La petite pêche
Ce que nous avons dit des bateaux de pêche à la sardine peut
s’appliquer à beaucoup de petites embarcations de tonnages
(1) « La pêche automobile en France, sur le littoral atlantique ». M. Grenié, Congrès des Sables-d'Olonne, 1909.
analogues ou moindres consacrées à la pêche côtière. Un moteur de 6 HP leur suffira presque toujours. Nous citons ici quelques exemples donnés par M. Soe, dans le Yacht (:).
Canot de Wisant (quartier de Calais). L. = 7° 4o Déplacement : 4 tonneaux.
Moteur : 3 HP (Dan).
Vitesse : 5 nœuds.
PR Bateau armé sans engin.. 1.5oof.»
MO een 2.800 »
Totale 208 4.30of.»
Canot ponté de Wisant. 72718729 Déplacement : 5 tonneaux.
Moteur : 5 HP (Bolinder).
Vitesse : 5 nœuds. Prite:
Bateau armé sans engins.. 2.000f.», Moteur ere ee 3.800 »
Tofal six 5.800 f. »
Petit bateau de Boulogne. Er Déplacement: 14 tonneaux.
Moteur : 8 HP (Bolinder).
Vitesse : 5 nœuds.
Prix Bateau armé sans engins.. 3.5oof.»
Moteur ec At eee 4.600 »
Totale 8.100 Ï. »
Il existe déjà quelques réalisations intéressantes (2).
(1) N°s 28 septembre 1912, 5 octobre 1912.
(2) Voir Annexe IV.
IT, — La pêche au thon.
L'armement thonnier s’est rapidement développé depuis ses débuts tant par le tonnage des bateaux que par leur nombre. ï
Vers 1850, il ne comportait, en effet, que des barques non pontées de 8 à ro tonneaux que remplacèrent des chaloupes pontées de 15 à 20 tonneaux auxquelles enfin se sont substitués, depuis une vingtaine d'années, des dundees de 30 à 60 tonneaux. Ceux-ci sont montés par six hommes et un mousse.
Sur la côte Atlantique, il y a environ 800 thonniers montés par 4,800 hommes (1). Le port de Groix, à lui seul, possède 260 thonniers montés par 1,500 hommes.
Cette pêche a rapporté en vente brute (1910) 4 M 7, dont 0 M 5 pour la Méditerranée, soit en moyenne 5,500 francs par bateau pêcheur dans l'Atlantique.
La crise sardinière n’a pas été sans contribuer à la prospérité de la pêche au thon ; beaucoup de pêcheurs, devant les piètres résultats de leurs campagnes sarinières, se sont décidés à aller chercher loin du littoral des gains plus abondants et plus réguliers ; c’est une première manifestation de cette
loi de l’avenir qui doit pousser les pêcheurs loin des côtes.
La pêche se pratique du 15 juin au 15 octobre, le reste de l’année les bateaux chalutent.
Ainsi que nous l’avons dit, le thon se tient au delà de la ligne d'Ouessant au Cap Finisterre, dite « ligne des vapeurs ». Aussi les sorties sont-elles toujours assez longues. Une tournée de pêche de 8 à 12 jours comporte 2 à 3 jours de pêche proprement dite ; le reste du temps est passé à faire les 200 à
300 milles de la route aller et retour.
(1) En Méditerranée, le thon est pêché par de petites barques montées par deux ou trois hommes,
Le produit d'une pêche est naturellement très variable : 300, 500, quelquefois 1,000 thons.
Le 22 juillet 1911, à Douarnenez, 44 bateaux sont rentrés avec 13,000 thons, vendus 100,000 francs.
La pêche moyenne par bateau avait donc été de 320 thons.
La valeur moyenne du thon est de 7 francs la pièce.
Le bénéfice moyen brut a donc été de 2,200 francs.
En une saison de 4 à 5 mois, un bateau peut accomplir Q à 12 tournées. Les parts sont très rarement inférieures à 600 fr.; en 190$, elles furent en moyenne de 900 francs (1), donc tou-
jours très supérieures aux parts de pêche à la sardine.
L'aléa de la pêche au thon réside dans la longueur des trajets qu'elle nécessite.
Un vent contraire, persistant quelques jours, peut gêner le bateau dans sa route de retour. À l'arrivée, les cours seront dépréciés, la pêche se vendra mal. Une accalmie un peu prolongée entraîne des pertes très considérables. À Groix, en 1912, le service sanitaire exigea le rejet à la mer des neuf dizièmes du poisson ; la perte pour ce seul port fut, de ce chef, supérieure à deux millions.
Il est donc bien évident que la propulsion mécanique est appelée à rendre de grands services aux thonniers, non pour la pêche aux lignes elle-même, qui ne peut se pratiquer qu'à la voile, le poisson s’effarouchant très facilement, mas pour se rendre sur les lieux de pêche et surtout pour en revenir.
