V. — La petite pêche
Ce que nous avons dit de l'armement et des procédés de la pêche à la sardine peut s'appliquer à la petite pêche dans son ensemble. Partout, des années et des années durant, les hommes travaillent de petites étendues sur les mêmes fonds, ceux-ci s’épuisent donc et, trop nombreux pour un produit trop faible, les pêcheurs sont à la fois les agents actifs et les premières victimes du dépeuplement des eaux territoriales.
Aussi, les rendements de la petite pêche baissent-ils sans cesse depuis quelques années. M. Lamy rapporte, d’après un pêcheur de Lorient, que la pêche moyenne d’un bateau, pour quatre jours de mer, vers 1890, était de 300 à oo merlus, 80 à 100 raies et 700 à 1,000 soles et espèces diverses. Aujourd’'hui, elle n’est plus que de 60 à So merlus, 0 à 30 raies et 200 à 300 soles.
Dans le cas du pêcheur sardinier, cette décadence de la petite pêche, qui ne lui apporte plus un gain accessoire sérieux,
lui rend encore plus pénible la crise sardinière.
En résumé, la situation est angoissante car, pour la modifier, avant de pouvoir transformer ses outils et ses méthodes, c’est la mentalité même de l'individu qu'il faudrait rendre
accessible à la conception du progrès.
$ VI. __ Le marché
La fin vers laquelle tend toute industrie, c’est de faire vivre le mieux possible ceux qui la pratiquent par le bénéfice retiré
de la vente ; or, ce bénéfice ne dépend pas moins de l’économie
EPA
des méthodes de production, que des conditions mêmes dans lesquelles s’effectue le marché.
C'est à ce dernier point de vue qu'il reste à examiner la situation du pêcheur.
Les débouchés ne manquent certes pas à notre pêche. Sans même envisager les marchés étrangers, le marché français, auquel la production nationale ne suffit pas (nous importons pour 30 M. f. de poisson et n’exportons que pour la moitié de
ce chiffre), s’il offre déjà un champ assez vaste, présente surtout une possibilité d'extension des plus considérables.
Il est, en effet, singulier de constater que nous sommes un des peuples les moins ichtyophages. Dans certaines de nos cités la chair du poisson est presque inconnue ; c’est ainsi que par tête d’habitant :
Paris, Poitiers, consomment annuellement 10 à 15 kgs.
Saint-Nazaire, Tours, Roubaix, consomment annuellement 5 à 10 kgs.
Montpellier, Nancy, Lyon, Versailles, consomment annuelle-
ment 1 à 5 kgs.
À quelles causes tiennent ces différences?
I Lestoelrois:
La loi du 13 août 19713 (loi Engerand) a décidé l’abaissemeni des tarifs d'octroi ; elle n’entrera en application complète que le 1° janvier 1916 ; jusqu'ici, les octrois ont pesé d’un poids énorme sur l’industrie de nos pêches.
Les ports prélevant des droits sur le poisson sont rares Le Havre, Trouville, Cherbourg. Nous ne parlerons que du Havre. Le droit à acquitter pour la vente est de 5 % de la valeur de la marchandise, plus 3 % de droit de criée, au total 8 % ; le poisson doit être à la halle une demi-heure avant
l’ouverture du marché et chaque vendeur ne dispose, quel que