GRAISSAGE
« Dans un cylindre de moteur à gaz, la température de la paroi métallique est moins élevée que dans une machine à vapeur, puisqu'elle n'atteint pas 100® ; mais, à chaque explosion, une flamme, dont on peut évaluer la température à 1200% balaye le cylindre et brûle le lubrifiant, qui est mauvais conducteur du calorique ; il se forme un cambouis sec, dur, adhérent, carbonisé, qui ronge le métal et le corrode rapidement. Dans le cylindre à vapeur, Teau de condensation adoucit le frottement ; dans le cylindre à gaz tonnant, toute la tâche incombe à Thuile, qu il faut prodiguer à chaque cylindrée. On recueille par la décharge un liquide noir, épais, dans lequel on trouve des poussières métalliques, du fer et du cuivre, et des particules charbonneuses.
« On n'évite le grippement qu'au prix d'un afflux d'huile incessant,- qui lave les surfaces et entraîne les concrétions charbonneuses et métalliques fixées sur le métal.
« Que faudrait-il pour parer à ces graves inconvénients? On devrait trouver une substance lubrifiante, incombustible et inaltérable. C'est, il est vrai, la pierre philosophale dans l'espèce ; en efi'et. les gaz, qui réduisent considérablement les frottements, ne peuvent rester interposés entre des surfaces en contact; l'eau est elle-même trop fluide ; les seules matières pratiquement utilisables sont les corps gras, dont la viscosité entre en jeu ; or, les corps gras sont tous combustibles. Toutefois il y a un choix à faire entre ces substances *. »
1. A. Witz, Traité théorique et pratique des moteurs à gaz. Paris,
J. Lefèyre. Les Moteurs. il
C'est parmi les huiles minérales qu'on trouve les produits les plus satisfaisants. On les extrait, par une nouvelle distillation, des goudrons et des huiles lourdes, qui restent après l'extraction des huiles lampantes ou kérosènes. Ces produits sont épurés par un traitement à l'acide sulfuriqueet à la soude et un refroidissement au-dessous de zéro ; on comprime ensuite la masse solidifiée et l'on obtient une huile dont la densité varie de 0,865 à 0,930. Cette huile, qui est onctueuse, opaque, d'une couleur brun clair, se vend sous les noms variés de Vulcan, Phœnix, Eclipse, Glob-oil, huile de l'Etoile, néoline, valvoline, oléo-naphte, etc.
Épuration de l'huile de graissage. — Les produits que nous venons d'indiquer lubrifient parfaitement et ne sont pas d'un prix très élevé. Il y a cependant un grand avantage à recueillir l'huile qui sort des machines et à l'épurer, de manière à pouvoir la faire servir de nouveau. Un des meilleurs appareils pour cet usage est le filtre de M. Ducretet (fig. 51) : la partie essentielle est un tube perforé TS, autour duquel on enroule, à la main, un large ruban filtrant, en coton, qu'on maintient au moyen d'un ruban de toile d'environ 12 millimètres de largeur. Ce tube est monté à vis sur la pièce Bo, qui se fixe à son tour à la partie supérieure du réservoir H. Le tout est entouré d'un bain-marie BM, rempli d'huile de colza, qui sert indéfiniment et peut être en outre recouvert au besoin d'une enveloppe de feutre. L'appareil se fixe ordinairement, par des brides de serrage, contre le tube d'échappement, de manière à le maintenir à une température suffisante.
L'huile à filtrer est introduite dans le réservoir R;
ÉPURATION DE L'HUILE DE GEllSSAGE 183
un décanteur conique D, placé au centre, arrête les impuretés volumineuses et laisse passer le liquide par les orifices d, situés à la périphérie. Le liquide arrive ainsi en H, où l'air qu'il contient est expulsé par T',
Fio, EI3. — Filtre pour l'épuratioD <1n hnilea (Dncrelet).
traverse le filtre Fî et sort par A, 2 est un robinet de
vidange, 3 un robinet de vidange facultatif du tube T '.
L'appareil possède deux tubes filtrants ; pendant que
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l'un est en service, l'autre est mis à tremper dans l'huile, où il se nettoie.
L'huile sort de ce filtre parfaitement limpide, avec une légère coloration brune, et peut servir à peu près indéfiniment. On peut même dire, comme le fait
Fia. a. — Poche à gu Schrabeti.
remarquer M. "Witz, qu'elle s'améliore peu à peu, car les produits volatils, qui graissent mal, s'éliminent dans le moteur, et les matières lourdes, vaselines, paraffines, goudrons, etc., sont retenues par le filtre.
ÉPURATION DE L'hUILE DE GRAISSAGE
Poches de caoutchouc. — On place toujours, ainsi que nous Tavons dit plus haut, sur le tuyau de gaz qui se rend au moteur, une poche de caoutchouc, qui empêche l'aspiration de s'étendre jusque dans les conduites. M. Witz conseille de donner à cette poche un volume égal à 25 fois celui d'une aspiration ; cette dimension suffit parfaitement et dispense de tout appareil plus dispendieux.
Fia. 55. — Rhéomètre antifluctnatenr de la Compagnie du gaz.
Les robinets doivent être réglés de façon que la poche ne soit jamais complètement gonflée. M. Schrabetz produit ce réglage automatiquement au moyen d'un losange articulé, dont les bras prolongés appuient sur la panse de l'appareil, tandis que l'autre extrémité manœuvre le robinet et le ferme d'autant plus que la poche est plus gonflée (fig. 54).
Antiflactaateurs. — On peut toujours, en employant des poches, un tuyau et un compteur de grand volume,
éviter les effets produits par Taspiration d'un moteur sur les becs d'éclairage placés près de lui. Mais ce système est quelquefois assez coûteux et Ton trouve plus économique de se servir d'un appareil destiné à empêcher les abaissements de pression et qu'on nomme antifluctuateur.
Le rhéomètre antifluctuateur de la Compagnie parisienne du gaz se compose d'un obturateur de forme particulière, formant soupape. L'appareil est divisé en deux chambres A et B (fig. 55) ; le gaz, pour se rendre au moteur, suit la direction des flèches et traverse le diaphragme ah y percé de trous. Sur ce diaphragme repose l'obturateur en aluminium, qui a la forme d'un cylindre, très mobile et très léger, et glisse à frottement doux dans un cylindre fixe. Le gaz pénètre dans l'obturateur en c et s'échappe en d. Sous l'influence de l'aspiration du piston, le diaphragme ah se soulève, l'obturateur ferme l'ouverture d, d'autant plus q\ie le vide est plus complet, et empêche ainsi la raréfaction de se propager dans la conduite. Mais il y a lieu de se demander si un appareil de ce genre n'empêche pas la constance de la pression à l'entrée du moteur.