Des essais ont été tentés avec la machine à vapeur ; en dehors de tous les inconvénients que nous lui connaissons pour les bateaux de petit tonnage, elle en présentait sur les thonniers un tout spécial et prohibitif. Le poisson suspendu sur le pont pour être séché était totalement détérioré par la fumée : aussi les tentatives de thonniers à vapeur ont-elles médiocrement
réussi.
(1) En 1907, il y eut des bateaux sur lesquels la part est montée à 1,500 fr,
Il nous semble, au contraire, que le moteur à explosions doit offris une solution très satisfaisante.
Un bateau de 35-40 tonneaux aurait une vitesse de 5 N. environ avec un moteur de 28-30 HP, qui reviendrait à o fr. 55 à o fr. 60 au mille.
La dépense, pour une marche au moteur de 150 milles, serait de 80 à 100 francs. Le gain de temps varierait de deux jours (en cas de vent contraire, nécessitant le louvoyage à Ja voile) à quatre, cinq et même sept ou huit jours (en cas d’accalmie), ce qui se traduirait par un bénéfice possible de 4 à 600 francs sur les cours dans le premier cas et par un gain certain de 1,500 à 2,000 francs, au lieu d’une perte totale, dans le second,
L'emploi du moteur augmenterait également, comme il sera expliqué plus loin, Je revenu du chalutage auquel se livrent les bateaux une partie de l’année.
Enfin la propulsion mécanique serait une aide précieuse pour l’armement thonnier si venait à éclater une crise que l’on commence à redouter en raison de l'accroissement très rapide du nombre des bateaux et qui apparaîtrait très probablement si la sardine revenait en abondance. Il faudrait alors que les thonniers aillent chercher le poisson sur les côtes du Maroc, au banc d’Arguin ou se consacrent avec des doris à la
pêche à la sardine, III. — La pêche au hareng frais.
L’armement au hareng frais (rg10), sur le littoral de la Manche et de l'Atlantique, est d'environ 1,200 bateaux montés: par 8,000 hommes.
Le revenu de la pêche a été (r910) de francs 4,7 M.
Elle est surtout active dans les ports du nord de la Manche, à Boulogne et à Etaples, en particulier, qui entrent dans le
total précédent pour 3,3 M.
La pêche du hareng, aux filets dérivants, est pratiquée dans ces ports par des bateaux de 30 à 50 tonneaux, avec 15 hommes d'équipage, qui ne font que des sorties assez courtes d'octobre à février ; en été, ils chalutent.
Le total brut moyen de la vente pour un voiliér est d'envi-
ron de 10 à 12,000 francs.
L'intérêt pour les harenguiers d'adopter la propulsion mécanique est tel, qu’en dépit de ses inconvénients, bon nombre utilisent la machine à vapeur.
La propulsion mécanique permet, en effet, de ne jamais perdre la marée, elle facilite indirectement, comme nous le verrons, le relevage des filets et entraîne une réduction notable du personnel. Enfin elle aide au chalutage d'été.
En Ecosse, les harenguiers à moteur ont donné des résultats très intéressants.
Harenguiers à moteur de la côte Est d’Ecosse.
Bateaux de 4o tonneaux environ, avec moteurs de 45 HP à
55 HP leur donnant une vitesse de 6 à 7 nœuds.
TYPE Bénéfice brut en livres Bénéfice brut en francs
du = OBSERVATIONS HARENGUIER | Maximum! Minimum| Moyen |Maximum| Minimum| Moyen
Vapeur ; 500 26.250112 .500120 .080
5 Pêche
Voiles et mo- de teur auxi- mai liaire ) 22.750 112.500 à
, septembre Voiles 15.800! 2.625
Vapeur : et. 3.080
Pêche
Voiles et mo- d'octobre teur auxi- : à liaire À 2.250 janvier
D'après M. Cruchon (r).
Harenguiers à moteur de la côte Ouest d’'Ecosse (Comple-
town (2) bateaux de 10 tonneaux environ.
Pêche à la senne exigeant l'emploi de deux bateaux :
Deuxnavires 4 moteur... 100.700 34.000 Î. »
LA DaNire ANMOIEUR. 02 0e
er : 25,150 »
nina ire oies PERL AR EN Deux navires à voiles.......... MM THO0
En résumé, tandis qu'un voilier de 30 à 4o tonneaux réalise un bénéfice brut de 12,5co francs, un voilier de même tonnage, à moteur auxiliaire, réalise un bénéfice brut de 24,000 francs, soit de 4 à 6,000 en plus du voilier, frais du
moteur déduits.
Pour les petites unités, les résultats ont été encore plus remarquables. Un skiff de Schetlands, avec 4 hommes d’équipage, à gagné, en 1910, 13,2b0 francs de bénéfice net.
Nous en conclurons qu'une très forte proportion des voiliers harenguiers pourrait être dotée de moteurs à huile lourde de 28 à 48 HP, dont l'emploi revient annuellement de 5,000 à
7,900 francs.