‹ Les moteurs à explosions dans la marine de pêcheChapitre 45 sur 171 · CN; 7 RAR · texte numérisé non relu

CN; 7 RAR

Le régime des parts, le plus commun sur nos côtes, comporte, suivant les lieux, des modalités très nombreuses, certaines des plus compliquées. Il n’en peut être autrement, puisqu'il est étroitement lié aux divers groupements formés par les pêcheurs, groupements d'individualités, imbus de l'esprit de clocher, donc de formes variées et complexes comme ceux des époques reculées de l'histoire.

En voici quelques exemples :

À Douarnenez, le patron arme sa chaloupe ; la pêche vendue, on déduit les frais généraux ; le reste est partagé par moitié entre le patron et l’équipage.

A Concarneau, pour six personnes, il y a onze parts : cinq et demie pour le patron, cinq pour les hommes, une demie pour le mousse.

Si le bateau est la propriété de plusieurs pêcheurs, on réserve des parts pour le bateau, sur huit parts : deux au bateau, une pour chaque homme.

Si le bateau n'est pas la propriété du pêcheur, comme à Etel pour les thonniers, le patron touche une part et demie, chaque homme une part et l’armateur propriétaire quatre parts.

À Fécamp, pour la pêche au hareng, l’armateur, le jour de l’engagement de l'équipage remet à chaque matelot un pur don de 400 francs, légitimé par ce fait que l’homme quitte pour de longs jours le foyer où femme et enfants devront vivre. Au retour, le poisson vendu, l’armateur touche un tant pour cent sur le produit brut, puis on déduit les avances de toutes sortes pour sel, bois, charbon, glace, barils, frais de port, entretien des machines, etc. Le reste est enfin partagé au bureau de la marine en parts : trois et demie pour le bateau, deux pour la machine, une demie pour le canot, une pour le patron, une demie pour chaque matelot, trois huitièmes pour le novice,

deux huitièmes pour le mousse.

Matos

Il importe de remarquer que cette sorte de société en participation, entre l’armateur et le pêcheur, place toujours ce dernier en position peu avantageuse, car les frais généraux, si facilement extensibles, sont prélevés avant tout partage.

La part d’une campagne de sept à huit mois, à la morue, monte à 1,000 francs environ, ce qui laisse au pêcheur à peu près 700 francs de gain net après déduction des dépenses personnelles d'équipement.

Pour la pêche à la sardine, les parts n’ont guère dépassé 300 à 350 francs ces dernières années (1).

C’est un gain infime qui correspond à un budget familial de 8 à 900 francs, en tenant compte des autres petites pêches qui, depuis ces dernières années, donnent des parts mensuelles de 50 à 60 francs au plus pendant six mois (2) et du travail de la femme et des enfants.

Ce régime tend, surtout dans les grands centres comme Boulogne, à céder la place au salariat ; c’est l'indice de l’orientation vers l’industrie provoquée par l'entrée en service des chalutiers à vapeur.

Les salaires sont souvent ainsi répartis :

L’armateur accorde au capitaine 200 fr. par mois, plus 4 % sur le produit brut de la vente ; au chef mécanicien, 200 fr. par mois, plus 2 % ; à chaque homme, 120 fr. par mois, plus 1 %#.

Ce mode de paiement est très avantageux pour le marin qui, étant nourri, gagne environ 150 fr. par mois et ne chôme jamais, le principe même de la pêche perfectionnée étant

d'utiliser le matériel au maximum.

(1) D'une statistique officielle citée par M. Le Baïl à la Chambre des députés, en 1912, nous extrayons les quelques chiffres suivants :

Parts de pêcheur sardinier (moyennes).

Durée de pêche de 4 à 6 mois : Lannion, 150 fr.; Douarnenez, 350 à 400 fr.; Audierne, 100 fr.; Saint-Guénolé, 40 fr.; Concarneau, 300 fr.; Saint-Gilles, 4 à 500 fr.

Toute l’année : Arcachon, 1,800 fr.

(2) Ces parts étaient de 150 à 180 fr. il y a huit à dix ans.

Le salariat est très répandu à l'étranger, notamment en Angleterre et en Allemagne. Il entraîne, il faut le reconnaître, là comme ailleurs, des heurts entre le capital et le travail, des grèves parfois fort graves : telle celle qui, en 1901, à Grimsby,

dura six mois.

IT. — Silualion sociale.

Page 1