‹ Les moteurs à explosions dans la marine de pêcheChapitre 82 sur 171 · Sur le littoral Atlantique (Arcachon excepté · texte numérisé non relu

Sur le littoral Atlantique (Arcachon excepté

La pêche est pratiquée presque partout à l’aide de bateaux de 4 à 12 tonneaux, montés par 4 à 6 hommes ; elle ne comporte que des sorties en vue de la côte et assez courtes : cinq à huit ou neuf heures.

Depuis une vingtaine d'années, l'armement de certains ports s'est déjà modifié. Tandis qu'autrefois les pêcheurs travaillaient toujours du bord du bateau, actuellement, à Êtel en particulier, «ils utilisent, dit M. Rodel, à la pêche de la sardine, les grands bateaux pontés jaugeant 20 à 25 tonneaux

avec lesquels ils pêchent au chalut pendant l'hiver ; de cette

(1) Le Yacht, 17 janvier 1914:

MC CEA

façon, ils restent armés toute l'année, passant sans interruption de la pêche au chalut à la pêche à la sardine et vice versa. En ce cas, pour la pêche même de la sardine, ils se servent de l'unique petit canot du bord dans lequel embarquent quatre hommes avec les filets et un baril de rogue. Le grand bateau, à bord duquel restent un seul homme et un mousse, ne pêche pas et ne sert plus qu'à abriter l'équipage et à transporter le poisson à terre ».

L'emploi du moteur présentera donc un grand intérêt puisqu'il permettra d’aller chercher le poisson là où il est abondant : la sardine sur des routes nouvelles qui semblent s’éloigner des côtes, le poisson frais au delà des fonds littoraux dévastés. | |

Nous examinerons séparément la question de la transfor-

mation des unités existantes et celle des constructions neuves.

a) Transformation des unilés existantes. — Elles sont de

deux types nettement différents :

1° Chaloupes bretonnes (Concarneau, Douarnenez, etc.). Caractéristiques : non pontées.

Longueur, 10 à 12 mètres.

Largeur, 3 à 4 mètres. :

Calaison, 2 mètres à 2 m. 50.

Voilure, 120 mètres carrés.

Vitesse, 6 à 7 nœuds.

Equipage, 6 hommes, : mousse.

« Une cage d’hélice est difficile à aménager ; le plus simple serait de percer le bordé sur un côté pour donner passage au tube d’hélice ; une hélice réversible avec pales pouvant se placer dans le plan de marche s’imposerait. L'utilisation laisserait à désirer, mais la propulsion serait bien suffisante, un motéut de 10 HP donnerait 5 N. » (1).

(1) Rapport de M. Grenié. Congrès des Sables-d'Olonne, 1909.

La dépense pour 4 à 5 heures de marche au moteur serait de 5 à 6 fr. (1).

Cette somme n’est pas élevée ; une pêche moyenne de 3 à 4,000 sardines rapporte 30 à 4o fr. ou plus, suivant les cours. La moindre augmentation de production possible, puisque le temps de pêche peut être augmenté, compense et

au delà cet accroissement de frais.

2° Les barques vendéennes (Noirmoutier, Les Sables). Caractéristiques : sloops pontés.

Longueur, 10 à 11 mètres.

Largeur, 3 mètres à 3” 50.

Calaison, 2 mètres à 2° 50.

Certaines barques sont beaucoup plus grandes, en particulier celles d’Étel, citées plus haut. Les barques vendéennes

emploient le procédé de pêche indiqué pour celles d’Étel.

« Leur étambot peut être perforé et la cage d’hélice peut très bien être aménagée entre la quille et le gouvernail. Un moteur de 14 HP leur donnerait une vitesse de 6 nœuds » (Grenié).

L'emploi du moteur est extrêmement intéressant pour de telles unités. La marche au moteur pendant 5 à 6 heures reviendrait à 8 fr. environ. Or, une augmentation de recettes de cet ordre est très possible :

« La première source de profits, dit à cet égard M. Foulon, serait d'éviter les pertes désastreuses de poissons qui se produisent actuellement chaque fois que la pêche est lointaine et que le bateau se trouve accalminé. Qu'il me soit permis d’en citer un exemple :

(1) Nous rappelons que, chaque fois que nous citons des chiffres de dépenses relatifs à la marche au moteur, ils comprennent le combustible, l’amortissement, etc.

En juin 1908, la pêche étant abondante au sud de l’île d’Yeu, beaucoup de bateaux de Noirmoutier, de Saint-Gilles et des Sables ont dû jeter fréquemment leur poisson à la mer parce qu'ils étaient accalminés presque chaque jour à 15 ou 20 milles des ports. Ceux qui arrivaient à terre, avec du poisson très fatigué, pêché depuis 16 à 20 heures, le vendaient péniblement aux usines (qui leur achetaient plutôt à titre d’encouragement) 10 francs, 8 francs et moins le mille, alors qu'il aurait

valu 15 à 18 francs s’il avait été en bon état.

