêches », déjà au fait de la question, pourrait être chargée de l’organisation et de l’administration. Quant aux capitaux, ils pourraient provenir :
1° D'une avance de l'Etat ;
2° De subventions des sociétés et industriels intéressés au développement de l’emploi des moteurs, savoir : les constructeurs, les négociants en combustibles, etc.
3° De subyentions des sociétés, négociants et usiniers inté-
ressés au développement de la pêche, savoir : compagnies de
(1) Les beaux résultats du bassin d'Arcachon ont amené non seulement l’augmentation du nombre des bateaux à moteurs dans le bassin, : mais aussi l’apparition de mixtes de La Rochelle à Bayonne. Il en est de même, bien qu’à un moindre degré, dans la région de Boulogne-
sur-Mer.
marne
chemins de fer, fabricants de conserves, mareyeurs, négociants en poissons, etc.
Les premières démonstrations réussies, il est plus que probable que la masse des pêcheurs n’hésiterait plus à utiliser le moteur et que beaucoup de capitalistes, petits ou grands, du littoral, verraient dans l'armement de bateaux mixtes des placements avantageux (1).
En outre, l’organisation actuelle du crédit maritime ne peut qu'aider au mouvement, puisqu'il procurera au marin le capital nécessaire à des conditions extrêmement avantageuses.
Enfin, il pourrait être utile de donner le branle à ce mouvement par une démonstration de visu des avantages réalisés à l'étranger par les bateaux à moteurs.
Il est hors de doute qu’un voyage au Danemark, par exemple, d’un certain nombre de patrons de pêche, pris dans les quartiers où l’on prévoit la nécessité de démonstrations, aurait les plus heureux effets ; les frais d’un tel voyage pour une trentaine de patrons ne dépasseraient pas en moyenne 300 francs par tête, soit au total, avec le personnel de conduite, 10,000 à 11,000 francs.
(1) Dans cet ordre d'idée, nous signalons l’intéressante conception suivante, réalisée en Allemagne :
La Société Verein zur Forderung der Motorbootrischerei, créée à Kiel, en 1907, a envoyé une Commission au Danemark, en 1908 ; celle-ci, en rentrant, fit construire un bateau, le Daevel (longueur, 11% 50 ; moteur de 6 HP) et le confia à un pêcheur aux conditions suivantes :
1° Fournir les filets ;
2° Payer 125 marks (156 fr. 25) par trimestre.
Au bout de dix ans, le bateau lui appartiendra. Les versements supérieurs à ceux prévus profitent d’un escompte à » %.
En fin 1908, un deuxième bateau a été construit et les demandes des pêcheurs se sont multipliées.