On a pu estimer la perte par bateau, de ce chef, à 32 francs

par jour, pendant une vingtaine de jours.

Un bateau à moteur n'aurait pas eu à supporter cette perte, et il aurait pu prendre en remorque plusieurs embarcations

à voiles, moyennant une rétribution. k

En temps ordinaire, mais lorsqu'il y a vent contraire, il lui serait facile de gagner une heure ou deux sur un louvoyage ; or, il est de règle que les premiers bateaux qui arrivent au port vendent plus cher que les derniers. On peut compter en moyenne sur une plus-value de 2 francs par mille, soit

8 francs par journée de pêche.

Un bateau vendéen remorque derrière lui un canot dans lequel se fait la pêche de la sardine. Un bateau à moteur pourrait en remorquer trois ou quatre, ou même embarquer six doris, de sorte qu'il arriverait à avoir moins de frais généraux par canot et, conséquemment, par mille de poissons pêchés que les bateaux à voiles.

C'est d’ailleurs ce qui a lieu à Arcachon.

Les mêmes bateaux font généralement, l'hiver, la pêche au chalut à perche. Cette campagne leur rapporte peu de chose, parce que les bateaux d’un petit tonnage comme ceux-là ont presque toujours trop Où pas assez de vent pour sortir et

draguer utilement.

Avec un moteur auxiliaire, les marins, ayant l'assurance de pouvoir regagner rapidement leur port par vent contraire, se dirigeant mieux la nuit et par temps de brume, hésiteraient moins à sortir. En temps de calme, le moteur serait très suffisant pour draguer et permettrait de faire souvent de belles pêches.

Il est difficile de calculer la plus-value qui en résulterait, mais on peut admettre que le bateau couvrirait largement ses frais, amortissement et intérêts compris, pendant cette saison d'hiver où le poisson se vend bien.

Pendant les mois d'avril, mai et une partie de juin, les bateaux sardiniers vendéens se livrent à la pêche aux casiers à langoustes, homards et crabes. La richesse des fonds côtiers en crustacés étant bien épuisée, lé moteur permettrait d'aller pêcher plus loin et aussi d’expédier le produit de la pêche dans des ports bien desservis par le chemin de fer » (x).

Nous examinerons ces derniers points, chalutage, pêche à

la langouste, dans la suite du chapitre.

b) Construction d'unités neuves. — M. Max Vero, dans le Yacht (2), estime que la pêche à la sardine ne peut être pratiquée que par des bateaux spécialisés, du genre pinasse, légers, rapides et qui désarmeraient après la campagne.

Il nous semble très aléatoire de penser que les pêcheurs bretons accepteront jamais d'utiliser des embarcations aussi différentes de leurs types habituels. D'autre part, l’amortissement en serait très élevé, les campagnes ne durant que

quelques mois (3).

(1) « L'emploi des moteurs à gaz pauvre à bord des bateaux de pêche ». Rapport de M. Foulon au Congrès des Sables-d'Olonne, 1909,

(2) Le Yacht, 10 janvier 1914.

(3) Le crédit maritime à long terme ne comporte de prêts que pour dix ans au maximum. Il est difficile d'admettre des périodes d’amortissement plus longues. à

Nous préférons la façon de voir de M. Grenié, qui l’expose dans ces termes :

« Le bateau doit être ponté. Les bancs de sardines ont, en effet, une tendance de plus en plus prononcée à s'éloigner de la côte. Il faut souvent plusieurs heures de route pour les atteindre, et le gros temps a vite fait de se lever. Sur une embarcation ouverte, le meilleur des équipages risquera sa vie. Tandis que, même avec une avarie de moteur, un bateau ponté se mettra en cape et attendra l’accalmie sans danger.

Il doit posséder un poste d'équipage permettant aux hommes, dans les déplacements, de coucher à bord : le bateau, c'est l’hôtel des marins.

Une soute à filets est indispensable aussi, pour éviter la détérioration rapide des engins.

Une cale à poisson, enfin, avec installation de glacière, est nécessaire pour la conservation de la pêche.

En tenant compte de ces éléments, des bateaux de différentes tailles peuvent être établis. Avec des moteurs appropriés, ils ne sauraient manduer de donner entière satisfaction.

Les dundees de 12 mètres de longueur du Pornic recevraient des moteurs à pétrole lourd leur assurant une vitesse de 7 à 8 N. Ils vaudraient, armement compris, 10,000 fr. environ.

Pour des types plus robustes, moins fins, par exemple les chaloupes des Sables-d'Olonne, il serait nécessaire d'employer des moteurs de 15 à 20 HP pour leur donner une vitesse de 5 à 6 N. Ces embarcations, armement compris, vaudraient 34 TOOUO)IT en (T)

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